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mirkie chaiftènne de l'enti-haurtografe

Inscrit le : 10 Jan 2006 Messages : 412
 | Sujet: Carnaval Mar 26 Juin 2007 - 16:07 | |
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Carnaval...
La fête masquée, celle qui permettait toutes les folies.
Dans la ville à la foule bariolée, les chars circulaient, avec leur cortège de fous sur les talons. Les spectateurs étaient là nombreux ; les confettis volaient, les rires fusaient, les forains souriaient.
Durant trois jours, les rues avaient été réservées aux seuls Masqués. Le train-train de la vie quotidienne pouvait continuer dans les campagnes et les habitations, mais il était fortement déconseillé en ville de sortir, visage découvert. Pour la fête, bien sûr... et sa propre sécurité.
Car les lois s'abolissaient durant ces quelques jours. Si les débordements étaient fréquents, aucun ne pouvait être sujet à plainte, d'aucune façon. Seule, la police masquée avait licence d'organisation pendant cette période de folie ; et elle n'organisait que le cortège. Quand un visage se montrait, nul n'empêchait l'arlequin farceur de l'entraîner dans une ronde folle qui menait parfois l'imprudent au-delà des portes de la mort...
Pour Lui, les seules journées qui vaillent la peine d'être vécues.
D'un côté, la fête.
Dans la ville, des milliers de personnes n'étaient venus que pour elle. De la boisson sans retenue, des bals qui courraient d'une nuit à l'autre dans toutes les demeures riches, des manèges et des friandises, de la couleur partout et de la musique. Chacun se servait, pillait parfois, toujours s'amusait.
Tout était préparé à l'avance. La fête s'arrêtait d'elle-même quand tout avait été avalé, découvert, englouti ; personne ne venait jamais redresser les buffets.
De l'autre, les déguisements, les masques.
Ces habits toujours beaux, parfois ridicules, parfois extravagants, parfois unis, parfois mal coupés. Mais toujours beaux. Les vêtements étaient une déclaration d'amour à la fête... les masques, un jeu de l'amour. Qui se cache là derrière ? Une beauté ou bien un laideron ? Une princesse, une mama, une ouvrière, une étrangère ? Parfois les voix les trahissaient un peu... Jamais beaucoup. Le masque. Le plaisir de l'effeuillage, dans une chambre entourée de nuit. Il aimait ce moment, il l'aimait tant ! Et le détestait aussi.
Cette année, comme tous les ans, il était le Roi.
Son masque à lui était doux de forme. L'ovale d'un visage, des reliefs plutôt féminins, assez discrets. Un fond clair, d'un blanc rosé presque naturel, et par-dessus des arabesques fines et délicates dont les couleurs sobres révélaient un thème musical. Un violon ici, une flûte, une portée aussi. L'art avait été de faire apparaître ces motifs dans les teintes uniquement, sans que les arabesques n'en soit les contours...
Son costume était de feu. Rouge, orange, jaune, il incarnait la magnificence de la fête. Sa veste, ample et longue, cachait dans ses replis des miracles de couleurs ; et quand le vent s'y perdait, une touche de violet, de bleu sombre ou de blanc rehaussait le flamboiement d'une touche de cachotterie. Ses jambes étaient de ce même sombre bleu ; ses bottes montantes étaient des flammèches qui couraient sur ses jambes.
Sur sa tête, la couronne d'or faisait étinceler quelques pierreries au soleil.
Assis sur son trône, il déambulait dans la ville aux milles visages.
Ce temps de folie était soigneusement préparé, et partout on était nulle part, ici entre étoiles lointaines et châteaux forts du Moyen âge, là à la porte d'un monde étrange, plus loin dans une jungle d'herbes géantes. Certains de ces décors, peints sur les maisons, étaient refaits chaque année par les propriétaires les plus riches, tandis que d'autres n'étaient qu'imprimés sur de gigantesques draps tombants des toitures.
Le Roi de musique et de feu se pavanait, porté par les sourires de ses compagnons. Un char pas comme les autres.
Ils étaient six. Six amis, peut-être depuis toujours. Et tous les ans, dans la ville folle, ils paradaient en cortège royal...
Les premières fois, seul, il avait été hésitant. Il n'était alors que simple marcheur au visage caché dans la foule du cortège, et les gens ne le regardaient qu'à peine.
Mais quelques années après... Son premier masque. Il avait délaissé les pacotilles, les loups ne cachant que le regard et les figures de Mickey en plastiques. Il avait osé un masque qui lui était personnel, intime. Et le succès avait été au rendez-vous... Puis un homme, un ami, l'avait rejoints, à qui il avait donné un masque et confié ses secrets. Et puis les autres... petit à petit, par amitié uniquement. Le temps passant, ils étaient devenus le clou du spectacle, les vedettes de la ville. Et chacun d'eux gardaient précieusement l'un des secrets de leur succès, le secret de leur identité.
Le Roi laissait son regard glisser sur la foule. Ce soir, il serait avec l'une d'entre elle... Il devait bien choisir. Il la souhaitait jolie, toujours ; mais les masques garantissaient la surprise... Il imaginait une beauté éblouissante, une peau de pêche légèrement bronzée, où bien très blanche au contraire. Il rêvait de hautes pommettes, de nez discret ; mais surtout, surtout, il la voulait jeune.
Pas trop jeune quand même. Il sourit en voyant une petite fille lui faire coucou. L'adolescente qui lui tenait la main était gracile, ses longs cheveux noirs entouraient un masque souple et farfelu où se mêlaient poissons et papillons... Elle était tout ce qu'il souhaitait, mais trop jeune.
Ce soir il aimerait une femme... Enfin.
Le cortège serpentait à travers la ville, encore et encore.
Là.
Un costume qui jouait sur les volumes : une veste longue et bouffante cachant presque le caleçon serré dont chevilles froufroutaient, un chapeau pointu très fin, des cheveux montés en folie, et partout des rubans de couleurs qui contrastaient avec le noir profond de cet ensemble.
Elle.
Le masque était noir, lui aussi. Un masque caricature, un nez et des yeux disproportionnés. Pas de bouche, mais, comme sur le masque royal, une échancrure large qui laissait voir des lèvres bien dessinées. Un visage noir, retenu par un ruban rouge dont les extrémités battaient au vent.
Le roi fit un signe discret à l'un de ses compagnons...
Ce soir, elle serait chez lui, dans cette chambre qui n'était la sienne que pour ces nuits si précieuses.
Puis le cortège, à bout de souffle et de découvertes, s'arrêta.
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La plumàfeuille déménage!
La différence entre les rêveurs, les fous et les psy ? Les rêveurs batissent des châteaux dans le ciel, les fous les habitent, et les psys encaissent les loyers. |
|  | | mirkie chaiftènne de l'enti-haurtografe

Inscrit le : 10 Jan 2006 Messages : 412
 | Sujet: Re: Carnaval Sam 30 Juin 2007 - 16:16 | |
| Le Roi descendit, majestueux, souriant. Après le défilé, les jeux et les fêtes. Il vagabondait dans les ruelles, libre enfin des applaudissements et des regards de la foule. Pourtant les cris le poursuivaient encore, des cris de joie, des cris d'effrois, des rires et des soupirs.
Le Roi faisait peur, parfois.
Il entra dans une salle, ordinairement la salle de réception d'une riche demeure. Ici, il picorait de petits gâteaux salés, là il empruntait une coupe de champagne à une belle demoiselle, la lui rendait après y avoir plongé les lèvres, plus loin il tournoyait quelques instants dans les bras d'un gros masqué ridicule à l'air outragé. De temps en temps le Roi relevait un enfant, de temps en temps le Roi faisait un croche-patte. Il virevoltait, sautait, passait d'un bâtiment à un autre avec des rires étranges.
Il était la vedette, le Roi, il était l'âme du carnaval. Il n'était pas le mieux aimé de la fête.
Le Roi émergea d'une ruelle, une chanson cruelle aux lèvres. Il sortit sa bourse, et sans cesser de chanter en distribua tout le contenu aux enfants qui jouaient dans une coure. L'un d'eux avait posé son masque ; le Roi le lui remit doucement sur le visage, un sourire heureux sur les lèvres. Plus loin, un homme prit un baisé fatal à une reine de beauté... Elle tomba, une pique dans le dos, à l'endroit même où son chevalier et elle avaient imprudemment déposé leurs masques.
Dans une chambre close dont il tourna silencieusement la poignée, des bijoux suivirent en cliquetant leur joie les pas du Monarque. Les amants n'en surent rien, mais le Roi avait noté la courbe des reins de la jeune femme... Dans un quartier plus calme un vagabond au simple masque de papier blanc se retrouva soudain riche d'un collier de perles et de diamant.
Le Roi était lui-même. Il était la folie, il était l'inconstance et la beauté. Il était le mal, il était le bien, il était le carnaval.
Chaque année, trois jours durant, il n'était plus que tourbillon se glissant en chacun, courant de l'un à l'autre sans distinction de sexe, d'âge ou de rang. Trois jours en apothéose, dont le point culminant serait, ce soir, cette femme qui l'attendrait dans son lit.
Un regard.
Le Roi cessa un instant ses magies et ses farces, et rejoignit l'ami qui l'avait interpellé.
- Quels nouvelles ?
- La femme est chez toi, articula doucement le masque aux milles reliefs.
- De Helko ?
-Helko dort, il a trop mangé, voilà tout. Madien et Roalèn ont garé le char au marché, Striand est au palais du gouverneur pour surveiller le départ du Dernier Char.
- Il devra rentrer vite. Vient, l'ami, le temps presse, l'amusement n'attends pas... Te joins-tu à moi ? La voix du Roi était franche, simple comme jamais en public.
- Je retourne sur mes pas, j'ai fait l'animation dans le vieux port et il reste là-bas quelques badauds qui n'ont pas vu mon visage de fête... Viendrais-tu, toi ?
Le sourire du roi s'élargit, et poussant un cri long et modulé, les deux compères bondirent dans la foule bigarrée.
Petit à petit, d'autres compagnons rejoignirent les deux farceurs. La nuit tombait doucement, et une fine neige vint chatouiller les pavés. Cette année le mois de février était froid...
Ils étaient cinq en passant le porche d'une grosse maison bourgeoise, sur les rives du fleuve immobile. Un fleuve de confettis et de lumière ce soir, puisque sur l'eau se pressaient milles et milles embarcations illuminées.
Dans quelques heures, le bonhomme carnaval brûlerait ici...
L'appartement comptait six chambres. Dans chacune d'entre elles, une femme jouait avec de petites tenues très aérées... en attendant qu'un homme vienne les lui enlever. L'une d'entre elles était déjà satisfaite, et en prêtant l'oreille on entendait les rires cachottiers que les amants échangeaient.
La chambre du roi était la plus grande. Au bout du couloir, elle était percée d'une immense fenêtre, dont le balcon s'ouvrait sur le fleuve.
Les rares meubles étaient d'ébène, et les murs d'un blanc absolu.
Les couvertures, les coussins posés sur le lit bas était d'un gris clair relevé ici et là d'une touche de couleur, de blanc, de noir. Sur le parquet grisé lui aussi, des pétales de rose rouge répondaient à la lumière colorée qui se perdait dans cette chambre d'ombre.
La femme l'attendait.
Sans doute ne comprit-elle pas, tout d'abord. L'homme n'était pas celui l'avait abordée...
Puis un feu d'artifice illumina les atours du Roi, et elle se laissa aller dans ses bras. Ils s'aimèrent au son des fanfares et des vivas de la foule, dans cette chambre plus loin que le bout du monde.
La femme gémit.
L'instant magique était passé.
Dans le couloir, on entendis un homme entrer, quelques chuchotements, puis plus rien.
Alanguie, la femme se tourna vers son amant. Voilà venue l'heure de l'effeuillage ultime... Par jeu, le Roi refusa à la main qui se tendait le ruban qui retenait son masque. La femme en fit d'abord autant, puis, lentement, fit glisser la lumière sur son visage.
D'un blanc de lait, juste rosé par l'amour et la joie de vivre, légèrement ovale... Les traits biens dessinés, la bouche vermeille souriante, les yeux de jade sombre. La chevelure rousse avait repris sa liberté pendant les jeux amoureux, et entourait ce portrait presque parfait. Le Roi sourit. Ici, quelques taches de rousseur qui se cachaient, timide, derrière un brin de maquillage, et là, un sourcil un peu plus relevé que son jumeau... Les imperfections étaient les perles de ce visage.
L'autre ruban ne put échapper à la main féminine. Le noeud glissa, mais d'une main posée sur ses traits d'apparat, le Roi maintint l'anonymat un instant de plus...
Le jeu dura, course poursuite et tourbillons de couleurs, un peu longtemps au goût de la jeune femme. Et puis, le Roi retira sa main. Il était debout, dos à la fenêtre, et la femme en face de lui ne vit pas tout de suite qui il était. Le masque tomba doucement sur le costume noir de la femme, touche claire au creux du vêtement sombre. Le Roi eut le temps de sourire de ce hasard. Et puis, le feu d'artifice dehors passa, et la femme vit.
Elle vit, non pas un visage souriant, mais un deuxième masque, blanc, sans aucun motif. D'un hoquet surpris, amusé, elle tendit à nouveau ses doigts vers la figure immaculée, mais en dessous le masque était noir, et le suivant était rouge comme le sang, comme le sang qui s'écoulait de ses doigts blessés sur les bords des masques.
La peur était là.
Le Roi eut un regard triste, et puis embrassa une dernière fois la chevelure de la femme. Pliant lentement les genoux, il ramassa le masque blanc, le regarda. Un ovale, percé de deux trous pour les yeux et échancré à l'emplacement de la bouche. Son visage.
La femme reculait, lentement, sans savoir encore si la peur faisait ou non partie du jeu. Et si le jeu était encore présent, si le jeu était éternel... Derrière elle, Roalèn la saisit doucement.
La femme sursauta, mais ne se dégagea pas. Roalèn était un jeune homme beau, à la peau légèrement halée, aux cheveux crépus, à l'aspect humain. Il était plus rassurant que celui qui était le Roi, que celui qui n'avait pas de visage.
Mais la femme voyait l'autre avancer, et sentait les bras serrés autour d'elle. Elle voyait maintenant les compagnons du roi autour d'eux trois, elle voyait leur air calme et douloureux.
Quand le Roi posa le masque blanc sur ses traits, elle sentit comme une vague l'emporter. Une vague de joie, de rires, de pleurs et de douleurs.
Les six amis regardèrent le masque prendre possession du visage de la femme. Il se coulait dans ses traits, s'y perdait, s'en colorait. Et quand les douze yeux quittèrent le sol, il y avait par terre un masque aux arabesques parfaites, et dont les couleurs suggéraient toute la faune équatoriale.
Le Roi se tourna vers le fleuve. Striand était rentré, la femme qu'il avait aimée et dont il s'était nourrit était partie, et au loin on voyait le radeau dont l'homme avait surveillé le départ. Un radeau qui, avant d'atteindre le quai, avait traversé la ville sous les quolibets de la foule... Un radeau qui portait le Bonhomme Carnaval, le pantin de paille responsable de tous les crimes, de toutes les folies de la fête.
Comme chaque année, le Roi choisit l'un de ses compagnons, et lui confia les deux masques, l'ancien et le nouveau. Sans un mot, sans un geste superflu.
Par respect pour la femme morte, on avait arrêté la pendulette, et seul un clocher, lointain et invisible, disait encore les secondes qui s'égrenaient... La porte était close, tout était prêt.
A minuit pile, un homme mit le feu aux vêtements du Bonhomme Carnaval. Et tandis que sur l'eau, le vaisseau de feu avançait dans la joie des citadins, une larme coula sur le visage rouge. Les compagnons s'endormaient, et le Roi du Carnaval, lentement, se faisait cendre colorées.
L'année suivante, cet être étrange serait de la fête, et ses compagnons aussi, toujours plus riants et grimaçants. _________________ La plumafeuille...
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