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Kellen Scribouilleur

  Age : 23 Inscrit le : 15 Mar 2008 Messages : 46
| Sujet: Le saut de l'ange. Lun 17 Mar 2008 - 23:56 | |
| Allez je me lance : Suivant les conseils de quelqu'un de vraiment adorable et de bons conseils sur un autre forum, je me permets de vous faire lire un de mes textes favoris pour avoir vos avis et vos conseils.
Mais je vous préviens, j'écris pour me détendre, me faire rêver, ce n'est pas du grand art ni même de quelconques prémices à de futures ambitions littéraires. Je n'ai absolument pas confiance en moi à ce sujet là et n'en possède pas les qualités requises. Mais je voudrais m'améliorer pour moi même, pour continuer à me surprendre et à m'évader.
De plus, j'ai un style un peu particulier . Ce texte a une musicalité propre à lui même, un rythme qui lui fait prendre tout son sens. J'essaye de travailler ce côté poétique, de le rendre moins obscur, mais j'aurai besoin de conseils, de tous les conseils que vous pourrez me donner si vous avez le temps de lire évidement, car c'est un texte un peu long.
Je vous en remercie d'avance et vous souhaite une bonne lecture. 
Voici le lien du sujet de discussion :
http://songes-du-crepuscule.naturalforum.net/fantasy-f7/discussion-sur-le-saut-de-l-ange-t1377.htm
Le ciel se couvre de nuages aux couleurs de soie violine, teintant le monde de reflets pourpres et irisés de suie. Il ne fait ni nuit, ni jour, le temps est en suspend, entre l’instant d’avant et celui d’après, résistant au moindre changement. Mon monde est ainsi, entre lumière et ténèbres, jamais il ne s’altère. Les saveurs sont sucrées sans être piquantes, les couleurs sont fanées sans s’effacer. Douceur de vivre ou lenteur à mourir, tant de bruits circulent à ce sujet que le monde est monde sans l’être pour tout le monde. Ce que je vous apprends doit sûrement vous surprendre, tant vous autres, êtes habitués aux contrastes et distinctions qui vous permettent de poser des étiquettes sur le monde et votre quotidien. Pourtant, ici, en ce pays, point d’implacable et de fatalité. Nous créons, nous imaginons ce qui doit être protégé. Notre inspiration, flamme de vie en nos cœurs gelés, réside en ce sens-là, celui de la conservation, de la préservation. D’où notre monde en suspend, notre désir ardent à la patience. C’est ainsi et pas autrement.
Je me nomme Eithne, feu de glace brûlante dans un corps d’enfant. J’ai l’impression d’avoir déjà vécu plusieurs vies, tant le temps s’étire en ce monde. Pourtant, je n’ai que dix ans, et ne grandit plus désormais, simple corps d’enfant et esprit, malgré cela, encore grandissant. C’est une règle en ce monde, le temps décide de notre croissance. C’est inscrit en filigrane d’argent en notre esprit, enroulant ses chaînes d’entrave au cœur même de notre sang. Lorsque l’heure arrive, car malgré l’instant qui peut durer mille ans il arrive, cesse l’évolution de nos traits et s’incarne alors l’éternité de notre apparence. Je suis donc une petite poupée de dix ans, aux yeux sombres et profonds, aux mains potelées, réminiscence de l’enfance et à la peau dorée, parcheminée de taches de sons. Cependant, malgré cela, chacun en ce monde sait qui je suis, protégée d’un des deux enlumineurs restant en ce pays, seigneur Barachiel, comme on le nomme ici et père comme je le nomme moi-même. Les enlumineurs de mon monde sont un peu particuliers, car bien qu’ils exercent à la base le même travail que les doreurs et maîtres dans l’art de rendre une page plaisante, ils exercent aussi une toute autre affaire qui force le respect. Mais nous verrons cela plus tard, lorsque je vous amènerai chez mon père. Plus tard, oui, mais cela viendra en son temps, lorsque celui-ci daignera se faufiler et s’étirer comme il se doit, comme il le sent. Bientôt...
Observez plutôt le paysage de cette ville que l’on dirait sculptée dans de fines broderies aux décors subtils. Les maisons se succèdent toutes avec grâce et délicatesse, incarnation de l’élégance des frontons azurés de bronze jusqu’aux balcons brodés d’arabesques d’un autre temps. Les fenêtres, aux vitres telles des eaux noires, sont autant de miroirs qui font perdre repères et marques. N’espérez d’ailleurs pas vous diriger et vous retrouver seuls au sein même de cette perle aux délices, vous ne pourriez jamais tant vos sens seraient désorientés. C’est là une des nombreuses natures vénéneuses de cette parure citadine au cœur d’un désert vide, elle ensorcelle sans appel. Moi, je n’y suis pas sujette, car je suis née en cette ville. Je suis, comme vous le dites si bien, immunisée, et comme nous le disons si effrontément, avidement envoûtée. Certains de mon peuple y voient un paradoxe, je préfère y voir une simple coïncidence de langage. Ne souriez pas, je n’ai jamais en effet fait mention d’une quelconque innocence, nous sommes pervertis par notre propre suffisance, mais qu’en est-il de vous ? Poursuivons donc. Rues, avenues, ponts, tout n’est que toiles d’araignée fines et précieusement dessinées. On m’a raconté que vos protégés sculptaient à partir de matière, rongeant et tronquant pour former, créer. Nous, nous faisons tout autrement. A partir de rien, nous employons nos talents, notre inspiration, poussières de plumes éthérés pour engendrer, c'est ce que l'on dit. L’absence nous permet de nous renouveler sans cesse. De rien, nous produisons ces formes qui suggèrent plus qu’elles ne désignent. Car il n’est pas de plus grand art que de plaire à tous et de laisser parler l’imagination de chacun en toute liberté. Nous n’imposons pas, nous offrons… Voilà le secret de cette cité que l’on dit emprisonnée entre les mondes, entre les voiles qui séparent les réalités. Elle est belle, car elle revêt pour chacun son propre canon de beauté. Elle n’emprisonne pas le corps, juste les sens… Plus perverse que le sentiment de l’amour naissant. Pourquoi ? Je l’ignore. Nous sommes nés ici, cette cité fait partie intégrante de notre raison, où voulez-vous que nous allions ? Nulle part, ici est notre maison. De plus personne ne peut venir à nous, sauf peut-être de temps à autre, en quelques rares occasions, des êtres très particuliers ou des gens comme vous… D’ailleurs qui êtes-vous ? Peu importe de toute façon, si vous êtes là, avec moi, c’est qu’il y a une raison. Bref, la beauté de cette cité n’a d’utilité que pour notre ravissement. Nous en sommes heureux, éperdument amoureux. Voilà que nous arrivons près de ma maison, dans le quartier des enlumineurs renommés. Ecoutez le silence entrecoupé de soupirs. Intriguant, fascinant. Mon père travaille en cet instant. Je le sens, car déjà mon imagination s’enivre de ces nouvelles inspirations. Peut-être vous-mêmes y êtes vous sensibles, car la poussière de plume est de loin le venin le plus puissant pour embraser l’esprit. Suivez-moi, je vous ai raconté tout ce que je savais. Mais si vous venez avec moi, je le sens, je le sais, vous en apprendrez bien plus que ce que je ne peux connaître pour le moment. Non, je ne vous ai pas menti à propos de mon père ou de ces êtres particuliers qui tombent parfois du ciel, j’ai juste attisé la curiosité de vos sens, par l’inspiration. Ne sous-estimez jamais cette émotion, surtout en ce monde. Elle est la clef de notre secret et malgré le travail de mon père, j’ignore encore quelle porte ouvrir avec ce sésame. Alors vous me suivez ?
[...]
Ainsi, vous avez accepté de continuer. J’en suis, je dois l’avouer, rassurée. Un mystère comme celui-là ne peut se résoudre qu’à plusieurs. Car cela fait des années que je cherche la clef de ce mystère qu’est celui de mon père et depuis toujours il me demeure muet, invisible. Avec votre aide, ou du moins votre présence, peut-être saurai-je enfin ce qui doit rester scellé par le secret.
Il y a quelques jours, un éclair dans le ciel a foudroyé notre monde. Une lumière évanescente a aveuglé notre vision et nous nous sommes tous réveillés le lendemain, angoissés. Puis le cours des choses a repris normalement, comme si rien ne s’était passé. Le pouvoir de l’inspiration voyez-vous. Une fois qu’il est animé, nous n’avons de cesse de créer ou d’imaginer ce qui saurait nous fournir satisfaction. Mais intérieurement, je sais que mon père a quelque chose à voir avec cela. Voyez vous, derrière cette porte au bout du couloir, se trouve l’atelier de mon père, là où il passe presque tout son temps, quand il ne dort pas. Cela fait des siècles qu’il exerce son travail, je ne compte plus les heures où il n’a pas été en ma présence. Par contre, je peux très bien vous dire combien d’heures il a été présent… Malheureusement. Passons… Nous avons autre chose à faire. Ainsi, il me faudrait traverser ce couloir et cette porte pour découvrir ce secret que le monde entier désire s’approprier. Il n’y a que la nuit où je peux m’introduire dans son atelier, mais dès le moment où mon père passe la porte, le sommeil nous emporte, irrépressible. Il me faut donc trouver une solution pour éviter de sombrer dans les bras de Morphée. IL est certes sombre et doux, fascinant de beauté, mais un amant aime qu’on se fasse désirer. Ne me regardez pas ainsi, je vous l’ai dit. On me donne dix ans, mais mon corps d’enfant recèle un esprit vieux de plus de mille ans, toujours grandissant. Acceptez-le.
Voici mon plan, l’inspiration (ou la folie ?) a eu le temps de grandir elle aussi en moi, de m’apporter les imperceptibles variations de l’ambition, émotion poignante qui vous emporte dans l’inconscience. Quelqu’un doit se substituer à moi. Vous êtes un petit groupe, j’ai remarqué parmi vous, un enfant. Mais je sais que tout comme moi, son corps d’enfant cache une puissance qui n’ose se dévoiler. Métatron, dites-vous, qu’il s’appelle. C’est un joli nom. Ainsi Métatron prendra ma place, l’inspiration ne fait pas de différence. La poussière de plumes a ses habitudes. Elle ne fera pas de distinction entre vous et moi Métatron, elle vous inspirera des rêves et songes d’un autre temps, de l’autre côté d’un monde qui nous est inconnu. Vous serez en sécurité. Il vous faudra juste agir comme moi, et vous coucher à ma place dans mon lit. J’espère juste que cela fonctionnera… L’inspiration ne m’offre que les opportunités, c’est à moi de les concrétiser. Le plus dur va être de se synchroniser, car comme je vous l’ai dit, en ce monde, il n’existe point de jour ni de nuit, seulement l’interstice. Il est donc difficile de se repérer. C’est plus une intuition, un pressentiment, rien de concret. Vous, vous avez des repères, des objets qui indiquent ce que vous désirez, nous n’avons pas ce genre d’outils ici-bas ou là-haut, comme cela vous sied. Il va donc nous falloir attendre, anticiper. Mais, votre venue est annonciatrice de changements, un de nos oracles l’a prophétisé. Ecoutez, chut… Sentez-vous l’ambiance changer, se teindre insidieusement de promesses aiguisées par le couperet de l’échéance. Je le ressens, la ville aussi l’entend. Elle chante, un langoureux soupir d’envie, avide de s’abandonner, pour une fois, d’observer. Vite, il est temps. Métatron, suis moi, vous autres, emboîtez aussi le pas. Il nous faut être rapide, l’inspiration n’attend pas, elle prend, jamais à temps, juste quand c’est le moment. Les couloirs sont sombres, comme si la nature même des pierres s’étiolait. Poésie d’illusion qui fait partie des talents immémoriaux de mon pays. Je vous l’ai dit, suggérer plus qu’imposer, inspirer plus que forcer. Voilà ma chambre, Métatron installe-toi, vite. Non tu dois te coucher de cette façon, voilà… comme ça. Vous autres, surveillez le, je dois me dépêcher. Ne vous inquiétez pas, mon père ne viendra pas. Il ne vient jamais. Avant, il venait, mais plus désormais. Peut-être m’a-t-il oublié. L’inspiration corrompt vous savez, nous ne sommes pas innocents. Nous ne l’avons jamais été. Peut-être autrefois, oui peut-être, quand les anges venaient… Restez là, je reviendrai.
[...]
Suite après, mon texte étant trop long. _________________ Sonorous to my ears are the words form'd by thy tongue, Conquer me! - Waylay me! - Swathe me 'twixt thy arms! Make me sense the wine which is drunk by queens, And let it flow white and full in tast o'er my lips.
Dernière édition par Kellen le Jeu 20 Mar 2008 - 15:45, édité 8 fois |
|  | | Kellen Scribouilleur

  Age : 23 Inscrit le : 15 Mar 2008 Messages : 46
| Sujet: Re: Le saut de l'ange. Lun 17 Mar 2008 - 23:57 | |
| Le couloir s’étire en longueur. Comme le temps, il semble dénué de saveur, long filet sans vie, ondulant tel un serpent prêt à mordre, simulant le repos pour mieux surprendre et prendre. J’avance, faisant attention de marcher bien droit, évitant tout contact avec les murs, parois aux chaînes qui cliquettent prêtes à m’enserrer dans un long baiser… J’arrive enfin au bout du couloir, l’instant est en suspend, comme en attente. Un vide indicible m’envahit, prémices de l’inspiration qui s’invite et s’insinue dans mon sang. Je réprime un tremblement et fait tourner la poignée de la porte avec douceur, profitant de ce moment. Il n’y a pas de sécurité de toute façon, il n’y en a jamais eu. Que voulez-vous, notre nature même nous empêche de traverser l’inconnu. Nous sommes soumis à ce qui nous est du, à cette habitude que nous avons de nous complaire dans les délices de la patience. Mais je ne suis plus patiente, j’ai trop attendu… feu de glace brûlante dans un corps d’enfant. J'ai réussi et ne me suis pas endormie.
La pièce dans laquelle je pénètre est lumineuse, sans pour autant aveugler. Je m’avance, frêle silhouette parmi l’insondable. Sur le côté, je distingue un bureau aux angles arrondis, d’ébène anthracite, tissé d’incrustations de diamant dont l’éclat est sourd, presque atténué. Rien de clinquant, je sais que c’est le simple fait de pénétrer dans une pièce qui m’a été interdite pendant tant d’années qui me fait demeurer fascinée. Un pot d’encre de chine, sombre, eau noire sans vie, repose sur le côté droit de la table, prêt à servir. Je m’approche. Quand un cliquetis retentit. Indistinct, étouffé, je crois avoir rêvé. Mais curieuse et je dois bien l’avouer, inspirée, je me retourne. Mes yeux s’agrandissent de surprise, mes mains cherchent une prise sur laquelle s’appuyer, mes jambes flageolent, fébriles. Il est là, il me regarde. Ses yeux d’encre marine, profonds, terribles, me percent de leur rayon incisif. Je sais que quoique je fasse, jamais, je ne guérirai de cette blessure-là. Il étire un sourire doux, presque moqueur. Pourtant, il repose là, à terre, enchaîné, les mains pendues au fer, impuissant. Je m’assois devant lui, intriguée, maintenant que j’ai recouvré mes esprits.
- Qui es-tu ? est ma première question, bien que de nombreuses autres s’imposent à moi alors que ma voix s’élève, presque étrangère. - Quelle serait ta réponse à cette question ?
Sa voix résonne en moi comme un poison, s’insinuant dans mes veines avec passion.
- Je l’ignore. ( Ce n’est que mensonge et je le sais bien. ) - Les êtres tels que toi ne mentent pas. Ce monde n’a pas été crée pour retenir le mensonge. Il a été imaginé pour justement engendrer l’inspiration. - Quoi d’autre ? m’enquis-je avec ferveur, apercevant au loin l’éclat d’une vérité. - Mais l’inspiration ne donne pas forcément toutes les réponses, n’est ce pas ? se moque t-il. - Non, est ma réponse, presque de mauvaise grâce. - Et donc tu es là. Je suis surpris que personne d’autre que toi ne sois venu avant. Etes vous donc aussi aveugles ? - Nous sommes patients… Cela est différent. - Vous n’êtes pas patients, vous oubliez, voilà qui est vraiment différent. Le temps s’étire sur vous et vous arrache la moindre parcelle de souvenirs d’antan. Voilà pourquoi vous créez autant, c’est pour combler ce manque. - Qu’oublions-nous ? - De nombreuses choses, entre autre de vivre… - On ne peut pas dire que tu sois bien placé pour en parler, ainsi enchaîné au vide d’une existence délitée. - Ne crois pas cela. Vous subissez, vous vous soumettez, vous ne faites rien contre, est ce la vivre ? Vous n’avez jamais commencé, moi j’ai essayé. - Et, vous êtes là maintenant. La vie vaut-elle donc ce sacrifice ? l’interrompis-je. - La liberté oui… - Raconte-moi !
Il m’observe alors, penchant sa tête avec négligence, les yeux froncés et malgré cela, toujours beau, magnifique, terrible.
- Tu es venue pour des réponses, tu es différente.
Je hoche la tête, acquiesçant à la première partie de sa phrase et ignorant la seconde, de peu d’importance à mes yeux. Ma différence ne réside que dans son regard qui je le sens, corrompt et dissout les doutes.
- Tu veux connaître la vérité, le secret de votre monde. Pourquoi et comment vous vivez sans vivre vraiment. - J’étouffe de ce secret, il me paralyse... - C’est la vie, tu commences à vivre. Petit à petit, tu essayes. - Comment le sais-tu ? - Parce que je sais tout de vous. - C’est impossible. Il te faudrait… - C’est ainsi, ne cherches pas. Je sais. Je vous ai observé autrefois, votre travail est si précieux, si fascinant. Vous ne savez rien, ne vous inquiétez de rien et pourtant vous créez, inventez, imaginez. C’est étonnant. - Pourquoi oublions-nous tout ? l'interrompis-je encore. - Parce que vos souvenirs sont un fardeau. Il est pour d’autres. Pour moi par exemple. - Tu mens, tu te joues de moi. - Je ne dis que la vérité, la vérité est rarement belle et touchante, aisée et agréable à accepter. Tu la cherches, tu la touches à peine du doigt et tu esquives son contact. Ton peuple est lâche. Pourtant, votre tache est admirable. Je ne peux le nier.
Un silence glacé s’installe entre nous. Il se moque de moi, parce que je suis une enfant, parce que j’ai osé, inconséquent esprit brûlant. Finalement, j’ose lui poser la première question qui s’entremêle à toutes les autres de façon répétée, obsédante.
- Qui sont les enlumineurs ? - Très bonne question. Mais si tu veux la vérité, il va te falloir éviter toute lâcheté… De plus pour une réponse entière, il te faudra poser la seconde qui t’ennuie…
Je lui lance un regard courroucé.
- D’où provient l’inspiration ? - N’en as-tu aucune idée ? - Je ne serai pas là sinon… - Ne crois pas ça. Souvent, l’inspiration vous invite à voir clair, c’est inévitable. L’inspiration fertilise votre imagination, mais par un intéressant procédé, souvent vous écartez la moindre parcelle de réponse à vos questions. - Je n’avais pas de réponse, juste des questions… - C’est déjà beaucoup. Voilà où cela t’a mené. A moi, prisonnier. - Pourquoi es-tu prisonnier d’ailleurs ? - Cela est en partie l’une des réponses à tes questions. Par nécessité selon certains, par punition, selon moi. J’ai osé, j’ai défié et donné mon opinion, cela n’a guère plu. - C'est-à-dire ? - La liberté de choisir, voilà ce que je voulais. La connaissance pleine et entière pour choisir de demeurer sous un joug ou de se libérer et d'assumer. - Est-ce cela vivre ? - Pas pour certains. Je t’ai dit que pour moi, vous ne viviez pas, soumis et enchaînés comme vous l’étiez sans vous en rendre compte, sans avoir le choix. Vous devriez avoir le choix pour moi. Chacun devrait. Je l’ai eu, je l'ai pris, et bien que ma punition soit dure, je l’assume. - Mais tu seras libéré un jour. - Non, chaque plume qui part en poussière me vole un peu de ma vie, de ma liberté… D’autres avant moi ont essayé, bien évidement. Tu te souviens bien avoir vu de nombreuses fois depuis que tu es là des éclairs dans le ciel ? - Oui, en effet. Tu veux dire que d’autres comme toi sont venus avant toi ? Que vous êtes ces êtres qui tombent du ciel ? - Oui, nous sommes déchus, jetés à terre, entre ciel et terre. Ceux d’en bas, sont protégés ainsi. Car apparemment les autres ont peur. Ils nous punissent en nous volant notre liberté et notre vie, en nous enchaînant jusqu’à la mort dans ce monde-ci. Les enlumineurs, êtres qui ne sont pas de ton monde, mais du mien, nous arrachent les plumes de nos ailes pour écrire alors la marche du monde, le destin, l’avenir. Ils vous inspirent par ceci, car lorsque les plumes écrivent, elles brûlent, s’abîment en poussières et s’envolent dans l’air que vous respirez, s’engouffrent dans le sol qui est alors fertilisé, se disséminent dans l’eau qui est alors empoisonné de rêves et de créations nouvelles, pour vous, vos esprits et votre âme. Vous ne faites qu’obéir et subir. - C’est donc cela le secret… Mais à quoi cela sert ? - Par vous, les hommes sont inspirés, vous êtes leurs anges gardiens, leurs muses, leurs songes et rêves, ils sont aussi soumis à votre pouvoir de façon diluée, imprécise. Mais ils sont aussi protégés de nous, déchus que nous sommes. Car jamais nous ne pourrons les aider si nous sommes tués en ce monde, entre ciel et terre. A mi-chemin...
Cette vérité m’effraie, mais désormais je sais. Je comprends et un sentiment de rébellion s’insinue en moi comme un poison. Corps d’enfant, mais esprit ardent, j’ai subit trop longtemps. Je m’approche de l’homme et souris tout en lui arrachant une plume de ses ailes d’argent. Il me sourit en retour, il a compris. Je respire ensuite profondément et commence à écrire sur mon bras. Une souffrance indicible s’empare de moi, car le pouvoir est grand d’utiliser ces plumes, il s’empare de soi et broie. Mais je continue et alors que je sombre presque dans l’inconscience, deux bras m’enserrent avec force et douceur. Je l’ai libéré. Mais je n’ai pas fait que cela, j’ai changé. Mon corps d’enfant de dix ans, je ne pouvais plus le supporter. A la place, j’ai grandit de dix années, fleur empoisonnée, glace brûlante, ardente à se venger.
- Tu as choisi, tu as commencé à vivre pleinement, mais as-tu conscience de ce que tu as fait ? - Je suis libérée, j’ai choisi, je t’ai choisi… Maintenant, allons-nous-en.
Je l’entraîne alors et rebrousse chemin. Le couloir n’est qu’illusion désormais, nous courrons, nous voulons partir, nous ne voulons plus subir. Je vous croise en chemin, mais ne vous regarde même pas. Vous étiez des esprits charmants, anges de lumière trop fiers pour se rendre compte que je n’étais plus innocente. Pourtant je vous avais prévenu. Vous saviez ce que j’allais sûrement faire, et vous m’avez laissé faire. Vous m’avez laissé la liberté d’agir. Je ne l’oublierai pas. Merci. Un jour je vous demanderai pourquoi.
Nous courrons toujours jusqu’aux murailles de la ville, là où on m’a toujours dit que le monde s’arrêtait, que le vide seul était. Il m’attrape et je me loge dans ses bras, ses ailes n’ont pas été trop abimées malgré la punition. Son vol est léger, magnifique. Nous survolons les murs sans portes ni frontières, nous dépassons l’interstice. Au loin, j’aperçois un monde nouveau, tout en bas, fragile, fébrile.
- Je ne t’ai même pas demandé ton nom. Quel est-il, toi que j’ai délivré ? Le premier ange déchu qui ait survécu ? - Lucifer, je m’appelle Lucifer, le porteur de lumière.
C’est ainsi que moi, Eithne, désormais femme de glace et de feu, ait libéré Lucifer, le diable comme vous l’appelez désormais. Nous sommes tombés longtemps, notre saut, le saut de l’ange, fut terrifiant, libérateur. Mais la légende ne retiendra que son saut à lui. Le mien, celui d’un petit chérubin, fut oublié. Après tout, lui seul a conservé l’inspiration que chaque ange peut offrir au monde. Mon saut, ma chute, m’a dépossédé de mes dons, mais à travers lui, que j’inspire toujours, peut-être, j’aime à le croire, je vous inspire encore. _________________ Sonorous to my ears are the words form'd by thy tongue, Conquer me! - Waylay me! - Swathe me 'twixt thy arms! Make me sense the wine which is drunk by queens, And let it flow white and full in tast o'er my lips. |
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