Les Songes du Crépuscule
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La Plume et l'Ecritoire

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Drizzt
Ecrivain


TaureauRat
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MessageSujet: La Plume et l'Ecritoire   Dim 16 Mar 2008 - 0:43

Oyez ! Oyez ! Braves gens l’histoire tragique du Poète Oublié !
Venez gentes dames et puissant seigneur !
Contre le gîte et le couvert, ou même quelques modestes piécettes, Akaran apportera la lumière de la connaissance dans vos esprits et la chaleur du sentiment dans vos cœurs !
Mais je vois que vous savez vous montrer généreux. Alors soit, laissez-moi vous narrer cette tragédie !

Il était une fois en le Royaume du Sandorne, un jeune homme rêveur qui désespérait ses parents.
Les braves gens essayèrent d’en faire un cultivateur mais il ne possédait guère de force ou d’habileté. Quand il lançait des semences, il les dispersait mal et les oiseaux venaient s’en repaître.
Alors on tenta d’en faire un chasseur. Mais le gars était couard et il confondait le bruit du vent avec le hurlement du loup.
On résolut d’en faire un sonneur de cloches mais le coquin s’endormait régulièrement après avoir goûté la bonne chère du monastère.
Lui-même était bien malheureux.
Sa grand-mère s’interrogea et suggéra au brave couple de parents de demander son avis au garçon.
Celui-ci n’aimait que la rêverie et les livres.
Alors on en fit un écrivain public. Il avait trouvé sa voie.

Le temps passa. Les parents quittèrent ce monde et leur fils hérita de leur demeure. La devant sa cheminée dans laquelle un feu rougeoyant crépitait durant les longues soirées d’hiver, l’écrivain recevait sa clientèle. Il rédigeait des lettres de doléances au seigneur du château, mettait la dernière touche à des faire-parts de naissances, de mariages, des actes de décès.
Cependant, il aspirait à autre chose. Quelque chose de plus grand. Il se rêvait poète.
Toutefois, tant d’années passées à faire office de tâcheron avaient anéantit sa créativité.
Les vers, tout comme les récits épiques, rien de tout cela ne lui venait à l’esprit.
Sa frustration se fit de plus en plus grande.

Mais un soir de printemps, on frappa à la porte de sa chaumière. Une vieille femme se tenait devant le seuil. Elle avait pour seul bagage une sorte de petite caisse de bois qu’elle tenait à pleines mains. Curieux bagage en vérité !
Notre homme lui ouvrit volontiers la porte. Il lui servit un repas chaud et lui tint même la conversation. La visiteuse n’était guère loquace mais au moins elle montrait une oreille attentive.
Durant tout le dîner, l’hôte ne quitta pas la caisse des yeux.
A la fin du repas, l’étrange apparition voulut remercier son bienfaiteur.
Ceci est pour vous ! lui dit-elle en désignant la boite.
Un bruit de grattements se faisait maintenant entendre. Quelque chose de vivant s’était réveillé dans le contenant.
La vieille femme remercia notre besogneux écrivain, passa la porte et disparut dans la nuit.
L’âme charitable se retrouva seule devant l’étrange présent.

Un ange passa…
Finalement, la curiosité l’emportant, il ouvrit la boîte avec une lame qu’il avait sous la main.
Sa surprise fut grande, à peine avait-il descellé le couvercle qu’une forme colorée surgit du contenant et alla se poser sur le chambranle de la cheminée.
Notre ami avait devant lui un représentant de la légendaire race des oiseaux-lyres.
Il y avait un parchemin collé sur une des parois du récipient. Mais notre homme connaissait parfaitement le mythe.
Le légendaire oiseau-lyre, celui qui donne l’inspiration aux poètes !
Quelle chance ! Quelle aubaine !
L’homme s’approcha du volatile et lui caressa doucement la crête durant de longues minutes.
Puis il émietta du pain dans une écuelle qu’il lui donna à manger.
L’oiseau émit un roucoulement de satisfaction.
Notre bienheureux le contempla longuement, assis sur une chaise. Il lui installerait un perchoir de bric et de broc dès le lendemain matin. Mais le sommeil gagna notre ami et il alla se coucher. Il veilla à fermer bien les portes et les fenêtres de peur que l’oiseau ne s’enfuit

Vaine précaution car l’animal savait bien qu’il était un présent.

Le lendemain, au réveil, l’homme comprit qu’il n’avait pas rêvé. L’oiseau était toujours là, trônant cette fois-ci sur le dossier d’une chaise.
L’écrivain public le nourrit de nouveau. Il lui donna cette fois-ci un reste de lard dont il fit son petit déjeuner. L’oiseau l’avala avec délice.
Un peu plus tard dans la matinée, l’homme qui rêvait d’être poète décida de vérifier l’exactitude de la légende.
Délicatement, il extirpa une plume de la collerette de l’oiseau et la tailla finement.
Il s’installa à sa table de travail, déplia son écritoire, se munit d’un encrier et d’une feuille de parchemin et trempa la plume dans l’encrier.
La magie opéra. L’inspiration venait toute seule. Les idées dansaient dans son esprit. Sa main, d’abord fébrile, prit de plus en plus d’assurance au fur et à mesure que les mots puis les lignes s’accumulaient.
Des sonorités exquises, des vers raffinés ! Quelle extase ! L’écrivain en fut bouleversé.

Le jour suivant, il prit son courage à deux mains et alla versifier sur la place publique. Très vite une foule de curieux appâtés se massa autour de lui.
Les hommes disaient entre eux : « Décidément, cet homme a de l’esprit ! »
Les femmes sentaient monter des bouffées de chaleur en elles à mesure qu’il leur contait les tourments de l’amour. Certaines s’évanouissaient même !
Les gosses rêvaient en écoutant ses ballades épiques. Plus tard, munis d’épées de bois, ils reproduisaient les exploits des héros antiques qui avaient pénétré leurs oreilles mais pas uniquement celles-ci.
En fait, celui qu’on nommait désormais à 50 lieues à la ronde le plus Délicieux des Poètes touchait directement aux esprits et aux cœurs.

Le seigneur local fut rapidement charmé lui aussi. Il organisait régulièrement des soirées où le Poète brillait toujours.
Très vite, la réputation du Poète parvint à la connaissance du Roi. Il le fit mander et lui commanda une Geste à la gloire de sa Majesté.
Et tous les soirs, le Poète écrivait. Régulièrement, il arrachait une plume à l’oiseau-lyre, quand la précédente se révélait trop abrasée.
Il n’avait pas de soucis à se faire, le plumage repoussait tout aussi vite.

Et des rimes d’une précision parfaite s’engrangeaient tel le grain dont on fait les corps.

Au jour dit, le Poète se produisit devant la Cour.
Une fois de plus, il obtint un triomphe. Les troubadours et les ménestrels officiels du Monarque en furent bien attristés, néanmoins, ils reconnaissaient le talent inégalé du Poète.
Le Roi fut conquis
Il dit, avec la réserve habituelle due à sa personne : « Vos mots sont des biens précieux. Ils sonnent fort justes et nous ont bien plu. »
Le Monarque, qui souhaitait l’avoir à disposition, lui accorda un petit domaine à proximité en remerciement pour ses bons services.

Le Poète voulut ensuite égaler les conteurs des temps anciens.
Il produisait sans cesse de nouvelles merveilles. L’oiseau roucoulait sur son perchoir en bois précieux.
Le Poète disposait toujours de plumes.

Toutefois, alors qu’au commencement, il ôtait les plumes de l’animal avec d’infinies précautions, cela devint à l’usage routinier et il les arrachait maintenant sans ménagement.
De même, il ne prenait plus le temps de caresser l’oiseau.

Les succés et les éloges continuèrent pourtant pendant encore un temps. On le recommanda pour un fauteuil à l’Académie. Il fut élu sans discussion à l’unanimité des voix.

Pendant ce temps, l’oiseau commença à dépérir. Son chant se fit plus rare et son plumage prit une teinte plus sombre.

L’Académicien passa ensuite de plus en plus de temps dans des réunions où se rencontraient les plus hautes sommités du monde des lettres.

Le doyen de l’Académie le convoqua dans son bureau pour lui annoncer une grande nouvelle.
Le plus illustre sculpteur du pays, celui du Roi, allait lui ériger une statue monumentale devant l’entrée de l’Académie.
Le Poète était aux anges. Enfin, la consécration suprême.

Il rentra tard ce soir-là dans son vaste domaine. Il ne prit même pas le temps de saluer ses serviteurs et autres laquais. Il se rendit dans sa pièce réservée, son cabinet d’écriture
A peine avait-il pénétré en ce lieu, qu’il ressentit comme une sensation angoissante de malaise profond. Quelque chose avait changé !
Oui mais quoi ?
Il se munit d’un chandelier en argent massif, l’alluma et le porta devant son regard.
Et là il fut pris d’un tremblement irréfréné devant le spectacle d’horreur qui s’offrait à lui.
L’oiseau-lyre gisait là, à même le sol, inanimé
Le Poète se précipita, se saisit de l’oiseau et le serra dans ses bras.
L’homme pleura. Une larme coula sur la tête de l’animal. Mais il était désormais trop tard !
L’irréparable s’était produit.
Le Poète avait oublié de nourrir le volatile !

La suite fut rapide à deviner. Le Poète connut une longue déchéance.
Il dilapida toute sa fortune pour lancer des expéditions douteuses qui devaient lui ramener un autre oiseau-lyre. En vain !
Il commit un impair à la Cour et fut disgracié. La honte fut telle qu’on rayait son nom des tablettes et l’on déboulonna sa statue.
Il mourut dans la misère la plus grande et l’oubli le plus total !
Ainsi se termine cette tragique histoire, noble seigneur !

Voulez-vous en connaître la morale, prestigieuse assemblée ?
Oh oui, charmant ménestrel ! gloussa la fille du seigneur visiblement séduite
Confiez-la nous, plaisant troubadour soyez assuré que nous en ferons bon usage ! clama son père
Ecrire des vers est un noble art mais si l’on oublie de nourrir son jardin intérieur, l’art se fane !
Voila qui est plaisant et bien dit ! Qu’on donne l’obole à ce brave !

Le troubadour remballa son luth. Le seigneur lui avait fait préparer une couche. Il ne tarda guère à s’y rendre mais auparavant il avait un rituel à accomplir. Chose à laquelle il ne dérogerait pas. Sous aucun prétexte !

Parmi son baluchon. Il y avait une cage. Le troubadour l’ouvrit et se saisit du volatile qui y logeait.
Et le troubadour caressa affectueusement l’oiseau-lyre.
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Drizzt
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TaureauRat
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MessageSujet: Re: La Plume et l'Ecritoire   Dim 16 Mar 2008 - 0:45

Pour en discuter, c'est ici :

http://songes-du-crepuscule.naturalforum.net/fantasy-f7/discussion-sur-la-plume-et-l-ecritoire-t1374.htm#25273
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