Les Songes du Crépuscule

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Walpurgis

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SmokeleDragon
reptile à mi-temps ...


CapricorneSerpent
Age : 18
Inscrit le : 29 Jan 2006
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MessageSujet: Walpurgis   Sam 3 Mai 2008 - 23:10

On m’avait dit, là-haut dans les étoiles, que ce soir je tuerais l’Hiver. Ils m’avaient murmuré, de leurs voies lourdes et aigues, un secret qui fit de moi, l’espace d’une vie sombre de bonheur, un des poignards qui s’enfonça dans le Froid. Leurs bras vaporeux ont serré mon cœur si fort que des larmes d’acier m’ont tranché le visage. Défiguré, le visage strié je hurlais de douleur en les bénissant. Je jure, agenouillé devant tous les dieux, qu’à cet instant je crus que mon âme me parlait et que sa bouche, deux lèvres fines du plus pur toucher, se posait sur mon front. Ses yeux dans les miens faisaient défiler ma vie. Je me voyais petit ou grand d’une image à l’autre, parfois je ne me reconnaissais même pas. A la fois vieux et jeune je me sentais le Tout, enfin ! J’étais Souffle et Colère, Tempête, Naufrage et tant d’autres encore ! J’étais heureux comme ces fous, qui après tant d’années de chien, parviennent enfin à battre le Rien.
Lorsque je quittais la grotte humide où résonnaient mille gouttes d’eau qui s’écrasaient, une nouvelle conscience m’habitait. Chacun de mes pas précédaient mon corps et la foulée de mon âme était plus assurée que celle de ma chair. Je ne me rendais même pas compte que je traînais une masse derrière moi tant j’étais léger, je filais entre les arbres en ignorant le sol. Le sentier gravillonné qui se faufilait entre les pins colossaux aux formes mortes me paraissait être une ligne droite qui me portait d’un souffle nocturne. Les arbres n’étaient plus des pantins désarticulés, mais de grands êtres fins au port fier dont la tête pointue tentait de crever les étoiles. Si l’un était affalé tous ses frères l’entouraient et, de leur corps tordus et fripés, formaient un barrage autour du pauvre, défiant le Vent Froid de venir trancher son corps.
Puis j’arrivais au Cercle. Là mes frères, maintenant je pouvais les appeler comme cela, attendaient autour d’un bûcher pas encore allumé. Des branches mortes étaient entremêlées dans une structure pyramidale. Sapins, érables et bouleaux se mélangeaient comme les trois arbres Frères qui chacun donne une lame pour lutter contre l’Hiver. Bientôt nous les offrions aux Flammes, douces et dangereuses et ensemble nous prierons pour que le Vent Froid ne revienne pas aussi fort que cette année.
Ô Walpurgis !
Un frère venait vers moi, la tête masquée par un tissu noir qui ne montrait que ses yeux gris. Il avait les mains jointes dans les manches de son imperméable noir et avançait avec vigueur, les épaules droites et le port fier.
« Tu es allé voir la Tanière et tu l’as comprise, je sais. Ton visage porte les Marques. Maintenant laisse-moi t’ouvrir les yeux.»
Je hochais la tête révérencieusement, fixant le sol sombre. Il me cogna la tête une fois puis une autre et encore une troisième fois. Je relevais la tête, les yeux clos par la peur ou l’angoisse de voir ce qui m’avait été caché pendant si longtemps. Je tremblais, mes mains étaient moites et de la sueur ruisselait partout sur mon corps. Je sentais le contact doux du tissu sur ma peau, de l’étoffe noire d’où ne perceront plus que mes yeux et que je mettrais toutes les nuits dorénavant. En cette sombre Walpurgis, sombre mais si belle, si froide, on me drapait le visage, ce faux visage de chair, et on me donnait la chance de voir le Monde tel qu’il était vraiment.
Alors que l’un deux nouait mon masque derrière ma tête grâce à quelques chaînettes qui tintèrent dans la nuit j’attendais qu’on me donne le droit d’apprécier la Vérité, d’apprécier le Feu. L’on me poussa doucement pour que j’avance pendant que l’on me ceignait les mains et qu’on glissait un imperméable, noir probablement, sur mes épaules.
Je sentais les brindilles craquer sous mes pas, j’entendais leur voix scander mon nom comme celui d’un sauveur et dans ma tête je voyais ce patronyme ricocher contre des parois invisibles, écrit en lettres rouges ; Nulle part.
C’est un nom que je trouvais beau et qui m’allait bien.
« Es-tu prêt ? »
J’acquiesçais. On m’intima de m’agenouiller et on me badigeonna le corps d’un liquide qui me leva le cœur.
« Tu as parlé aux cieux, tu parleras au Feu.»
Puis après une pause où l’on n’entendait que le bruit du vent dans les feuilles, il reprit.
« Es-tu prêt ?
-Je le suis.
-D’où viens-tu ?
-Je ne viens de nulle part, je suis d’ailleurs. »
J’ouvrais les yeux.
Que le monde était laid en cette nuit de Walpurgis ! Les arbres étaient ternes et gris et leurs branches pendaient comme des bras de morts. Leur écorce n’était qu’une coquille pourrie d’où sortaient mousses et champignons aux couleurs étranges et quelques animaux bâtards du rat et du lombric rampaient sur leurs racines, laissant une traînée gluante derrière eux. Mais j’avais la Vérité sous les yeux et mon cœur était chaud comme le Feu l’est.
La Lune n’était plus ce hublot doré qui me faisait croire, enfant, que le monde était un bateau flottant sur l’univers. Je voyais la Lune de Méliès aux grands yeux narquois et à la bouche de beauté perdue. Je voyais sa souffrance à la lumière du Feu et dans sans regard se reflétait la froideur de notre monde. Je voyais les forêts d’immeubles où les âmes perdues se terrent et attendent que le Vent ne vienne les faucher, je voyais les glaciales poignées de mains échangées les matins, je voyais le Monde !
Le Feu me couvait et lentement je brûlais. Mes jambes bientôt seraient des cendres et mon corps s’affaissera lourdement dans les brindilles enflammées. Je traverserais le bûcher en entier, découvrant un paysage dans les tons d’orange et de noir ! Mes yeux se rempliront de cendres pour mieux voir et quelques branches pousseront à la place de mes jambes ! En cette nuit du Sabbat je devenais un glaive et l’Hiver souffrira de me savoir de ses ennemis.
Ô Walpurgis !
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SmokeleDragon
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CapricorneSerpent
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MessageSujet: Re: Walpurgis   Sam 3 Mai 2008 - 23:13

Rendez-vous au Cercle
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