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orque fou Anthologiste

  Age : 20 Inscrit le : 03 Juin 2006 Messages : 424
| Sujet: Nainphomanie Mar 22 Avr 2008 - 11:34 | |
| | Citation: | | Sans être pornographique, ce texte, par ses allusions osées, peut choquer le jeune lecteur. Je recommande donc d'avoir au moins 16 ans avant de le lire. ( sauf si vous êtes le fils de rocco siffredi...) |
L'annonce était parue un soir, sans que rien ne la laisse présagér. Elle était d'abord restée inaperçue jusqu'à ce qu'un gamin un peu plus éveillé que les autres remarque une des affiches en rentrant de l'école. Plaquée au bas d'un mur, rédigée sur un bout de papier déjà usé, abimée par les intempéries de la journée, elle aurait pu tout à fait ne jamais être lue. D'autant que, étant donné la nature de ses auteurs, on ne pouvait guère s'attendre à la voir plus haut. Elle disait ceci :
Messyres citoyens de Parousse, nous, naines de la guilde dei prostitueis deiklarons nous meittre en greive dei ce soir et jusk'a ce ke nos exigences soient satisfeites. Nous voulons donk une ogmentation dei tarifs, une prautektion kontre lei abus du guei et la citoyeinetei paroussienne. Sinon, n'attendei plu rhiein de nous.
D'abord, le gamin se mit à rire, corrigeant machinalement les fautes d'orthographe. Puis, après avoir fait le tour des fautes et constaté que même lui, un cancre aux yeux de son maître, se débrouillait mieux, se demanda le sens du mot « prosstituais ». Il l'avait déjà entendu à de nombreuses reprises lors des disputes de ses parents, mais personne n'avait jamais consenti à lui en expliquer le sens. Aussi décolla-t-il l'affiche du mur pour aller la montrer à la marchande des quatre saisons qui tenait son étal juste à côté. Celle-ci fit d'abord mine de ne pas comprendre, puis, après avoir lu le papier que tenait l'enfant, s'empourpra en le chassant, le traitant de bien des noms d'oiseaux auquel il ne comprit une fois de plus rien, bien qu'il en perçut la teneur approximative. En arrivant chez lui, il se rendit compte que la marchande avait gardé l'affiche, sans se rendre compte de l'importance qu'elle avait. Car quelques minutes plus tard, la rumeur enflait dans toute la ville, se déversant dans les rues et les boutiques plus vite que ne l'avait fait la dernière armée d'invasion après que les commerçants eurent appliqué leur fameuse réduction de « cinquante-pourcent-pour-tout-envahisseur-désarmé-se présentant-avant-la-tombée-de-la-nuit ». Lorsqu'ils apprirent le contenu de l'annonce, nombreux furent les hommes à se lamenter, tandis que leurs femmes, souvent reléguées derrière le comptoir ou la machine à tisser, exultaient. Enfin leurs époux viendraient les visiter cette nuit... Hélas, tout cet enthousiasme, ou ce désespoir – question de point de vue – se basait en réalité sur une méconnaissance profonde des moeurs naines. D'ailleurs, seules les vieux érudits fous et hagards s'intéressaient réellement à cet étrange peuple à la verticalité réduite. En tout état de cause, il fallait être vieux et faible pour s'approcher d'un nain adulte, au risque dans le cas contraire de se voir défier en duel pour insulte à un nain. Tout individu dépassant de manière ostensible un nain était immédiatement suspecté de vouloir l'insulter. Aussi n'envoyait-on plus depuis longtemps que des enfants et des humains atteints de nanisme dans les quartiers nains. On déconseillait aussi aux troubadours de s'installer dans les villes où résidait une communauté naine, car les artistes se baladant sur des échasses étaient généralement très mal vus. Aussi, à cause de leur peur atavique des nains et des préjugés qu'entraine la peur, la réaction des autochtones n'était-elle pas réellement surprenante, et leur méprise bien normale. Et ils s'en rendirent aussitôt compte une fois la nuit tombée...
Dans la rue du vieux croûton, la sortie du guet de nuit de son poste constituait traditionnellement ce qu'on appelait la tombée de la nuit quand on tenait à ne pas finir au poste justement, car à bien des égards, un citoyen scrupuleux et incorruptible aurait appelé ce moment bien particulier « la seconde partie de soirée », étant bien entendu que la première partie incluait de manière quasi-systématique une bouteille de vin, du lard et une aiguille à coudre. ( ça use les talons de chaussette d'arpenter les rues non pavées de la cité toutes les nuits) Chaussettes aux pieds et hallebardes emmitouflées dans des écharpes, le guet de nuit sortit donc de sa caserne, se préparant à partir à la chasse au malfaiteur. Lorsque, après avoir fait quatre courageux pas dans la pénombre, ils virent que les deux extrémités de la rue étaient bloquées par de sombres silhouettes, ils crurent légitimement être tombés dans une embuscade tendue par ces mêmes malfaiteurs insatisfaits de l'excès de zèle tout à fait relatif – aux yeux du commissaire – du guet de nuit. Ils se regardèrent, bombèrent le torse et préparèrent leurs hallebardes, prêts à vendre chèrement leur peau face à ces hordes barbares introduites sournoisement dans la rue du vieux croûton. Les malheureux n'étaient pas au courant de l'annonce placardée auparavant par la guilde des prostituées naines, aussi furent-ils surpris de les voir si loin de leur quartier habituel. Tellement surpris, qu'ils ne pensèrent pas à les interroger ni à les interpeller. Disons simplement pour leur défense que les naines s'étaient déjà attelées à la tâche, gratuitement en plus. Et les guetteurs ne furent pas les seuls à bénéficier des largeurs des naines cette nuit-là. Tous ceux qui s'étaient aventurés dans les rues, espérant y trouver une naine en dépit de l'annonce précédemment parue, en avaient trouvé deux pour la peine, consentantes, expérimentées et gratuites ! Tous étaient repartis avec un sentiment de colère contre leurs femmes qui répandaient de si vilaines rumeurs sur le compte des naines. Ils n'avaient pas non plus fait attention, l'obscurité aidant, aux panneaux en greive suspendus aux cous des naines. Le lendemain, ils parlèrent de leur bonne fortune à leurs amis, qui eux-mêmes répandirent la bonne nouvelle dans toute la ville et même au-delà, car nombreux furent les voyageurs de passage à avoir entendu parler de ce phénomène incroyable. Et ce soir-là, tous les hommes, mariés ou célibataires, tous les prêtres, vieux ou jeunes, tous les guetteurs, de jour ou de nuit, tous les soldats, de garde ou de repos, battirent le pavé en quête d'une naine consentante. Toutes les prostituées n'y suffirent pas, aussi fit-on appel pour l'occasion à toute naine dépucelée. Et aucune épouse ne fut visitée cette nuit-là, pas même la jeune jouvencelle qui venait de se marier et qui attendit toute la nuit que son jeune époux vienne participer à la nuit de noce. Et cette bonne aubaine se répéta de nuit en nuit, sans que les hommes cherchent à comprendre ce qui poussait les naines à donner leurs charmes gratuitement d'abord, puis à un prix si modique ensuite, que leurs bourses s'en trouvait à peine dégonflée, contrairement à d'autres bourses. Outre l'obscurité, le fait que la tête des naines ne dépassait pas l'abdomen de leurs clients est une explication généralement admise à la cécité dont ceux-ci furent frappés quant à la présence du fameux panneau en greive autour du cou de leurs amies de peu de morale.
Evidemment, tout ceci ne fut pas du goût des femmes de Parousse, qui une fois qu'elles eurent trouvé l'origine de leur délaissement, se demandèrent comment le résoudre. Un esprit malicieux leur proposa d'aller rejoindre les nains délaissés par leurs épouses, mais rares étaient les femmes à pouvoir se coucher dans un lit pas plus grand que celui qu'occupaient leurs enfants. Elles tentèrent divers stratagèmes pour reconquérir le coeur de leurs maris, se fardèrent, se firent des masques et des soins corporels, se firent langoureuses et mystérieuses, s'aspergèrent de parfums capiteux et se vêtirent de voiles transparents, se firent plus belles que la nuit et plus inaccessibles que le paradis, mais rien n'y fit, les hommes leur préféraient toujours les charmes des naines. Pour leur défense, rappelons que les naines étaient bien potelées et tout en rondeur là où il fallait, et qu'elles monopolisaient depuis tant d'année le marché de la prostitution, qu'elles en avaient retiré une grande expérience en la matière et avaient su se faire plus courtisanes que les courtisanes elles-mêmes. Les raisons de leur monopole était simple, là où les humaines devaient se mettre à genoux, quitte à être percluses de rhumatisme à trente ans, les naines n'avaient qu'à rester debout, voire même à grimper sur un escabeau pour certaines plus mal loties. Et elles avaient l'immense avantage de ressembler de loin à une petite fille, ce qui pouvait assouvir d'autres pulsions plus répréhensibles. De plus, et c'est là leur atout principal, ce sont les seules à savoir se servir efficacement d'une hache, alors les prostituées humaines n'ont pas résisté longtemps aux pressions de leurs collègues naines et ont vite décampé vers des cités moins risquées, emportant dans leurs baluchons les morceaux de maquereaux qu'elles avaient pu arracher.
_Ca ne peut plus durer, il faut faire quelque chose contre elles ! _Oui, nous sommes la risée du pays, les seules femmes incapables de séduire leurs propres maris ou fiancés, imaginez un peu la tête des femmes des autres cités. On va bientôt croire que les filles de Parousse sont les plus moches du royaume, et plus personne ne viendra chez nous, ce sera la mort du commerce. Réunie dans la salle principale d'une taverne qui, par miracle, n'avait pas – encore - été transformée en lupanar, les femmes de Parousse réfléchissaient aux moyens de mettre un terme à la crise dont elles étaient les malheureuses victimes. _ Et pourtant, elles sont censées être en grève. _ Ah le bon vieux temps, quand on faisait grève, on allait jeter des oeufs sur le guet, on arrachait les fleurs du baron et on bavardait pendant la messe. Mais là, que peut on faire face à elles ? Si au moins elles ne savaient pas se battre, on pourrait organiser un bon crêpage de chignons... Les vieilles ragotaient et plaisantaient, elles qui ne perdaient rien vu que leurs époux, aux vits tous ramollis, n'étaient même plus excités par la vue d'une naine s'offrant à eux, poitrine dénudée et cheveux en bataille. Elles voyaient même dans la situation une vengeance contre ces jeunes pimbêches qui se croyaient meilleures que les autres car plus belles et moins âgées. _ Je sais comment convaincre les naines de cesser leur grêve. Toutes les femmes présentes se tournèrent vers celle qui venait de parler. Grande, les traits fins, le teint blafard, les oreilles pointues, elle était l'archétype même de l'elfe. De toute manière, elle était la seule elfe à des lieux à la ronde, et si nul ne savait ce qui la retenait dans une baronnie aussi obscure que celle de Parousse, c'est parce qu'elle avait décidé de n'en rien révéler. Certains secrets ne sont pas bons être entendus par des oreilles humaines, féminines qui plus est. De par sa nature d'elfe, on lui prêtait une grande sagesse et un savoir immense, bien qu'elle ne possède ces qualités que dans des proportions suffisantes pour ne pas paraître une imbécile auprès des autres elfes. Dans le cas présent, elle n'avait fait appel qu'à une qualité toute sauf féminine : la logique. _ N'avez vous donc jamais observé les nains mâles ? Ils travaillent toute l'année sans jamais se plaindre, se levant tôt et se couchant tard, acceptant les salaires les plus misérables, les conditions les plus astreignantes, jamais un soupir, jamais une récrimination. Sauf quand on les force à prendre des vacances, ils se sentent déshonorés et font une dépression jusqu'à ce qu'on les remette au travail. Les naines sont pareilles. Pour elle une grêve ne peut se concevoir comme un arrêt du travail mais bien au contraire comme une augmentation de la cadence. Force est de constater qu'elles ont réussi, elles ont deux fois plus de clients qu'avant, les faisant payer un prix si ridiculement bas qu'elles ne manquent jamais de travail à défaut d'avoir un salaire décent. _ Mais comment les convaincre ? _ Deux solutions, soit vous accédez à leurs conditions, soit vous leur proposez un travail plus à même de leur plaire. _ Hors de question de capituler, on peut fermer les yeux sur l'augmentation des tarifs ou la sécurité sociale, quoi que ça puisse bien être, mais il ne manquerait plus qu'elles aient le droit de vote. Après ça, elles voudront avoir le droit d'aller au théâtre ou au même magasin que nous. Les nains sont des bêtes, on n'a jamais vu une bête tenir une conversation de plus de deux mots sans grogner. _ Dans ce cas, donnez leur un travail plus gratifiant. L'elfe ne continua pas ses explications, malgré les regards pressants de ses compagnes. Elle se leva de son banc et se dirigea vers l'une des bourgeoises les plus riches de Parousse. D'un geste souple, elle passa sa main derrière son cou et fit jouer le loquet du pendentif orné de diamants que la femme portait au cou. Puis elle le jeta sur le sol de terre battue et le recouvrit d'un peu de terre. _ Faites leur chercher de l'or et des pierres. Il suffit qu'un imbécile trouve une pépite et tous les nains sortiront leur pioches et leurs seaux, et transformeront les collines proches en puits de mine. Certes, la solution est un peu coûteuse, mais l'effet est garanti, les naines ne résisteront pas à l'appel de l'or. C'est plus fort qu'elle, l'amour de l'or et des pierres précieuses est inscrit dans leur sang, comme vous dîtes, ce ne sont que des bêtes assoiffées d'or et d'argent. Elle oublia de mentionner que leurs propres époux n'étaient guère mieux, et qu'eux aussi se précipiteraient sur cette manne providentielle, sans se douter qu'ils ne feraient que récupérer ce qu'ils avaient précédemment offerts à leurs épouses à l'occasion de leurs épousailles.
Finalement, le remède s'était révélé pire que le mal. Comme l'avait prévu l'elfe, les hommes et les nains s'étaient jetés sur les terrains les plus propres à être prospectés. En quelques semaines, les champs verdoyants et paisibles avaient été remplacés par de petites exploitations. Mais alors que les humains s'écharpaient pour la possession d'une misérable pépite, les nains avaient mis sur pied une organisation infaillible et minutieuse grâce à laquelle tous les gains étaient équitablement répartis entre les mineurs. La comparaison n'était pas à l'avantage des humains. Tout le paysage alentour avait été retourné, les voyageurs effrayés par les prospecteurs plus ou moins honnêtes venus de tout le pays, et la belle harmonie de la cité troublée par le remue-ménage engendrée. Qui plus est, le problème des naines n'avait pas été résolu, puisque désormais, à genoux dans leur galerie, la jupe attachée aux hanches, la croupe bien dégagée, elles offraient aux hommes une nouvelle position que ceux-ci semblaient apprécier puisque leurs épouses ne les voyaient toujours pas revenir dans le lit conjugal. Aussi, lorsque toutes les pierres précieuses et les pépites d'or eurent été trouvées par les prospecteurs, fallut-il chercher une nouvelle tactique pour renvoyer les hommes à leur terrain de chasse habituel. Encore une fois, ce fut l'elfe qui proposa une solution. _ Comment pouvons nous faire maintenant, nous avons donné tous nos bijoux pour essayer de les tenir à distance de nos hommes, mais rien n'y a fait, elles sont tenaces les garces ! _ Et surtout, comment faire pour trouver autre chose que la prospection ? _ Voila la vraie question, reprit l'elfe, car si on ne peut les convaincre par le travail de cesser d'importuner vos époux, il faut alors les convaincre par la jalousie. Faites venir les plus belles des jeunes naines, donnez leur vos accessoires de beautés, tous vos artifices de séduction, et je ne donne pas cher de la fidélité légendaire des nains envers leur conjointe.
Dernière édition par orque fou le Mar 22 Avr 2008 - 11:36, édité 1 fois |
|  | | orque fou Anthologiste

  Age : 20 Inscrit le : 03 Juin 2006 Messages : 424
| Sujet: Re: Nainphomanie Mar 22 Avr 2008 - 11:34 | |
| Ainsi fut fait. Les femmes raclèrent les fonds de tiroirs, opérèrent d'habiles larcins sur les économies familiales, firent tout ce qui était en leur pouvoir pour obtenir la somme nécessaire et convainquirent quelques dizaines de jeunes naines de venir tenir compagnie à quelques vieux nains riches mais délaissés. Les effets se firent aussitôt sentir. Dès qu'elles virent ces jeunes jouvencelles tourner autour de leurs époux, les naines furent prises de jalousie et initièrent leurs compagnons à la pratique de la partouze inter-raciale, et il faut croire que cela plut aux hommes comme aux nains, car ils en redemandèrent et repoussèrent les avances des donzelles payées exprès pour les séduire. Les paroussiennes, ruinées et furieuses, fulminaient contre ces naines qui leur piquaient leurs époux et leur or. Si elles n'avaient su d'avance qu'elles perdraient, elles auraient rendu une petite visite punitive à leurs rivales. Aussi, lorsqu'une naine périt des suites d'un rhume mal soigné, son enterrement ressembla plus à une émeute qu'à un rite funéraire. S'étant emparé de la dépouille, les femmes lui firent subir les pires dépradations, s'acharnèrent tant et si bien dessus qu'elles purent toutes repartir qui avec un os, qui avec un steak de viande naine. Ce qui n'eut pas l'heur de plaîre aux nains, furieux de ne pas avoir pu accomplir le rituel religieux accompagnant chaque décès. Car ils en étaient désormais convaincus, l'âme de leur congénère était belle et bien perdue et n'atteindrait jamais le paradis promis par Firun, le dieu barbu que révéraient les nains. Il y eut bien une troisième réunion, à laquelle assistèrent toutes les femmes, munies cettes fois des reliques confectionnées à partir des restes de la naine, qu'elles agitaient comme elles l'auraient fait d'étendards de leur revanche. Et pour tout dire, il s'agissait bien de cela, car cette fois, l'elfe ne proposa aucune solution, il n'en était nul besoin. Toutes savaient qu'elles étaient allées trop loin, et qu'il n'y avait plus qu'une seule issue : la guerre. Ce fut facile à mettre en oeuvre. Du jour au lendemain, les naines refusèrent leurs faveurs aux hommes et se laissèrent pousser la barbe, un signe qui ne trompait pas, tandis que leurs époux ressortaient leurs cors et leurs armures des coffres dans lesquels ils prenaient la poussière depuis des lustres. Ce que voyant, les hommes décidèrent qu'ils ne devaient pas se laisser faire et s'armèrent à leur tour, soutenus par leurs femmes revenues dans leurs faveurs comme de par hasard. Mais comme il était écrit que l'elfe, toute à ses secrets desseins, devait amener la discorde dans cette ville jadis en paix, celle-ci légua une partie de ses ouvrages à la bibliothèque municipale. Peu de gens savaient lire alors, mais le peu qui en était capable suffit à provoquer des étincelles. Car, perdu entre ses herbiers de simples et ses atlas du monde, se trouvait un vieux livre à la couverture rongé par les rats, un livre narrant les atrocités commises par les guerriers nains à l'aube de la civilisation actuelle. Evidemment les victimes des nains étaien des hommes. Emportés par la rage et la haine, nul ne vit, ou ne voulut voir, que ce livre était en réalité l'un des nombreux tomes d'une immense saga épique sortie tout droit de l'imaginaire torturé d'un écrivain avide de gloire et d'argent facile. Comme disait le dicton, “un nain, un dragon, une boule de feu, et l'affaire est dans le sac”. Forts de cette preuve, les hommes déclenchèrent les hostilités. C'est là où ils firent erreur, car face à une armée naine, il aurait mieux vallu se réfugier sur les murailles et dans les tours pour pouvoir mieux les tenir à distance à l'aide de piques et d'arbalètes. Car en se rendant directement dans le quartier nain, les miliciens signèrent leur arrêt de mort. Il suffisait d'un soupirail, d'une plaque d'égout pour qu'une rue devienne un piège mortel. Du moindre recoin pouvait surgir un nain armé jusqu'aux dents, la bave aux lèvres, les yeux fous, certain de rejoindre Firun et sa chope de bière infinie s'il venait à périr les armes à la main. Le baron et ses gardes eurent la bonne idée de se retrancher dans leur donjon, sauf qu'ils avaient oublié que la conception du système d'égouts avait été confiée à des nains. A peine avaient-ils relevé le pont-levis qu'ils virent une bande de nains festoyer dans la salle principale du château. Et ce soir là, la broche qui tournait dans la grande cheminée ne servit pas qu'à faire rôtir des boeufs. Quand tous les hommes eurent péris, ce fut le tour des femmes. Après avoir répété soigneusement aux nains les propos tenus contre eux par l'assemblée des femmes, notamment le passage concernant les bêtes, les nains ne firent pas dans la dentelle. Ce ne fut qu'à grande peine qu'ils se retinrent d'achever les enfants humains. Ils furent amenés aux frontières de la baronnie, pas toujours intacts, mais globalement vivants. Les nains restèrent seuls maîtres de la cité.
***
Ensuite l'elfe se mit à la tâche, elle écrivit un nouveau tome de sa grande saga épique de fantasy où les nains massacraient à tour de bras de pauvres humains innocents. Puis elle partit s'installer dans une ville située à des centaines de kilomètres de là, où personne ne la connaissait, et s'immisca dans l'assemblée féminine locale. Peu après, une nouvelle grève éclatait. |
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