Les Songes du Crépuscule
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Cucuma chI

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greenbat
Ecrivain de Destins


LionChèvre
Age : 29
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MessageSujet: Cucuma chI   Mar 12 Juin 2007 - 22:42

CHAPITRE 1


C’était le plein été. Une chaleur écrasante, sous un soleil d’or (ou de plomb au choix)…
Papaillou, le chef du village, se traînait en maugréant, depuis sa paillote jusqu'à celle d’Ougouroutii, le shaman de la petite communauté des Yéyégats.
« Elles ont recommencé.
- Allons donc…
- Ben oui. Je sais plus quoi faire moi !
- Pourquoi je devrais savoir moi ? Je meurs de chaud. Comme tous le monde .Et j’ai qu’une envie c’est qu’on me laisse mariner tranquille dans mon bain d’ boue …
- Ohlala ! Mais t’es le shaman oui ou crotte ?
- Et toi ? T’es le chef ou leur chienchien ? »
Les deux hommes se faisaient face .Ou plutôt ils étaient « pieds à nez » .Le chef était un petit bonhomme aussi bedonnant que le shaman était étique (dites ces deux mots dix fois super vite…).Bien que, tout ce qu’on pouvait voir dépassant de la boue était un visage rubicond, au milieu duquel trônait un pif des plus impressionnant .Au dessous du nez, une moustache généreuse, au dessus, une moumoute hirsute et grisonnante…
« Oh ! Souviens toi que tu t’adresses a ton chef quand même !!!
- Et moi, ton shaman non d’une p’tite cahouète !!! »
Ougouroutii était excédé. Pourquoi, dés qu’il posait ses fesses (qu’il trouvait fort belles soit dit en passant) dans sa fosse, pourquoi donc, fallait il qu’a chaque fois un gourgandin vienne le déranger!?
Le gros blond de chef réattaqua. « Mais elle a fait voler toute la vaisselle de la patronne !!!Est-ce que tu sais ce que ça a valut à mes pauvres esgourdes ? Hein .Est-ce que tu le sais ? »
Papaillou s’écroula en gémissant sur le bord de la fosse à boue d’Ougouroutii, imprégnant par la même le bout de son pagne en fibres de bananier, qui non content d’être simplement défraîchit était aussi très sale. Bien évidement cela fit monter la moutarde au nez de notre bon shaman .Ce fut donc la goutte d’eau (de crasse) qui fit déborder le vase (la boue). « Ma boue ! Ma belle boue ! Hors de chez moi va nu pieds !
- Hein ? Mais…
- Oust oust oust …DEHORS !!!! »

C’est ainsi que notre chef se retrouva sous le soleil de la place du village plombée ,suant, goutant et larmoyant .Son problème n’était pas résolu .Il s’en était même créé un autre .Cette vieille carne d’Ougou allait faire sa tête des mauvais jours, pendants plusieurs jours justement .Quelle galère !Il s’en retourna donc a sa paillote, le pas lourd, l’oreille basse, complètement a plat quoi .Dés qu’il eu poussé la porte, il su qu’il venait de commettre une énième erreur .Cette journée était la pire depuis…depuis « le deuxième jour … de la semaine dernière en fait … »Il fut donc accueillit par une assiette volante, très bien identifiée .C’était la dernière du service de l’aïeule de sa femme .Aie. « Elle me déteste ! Elle me déteste !!!
- Mais c’est pas vrai mais vous allez arrêter de vous battre toutes les deux ? Oui, j’ai eu une fille avant de te connaître ma puce. Mais je le savais pas moi au moment de t’épouser .Je dois bien m’occuper d’elle maintenant que sa mère est partie ! Je dois assumer mes responsabilités…
Devant les regards noirs que les deux ennemies lui lançaient, il se dit que décidément, il avait un karma pourri…
« Tes responsabilités ? TES RESPONSABILITES ? »Shawanna, la douce épouse de Papaillou, avait hurlé ces mots sur un ton des plus…velu .Grande blonde aux yeux verts, aussi large que haute (ce qui n’est pas peu dire), la femme du chef avait une voix et une carrure de cheftaine .Ainsi qu’un caractère de phacochère. « Je m’en vais t’en donner moi des responsabilités ! Vieux bouc puant et flagorneur ! M’imposer cette petite peste ! Sorcière de surcroît ! J’ai pas signé pour ça moi !
- Eh ! Pour qui elle se prend la furie ! Père ! Vous pourriez me défendre !
- Furie ? …
- STOP ! Assez, non de non, ASSEZ ! Je n’en peux plus .Nous devons vivre ensemble. Et si vous continuez comme ça, je vous noie toutes les deux dans la fosse a boue d’Ougou. C’est compris les vipères ? »
Les deux femmes se turent sous le coup de la surprise .Papaillou n’avait jamais élevé la voie depuis que Cucuma était arrivée .Depuis que les hostilités avaient commencé .Shawanna se tourna vers son évier et entrepris d’astiquer les vestiges de son trousseau de mariage .Par la même, la pièce s’assombrit, dominée qu’elle était par l’éminent postérieur de la matronne.
Le regard de Cucuma allait de son géniteur a l’imposante maîtresse de maison .Il passait doucement de la colère a la tristesse .Sa vie était un désastre .Du haut de ses quinze ans, elle dit tout haut ce que tout le monde pensait tout bas : « La vie, c’est une foutue fosse d’aisance. »Sur ces mots, elle se rua à l’extérieur de la masure « familiale », traversa la place du village et s’engouffra dans la végétation luxuriante qui cernait le Yéyégat’land.

Après toutes ces émotions, Papaillou avait décidé qu’une petite retraite consacrée a la méditation (comprenez la pèche) s’imposait .Il se rendit donc sur les berges de la petite rivière qui bordait les champs estien du village, le Kipèt’pu .C’est la qu’on péchait le mieux .A l’ombre d’un vieux saule pleureur, les pieds dans l’onde fraîche et un broc de bière maison a portée de gamelle .C’est donc dans ces forts bonnes conditions que Papaillou s’apprêtait a terminer cette interminable journée .C’était sans compter Bajouba, la délicieuse, mais non moins barjot, moitié de ce satané Ougouroutii. Et c’est d’un ton sombrement mielleux qu’elle s’adressa a lui… « Cher Papaillou, vénéré chef, j’ai deux ou trois choses a te dire .Pour commencer, merci beaucoup d’avoir fait tout ton possible pour rendre mon époux encore plus casse patate qu’il ne l’est habituellement. »Là, il se dit que ses esgourdes n’avaient pas finies de souffrir. « Ensuite, sache que grâce a toi, je viens de passer deux heures sous ce soleil torride a changer sa foutue boue que tu avais si gentiment profanée. »Là, il se dit que y’avait pas que ses esgourdes qui allaient en baver… « Pour finir, la prochaine fois que tu auras décidé de pourrir la vie de quelqu’un, fais en sorte que ce ne soit pas la mienne… »Là le ton n’était plus mielleux ni même sombre, mais plutôt a même de vous décoller les poils du dos…Et pour être sure de bien s’être fait comprendre, elle balança un ragondin, mariné dans la bouse de hyène, en plein dans le tonneau de bière de Papaillou .Sur ce, elle se carapata vite fait, avant que celui qui était tout de même le chef ne reprenne ses esprits et n’exerce son droit a la rebiffade. « MAIS QU’EST C’QUE J’AI FAIS AUX DIEUX POUR MERITER CA ?!!? »Tout la haut dans le ciel… « Ben déjà y’a pas d’ Dieux .Y’a que des Déesse pauv’ truite… »Celle qui venait de marmonner ces mots était la Grande Gardienne des Forces Aquatiques .On l’appelait plus commodément, entre déesse, GG Fa (prononcez djédjé faaa).Et elle ajouta pour elle-même : « C’est d’ailleurs bien dommage parce que certaines d’entre nous apprécieraient bien de varier les occupations… »Et je n’en relaterai pas plus, ce serait inconvenant …

http://songes-du-crepuscule.naturalforum.net/Le-Portail-des-Recits-c2/Fantasy-f7/-p15584.htm#15584
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greenbat
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LionChèvre
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MessageSujet: Re: Cucuma chI   Sam 24 Nov 2007 - 22:57

CHAPITRE II



Cucuma avançait d’un pas rageur dans les sous bois de Yéyégat’land. A force de ruades, elle finit par atteindre la forêt elle-même. La canopée se trouvait à une hauteur raisonnable. Le soleil arrivait encore à opérer quelques percées à travers le feuillage. Ses rayons, en s’écrasant sur le sol, formaient une multitude de tachounettes charmantes. La jeune fille s’assit sur l’une des racines affleurantes d’un Vénérable. Elle se mit à observer ces îlots de lumières qui se mouvaient suivant le va et vient des feuilles dansantes dans le vent. A les fixer ainsi, ils finissaient par former une myriade fabuleuse. Elle aimait la forêt. Elle aimait ses bruits, ses odeurs …
A propos de bruits, elle se focalisa sur un étrange cri. Celui-ci retentissait depuis un certain temps et était resté en périphérie de son audition jusque là. Mais il venait de subir un subtil changement. Son rythme se faisait obsédant. Il commençait à avoir du sens. « Du sens ?! Ca faisait longtemps qu’un truc loufdingue ne m’était pas arrivé. Et pis c’est quoi ce croassement hystérique ?! » Flapitiflap flapitiflop … La bestiole la plus bizarroïde qu’elle ait jamais vu venait de se poser à quelques pas de sa personne. « Hey ! Sister ! Ca groove pour toi ?
- Hein ?
- Ben quoi ? T’as jamais vu une Bat’nouille ?
- Heu …
- Ah j’suis trop tubé ! Bien sûr que non ! J’suis unique moi !
- J’ veux bien le croire… J’veux dire j’espère bien !
- Ah ben t’as r’trouvé l’usage du speak. Cool ! On va pouvoir communiquer, partager nos atmosphères…
- Houlà doucement ! Je suis pas sûre de vouloir partager mon atmosphère avec toi. Et pis c’est quoi une Bat’nouille ?
- De mère grenouille, de père chauve-souris. Je suis un miracle de la nature, un dieu du rythme, un mohican, RASTAFARAIIIII… »
L’énergumène qui s’adressait à Cucuma avait la taille d’un porcelet bien gras, des yeux de crapaud enamouré et un corps de rongeur anorexique juché sur de ridicules et disproportionnées pattes de batracien. Pour parfaire le tableau, ajoutons que deux pauvres dreads se battaient en duel au sommet de son crâne qu’il avait de fort bosselé. « Eh ! Du calme ! C’est pas la peine de me massacrer les tympans ! Sauvage ! Je ne comprends pas UN mot de c’que tu dis ! D’où tu sors bon sang de bonsoir ! Tu ressembles à rien en plus. » La (le ?) Bat’nouille prit un air offusqué. « Restes polie s’il te plait. T’es bien mal embouchée pour une sorcière… » Cucuma resta un instant sans voix. Ce qui n’arrivait pas souvent… « Tu peux répéter ?
- Quoi (entendez CROAAA) ?
- Comment sais-tu ?
- CROAAA ?
- Que je suis une sorcière sale chimère !
- C’est pas la peine d’être désagréable très chère. Tu me comprends. Et même, tu me fais la conversation je te signale. Tu crois que tout le monde en est capable ? »
Le visage de notre amie se décomposa puis se renfrogna. Ce sont les sourcils et le nez froncés, la bouche formant une moue dégoûtée qu’elle reprit, « C’est pas vrai…
- CROAAA ?
- Tu es le premier représentant du règne animal que j’entends.
- … ?
- Que j’entends vraiment …
- … ?
- Alors ça ! Tu ne sais pas tout alors … » Les mots qu’elle s’apprêtait à prononcer lui restaient en travers de la gorge. Ils en étaient même carrément à se planter les jambages de lettre dans la luette d’une Cucuma au supplice … « Oookééé. Tu es le premier, je suis une sorcière, nous sommes liés. Tu es mon Namimal.
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greenbat
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LionChèvre
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MessageSujet: Re: Cucuma chI   Sam 24 Nov 2007 - 22:57

- … ?
- Mais dis quelque chose !
- CROAAA. Je comprends pas vraiment où tu veux en venir là … Lié ? Namimal ? J’ai zappé un truc …
- En tant que Femme de Pouvoir je dois avoir un Namimal. Un genre de guide spirituel, un protecteur… » Pendant qu’elle prononce ces mots, gardez à l’esprit que ces derniers plantent leurs fameux jambages sur toute muqueuse passant à proximité. « Dans ton cas on devrait plutôt dire mascotte... » Cucuma était effondrée. Quel manque de bol. Sale entourloupe du destin. Mauvaise blague du girl power des cieux … « La c’est la totale ! Pauvre de moi ! Bonjour la crédibilité !
- J’ai pas mon mot à dire ? P’têt’ que j’ai pas envie d’être ton Namimal moi !
- Adresse toi aux Déesse mon vieux. On est coincés.
- Les Déesses ? Quelles Déesse ? Et pis d’abord j’croa pas en Dieu moi …
- Tu fais bien, y’en a pas. T’écoutes c’que j’dis au moins ?
- Oh ça va ! Joue pas sur les mots, tu m’as très bien compris.
- Bref. On est dans la mouise.
- Tu l’as dit. »
Le silence s’installa. Ils étaient tous deux tombés dans un genre de catatonie tandis que la cruelle réalité de leur condition s’imposait à eux. La forêt commençait à s’assombrir. La journée se terminait. Le soleil se débinait. La "chose" reprit, « Bon, ben faut qu’j’y aille.
- Moi aussi. » La (le ?) Bat’nouille s’apprêtait à prendre son envol et Cucuma prenait le chemin de la maison lorsqu’ ils se retrouvèrent soudainement propulsés l’un contre l’autre. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’expérience ne se fit pas sans heurts … Un imbroglio de bras, de jambes, de pattes et d’ailes gisait piteusement sur la couverture de mousse de la sylve. « D’accord … » C’est tout ce que Cucuma trouva à dire, alors que Bob (LE Bat’nouille), lui, ne dit rien. Un des bras de Cucuma s’était installé en travers de son gosier. Pour tout dire il bleuissait à vue d’œil. Et j’aime autant vous dire que ce genre de bestiole, quand ça bleuit, ça atteint le summum du Laid. « RhhhhhhhaaaaaArrrrrrghhhhhhhhhhhhhhh …
- Oups ! S’cuses ! » Cucuma se dégagea du tas qu’il formaient. Cela permit à Bob de revenir à la vie. C’est toussant et crachotant qu’il tenta de l’invectiver. « C’était quoi ce merdier ? T’as essayé de m’ zigouiller avec l’un de tes tours de wiccan ? Si tu crois que ça va tout arranger, tu te fourres le doigt dans l’œil ma vieille.
- Calmos l’asticot ! J’y suis pour rien moi !
- C’est ça, j’te croaaa ! T’avises pas de recommencer ce genre de guet append ou j’ te promet qu’ ça va barder … » Tandis qu’il s’égosillait, soliloquant sans fin, il passa du bleu, à un joli violet pré-apoplectique. Cucuma, qui pendant ce temps essayait de rassembler ses abattis, décida de stopper l’avalanche verbale de la bête … « J’ai dis DU CALME ! C’est pas moi, c’est le lien. Et j’ai pas apprécié la blague plus que toi !
- Mouais, c’est ce qu’on dit. » Bob ne hurlait plus. Il se contenta d’adopter un air boudeur des plus affecté. Enfin, se résignant, il reprit la « conversation » de façon plus zen, « Bon, aller, on fait la paix. Je m’appelle Bob au fait. » Cucuma, qui en avait soupé des hurlements, bagarres et autres réjouissances, prit les choses en main. « Enchantée Bob. Tu vas devoir me suivre mon p’tit gars.
- J’avais compris. J’espère que t’as un grenier avec vue.
- Je croyais que les chauves souris préféraient l’obscurité.
- Naaaan. Sauf la nuit. T’oublie mon coté grenouille. A propos il me faudra une mare à remous …
- Et puis quoi encore ?
- Ben oui quoi ! Et des commodités sous ma branche à dodo aussi. J’ai tendance à m’oublier la nuit…
- Quoi ?! » Et c’est en se chamaillant qu’ils prirent ensemble le chemin du village.

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