| | Nekroôs, la chute des anges | |
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Napalm dave La bête ignivome

  Age : 29 Inscrit le : 18 Juil 2006 Messages : 914
 | Sujet: Nekroôs, la chute des anges Mar 21 Nov 2006 - 23:01 | |
| Chapitre 1 : Le sacrifice interdit
Monde de Nekroôs, baronnie d’Alvanys, à la frontière nord du Royaume d’Orwhal.
Un vent froid balaya la clairière et un Frisson s’empara aussitôt des hommes réunis pour l’occasion. La nuit était déjà bien avancée et Pourprelune la sanglante jetait un éclairage diffus sur la lande et ses pierres levées. Autour, les arbres frémissant sous l’effet de la brise étaient une masse sombre et inquiétante.
Ils avaient marché une bonne partie de la nuit et avaient assuré un pas plus que soutenu malgré l’heure tardive. Galienn, baron d’Alvanys, dans toute sa fierté hautaine et revêtu de ses plus beaux atours, se tenait au centre d’un cercle parfait formé par ses gardes autour d’une mégalithe émergeant des hautes herbes. Grand homme aux traits fins et à la silhouette élancée. Il était d’un âge plus que mature, avec des cheveux tonsurés et une barbe poivre et sel coiffée en pointe. Il n’en avait pas moins la stature parfaitement droite et les larges épaules d’un noble formé aux arts de la guerre. Près de lui se tenait un petit homme, sans arme, revêtu d’une simple livrée grise et d’un pourpoint sombre. Il avait le dos voûté et un visage lourd et laid que ses fards ne faisaient que souligner.
Galienn scruta un instant la nuit couverte, puis toisa les gens de son escorte d’un air satisfait. La plupart des quelques trente hommes qui l’entouraient n’avaient guère plus de vingt ans, mais tous étaient déjà des militaires endurcis. Ils portaient l’uniforme beige et pourpre de la baronnie et brandissaient lances et hallebardes. Leurs tissus raffinés de couleurs criardes cachaient en fait d’épais gambisons, et leurs jambières, brassières et gantelets étaient de la meilleure facture. Malgré leur allure martiale, leurs regards ne renvoyaient ni la fierté ni l’assurance de leur maître. Ils semblaient soucieux, apeurés et jetaient des regards de tous côtés, attentifs au moindre bruit. Galienn posa de sa main délicate un petit livre relié de cuir brun et épais sur le dolmen. Il se trouvait aussi Hiéràn, son capitaine, dont le gilet de crins était richement décoré de rubans et de broderies délicates. Il ne portait pas d’arme d’hast comme les autres, mais simplement une longue épée de superbe facture et un écu aux armes d’Alvanys. Galienn sourit à nouveau ; les étoiles ne pouvaient être plus propices et il le savait parfaitement. Lui qui avait été astrologue à la cour de Mantoue ne pouvait se tromper : les mages et les sorciers de ce monde pouvaient manier des énergies qui lui étaient parfaitement inconnues, mais lui maîtrisait parfaitement la science des nombres et leur était, sur ce point, infiniment supérieur. L’heure de son triomphe approchait, et en dehors de sa suite, les arbres de cette forêt en seraient les seuls témoins. L’œil aux aguets, le petit homme piétinait nerveusement au centre du cercle, il tenait un étrange ballot enveloppé d’un linge sombre. Puis il leva les yeux vers son maître, sa face pâle et verruqueuse arborant un rictus de peur :
– Vous…Vous êtes parfaitement sûr de vos calculs, maître ? dit il d’une voix geignarde. – On ne peut plus sûr, Camirède ! répondit Galienn, de sa voix suave et profonde. La perfection astrale sera atteinte ce soir peu après la vingt et unième heure.
Le noble soutint un regard de braise vers son valet, puis, impatient, lui adressa un signe de la tête. Le petit homme s’empressa alors de déposer son fardeau bien en évidence sur la table de pierre formée par le dos du dolmen et en écarta un peu le linge de couleur anthracite. Pourprelune éclaira le visage d’un bébé pale, endormi, insouciant de ce qui l’entourait. Galienn sourit et sortit des replis de son manteau une arme dont le tranchant jetait un éclat bleuté et malsain : il s’agissait d’une courte hache, dont la tête semblait faîte d’un cristal poli et très affûté ; la hampe, finement ouvragée, était enveloppée de lacets de cuir sombre. Sous la lame, de petites lanières pendaient, au bout desquelles étaient attachées des éclats de grenat, comme de grosses gouttes de sang. Malgré une facture soignée, l’arme avait un aspect barbare et menaçant.
– Bien, bien ! Tout est réuni, nous allons donc pouvoir commencer. Dit calmement Galienn. Les soldats n’avaient pas bougé, mais la peur s’était emparée d’eux. Camirède, livide, eut soudain un mouvement de recul. – Sei…Seigneur ! commença t’il à bredouiller. – Quoi ! » – Seigneur, vous êtes sûr de ce que vous voulez faire ? Enfin, je veux dire, il s’agit tout de même de votre fille !… L’expression du baron devint brusquement un masque de colère et de cruauté. – Comment ! tu oses gâcher mon triomphe ! Camirède, pauvre larve ! espèce de crapaud pitoyable ! tu n’essayerais tout de même pas de me tenir tête ! Le bébé, réveillé par ce soudain éclat de voix, se mit à pleurer bruyamment, et le domestique, pris de panique, recula de quelques pas. Les soldats n’osaient se retourner, mais leur malaise était plus que palpable. Galienn dominait Camirède de toute sa hauteur et s’adressa à lui d’une voix sifflante et mauvaise : – Ecoute moi bien minable, tu ne dois ta vie confortable qu’à ma pitié ! Je t’ai offert l’occasion de me servir malgré la misère de ta naissance et ton apparence pathétique ! alors je…
Il n’eut pas le temps de terminer : l’air était soudainement retombé et étrange bourrasque venait de faire bruisser les feuillages. Les soldats tressaillirent, se mettant aussitôt en garde et Camirède ne put réprimer un cri. Il se passait manifestement quelque chose d’anormal ! – C’est un sentiment pourtant bien naturel que le doute, surtout lorsque l’on s’apprête à assister à la mort d’un enfant ! gronda une voix désincarnée. Celle-ci provenait du bosquet le plus proche et ressemblait au fracas des vagues sur les rochers ; sourde et menaçante, son timbre sépulcral avait envahi toute la clairière. Galienn resta figé dans une expression de colère et de surprise : – Qui es tu ? Vociféra t’il en cherchant l’intrus du regard. – Tu ne me reconnais pas ? oh ! je suis déçu de ton manque de perspicacité. Moi qui ai tant fait pour que tu t’intègres ici bas, ton tuteur en somme ! La voix était maintenant plus proche, plus menaçante. La terre se mit à vibrer sous les pieds des hommes, des traînées de brume bleue et scintillante serpentaient à présent sur la cime des arbres. Certains des soldats campèrent solidement sur leurs pieds, mais d’autres avaient déjà défait le cercle. – Dorwàn ! Nous ne pouvons pas lutter contre le seigneur Dorwàn ! Fuyons ou implorons sa clémence ! s’écria l’un d’eux à l’adresse de ses compagnons. – Restez là et protégez le rituel ! hurla le baron, hors de lui. Mais trois des hommes d’arme avaient déjà détalé, comme à l’approche d’une déferlante. – Ils ne te doivent plus aucune obéissance ! Gronda la voix. Car tu as toi-même trahi tous tes serments, et tu as trahi jusqu’à la décence même ! Une lueur bleue intense était apparue dans les sous bois, à peu de distance du groupe. – Formez le cercle ! hurla Galienn ; mais les soldats s’étaient regroupés en peloton, serrés les uns contre les autres, leurs armes d’hast pointées pour faire face au nouvel arrivant.
– Avant de te livrer à de tels actes Galienn, assure toi que ceux que tu as voulu réduire au silence soient bien morts ! Comme cette pauvre sage-femme Yereghe que tu as poignardée de tes propres mains. Mais Galienn le calculateur ne prédit ni son malheur ni sa malchance, et encore moins la fatalité, n’est ce pas ? Astrologue de foire ! _________________ Magic dragon spits tracing bullets expose our hiding place. Magic dragon iron monster destroys, with rage
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|  | | Napalm dave La bête ignivome

  Age : 29 Inscrit le : 18 Juil 2006 Messages : 914
 | Sujet: Re: Nekroôs, la chute des anges Mar 21 Nov 2006 - 23:02 | |
| Une forme lumineuse émergea des sous bois, la brume rampait sur le sol en un manteau blanc et opaque. Des profondeurs des bois provenait une cacophonie d’exclamations jacassantes, des craquements de ronces, on aurait dit que buissons et broussailles s’étaient mis en marche contre les hommes. Le baron avait à peine bougé, le visage et les mains toujours crispés par la fureur. Puis il éclata d’un rire dément. – Tu crois peut-être que je te crains Dorwàn ? Tu crois peut-être que tes misérables pouvoirs peuvent arrêter ma détermination ? Et qui vient t’aider à m’arrêter ? les inoffensives fées des bois ? La lumière bleue avait à présent pris forme humaine, les fourrés, à l’orée du bois, s’agitaient sous les pas de dizaines de créatures. – Saches, Galienn l’inconscient, que ma magie ne se limite pas aux sources, ni aux soins ou aux rêves. L’eau est implacable lorsqu’elle est poussée hors de son lit. J’ai avec moi des guerriers skeudigs et aëls, mais je connais la valeur au combat des hommes d’Orwhal, surtout si le désespoir les pousse à défendre un traître. Non je ne suis pas venu tout seul, mais avec mon frère, Dreikern !
A l’évocation de ce nom, un des hommes d’arme poussa un cri étouffé, au même instant, une colonne de feu jaillit des bois sur la gauche. Dans un grondement sourd, les flammes s’élevèrent haut dans le ciel puis fondirent en direction de la clairière, rebondissant en arches sur le feuillage des cimes. La nuit fut brusquement éclairée et les sous bois rougeoyèrent, les ombres des arbres centenaires tremblotant dans la lueur du feu magique. Deux autres hommes de la troupe tentèrent de fuir, mais Galienn eut le temps de planter la hachette de sacrifice dans le flanc du plus proche. Mais le râle du soldat était à présent couvert par les grondements de la flamme et des torrents invisibles. On entendait à peine les pleurs du bébé au milieu de ce fracas et des cris des fées courroucées. Le baron ricana encore plus fort, brandissant bien haut l’arme sanguinolente. Le fameux sacrifice, son grand œuvre qu’il préparait depuis si longtemps, n’aurait pas lieu et il le savait. Ne lui restait que son orgueil. – Que de courage, seigneur Dorwàn, quand l’eau terrible et impétueuse se sent obligée de s’allier à la flamme !
Une forme flamboyante venait de tomber des branches en grésillant, elle semblait animée d’une vie propre et de détermination. – C’est toi qui parles de courage, félon ! siffla la flamme. Toi qui te caches derrière tes hommes et qui s’apprête à massacrer sa propre enfant ! Les hommes reculèrent encore, resserrant les rangs contre le dolmen. La flamme s’était levée et muée en une forme tangible. On aurait dit la silhouette élancée d’un chevalier de très grande taille, fine, mais dépassant largement la hauteur des Orwhaliens. Elle s’adressa aux soldats d’une voix cette fois grave et profonde : – Vous, les Orwhaliens, rentrez chez vous ! Nous ne souhaitons pas vous combattre et vous n’êtes pas tenus de lui obéir ! Les hommes étaient au coude à coude, certains tournèrent le regard vers leur camarade agonisant. Les pleurs du bébé leur devenaient insupportables et quelques uns tremblaient même. L’un d’eux, toutefois, s’avança, le sourire aux lèvres. C’était Hiéràn, le vieux sergent d’arme. – Laissez moi vous débarrasser d’eux seigneur ! dit il. Nous sommes plus de vingt et ils sont bien trop présomptueux !
Sans même attendre un ordre de son maître, Hiéràn chargea en direction de Dorwàn qui était maintenant tout proche et rejoint par de petites formes noires et véloces. Son aura était moins aveuglante et on distinguait clairement une créature d’apparence très humaine, corpulente, revêtue de lourdes étoffes d’un bleu éclatant et d’un raffinement extrême. Sa ceinture et ses rubans semblaient flotter par l’action de quelque souffle surnaturel et son visage doux et joufflu était d’un bleu vif, comme de l’eau scintillante. Ses cheveux dressés par le souffle s’entremêlaient dans un diadème barbelé aux reflets d’or. L’apparence de Dorwàn aurait paraître douce et avenante en d’autres circonstances, mais son expression glaciale et ses yeux réduits à deux lueurs bleues ne prédisaient rien de bon. Hiéràn se rendit compte de tout cela en engageant le combat le combat et il était déjà presque sur lui. Six soldats l’avaient suivi, mais avec plusieurs secondes de retard et beaucoup de confusion. Le chef des miliciens voulut asséner un violent coup de taille, qui aurait très certainement pu couper un homme en deux, mais Dorwàn, sans cesser de fixer son adversaire, l’esquiva aisément. On eut dit que ses pieds ne touchaient pas le sol et qu’une force magique l’avait poussé vers l’arrière. Un revers d’épée de Hiéràn frôla sa poitrine alors qu’un troisième coup manqua ses jambes. – Tu es rapide la fée ! s’écria Hiéràn. Mais tes pouvoirs ne te seront pas très utiles ! – Je ne fais rien d’autre que t’éviter l’humiliation, humain, mais si tu insistes, je vais t’exaucer ! Les autres étaient parvenus à leur hauteur. Ils approchèrent prudemment et se mirent en garde. Hiéràn faisait pleuvoir les coups avec une grande rapidité malgré son arme longue et lourde. Mais Dorwàn les évitait à chaque fois. – Laissez moi faire ! hurla t’il aux soldats déconcertés. C’est mon office ! Occupez vous des Alfars ! Dorwàn soupira d’un air presque nonchalant, une brume scintillante et multicolore s’était levée tout autour de lui, apparue de nulle part. Quatre des hommes d’armes tombèrent aussitôt dans un bruit mât. – Dormez à présent ! dit il d’un air détaché. Hiéràn s’était courbé et continuait à frapper dans le vide. – Ta magie ça ne prend pas la fée, il en faudra beaucoup plus ! il porta un coup d’estoc qui se perdit étrangement dans le repli d’étoffe. – En effet ! dit Dorwàn. Laissant son adversaire plonger en avant, il s’écarta lestement et posa sa main sur le dos du guerrier. Hiéràn sentit un froid intense et une immense douleur, puis s’écroula à son tour, inerte.
Un autre homme était aux prises avec les Skeudigs, qu’il distinguait à peine dans l’herbe haute et qu’il tentait de frapper à l’aveuglette par de grands coups de lance. Mais alors qu’il s’évertuait à fouiller le sol, une chaînette munie d’un corbeau accrocha solidement son gambison et une force inattendue le précipita face contre terre, dans l’herbe humide. Il voulut relever le visage mais il n’eut que le temps de voir une silhouette sombre, haute comme celle d’un enfant, brandir une lourde pierre et l’abattre sur son crâne.
Dorwàn contempla un instant le sergent Hiéràn d’un air dédaigneux. – Fais de beaux rêves de puissance, idiot ! murmura t’il. Il sentit soudain une douleur aiguë à son épaule, il se retourna et vit l’expression médusée du dernier soldat encore éveillé, qui tenait à deux mains la poignée de sa longue épée. La lame était fichée dans les lourdes toiles de la robe de Dorwàn et n’avait fait qu’entamer son épaule ; pourtant il s’était approché silencieusement et avait porté un coup de taille capable de terrasser n’importe quel homme. – Suffit maintenant ! s’écria Dorwàn, courroucé. Décrivant un arc de son bras, il fit jaillir un éclair bleu et crépitant qui projeta l’homme sur plusieurs mètres contre un arbre. La nuit noire tomba sur ses yeux et son corps endolori par le choc. Le seigneur de l’eau, passant juste la main sur son épaule, s’avança vers les pierres levées sans même se retourner.
Dreikern apparut dans toute sa puissance, ses plaques d’armure semblaient faîtes de lave solide et rougeoyante. Son visage, découvert, n’était guère qu’un masque d’airain où brillaient deux terribles braises. Une de ses mains délicates portait une longue épée enflammée à la lame rouge et l’autre une hache à large tête, gravée d’entrelacs et jetant un éclat argenté. Pointant leurs lames, les soldats s’engageaient dans un combat désespéré. Ils avaient obéi à leur maître dans sa folie et s’attendaient maintenant à en subir les conséquences. Dreikern, le gardien d’Ankarogh, était aussi fort qu’une armée. Ils le savaient et ils n’attendaient rien de plus de cette confrontation qu’une mort rapide et déplaisante. De plus, leur nom serait à jamais associé à l’infamie du baron Galienn d’Alvanys. – Protégez moi ! hurla Galienn de plus belle. Puis il se saisit brutalement du bébé qui poussa un cri étranglé. Galienn le tenait d’une main de fer, et de l’autre pointait une longue dague d’argent effilée. – N’approche pas plus Dreikern, ou c’est un cadavre que tu rapporteras à ton maître ! Le seigneur du feu resta impassible et immobile. – Voilà qui est bien digne de ta bassesse, Galienn le fourbe ! Mais ne crois pas pour autant arrêter ma détermination ! Vous ! partez ! Il pointa la main tenant la hache vers le groupe, des raies de lumière rouge jaillirent de son poing pour frapper au front les gardes qui écarquillèrent les yeux, un instant hébétés, puis s’enfuirent, s’égayant de tous côtés sous le regard furieux du baron. – Et toi, lâche ça ! La dague rougit dans la main crispée de Galienn en faisant grésiller ses chairs, la brûlure lui fit lâcher son arme avec un cri de douleur. Il attarda son regard sur les horribles cloques à l’intérieur de sa main et fut soudain pris d’une nouvelle fureur ; il lâcha violemment l’enfant qui roula sur la table de pierre. De sa main encore valide, le noble brandit un objet qui pendait à son côté par de fines lanières de cuir, sous les replis de sa cape. C’était un petit sceptre d’or pâle scintillant d’un éclat malsain, et terminé d’une lourde gemme vert bilieux, aux reflets jaunâtres. Il l’agita vers Dreikern, comme s’il s’était s’agit d’une épée. – Prends garde l’incendiaire ! car cette arme est un poison mortel pour ceux de ta race ! cria t’il exalté. Mais Dreikern avança d’un pas décidé, l’épée de feu levée sur le côté. – Hum, tu crois peut-être repousser la flamme en attisant sa colère ? Je serais heureux d’accomplir une double mission pour mon roi : reprendre l’enfant et reprendre ceci pour qu’il le détruise. J’aurais pu te laisser une chance de partir, Galienn, mais tu viens de te condamner par cette dernière infamie. – Viens ! je ne te crains pas ! Pas comme tous ces idiots ! – Tu veux vraiment mourir, c’est ça ? soit, je n’ai guère le choix !
Dreikern fondit en une traînée de flammes vers Galienn qui esquiva toutefois son revers de hache. L’épée s’abattit en un arc de feu, mais une nouvelle fois, le noble évita le coup mortel. La tête du sceptre se mit soudainement à luire comme une étoile verte ; l’éclat d’un astre moribond. Un souffle jaillit de la bouche de Dreikern et enveloppa le baron sous une tempête de feu. Un rire moqueur retentit dans le brasier : – Tes pouvoirs ne peuvent surpasser ceux d’un sceptre de Vandràss, idiot, car il a été forgé par un démon, ha !ha ! – Certes ! mais maintenant tu n’y vois plus rien ! s’écria le seigneur du feu en abattant lourdement sa lame ardente. Il ne sentit toutefois aucun autre obstacle que le sol, et il commençait à être agacé par cet adversaire leste et habile. Les flammes s’atténuèrent et il le vit, le visage suant et noirci, figé dans un rictus sinistre, le sceptre brandi bien droit et luisant toujours. Dreikern jeta un coup d’œil furtif au-delà et vit que le bébé, qui pleurait de plus belle, tentait de ramper vers le bord de la table. Galienn plongea en avant comme pour frapper d’estoc, mais la hache de Dreikern cogna le sceptre et dévia son attaque. L’autre arme déchira le riche pourpoint du baron et laboura sa chair dans un horrible grésillement. Mais Galienn ignora la douleur et, dans une rage démente, parvint à plonger en frappant le flanc de Dreikern. L’espace d’un instant, ses yeux se voilèrent de noir et la douleur la plus atroce engourdit son corps, on aurait dit la morsure foudroyante d’un millier de serpents venimeux. Rempli de colère, le chevalier féerique tourna brusquement sur lui-même et mit toute sa force dans un coup de taille. Les flammes de son épée moururent à l’approche du sceptre mais la lame trancha étoffes et chairs, séparant presque épaule, bras et tête du reste du corps. Galienn, brisé, tomba lourdement, plié en deux par la force du coup. Dreikern grimaça en voyant le sceptre qui luisait encore faiblement dans sa main crispée, le large sillon de chair cautérisée et les yeux blancs révulsés du dément qui avait été autrefois un noble respectable et savant. Mais les pleurs de l’enfant le ramenèrent à la réalité, il avança d’un pas ferme et rapide vers le mégalithe.
Il remarqua alors une forme blottie et tremblante contre les piliers de pierre brute, une forme enveloppée dans des vêtements sombres. C’était Camirède, il n’avait pas bougé du combat et avait assisté, terrifié, à l’ensemble de la scène. – Ecarte toi ! ne te mets pas entre la flamme et son objectif ! Gronda Dreikern, le visage crispé et l’esprit encore échaudé par sa blessure. – Laisse ! ne l’accable pas plus ! C’était la voix sereine de Dorwàn qui était maintenant presque rendu à sa hauteur. Dans les hautes herbes, des cris et des bruits de course se faisaient entendre. Un des aëls poussa un hululement de victoire caractéristique, un cri de guerre tribal. – Celui-ci a eu au moins le mérite de nous faire gagner du temps, qu’il parte prévenir ses semblables que les fées d’Ankarogh prennent en main le destin de l’enfant d’Alvanys. C’en était trop pour Camirède, il n’avait jamais été un homme bien courageux, mais là, seul et confronté à deux des plus terribles seigneurs des éléments et face à une armée sortie des ombres de la nuit, il n’en pouvait plus. Il était seul et on allait lui faire payer les crimes de son suzerain. Il fuit, aussi vite et aussi loin que le pouvaient ses jambes arquées. Sa course ressemblait à celle d’un lièvre dans les hautes herbes de la lande. Dorwàn s’approcha du dolmen, et l’enfant cessa immédiatement ses pleurs. Elle fixa avec un grand étonnement son visage rond et rebondi, souriant, de l’eau pure semblait couler sous la peau de ses joues. Puis elle sourit et éclata d’un rire sonore. Le seigneur des eaux s’avança et la souleva délicatement, il la fixa comme s’il s’était s’agit de l’objet d’une quête longue et semée d’embûches. La peau du bébé était pâle et ses yeux rieurs, quoique leur bleu avait une clarté glaciale très peu commune chez les hommes. – Quelle folie ! dit Dorwàn. Pauvre petite, nous aurions peut être pu t’épargner ce carnage si nous avions été plus clairvoyants en d’autres temps ! Puis il se tourna vers Dreikern, toujours immobile et tête baissée, tenant toujours ses armes. – Alors frère, ai-je agit avec suffisamment de célérité cette fois ? dit il d’une voix dédaigneuse. – Oh oui, sans l’ombre d’un doute ! répondit Dreikern.
Pour les jets de pierre, c'est ici!^^ http://songes-du-crepuscule.naturalforum.net/viewtopic.forum?p=9644#9644 _________________ Magic dragon spits tracing bullets expose our hiding place. Magic dragon iron monster destroys, with rage
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|  | | Napalm dave La bête ignivome

  Age : 29 Inscrit le : 18 Juil 2006 Messages : 914
 | Sujet: Re: Nekroôs, la chute des anges Jeu 7 Déc 2006 - 22:35 | |
| Un tout petit chapitre moins de trois pages, intemporel, qui montre un conciliabule entre deyux des neuf démons de Nékroôs, des êtres surpuissants mis en dangers par mon héroïne, dîtes moi franchement si vous trouvez ce passage montrable à un lecteur:^^
Chapitre X : la fureur de Calaxar
Le sommeil de Calaxar, la Bête Sanguinaire, avait été très agité cette nuit là, bien plus que d’habitude. Certes, la douleur des coups portés par Anorielle, sa propre fille, lui était toujours aussi insupportable, en particulier maintenant qu’il commençait à reprendre forme physique. Mais c’était un malaise d’une autre nature qui l’avait cette fois éveillé.
Sur ses ordres, on avait ensanglanté l’autel des présages de Rark Sadràss avec des victimes choisies dans les camps des esclaves : le démon avait demandé à parler à un de ses frères. La réalité s’était tordue au dessus de la table de pierre, laissant la place à un gouffre malsain, d’une obscurité insondable. Le visage d’Orias, démon de la puissance, apparut alors. Il était parfaitement inhumain et d’une beauté perfide : lisse, sans trait, et surmonté de deux cordes torsadées, sortes des barbillons obscènes. Il était entouré d’une abondante chevelure pâle aux reflets d’or. Mais ce qui frappait surtout, c’étaient ses yeux, immobiles, sans pupille ni paupière, crépitant comme deux flammes bleues. A côté, Calaxar n’était qu’une ombre informe dont les yeux émergeaient de la noirceur, des foyers de sang bouillonnant, ainsi qu’une dentition monstrueuse, brillante comme du cristal de roche. Lorsque Orias apparut, le démon de la prédation ne lui laissa même pas le temps de parler : — Une porte des réalités a été franchie ! — Comme tu t’en doutais, mon frère, je le sais déjà ! La voix d’Orias était horrible, criarde, d’un timbre de fausset. On eut dit celle d’un enfant, mais atrocement déformée et changeante. — J’attends de toi que tu m’en dises plus, ou mérites-tu encore qu’on te surnomme « Maître des devins » ! vociféra Calaxar. Le visage de son interlocuteur était resté souriant, impassible ; puis il fut pris d’un éclat de rire gargouillant. — Le moins crétin de mes frères attendrait-il de moi que je lui fasse part de mes présages sans la moindre contrepartie, par largesse ? Non tu peux continuer à dormir et à rêver Calaxar ! répondit Orias entre deux rires. Le sanguinaire rugit avec la même puissance qu’un millier de soufflets de forge : — Pauvre mage dégénéré ! Tu me parles marché que c’est de la puissance de l’enfant dont il est question ! Ton orgueil est-il à ce point gonflé qu’il t’empêche d’agir ! Mes frères démons ne sont-ils donc que de pauvres larves se vautrant dans leur fange ! Orias fut agité d’un nouveau rire convulsif : — Calaxar, mon cher Calaxar ! Je vais te faire plaisir et t’annoncer une grande nouvelle à propos de l’enfant de l’endroit où elle se trouve ! — Parle ! Mais vas-tu donc cracher tes paroles ! — La grande nouvelle, mon frère, c’est que je n’en sais foutre rien ! Voilà ma prédiction la plus percutante de ces dernières années, ne trouves-tu pas ? Le démon riait tellement que ses derniers mots moururent en un gargouillis écoeurant. — Tu trouves peut-être qu’il y a de quoi rire ? Je pense seulement que cela prouve les limites de ton pouvoir ! — Cela dit, reprit Orias d’une voix traînante, je comprends tes craintes et ta préoccupation ! Tu as déjà eu quelques problèmes « fâcheux » avec les petites filles, surtout lorsqu’elles grandissent ! Il insista bien sur ces derniers mots afin que Calaxar saisisse parfaitement l’allusion, en gloussant par avance de sa propre pique. Toutefois, la Bête Sanguinaire ne haussa pas le ton. — Tes insultes, Orias, je me remémore chacune d’elles depuis le commencement, afin de m’en rappeler le jour où je t’écraserai enfin ! — Mais Calaxar l’écraseur a encore besoin de mes menus services avant de m’arracher la tête ou toute autre partie du corps qui pourrait lui plaire ! Sinon il n’aurait pas ainsi répandu le sang sur son autel des présages, n’est-ce pas ? — Etant donnée la « grande révélation » que tu viens de me faire, j’en doute ! Saches également que mes autels sont toujours rougis par le sang de nouvelles offrandes, contrairement aux tiens. Et que je peux y envoyer un million de victimes sans autre raison que mon bon plaisir. — Toutes les victimes que tu souhaites, sauf la bonne, mon bien cher frère ! Celle qui a failli se faire couper le cou, et aurait alors « coupé court » à son éventuelle ascension… répondit Orias, agité d’une rire sardonique. — Et cela sous tes conseils détournés, Orias ? — Oh si peu ! L’orgueil est un vice si facile à exalter, et il a suffit que cet imbécile d’astrologue tombe sur quelques ouvrages écrits par des déments putrides, hurlant à la lune, et prétendant me servir, pour qu’ai lieu le grand spectacle ! Orgueil, si délicieux orgueil ! Il gloussa comme si ce mot avait été pour lui la plus douce des musiques. — Mais il a suffit qu’une pauvre ordure de Yereghe à moitié morte courre la campagne pour tout faire échouer ! Un plan brillant que voilà ! hurla Calaxar. — Mais combien de fois devrais-je te répéter, mon frère, qu’il n’y a eu aucun plan de ma part. Simplement ce que j’ai toujours dit s’est encore vérifié ce soir là : les femmes sont bien plus intelligentes que les hommes ! Comment peut-on en effet être assez naïf pour croire qu’il suffit de décapiter un enfant sur une pierre pour s’approprier le pouvoir absolu et pouvoir ainsi tromper tout le monde. C’est vraiment trop drôle ! Il éclata d’un rire encore plus dément. Calaxar n’en pouvais plus, il était hors de lui.
— Ris bien Orias ! rugit-il. Et pendant que tu t’amuses, je me charge de l’enfant ! Par le feu et par les griffes, elle périra ! Mais le ricanement d’ Orias redoubla encore d’intensité : — Mais arrête de me faire rire Calaxar ! Tu me fais avaler de la poussière ! L’enfant aura eu mille fois le temps de grandir et d’acquérir tous les savoirs de ce monde ou d’un autre avant que tu n’aies la moindre idée d’où elle se trouve ! Alors rendors-toi et profite des menus plaisirs de cet univers ! Jouis de la mort et de la destruction comme tu l’as toujours fait ! Car, et cela je te le prédis gracieusement, l’enfant reviendra en Nekroôs, et alors seulement elle sera mûre pour être cueillie ! Allez, va dormir et fais de beaux rêves, ha !ha ! Son ton changea subitement pour devenir lugubre et menaçant. — Mais d’ici là, laisse moi tranquille !... Le visage d’Orias disparut avec le vide qui l’avait vu apparaître. De la fumée noire rampa doucement dans la pénombre de la pièce…
La fureur de Calaxar fut terrible, car il détestait plus que tout la vantardise des autres démons ; eux qu’il estimait être ses inférieurs. N’était il pas le déicide ? De plus, Orias, avec ses phrases alambiquées et son humour pitoyable, s’était encore joué de lui, sans rien lui apprendre de nouveau. Sa fureur fut telle qu’il sortit en trombe de Rark Sadràss et attaqua ses propres soldats en manœuvre dans les champs de pierres et de lames qui s’étendaient aux pieds de la forteresse. D’abord surpris, les démons Kragaths et les incubes, ces bâtards de Calaxar et d’esclaves humaines, se défendirent avec une certaine rage, l’instinct sanguinaire reprenant le dessus sur leur loyauté. Lorsqu’il fut enfin rouge de sang et fatigué, Calaxar médita un instant sur ce qu’il allait mettre en en œuvre. Il était soulagé, tellement heureux d’avoir versé le sang en combattant. Une sensation grisante s’empara de son être : ses nouveaux incubes avaient un peu résisté avant de plier sous ses griffes, et il se dit qu’ils seraient très aptes à la guerre. Le démon s’assit au milieu du charnier qu’il avait lui-même créé et récita une longue incantation. Celle-ci résonna dans la plaine grise, comme un chant funeste et guttural :
« Par le feu et par le sang, Par les ombres et par la peur, Dans l’exaltation et la fureur, Je t’appelle Chien du Carnage ! Et à travers les mondes et les plans, Au-delà de mes sens et de l’entendement, Poursuit l’enfant d’Alvanys de ta rage ! Par toute la puissance des arcanes noires ! A travers les dimensions, cherche, et tue ! »
C’était une langue démoniaque, secrète, que seuls connaissaient les neuf démons. Mais tous ceux qui étaient à portée de voix la reconnurent pour ce qu’elle était. Les esclaves décharnés comme les plus féroces guerriers baissèrent la tête, terrifiés. Une longue déchirure zébra le ciel rouge sang du Rark Karnaghen ; une fissure noire se forma, engloutissant en son sein le peu de lueur environnante. On pouvait entendre les échos lointains d’aboiements furieux. — Tu te trompes Orias ! rugit Calaxar. Je ne tarderai pas à la trouver ! Car nombreux sont ceux qui sont qui seront prêts à me servir sur Terre, et plus nombreux encore ceux qui seront prêts à obéir par la peur !
Il rugit encore plus fort, et ceux qui le pouvaient encore pleurèrent de terreur…
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|  | | Napalm dave La bête ignivome

  Age : 29 Inscrit le : 18 Juil 2006 Messages : 914
 | Sujet: Re: Nekroôs, la chute des anges Jeu 21 Déc 2006 - 23:09 | |
| Il est beau, il est frais mon chapitre VIII, en voici un extrait:
Chapitre VIII : les spectres
Pour Lysara, ces dernières heures en compagnie de Saàrnarion et de son bébé pour quelques jours avaient tout d’un beau rêve évanoui avec l’aube. Comme à son habitude, le seigneur des airs prit soin de partir durant le sommeil de sa jeune aimée. A ce stade, sa la foi en sa mission vacillait de plus en plus, mais il n’avait aucune envie de la perdre pour de bon à cause d’adieux déchirants… Bien sûr, quitter le Mogàr-Saràdàn lui était particulièrement pénible ; c’est dans un ciel de plomb qu’il reprit son vol.
Saàrnarion soupira en traversant la brume et de nombreux nuages, si ce n’avaient été son expérience et son excellent sens de l’orientation, nul doute qu’ils se seraient perdus. Il connaissait heureusement très bien la direction des Monts Aven. Les êtres aériens tels que lui foulaient les sommets des montagnes au moins aussi souvent que les « basses terres ». Ces hauteurs si hostiles et si inaccessibles aux hommes étaient des îlots où ceux de sa race appréciaient de se reposer, méditer, ou cacher leurs trésors, tous leurs trésors… Le doux visage de Lysara apparut dans le voile de ses pensées, il murmura une prière à toutes les puissances de la fécondité. Bientôt, il lui donnerait son premier enfant, il en était convaincu. Puis il se remémora la bataille de cette nuit afin de se donner du courage. Nimrudh pouvait bien se vanter d’avoir protégé le Sydhe des monstres du passé, lui, Saàrnarion, remportait souvent de nombreux autres combats. Ils étaient certainement moins épiques, mais tout aussi cruciaux pour la survie des êtres fées. L’énergie le quitta toutefois lorsqu’ils franchirent les premières pentes des Monts Avens, la muraille séparant Orwhal, couronne de la licorne, de celle du pégase, Mesaven. La fatigue et la lassitude l’avaient rattrapé. Les muscles lui tiraient horriblement tandis que la morsure du blasphémateur Néridien enflammait à nouveau ses chairs. Il décida donc de se reposer à l’ombre d’une crête ; l’eau fraîche d’un torrent l’aida à calmer le feu de sa douleur. Du repos, il s’en était ménagé le moins possible, certainement pour ne pas se retrouver en huis clos avec ses pensées ni ses propres dégoûts. Bérénith dormait paisiblement, en la regardant c’est lui, le terrible seigneur des tempêtes, qui pleura comme un enfant. Il avait jusque ici éludé le départ de la petite fille vers un autre monde, mais à présent, cette pensée seule occupait son esprit. Son devoir le faisait horriblement souffrir, il ne pouvait plus revenir en arrière… Alors sachant que ce serait sans doute la dernière fois, il parla à Bérénith, il chanta et récita de nombreuses histoires, comme il savait si bien le faire. Il conta des légendes de Nekroôs, dans la langue des fées, afin qu’elle n’oublie pas. Et lorsque l’épuisement le gagna enfin, il invoqua un esprit des tempêtes afin qu’il veille sur eux, avant de se laisser gagner par le sommeil.
Ils s’éveillèrent dans la pénombre, bien que la nuit ne fut pas encore tombée : Saàrnarion n’avait guère dormi que quelques heures mais déjà le ciel était obscurci par de sombres nuées venues de l’ouest qui s’amoncelaient rapidement, barrant les rayons rassurants de Phèn. — Mauvais présages font mauvais voyages ! Et je m’y connais assez en tempêtes pour reconnaître celles qui annoncent le malheur ! Ne nous attardons pas ici Bérénith ! murmura Saàrnarion, soudain gagné par l’inquiétude. Pour la première fois depuis le début de leur périple, il se sentit l’obligation de fuir en avant et d’accélérer son allure. C’est d’un vol rapide qu’il traversa les régions de l’Aven et franchit la frontière de Valandia, la Couronne du Cygne. Les montagnes qui lui avaient paru si belles lors de haltes passées étaient maintenant pour lui d’une monotonie sinistre et insupportable à sa vue.
Sous eux, les landes ensoleillées succédaient aux forêts profondes. Il se passait de longues minutes entre chaque ferme ou hameau qu’ils survolaient. Valandia était une terre figée qui présentait, depuis les temps les plus reculés, un aspect proche de l’idéal des fées les plus conservatrices, comme Saàrnarion. Ici, l’humanité stagnait bien plus qu’elle ne progressait, sans affecter les espaces sauvages ou les vestiges du passé. Bien qu’il fût grand voyageur, le seigneur des airs n’était pas très familier de cette contrée. Il connaissait encore moins la province d’Oustremandie, qu’il trouvait par trop étrange. Il n’aimait guère ses forêts épaisses, baignées en permanence par une brume s’élevant parfois jusqu’aux cimes, ni ses sous-bois si denses que l’on disait que les loups peinaient à se glisser entre les chênes séculaires…
Dans la soirée, il reconnut toutefois un paysage familier : c’était un vaste champ de ruines, restes de villas et de colonnades de marbre bleu, qui s’étendait jusqu’à l’orée lointaine de la vaste forêt d’Oustremande. Malgré l’état apparent d’abandon, un œil exercé aurait pu voir que les murs étaient entretenus, leurs pieds débarrassés des herbes, et que les fossés portaient nettement la trace de travaux. Parmi les anciennes habitations s’en dressaient de nouvelles, bien plus rudimentaires, où prédominaient le bois et la pierre sèche. A la place des pans de toitures effondrés des théâtres et des basiliques, de lourdes toiles graissées étaient tendues, brunies par le soleil. Les pauvres maisons clairsemées laissaient échapper de minces filets de fumée dans l’air du soir. Saàrnarion vit marcher un petit être vêtu de rouge et de blanc, menant nonchalamment sa mule ; un chapeau à large bords masquait ses traits. Comme il volait suffisamment bas pour voir tout cela, son ombre glissa doucement sur la route poussiéreuse. Le marcheur leva vers lui son visage poupin et lui adressa un vague « bonsoir », ses boucles dorées reflétant le soleil déclinant. Le seigneur des airs se racla la gorge avant d’émettre un grognement méprisant. Puis il chuchota à Bérénith : — La cité en ruine d’Arunatis, vestige d’une gloire passée ! Admire bien de tes petits yeux Bérénith, car c’est là l’œuvre des anciens ! Malheureusement, les follets de cette époque n’ont pas la fierté de leurs ancêtres, et même cette ville est amenée, un jour, à disparaître ! La petite fille tournait la tête de tous côtés en jetant de grands regards étonnés. On aurait dit qu’elle remplissait ses futurs souvenirs de visions de Nekroôs, comme si elle connaissait parfaitement l’enjeu de ce voyage. Elle se trouvait encore dans le rêve, mais on allait l’en arracher !
Un peu plus tard, Saàrnarion était au cœur d’Oustremande, autrement dit, au cœur de l’angoisse. Il en connaissait des lieux mystérieux : marais putrides, ruines datant d’avant toute civilisation connue, grottes servant de refuges aux pires horreurs… Mais rien ne lui suscitait plus d’appréhension que ce genre d’endroits où se chevauchaient les réalités. Ils respiraient la folie, et Saàrnarion, qui connaissait si bien les portes, frissonnait chaque fois à leur approche. Sans sa loyauté au Sydhe, il n’aurait jamais accepté de remplacer Dreikern dans cette horrible besogne. Non, tout dans son corps et son esprit lui commandait de rebrousser chemin, mais il ne le ferait pas. Il ne le pouvait tout simplement, pas. Il prit une profonde inspiration en avançant dans l’obscurité des sous-bois resserrés en une voûte obscurcissant les rayons du soleil. Ses pas aériens n’étaient pas ceux qui foulaient le lit de brindilles en produisant des craquements sinistres, il y avait des présences tout autour d’eux, cela ne faisait aucun doute. Parfois, une paire d’yeux inhumains lançait un regard fugace dans leur direction. Les animaux fuyaient habituellement la présence des chevaliers féeriques comme Saàrnarion, mais pas ici, pas en ces lieux !... Pour ne rien arranger, Bérénith s’était remise à pleurer et Saàrnarion, qui la serrait fort contre lui, ne pouvait lui en vouloir. Elle était de la même nature magique que lui, elle ressentait les mêmes choses que lui ! Il distingua une masse sombre au bout du chemin : la porte était toute proche ! En levant la tête, il distingua les contours informes d’une tour écroulée surplombant un rocher. La construction apparaissait comme une horrible tumeur de pierre surmontée d’un cratère purulent, crevassé, et en vérité, elle ne semblait pas tenir debout autrement que par l’opération d’une ancienne magie. De près, on aurait dit le tronc d’un gros arbre pétrifié, fendu par la foudre et mort depuis longtemps. Il ne restait plus aucune structure interne : ni marches, ni conduit de cheminée, bien que la fissure béante laissait voir tout l’intérieur. Les pierres vermoulues avaient été dénudées par l’érosion, mettant au jour une roche ocre et rouge, rongée par des mousses multicolores. D’ici, la tour ne paraissait nullement faîte de moellons et de mortier, d’ailleurs, l’œil aiguisé de Saàrnarion ne distinguait nulle trace de jointures. Cela ressemblait plutôt à un mélange improbable de matériaux minéraux et organiques.
Son regard resta longuement attaché à cette construction improbable, il pouvait distinguer, au flanc de la roche porteuse, une ouverture dissimulée par les lierres et des herbes noirâtres. Les fadets de Valandia l’avaient déjà empruntée, mais à combien de temps cela pouvait-il remonter ? Cette porte aménagée donnait à première vue sur un boyau plongé dans l’obscurité. Le seigneur des airs prit une profonde inspiration et fixa Bérénith, pelotonnée contre lui. Il avait peur, bien sûr, comme à chaque « saut » entre les réalités. Sa puissance ne l’immunisait certainement pas contre de tels sentiments : être un immortel bardé de pouvoirs lui faisait, au contraire, prendre conscience du danger. En tout cas bien mieux que ces fragiles humains qui ne vivaient que pour savourer quelques instants d’exaltation et de volupté. Ceux qui méprisaient la peur étaient au mieux des imbéciles, personne n’ignorait la peur en Nekroôs, et certainement pas les chevaliers féeriques… Imperceptiblement, Saàrnarion avançait déjà vers la noirceur de l’ouverture, chacun de ses pas était une douloureuse victoire sur lui-même. Le brouillard avait envahi la clairière, rampant en une nappe tellement épaisse qu’il ne voyait plus ses propres pieds : cela n’était plus un manteau fin formé par les vapeurs d’eau mais ressemblait plutôt à des formes confuses, s’élevant en volutes et dansant autour d’eux. Il détailla le rocher, ses irrégularités, et ses arrêtes usées par le temps. Il devina ce qui restait d’une ancienne peinture représentant un visage déformé par un cri, esquissant deux rangées de dents carnassières. Ses yeux étaient formés par un enduit blanc écaillé, avec des points noirs en guise de pupilles. Ce regard figé déstabilisait Saàrnarion, lui qui était pourtant habitué aux lieux les plus insolites : ce barbouillage rudimentaire retranscrivait mieux que tout la folie… Il poussa un grognement, comme pour se donner de l’assurance, mais il sursauta soudain. Il avait senti marcher derrière lui !
« Senti » était le mot le plus approprié, car en réalité, plus aucun son ne lui parvenait depuis de longues minutes. Saàrnarion tourna lentement le regard, comme pour voir ce que ses sens avaient tout juste deviné. La danse du brouillard se faisait plus insistante, et le seigneur des airs plissa les yeux, se demandant s’il n’était pas abusé par la fatigue. Pourtant, la vision ne disparaissait pas… Il fit un pas de côté tout en dégainant sa longue épée d’argent ciselé, il ne ferait certainement pas l’erreur de tourner le dos à l’ouverture. Sa main libre se crispa en une longue lame cristalline. Des armes lui seraient elles utiles en de telles circonstances ? « Bien sûr » se dit-il pour retrouver un peu de fierté. Quelque soit l’ennemi qui se présenterait, il était, lui, le seigneur des airs, un être constitué de pure magie…
Les pas se faisaient plus proches, Saàrnarion distingua une silhouette frêle, courbée et marchant de manière saccadée. Toujours sans bruit, l’être décrivait un cercle le long des arbres, les bras ballants et la tête inclinée. Le chevalier devinait des étoffes légères, brodées, ainsi qu’une longue chevelure noueuse. Toutefois, l’individu avait l’aspect vaporeux, et le peu de lumière environnante venait mourir sur lui sans vraiment le révéler. Un crachement fit tressaillir le chevalier, la créature s’était tournée, montrant ce qui avait été un visage féminin, mais qui n’était plus qu’un masque de souffrance. Ses yeux dégoûtant de sang dévisageaient le seigneur des airs, des larmes striant de rouge ses joues décharnées. La chose venait de sourire, mais son expression ressemblait davantage à un rictus de haine, comme si un coup mortel à la mâchoire l’avait à jamais figée ainsi. Saàrnarion comprit soudain : — Oh l’affreuse ! Vois ces lames, elles peuvent t’entailler ! Je ne suis pas un homme mais Saàrnarion d’Ankarogh ! Alors n’espère aucune compassion de ma part !
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|  | | Napalm dave La bête ignivome

  Age : 29 Inscrit le : 18 Juil 2006 Messages : 914
 | Sujet: Re: Nekroôs, la chute des anges Mar 16 Jan 2007 - 23:43 | |
| suite et fin du chapitre VIII
. Disant cela, le seigneur des airs sentit une chaleur contre lui, un frisson caractéristique dû à quelque magie. Manifestement, cela venait du petit corps de Bérénith qui s’agitait et pleurait de plus belle. L’attention de Saàrnarion fut un temps détournée, mais il pensa aussitôt à la nécessité de la protéger. Il croisa ses lames tout en reculant. L’intruse, elle, s’approchait à pas saccadés, comme dans une parodie de danse absurde. Ce n’était pas la première fois que le seigneur des airs avait affaire à des spectres, ils étaient toujours très nombreux aux alentours des portes. Les nœuds de puissance que l’on appelait ainsi tordaient les réalités tout leur permettant de se toucher les unes les autres. Il arrivait souvent que les esprits malchanceux d’êtres mortels se retrouvent enserrés dans ces pièges funestes, condamnés à rester attachés à ces lieux sans autre justification qu’un caprice des forces régissant l’univers… — Je crois t’avoir signifié de rester à ta place ! N’approche pas plus sinon !... Saàrnarion ne s’habituait jamais à la confrontation avec de tels êtres, mais il savait néanmoins y faire face. D’habitude, fées et spectres cohabitaient en Nekroôs, tout en s’évitant soigneusement. Mais lorsque les premières devaient emprunter un portail, elles s’exposaient aux attaques des seconds, car ils étaient en quelque sorte les pieuvres tapies dans les récifs de la réalité. — Beau seigneur fée, fais-toi plaisir ! On aime tellement que tu nous fasses mal ! La voix de l’apparition était sinistre, comme à moitié étouffée de sanglots, mais elle avait quelque chose de terriblement humain. La créature qui avait été autrefois une belle jeune fille s’avançait sans crainte, présentant ostensiblement sa gorge barrée d’une profonde coupure et des poignets noircis d’où dégoûtaient des rivières de sang. Saàrnarion ne put réprimer une grimace de dégoût, il lui fallait impérativement protéger le bébé !
Il jeta un regard à l’ouverture sombre dans la roche et la pensée de s’y engouffrer sans attendre lui traversa aussitôt l’esprit. Mais il se ravisa en pensant que bien d’autres désagréables présences se trouvaient sans doute encore à l’intérieur… — « on » ? ne serais-tu donc pas seule à hanter ces lieux de ta misérable existence ! rusa-t-il. La chose éclata d’un rire sardonique et le fixa de ses yeux écarquillés. Ils étaient si horribles, deux mares pourpres percées d’une pupille noire, comme une tête d’épingle plantée dans l’iris. — Bien sûr, nous sommes nombreux ! Mais c’est bien mieux à plusieurs et tu le sais sans doute ! Dit-elle en prenant une expression lascive. Elle s’était agenouillée à peu de distance du chevalier, tendant ses bras lardés de blessures. — Je ne ressens que du froid en te voyant ! Et je crains que tu ne profites pas de notre chaleur ! Saàrnarion sourit de sa propre pique. Il connaissait la peur inspirée par les spectres, ils la maîtrisaient aussi sûrement que les armes d’un prédateur ou que la toile d’une araignée. Il ne fallait en aucun cas les encourager ! Pour toute réponse, la fille cracha à s’en déformer les traits, son visage devint un masque de mort.
D’autres silhouettes se dessinaient dans la brume, certaines étaient toutes petites, mais Saàrnarion distingua les contours d’un grand spectre aux larges épaules et qui semblait enveloppé dans un manteau comme en portent habituellement les guerriers. Il s’écarta brusquement lorsque un souffle glacial rugit depuis l’ouverture, on aurait dit qu’une gueule monstrueuse cherchait à aspirer tout ce qui vit. Dans une cacophonie, une cohorte d’êtres jaillit de la grotte en une longue file hurlante. Leurs pieds ne touchaient pas le sol et ils se déplaçaient avec la même célérité que n’importe quel chevalier féerique ! Les spectres étaient de toutes sortes : des hommes, des femmes, des enfants, restes d’humains pour la plupart, bien que la troupe comprît également quelques individus aux traits étranges, dont Saàrnarion ne parvenait pas à déterminer la race. Au vu des accoutrements qui constituaient leurs derniers vêtements, une bonne partie d’entre eux avaient été des déchus du technomonde… Comme accourus pour assister à quelque spectacle, les spectres entouraient les deux fées, maintenant braquées par des dizaines de regards avides de leurs chairs. Certains riaient et d’autres ne poussaient que des gloussements déments ; la clairière résonnait d’un concert discordant de plaintes, de pleurs et d’autres bruits de gorge. Il faisait froid, horriblement froid… Bérénith n’arrêtait pas de pleurer, mais son corps émettait à présent une chaleur incroyable. Le seigneur des airs sentit monter en elle une énergie puissante, ce qui lui provoqua un frisson caractéristique. Il observa la horde gémissante, quelque peu rengaillardi par ce qui était en train de se passer.
— Vous êtes venus voir le seigneur des tempêtes d’Ankarogh ? Alors me voici ! Saàrnarion, venu du nord pour emprunter cette porte ! A présent laissez passer une pauvre fée qui escorte un bébé pour son ultime calvaire ! Je n’ai pas de temps à perdre avec vous ! — Un enfant ! Laisse nous voir l’enfant ! s’exclama un spectre rachitique dont les orbites étaient, elles, complètement vides. Son simulacre de corps était pâle et luisant comme tous les autres, mais il montrait en plus tous les signes de la décomposition. — oh oui, Saàrnarion ! Par pitié, laisse nous voir ! dit à son tour une voix de femme horriblement éraillée. — Pas question ! Je vous connais trop bien ! Vous allez la blesser ! — Non ! Nous regarderons juste ! Nous ne la toucherons pas ! La vie nous manque tellement ! reprit le décomposé. — Oh oui ! Nous serons raisonnables ! — Laisse nous voir ! — Oui ! Les supplications devinrent un bourdonnement de voix désincarnées, leurs paroles se répercutaient avec des différences de ton subtiles mais explicites : parfois, les demandes devenaient menaçantes. Saàrnarion recula, le dos presque plaqué contre le rocher. —Vous m’avez l’air trop empressés pour être honnêtes ! Et ça ne dépend pas de moi ! ricana Saàrnarion en forme de défi à la peur. Il ne fallait surtout pas perdre la face !
Le grand spectre se fraya un passage parmi les autres, dire qu’il les éclipsa en passant à travers eux était plus exact. Le seigneur des airs put détailler sa face camarde, ses épaules armurées de longues épaulières, et son corps enveloppé de ce qui avait été de lourdes toiles. Une blessure énorme et purulente perçait un de ses flancs, elle semblait palpiter comme une lanterne lourde. — Nous la voulons et tu ne peux pas t’y opposer ! Quiconque désire user de notre porte nous doit un péage ! C’est bien normal non ? Sa voix était enrouée, sans timbre. — Un péage ? Ha !ha !ha ! mais les portes ne vous appartiennent nullement ! C’est tout le contraire même ! Allez plutôt prendre la vie des bêtes de la forêt d’Oustremande ! répondit Saàrnarion dans un éclat de rire. Le mort-vivant écarta les pans de son manteau, révélant un jeu de lames longues et recourbées. Cela ressemblait à des dagues tenues d’une seule main, ou aux griffes de combat que le seigneur des airs savait lui-même imiter. — Nous ne lui voulons pas de mal, alors ne nous oblige pas à t’en faire ! Nous avons besoin de sa vie ! — Oh oui sa vie ! — La vie d’un enfant, si précieuse ! —Nous la voulons ! Leurs plaintes démentes devenaient insupportables, car elles résonnaient autant dans l’oreille fine de Saàrnarion que dans ses sens surnaturels. — Suffit ! cria le chevalier. Je vous ai sommé de nous laisser en paix, mais vous ne savez que réclamer ! J’ai essayé d’être bon avec vous ! mais vous êtes allés trop loin ! Vous vous attaquez à plus fort que vous, croyez moi !
Certains des spectres, surtout les plus petits, s’écartèrent devant les lames menaçantes que Saàrnarion brandissait juste sous leur nez. Mais le grand ricana ; le cercle des âmes en peine se referma sur eux. Un moment, Saàrnarion fut indisposé et sa respiration se fit sifflante, comme si tous els morts agglutinés autour de lui vidaient l’air environnant par leur seule présence. Inspirant avec peine, il décrivit un moulinet rageur de son épée sorcière. Le bout de la lame rencontra une femme spectre restée trop près et la traversa dans un sillon écarlate. Son expression se mua un masque de surprise, ses yeux exorbités fixant Saàrnarion et sa bouche béante exhalant un cri étouffé. — Il a frappé l’une de nous ! il doit mourir ! croassa le grand. — Oui mourir ! mort ! mort ! — Sa vie ! Elle nous tiendra chaud ! — Prenons la aussi ! Répondirent les autres de concert. _________________ Magic dragon spits tracing bullets expose our hiding place. Magic dragon iron monster destroys, with rage
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|  | | Napalm dave La bête ignivome

  Age : 29 Inscrit le : 18 Juil 2006 Messages : 914
 | Sujet: Re: Nekroôs, la chute des anges Mar 16 Jan 2007 - 23:45 | |
| Ils fondirent sur le seigneur des airs, tentant de la saisir avec leurs mains rapaces. Mais ils furent immédiatement éjectés par l’arc furieux de se serre de givre. Le grand mort-vivant venait de brandir une lourde faux barbelée. Il jaillit des rangs pour frapper Saàrnarion, mais son coup rencontra l’argent de l’épée sorcière. Les spectres blessés se tordaient de manière pathétique, les attaques du chevalier les tranchaient comme s’ils avaient été de chair et de sang. Mais ils étaient bien plus rapides que des hommes, de plus, chaque spectre repoussé était remplacé par un membre de la cohorte. Les lames s’entrecroisaient. Les ombres redoutaient autant les armes qu’ils désiraient sentir la chaleur du bébé sous leurs griffes. Une onde de choc retentit dans la clairière, plusieurs assaillants furent couchés et d’autres fuirent aussitôt. Un instant, la grotte trembla elle aussi et un léger nuage de poussière fut soulevé dans l’ouverture. Saàrnarion tenta de s’en rapprocher mais il en fut immédiatement empêché par un groupe de spectres agglutinés les uns contre les autres et poussant des rires jacassants. Le seigneur des airs les évita d’un mouvement leste, leurs mains glaciales s’approchaient trop près du couffin de Bérénith ! Celle-ci criait rageusement, mais sa puissance ne cessait de croître. Un crépitement étrange parcourut son corps et les ombres restèrent un instant immobiles, comme déconcertées.
Le grand spectre s’approcha doucement, fouettant l’air de sa faux tordue. Son autre main n’était qu’une griffe d’acier noire, une monstruosité métallique émergeant de son avant-bras. Le seigneur des airs esquivait coups sur coups, la fatigue commençait pourtant à le gagner. Il asséna une botte qui perça son ennemi juste à côté de son ancienne blessure. Une étoile sanguinolente se forma à l’impact, le chevalier maintint son bras tendu, un rictus de rage crispant son visage. — Tu es puissant ! dit le spectre qui pâlissait à vue d’œil. Mais tu n’as aucune chance ! Nous sommes nombreux et nous ne connaissons pas le sommeil, contrairement à toi ! Saàrnarion ressentit tout à coup la même gêne respiratoire que toute à l’heure. Les autres morts s’étaient rapprochés, leurs visages déformés collés les uns aux autres et leurs griffes prêtes à se saisir de lui. Chaque brassée d’air lui était insupportable, un tiraillement atroce sur ses entrailles il effectua un mouvement menaçant à l’aide sa serre, mais cet effort le fit tituber. Autour de lui, les rires et les grincements de dents montaient crescendo, jusqu’à devenir un bourdonnement assourdissant qui saturait les sens. Tous les muscles de Saàrnarion étaient devenus douloureux, son souffle de vie était comme enserré dans un étau invisible… — Tu t’infliges des souffrances inutiles ! croassa le grand spectre, la fatigue te pèse déjà, bientôt, tu ne pourras même plus tenir debout ! Tu auras beau nous frapper, la douleur nous est égale, nous avons tout notre temps ! — Oui ! Laisse nous l’enfant et quitte Oustremande ! s’écria une voix féminine. Le seigneur des airs serra les dents. Etait-ce la fatigue ou une forme de magie ? Il ne voyait plus la clairière de la même façon à présent. Le ciel semblait s’être obscurci et la brume masquait presque entièrement les arbres environnants, ne laissant percevoir que des silhouettes floues. Un voile trouble passa devant ses yeux. Il fallait se rendre à l’évidence, il était pris au piège et son existence d’immortel s’arrêterait là, au service d’une quête absurde qu’il détestait. La récompense de Saàrnarion, seigneur des tempêtes d’Ankarogh et meilleur allié du dieu Kelannos… — Tu ne souhaites pas emmener cette enfant derrière la porte, alors laisse-la nous ! Nous nous occuperons tellement bien d’elle, nous la chérirons au moins autant que toi ! Saàrnarion tressaillit, avait-il rêvé ? Non ! Le grand spectre usait de pouvoirs pour attaquer son esprit à lui, un seigneur chevalier féerique ! Hors de lui il se rua sur son tortionnaire et fit pleuvoir les coups. Il hurlait de rage, redoublant de haine contre cette créature. Il ne permettrait pas que l’on viole ainsi ses pensées, et surtout pas son amour pour Bérénith ! Les griffes d’acier se brisèrent en cognant le givre et le seigneur des airs larda son corps fantomatique de blessures. —Ta colère est inutile Saàrnarion ! Laisse toi aller ! ricana le spectre. Tout force était en train d’abandonner le seigneur des airs, le sang battait contre ses tempes, son esprit s’embrumait à son tour. Le rempart de sa détermination était en train de tomber…
Une lumière blanche, les sens engourdis de Saàrnarion ne comprirent pas tout de suite ce qui était en train de se produire. Autour de lui, les ombres hostiles qui l’assaillaient se tordaient comme des pantins désarticulés, enveloppées d’éclairs crépitants. Le concert de cris déments qui suivit n’avait rien d’imaginaire. Reprenant ses esprits, Saàrnarion réalisa soudain qu’il était au centre d’un maelstrom rugissant. La puissance magique à l’état pur entourait le couffin de Bérénith et lui-même était traversé par une formidable onde de pouvoir. Les hurlements discordants de ses ennemis auraient pu paraître insupportables en d’autres circonstances, mais il ne put retenir un rire nerveux. — L’enfant d’Alvanys ! Voilà ce à quoi vous vous êtes attaqués ! Sentez sa puissance ! ha !ha !ha ! La lumière devint si intense que toute autre chose devenait invisible. Saàrnarion ne perçut guère que des ombres fuyantes se dispersant dans toutes les directions. Une étrange extase parcourut son corps, saturant un instant ses sens magiques. Les contours de la clairière lui apparurent de nouveau la plupart des spectres avaient gagné les frondaisons, hurlant sur toutes les octaves possibles. Seuls quelques uns le fixaient encore, ahuris et incapables de bouger, figés dans une attitude soumise et presque suppliante. — Alors, qu’est-ce que ça fait de goûter au pouvoir suprême ! J’espère que vous avez bien mal ! Rit Saàrnarion.
Sans attendre, il s’engouffra dans la cavité rocheuse, s’assurant juste qu’aucun des spectres ne revenait à la charge. Il traversait déjà une salle troglodyte remplie de terre et de poussières, mais il sentit comme un froid dans le dos. Il se retourna pour voir la face camarde du grand spectre en train d’abattre sa faux ! Un éclair blanc passa devant leurs yeux, figeant momentanément la scène. Saàrnarion avait déjà frappé, profitant de ce moment de confusion. La lame sorcière avait percé le monstre ; il tourna et retourna l’argent de son arme dans le corps spectral de son ennemi avant de décrire un arc mortel. Le mort se tenait le ventre, la bouche grande ouverte et le regard figé dans une expression de grande surprise. Le chevalier lui adressa un sourire sinistre ; il devait cette victoire à Bérénith, mais il la savourait largement ! Marchant à reculons, il garda l’épée à la main et replia sa serre pour tenir doucement le corps brûlant de la petite fille. Celle-ci leva ses yeux de glace vers son protecteur et sourit béatement. On aurait dit un petit enfant fier d’avoir fait une découverte… — Le pouvoir est en marche, et rien ne pourra l’arrêter ! s’écria Saàrnarion, revigoré.
Il s’engagea dans un boyau étroit et l’obscurité les engloutit complètement
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 | Sujet: Re: Nekroôs, la chute des anges Mer 18 Juil 2007 - 21:44 | |
| Chapitre I : le sacrifice interdit
« Etes-vous sûr de vos calculs, seigneur ? — On ne peut plus sûr, Camirède. La perfection astrale sera atteinte ce soir, peu après la vingt-et-unième heure, répond le baron »
Le serviteur sait que sa question est inutile car personne d’autre que son maître n’est plus savant pour prévoir la course des astres. Mais à l’instar de tous les hommes présents dans la clairière, à cette heure plus qu’avancée, Camirède est étreint par la peur. Le petit homme piétine nerveusement, à moitié dissimulé par l’ombre du chariot. Il tient dans ses bras un étrange fardeau. Il en vient maintenant à espérer que le rituel n’aura pas lieu. Camirède surveille du coin de l’œil les chevaux de traits, libérés de leurs entraves, qui paissent un peu plus loin, puis il jette un regard craintif à son seigneur. Celui-ci le toise avec mépris, debout sur la plate-forme de bois. Un moment, la lueur rouge de Pourprelune éclaire le visage du baron, faisant apparaître ses yeux fiévreux tels deux braises. Camirède essaie tant bien que mal de réprimer son malaise. Il sait que la folie de son maître est terrible, incurable ; il n’ose pourtant lui désobéir. Il espère simplement qu’un éclair de lucidité le ramènera à de meilleures intentions. Il se sent si minable à côté du grand enchanteur. Il est aussi courbé que le noble est droit, de haute taille. Sa voix est aussi geignarde que celle de son maître est suave et profonde. Camirède n’est que le serviteur difforme de Galienn d’Alvanys : un monstre de foire en sursis, n’existant que par la pitié du baron. Ses fards ne font que souligner la laideur de son visage, sa livrée grise de domestique lui donne un aspect de bouffon tragique. Contrairement au reste de la suite, il ne porte aucune arme.
Un vent froid balaye la clairière, un frisson s’empare aussitôt des hommes réunis pour l’occasion. Tous sauf Galienn et son vieux capitaine des gardes, Hiéràn, qui marche tranquillement en guettant les environs. Sa main gantée est posée sur le pommeau de sa longue épée. Le maître d’arme a décoré de rubans son gilet pour l’occasion. Ses cheveux blancs et sa barbe en pointe, lui font partager plus d’un trait de ressemblance avec son suzerain. Si leurs yeux étaient de la même couleur, on pourrait presque les confondre. Le baron Galienn d’Alvanys s’est vêtu de ses plus beaux atours en vue de la soirée : celle de son « grand œuvre ». Il se tient debout, dans toute sa fierté hautaine, vieil homme au corps de guerrier. Galienn sourit en observant les étoiles dans le ciel dégagé. Les sorciers et les enchanteurs de ce monde peuvent bien se vanter de maîtriser des effets destructeurs, il connaît, lui, la science des nombres. Il leur est infiniment supérieur dans ce domaine. Avoir été astrologue à la cour de Mantoue offre quelques avantages… Il caresse la couverture de son livre de notes, puis attarde son regard sur les soldats de sa suite. Les hommes qui l’accompagnent n’ont, pour la plupart, guère plus de vingt ans mais sont déjà des militaires endurcis. Leurs uniformes beiges et pourpres, aux couleurs d’Alvanys, cachent en fait d’épais gambisons. Leurs membres sont protégés par des jambières et gantelets d’excellente facture. Malgré cette allure martiale, ils ne renvoient aucune fierté. Les hommes de la baronnie serrent les hampes de leurs hallebardes, soucieux, semblant à l’affût du moindre bruit.
« Bien ! dit le baron, tout est réuni, nous allons pouvoir commencer ! » Galienn adresse un signe de la tête à son capitaine. Celui-ci ordonne immédiatement à la troupe de former le cercle. Les soldats s’exécutent sans discuter, mais certaines ont déjà le visage livide. Ils se savent complices d’une atrocité. Le chariot est rapidement entouré d’un solide cordon d’une quarantaine de gardes. Galienn s’affaire à déplier un autel portatif.. Le petit meuble de bois noir brille sous la clarté sanglante de la lune de Nekroôs. Il esquisse un sourire satisfait et se tourne vers son valet, impatient. « Allons Camirède, il est temps d’amener l’enfant ! » L’homme s’empresse de monter avant de déposer ce qu’il tenait, bien en évidence sur la surface lustrée. Sa main écarte le tissus, laissant voir ce qu’il dissimulait : le visage blême d’un bébé endormi. Galienn se saisit aussitôt d’une arme dont le tranchant jette un éclat bleuté. C’est une hache primitive, décorée d’éclats de grenats semblables à de grosses gouttes de sang.
Camirède a soudain un mouvement de recul : « Sei… seigneur ! bredouille-t-il. — Quoi ? — Seigneur, vous êtes sûr de ce que vous voulez faire ? Enfin, je veux dire, il s’agit de votre fille… »
L’expression du baron se mue tout à coup en un masque de colère. « Comment ? Tu oses gâcher mon triomphe ? Camirède, pauvre larve, tu n’essaierais tout de même pas de me tenir tête ! » Ce soudain éclat de voix réveille le bébé qui se met à pleurer bruyamment. Le domestique recule, effrayé. Les soldats n’ont pas osé se retourner mais leur malaise est palpable. Galienn brandit la hachette de sacrifice au dessus du crâne de son serviteur : « Ecoute-moi bien minable, tu ne dois ta vie confortable qu’à ma pitié. Je t’ai offert l’occasion de me servir malgré ta naissance misérable, alors je… »
Il n’a pas le temps de terminer. Le vent vient de retomber, puis une étrange bourrasque agite la masse sombre des feuillages. Les soldats tressaillent et se mettent immédiatement en garde. « C’est un sentiment pourtant bien naturel que le doute, surtout quand on s’apprête à à assister à la mort d’un enfant ! gronde une voix désincarnée » On dirait le fracas des vagues sur les rochers. Camirède ne peut réprimer un cri d’effroi. Il s’empare brusquement du bébé et saute de la charrette. « Qui est-tu ? crie Galienn » Il cherche l’intrus du regard, il lui a semblé venir du bosquet le plus proche. « Tu ne me reconnais pas ? Oh, je suis déçu ! Moi qui ai tant fait pour que tu t’intègres ici bas. » La voix est maintenant plus proche, son timbre devient sépulcral. La terre se met à trembler sous les pieds des hommes tandis que des traînées de brume scintillante serpentent sur la cime des arbres. Les soldats campent solidement sur leurs pieds, prêts à recevoir une charge. les hallebardes sont pointées vers les sous-bois. « Dorwàn, nous ne pouvons pas lutter contre le seigneur Dorwàn ! s’écrie un des gardes. Fuyons ou implorons sa clémence ! — Restez ici ! Restez protéger le rituel ! hurle le baron, hors de lui. » Mais trois hommes viennent de sortir du rang et courent, comme à l’approche d’une déferlante. « Ils ne te doivent plus aucune obéissance, tonne la voix, car tu as toi-même trahi tout ce qu’il y a de sacré ! »
Une lueur bleue est apparue dans les sous-bois à peu de distance du groupe. La plupart des hommes d’armes reculent. Alors que l’un d’eux tente à son tour de fuir, il est cueilli par la lame de Hiéràn qui lui perce le flanc. « J’en ferai répondre aux lâches ! crache le capitaine avec un sourire sinistre ». Les gardes observent un instant leur camarade, agonisant dans l’herbe. Mais leurs esprits sont soudain ébranlés par la puissance de la voix : « Avant de te livrer à de tels actes, Galienn, assure-toi que ceux que tu as voulu réduire au silence soient bien morts ! Comme cette pauvre sage-femme que tu as poignardée de tes propres mains. Mais Galienn le calculateur ne prédit ni son malheur ni sa malchance, n’est-ce pas ? Astrologue de foire ! » Une forme lumineuse émerge des fourrés, la brume rampe sur le sol en un manteau opaque. Des profondeurs de la forêt retentit une cacophonie de cris jacassants accompagnés de craquements de ronces. On dirait qu’herbes et broussailles se sont mises en marche contre les hommes. Le baron a à peine bougé, le visage et les mains toujours crispés par la fureur. Puis il éclate d’un rire dément : « Tu crois peut-être que je te crains Dorwàn ? As-tu seulement idée de mes nouveaux pouvoirs ? Les voies de la destruction sont formidables pour qui sait les manier ! » Le noble a perdu toute apparence de raffinement. Ses yeux roulent dans les orbites et un filet de bave ponctue chacune de ses diatribes. Un instant, son regard se porte sur Camirède qui tient toujours la petite fille. Le serviteur veut parler, crier quelque chose, mais ses tremblements lui coupent le souffle. La lumière bleue, intense, vient de prendre forme humaine. A l’orée du bois, les taillis s’agitent sous les pas de dizaines de créatures. « Je ne suis pas venu seul, Galienn l’inconscient ! Je connais la valeur des hommes d’Orwhal, surtout quand le désespoir les pousse à protéger un traître ! s’exclame Dorwàn. J’ai avec moi des guerriers du Sydhe, mais aussi mon frère, Dreikern ! » _________________ Magic dragon spits tracing bullets expose our hiding place. Magic dragon iron monster destroys, with rage
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 | Sujet: Re: Nekroôs, la chute des anges Mer 18 Juil 2007 - 21:47 | |
| A peine a-t-il prononcé ce nom qu’une colonne de flammes jaillit d’entre les arbres. Le feu s’élève dans le ciel avant de fondre sur la clairière, rebondissant en arches sur les cimes. Dans les sous-bois, les ombres des vieux chênes tremblent soudain parmi la lumière rougeoyante. On entend maintenant à peine les pleurs du bébé au milieu des cris et du fracas. Seule perce la voix de Galienn, qui a pris subitement une intonation suraiguë. Ce sont les aboiements d’un fou furieux : « Que de courage, « seigneur Dorwàn », quand l’eau impétueuse se sent obligée de s’allier à la flamme ! » Le feu éclaire la course de formes agiles dans les hautes herbes. Des silhouettes de toutes tailles accourent en brandissant des piques, des haches et des épées. Une forme flamboyante tombe près du cercle des gardes en grésillant. Elle semble animée d’une vie propre. « C’est toi qui parle de courage, félon ! Toi qui te cache derrière tes hommes pour massacrer ta propre fille ! siffle la flamme. » Les gardes reculent encore, resserrant les rangs contre le chariot. La flamme s’est levée pour se muer en une forme tangible : la silhouette d’un chevalier de très haute taille, dépassant largement celle des soldats. « Vous les Orwhaliens, rentrez chez vous ! dit la créature d’une voix profonde. Nous ne voulons pas vous combattre. Vous n’êtes plus tenu de le suivre. » Dreikern vient d’apparaître dans toute sa puissance. Ses plaques d’armure irradient d’une lumière chatoyante, comme de l’or en fusion. Son visage n’est qu’un masque d’airain où brillent deux terribles braises. Il lève sa lame sur le côté, une longue épée incandescente. L’espace d’un instant, les fées courroucées cessent leur charge pour avancer lentement. Le feu de Dreikern les illumine et éclaire leurs figures. Celles-ci m’ont plus rien de jovial, ou de comique, ce sont des grimaces de haine. De grands aëls aux cheveux noueux font tournoyer des espadons et haches de bataille barbelés. Des lutins et des skeudigs, armurés de côtes de cuir, pointent leurs lances et leurs masses, prêts à en découdre. Les orwhaliens sont au coude à coude, certains tremblent. Ils savent que Dreikern, le général d’Ankarogh, est aussi fort que cent hommes. Ils n’attendent rien d’autre de cette confrontation qu’une mort atroce. Ils ont obéi à leur seigneur jusque dans sa folie et s’apprêtent à en subir les conséquences. De plus, leurs noms seront à jamais associés à l’infamie de Galienn d’Alvanys. « Protégez-moi ! hurle le dément. — Ils sont bien trop présomptueux, laissez-moi vous en débarrasser ! s’exclame Hiéràn. »
Le capitaine n’a même pas attendu d’ordre et amorce un pas menaçant en direction de Dreikern. Le seigneur du feu place aussitôt sa garde. Un mouvement de l’autre bras, un claquement sonore. Un carreau vient de jaillir de la main de Hiéràn pour percer la gorge d’un des lutins. Le sergent d’arme lâche son arbalète de poing et engage aussitôt le combat, suivi par plusieurs soldats. En un instant, le face à face devient une mêlée confuse. Les hallebardes percent les torses, les masses percutent les gambisons. Dreikern aboie une malédiction en réalisant son erreur. Mais il n’a pas le loisir de faire payer sa traîtrise à Hiéràn. Il fond immédiatement vers le chariot et sa charge soulève une traînée de flammes. Il se heurte rapidement aux armes d’hast. Les hampes éclatent sous la violence de ses coups. Le seigneur du feu doit combattre plusieurs gardes mais s’applique à ne pas dispenser la mort. Son épée décrit de puissants moulinets tandis qu’il pare à l’aide d’une hache à large tête. Les orwhaliens cognent de manière désordonnée, avec l’énergie du désespoir. Dreikern les ignore presque : ses sens se concentrent sur les cris du bébé. Il sent d’ailleurs son aura monter en puissance. Un léger frisson en parcourt la nuque du chevalier. * Dorwàn arrive à la hauteur du combat. Sa lueur n’est plus aussi aveuglante : on distingue clairement sa silhouette corpulente, revêtue de lourdes étoffes décorées. Plusieurs soldats, déjà malmenés par leurs adversaires agiles, reculent à son approche. Le visage joufflu du seigneur des eaux aurait pu paraître avenant en d’autres circonstances. Mais là, avec ses yeux réduits à de simples fentes de lumière bleue, il ne présage rien de bon. Des gardes se désengagent, la mêlée se réorganise. Plusieurs lutins blessés reculent alors que de nombreux autres gisent au sol. Leur sang se mêle aux flaques des nids de poule. Certains hommes d’armes sont pris dans une danse mortelle avec des aëls, tâchant d’esquiver les coups rapides des grands Alfars. D’autres fouillent l’herbe de leurs lames, aux prises avec les skeudigs qu’ils peinent à voir dans la pénombre. Les petits êtres les provoquent, les feintent, les poussant à l’épuisement. Un soldat est soudain accroché au gambison par une chaîne munie d’un corbeau. Une force inattendue l’entraîne au sol. Alors qu’il tente de se relever, il n’a que le temps de voir une silhouette de la taille d’un enfant brandir une lourde pierre et l’abattre sur sa tête. Le capitaine Hiéràn s’avance, les yeux exorbités par une fureur malsaine. Une lance lui manque de peu le visage mais il esquisse un puissant revers de sa longue épée. L’acier produit un éclat de lune en tranchant la tête d’un lutin. « Laissez-moi le chevalier, c’est mon office ! Occupez-vous des Alfars ! crie-t-il à l’adresse de ses hommes. » Mais alors qu’il cherche à se frayer un passage, une étrange brume multicolore se lève autour de Dorwàn. Les six hommes qui tentaient vainement de le frapper s’effondrent subitement dans un bruit mât. « Dormez à présent ! dit le seigneur des eaux d’un air détaché. » Hiéràn marche courbé, se couvrant la bouche de sa main gauche. Ses yeux rougissent sous l’effet des vapeurs magiques. « Ta magie ça ne prend pas, la fée ! crie-t-il en plongeant pour frapper d’estoc ». Le chef des gardes porte un violent coup de taille, mais Dorwàn l’esquive aisément, sans cesser de fixer son adversaire. Les pieds du seigneur fée ne touchent plus le sol, on dirait qu’une force invisible vient de le tirer en arrière. Un revers d’épée manque sa poitrine et un troisième coup frôle ses jambes. « Il en faudra beaucoup plus ! » Hiéràn assène une botte mais la force de son attaque se perd étrangement dans un repli d’étoffe. « Rien n’est plus sûr ! répond Dorwàn » Il s’écarte lestement et pose sa main dans le dos de son adversaire. Le vieux guerrier sent un froid mordant puis une immense douleur. Puis il s’écroule, inerte. « Fais de beaux rêves de puissance, idiot ! ricane le seigneur des eaux. »
Dreikern déchire l’air de sa lame ardente, décrivant des arcs de feu devant les soldats. Ceux-ci ont formé un cercle autour de lui. Quatre des leurs gisent déjà, assommés, et un cinquième homme se remet à peine du vol plané qu’il vient de faire jusqu’au chariot. Galienn fait pleuvoir la magie. Une étrange tache noirâtre est apparue dans l’air, juste devant lui. La nuit semble s’y engouffrer. Les mains fines du noble font bouger le puit miniature d’où fusent des traits de lumière verte. Dreikern voit faire le magicien et ses frères qui tombent sous les flèches d’acide. Celles-ci fauchent indifféremment hommes et fées. Les blessés hurlent atrocement quand le venin attaque leurs chairs, oublient leurs passes d’armes. Le seigneur du feu voit tout cela mais il est tenu en respect par les épées orwhaliennes. Les pleurs du bébé percent entre les clameurs et les râles d’agonie. Ils sont déchirants, comme si la petite fille était torturée. Pourtant, Dreikern aperçoit Camirède, toujours assis par terre, la tenant fermement contre lui. Un instant, le doute saisit le seigneur du feu : le serviteur de l’infâme essaierait-il de protéger l’enfant ? Dreikern stoppe les attaques désordonnées de quelques gardes. Il se ressaisit. Sa voix entonne une incantation tandis que la lame de feu brise plusieurs épées. Un bruit de tonnerre retentit, les orwhaliens s’immobilisent, fauchés par un éclair pourpre. Pris d’une terreur soudaine, les hommes fuient brusquement le combat, les yeux écarquillés, le regard fébrile. *
Seule une dizaine de gardes résiste encore aux assauts des fées. Dorwàn s’avance et se penche au dessus des blessés. Il sent soudain une douleur aigue à son épaule. Il se retourne pour voir l’expression médusée d’un soldat, tenant à deux mains la poignée de son épée. L’homme s’est approché silencieusement pour frapper de toutes ses forces. Sa lame, fichée dans les toiles des robes de Dorwàn, n’a fait qu’entamer sa chair. « Suffit maintenant ! s’écrie le seigneur des eaux, courroucé » Décrivant un arc de son bras, il fait faillir un éclair crépitant qui projette l’homme contre un arbre voisin. Dorwàn se passe simplement la main sur l’épaule avant d’entonner une incantation sur un lutin couché au sol. * _________________ Magic dragon spits tracing bullets expose our hiding place. Magic dragon iron monster destroys, with rage
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 | Sujet: Re: Nekroôs, la chute des anges Mer 18 Juil 2007 - 21:47 | |
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Dreikern est seul face au chariot et à Galienn. Un coup d’œil rapide lui permet de voir Camirède qui plonge lestement sous les roues, serrant contre lui le couffin. Le domestique rampe en s’aidant des coudes : mais il n’a pas remarqué le phénomène étrange qui est train de prendre naissance. Des crépitements parcourent maintenant le tissu grossier qui enveloppe la petite fille. Les lueurs grésillent et viennent danser sur son gilet de lin. Se remettant de sa surprise, le seigneur du feu menace le baron de sa hache, la lame brille étrangement à la lumière de Pourprelune. Ses décors d’entrelacs semblent prendre vie en se teintant de rouge. « Ton rituel ne pouvait avoir lieu. Je te laisse une chance de partir, Galienn le fourbe ! gronde Dreikern. — Je ne te crains pas, pas comme tous ces idiots ! » Une gerbe d’éclairs noirs fuse de la paume ouverte du baron et le chevalier n’a guère que le temps d’opposer son bras. Il grimace lorsque le sort pénètre ses chairs, lui assénant une douleur atroce. Des flammes dorées viennent lécher l’armure de Dreikern et l’entourent d’un manteau crépitant. Galienn n’a pas lâché prise. Ses muscles se contractent quand il intensifie la puissance de l’éclair. Son visage rougeaud vient d’enfler comme un fruit trop mûr. « Tu n’as toujours pas compris ? La puissance m’a été donnée par Orias ! crie-t-il d’une voix tout à coup suraiguë. » Dreikern souffre et recule sous la force du sort. Il sent les lumières noires vriller son bouclier de feu pour lui percer le corps. Une aëlle surgit en bondissant vers le chariot mais Galienn la vise de son autre main. Les éclairs la déchirent comme une volée de traits acérés. « Mon sacrifice a avorté à cause de toi ! » La voix du baron n’est plus qu’un gargouillis immonde. Ses vêtements de soie sont en train de craquer alors que son corps subit une transformation. Muscles et chairs se gonflent d’horribles boursouflures, se couvrent de barbillons de peau obscènes. La tête de l’enchanteur s’incline soudain sous la pression de son cou. Les yeux s’écarquillent, prenant l’aspect de ceux d’un poisson bouffi. Dreikern se sent faiblir, le combat qu’il mène est autant physique que psychique. La douleur lui devient si insupportable qu’il pose un genou à terre. Il a sous-estimé la corruption de Galienn : c’est maintenant à une incarnation démoniaque qu’il doit faire face ! Le seigneur du feu n’entend presque plus le vacarme de la bataille. Seuls lui parviennent les gloussements inhumains de Galienn et les battements sourds de son propre cœur. « Dreikern ! » La voix qui vient de résonner dans sa tête est celle d’une petite fille. Son corps a brusquement cessé de ressentir la morsure des éclairs, envahi par une onde de puissance. Il ouvre les yeux pour voir son ennemi aux prises avec d’étranges volutes de brume qui ont pris naissance sous le chariot. Dreikern voit l’enchanteur se débattre d’une manière comique, il lutte contre ces choses qui cherchent à l’enserrer comme des tentacules. Galienn fouille rapidement les replis de sa cape et brandit un objet qui tenait à son côté par des lacets de cuir. C’est un petit sceptre d’or pâle, brillant d’un éclat malsain et terminé par une lourde gemme vert bilieux. Le noble l’agite et le brouillard magique se dissipe comme sous l’effet d’un coup de vent. Galienn bondit à bas du chariot et tandis qu’il bouge, son corps diminue lentement de volume, laissant retomber sur lui les lambeaux de ses vêtements. « Prends garde, l’incendiaire ! Car cette arme est un poison mortel pour ceux de ta race ! crie-t-il en pointant le sceptre vers Dreikern. — Tu veux vraiment mourir, c’est ça ? Tu viens de te condamner par cette dernière infamie. »
Dreikern charge en soulevant un ruban de flammes mais le noble vient d’esquiver son revers de hache. L’épée s’abat en un arc écarlate. Galienn l’évite une nouvelle fois. La tête sceptre luit soudain comme l’éclat moribond d’une étoile verte. Le seigneur du feu bondit en arrière et un souffle jaillit de sa bouche, enveloppant le baron sous une tempête de flammes. Un rire moqueur retentit dans le brasier : « Tes pouvoirs ne peuvent surpasser un sceptre de Vàndrass, idiot, car il a été forgé par un démon ! — Certes, mais tu n’y vois plus rien, répond le seigneur du feu en abattant sa lame ardente » Il ne sent toutefois aucun autre obstacle que le sol. Cet adversaire agile commence à l’agacer. Lorsque les flammes s’atténuent, il le voit, le visage suant et noirci, figé dans un rictus sinistre. Dreikern jette un regard furtif et distingue la silhouette de Camirède, prisonnière d’un nuage de brumes venu de nulle part. Les plaintes terrifiées du domestique se mêlent aux pleurs de l’enfant. Galienn plonge en avant mais la hache de Dreikern cogne le sceptre, déviant son attaque. L’épée déchire les restes du pourpoint du baron avec un horrible grésillement. Une odeur de chair brûlée envahit les sens des deux combattants. Galienn ignore pourtant la douleur, il frappe d’un mouvement leste le flanc de son adversaire. Un court instant, les yeux du chevalier se voilent de noir. La douleur la plus atroce envahit son corps. On dirait la morsure foudroyante d’un millier de serpents. Plein de colère, le seigneur du feu tourne brusquement sur lui-même. Les flammes de son épée meurent à l’approche du sceptre mais la lame tranche tissus et chair, séparant épaule, bras et tête du reste du corps. Galienn tombe lourdement, coupé en deux. Dreikern grimace en voyant les yeux révulsés de celui qui a été autrefois un noble raffiné et respectable. L’artefact démoniaque luit toujours faiblement dans sa main crispée.
Les pleurs de la petite fille le ramènent soudain à la réalité, il avance d’un pas ferme en direction du chariot. Il remarque alors une forme tremblante blottie derrière une des roues, recroquevillée au dessus du bébé. Camirède n’a pas bougé du combat et a assisté à toute la bataille. « Ecarte-toi, ne te mets pas entre la flamme et son objectif ! gronde le seigneur du feu, encore échaudé par sa blessure.’ Le petit homme laisse brusquement rouler le couffin dans l’herbe mouillée et pousse un gémissement pathétique. La petite fille émet une bruyante toux de protestation. « Laisse ! Ne l’accable pas plus, clame la voix de Dorwàn, redevenue sereine. » Le chevalier d’eau est maintenant à côté de son frère. Les cris de victoire des fées résonnent en chœur tandis que fuient les derniers soldats orwhaliens. « Celui-ci a eu au moins le mérite de nous faire gagner du temps. Qu’il parte prévenir ses semblables que les fées d’Ankarogh prennent en main le destin de l’enfant d’Alvanys. » C’en est trop pour Camirède. Il n’a jamais été très courageux, mais là, seul face à deux des plus terribles seigneurs des éléments, il se sent mourir. Il demeure seul et on va lui faire payer les crimes de son suzerain. Il s’enfuit aussi vite que peuvent le porter ses jambes arquées. Sa course ressemble à celle d’un lièvre dans les hautes herbes.
Dorwàn s’approche du chariot. L’enfant a cessé de pleurer et s’avance vers lui à quatre pattes. Elle fixe avec étonnement le visage rebondi du chevalier, qui sourit en retour. L’eau semble couler doucement sous sa peau bleue. Le bébé éclate alors d’un rire sonore. Dorwàn ne peut s’empêcher de détailler cette enfant, sa peau blanche de l’agate et ses yeux couleur de glace ; les yeux d’une fée… « Quelle folie ! dit-il, pauvre petite, nous aurions pu t’épargner ce carnage si nous avions été plus clairvoyants ! » Puis il se tourne vers Dreikern, occupé à relever sa compagne d’arme fauchée par le sortilège. La jeune Alfare respire encore faiblement, le sang perle sous les déchirures de son gilet de cuir. Le seigneur du feu dépose un baiser sur son front puis la porte dans ses bras, l’air sombre. « Alors, frère, ai-je agit avec suffisamment de célérité cette fois dit Dorwàn, légèrement dédaigneux. — Oui, sans l’ombre d’un doute ! »
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|  | | Napalm dave La bête ignivome

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 | Sujet: Re: Nekroôs, la chute des anges Mer 25 Juil 2007 - 17:29 | |
| Chapitre II : Le conseil de la discorde.
Le royaume d’Ankarogh, au sanctuaire de CynnFaïdh
Les lueurs rampent sur la pierre vivante. Les stalactites séculaires des grottes d’Ankarogh se teintent de vermeil, animées par les reflets de centaines de lanternes sourdes. Tous sont présents ce soir: Shauns, gnomes, Aëls, Gembelins et hobgobelins, la foule nombreuse des lutins ainsi que les hautes fées des éléments : les chevaliers féeriques. Nombreux sont venus les lieutenants de Dorwàn pour soutenir ses actions. Dans un recoin de la caverne, les alfes Slydes forment un groupe restreint et silencieux. Ce soir, tous auront la confirmation de la venue de l’enfant. Le dieu devra s’exprimer dans un moment qui ne laissera aucune place à la frivolité habituelle des peuples fées.
Dorwàn entre et soudain, tous les regards se tournent vers lui. Les gens du Sydhe oublient leurs sujets de conversation. Le silence s’abat sur la Grand Salle du Conseil. La main levée en signe d’apaisement, il adresse un sourire radieux à toute l’assistance : « Mes amis, chers alliés, noble représentants de tous les peuples fées ! Ce soir a vu se concrétiser toutes nos craintes concernant l’infamie de Galienn, celui en qui nous avions fait toute confiance ! Mais soyez rassurés, grâce à votre aval et à l’empressement des hautes fées, nous avons pu neutraliser le traître. L’enfant est à présent saine et sauve ! » Les mots sont justes, comme toujours, et l’ensemble de la salle l’acclame. Dorwàn sourit de l’ovation qui lui est faîte. Puis il reprend ; sa voix couvre étrangement le brouhaha : « A vous maintenant, sous l’œil de notre bien aimé et révéré roi, de décider de son avenir. Louez le courage et la force du seigneur Dreikern sans qui tout cela aurait pu se terminer plus mal. » Quelques cris d’approbation résonnent, mais les fées cherchent du regard le seigneur du feu. *
Des éclats de voix se font entendre jusque dans le corridor. Dreikern, épuisé, pousse un profond soupir. « Ils sont heureux grâce à toi, profite un peu de ta gloire, seigneur ! dit Laëlia » La jeune Aëlle sourit faiblement, malgré les blessures qui la font souffrir. Sans les bons soins de Dorwàn et le bras ferme de Dreikern, elle aurait toutes les peines du monde à tenir debout. Un simple gilet de laine recouvre ses bandages « Je suis plus à l’aise dans le tumulte des champs de bataille ou au milieu des festivités, que face aux bavardages des conseils ! répond le seigneur du feu. Tu le sais d’ailleurs fort bien. Je serais aussi plus à l’aise si tu cessais de m’appeler tout le temps « seigneur » jusque dans l’intimité. » Dreikern ponctue cette dernière remarque d’un regard amusé. Son visage n’est plus le masque terrible du combattant. Malgré sa peau couleur d’airain, il a repris des traits humains. Le chevalier plonge sa main gantelée dans les longs cheveux châtains de Laëlia. « Même Dreikern l’invincible a ses petits points faibles, dit en riant la guerrière. Mais encore une fois, tu vas devoir endosser tes responsabilités, seigneur ! » Elle approche son visage et leurs lèvres se joignent. Dreikern savoure ce bref instant. Puis il se dirige vers la Grande Porte, l’air grave. « Remets-toi vite ! dit-il simplement. »
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Dreikern avance prestement vers le fond de la Grand Salle de CynnFaïdh. Les fées s’écartent sur son passage et applaudissent. Deux autres chevaliers de feu se sont approchés pour lui asséner des tapes amicales sur les épaules. Mais le seigneur du feu grimace soudain, se repliant sous son manteau noir. Son humeur n’est pas à la fête et même s’il essaie de le dissimuler, il a très mal. Quand ses propres frères lui demandent plus de nouvelles, il se montre laconique. Azidraïn et Kromargh connaissent suffisamment bien leur seigneur pour se rendre compte que quelque chose le perturbe. Après quelques brefs échanges de paroles, ils le laissent aller. Dorwàn quant à lui prend déjà son bain de foule auprès de ses partisans. Dreikern jette un regard par-dessus l’épaule, puis pousse un petit soupir d’agacement. Il n’est pas dépourvu lui-même d’orgueil ou de fierté, mais il n’a jamais vraiment compris quel genre de gloire tirent les chevaliers d’eau de la chose politique. Ses muscles s’engourdissent soudain, la morsure du venin de Vàndrass reste douloureuse.
Vient à sa rencontre Maëlgwa, la demi déesse des veneurs. Elle possède toute la beauté des déesses sans toutefois avoir la dureté de leurs traits. Jeune fille de grande taille, vêtue d’une simple tunique courte et de bottes, Maëlgwa porte une lourde lance à la main gauche : une arme qui semble faite de bois de ronce et dont les nœuds sont hérissés de pointes de fer, inextricablement mêlées à la matière vivante. De petits motifs colorés forment comme des anneaux sur la peau claire de ses épaules. La demi déesse sourit, un serre-tête de fils d’or maintient ses cheveux en arrière, soulignant un visage frais et avenant. « Bienvenue Dreikern, nous te sommes tous redevables. Encore une fois, tu terrasses nos ennemis pour le bien de tous ! dit-elle en faisant une accolade au chevalier. Le visage de celui-ci s’adoucit. « Merci à toi, Maëlgwa. Je t’en aurais dit plus avec grand plaisir, mais avant tout, je dois voir notre roi pour me débarrasser d’un fardeau, un très lourd fardeau… — Veux-tu dire que vous avez rapporté quelque chose en plus de l’enfant et qui nous serait inconnu ? — Oui mais quelque chose qui peut nous être nuisible et qui doit être détruit, dit simplement Dreikern. — En ce cas je te laisse, va ! » Maëlgwa fait place avant de se fondre parmi la foule. D’étranges créatures, semblables à de tous petits nains, courent dans ses pas. Leur peau est sombre, leurs bras forts. Vêtements et barbes ne semblent faire qu’un chez elles ; ils ont la texture de la mousse et des herbes folles. Ce sont les Fargrims, les bâtisseurs des forêts.
Le seigneur du feu attarde son regard sur l’étrange cortège sylvestre. Puis il marche jusqu’à une ouverture béante, sorte de tunnel s’ouvrant à l’extrémité de la salle : c’est une voix d’ombre, un disque de ténèbres dont les irrégularités de la roche ne viennent pas déchiqueter les rebords. Ce ne sont pas les ténèbres lourdes et inquiétantes mais plutôt une douce et paisible lumière noire. La silhouette disparaît lentement à l’intérieur.
Quand il revient, la lumière de sa flamme est éclatante. Sa cape noire, ouverte, révèle une nouvelle armure : plus fine, décorée d’entrelacs, d’un or aveuglant comme un jeune soleil. Dreikern s’est coiffé d’un lourd diadème chargé de pierreries. Affichant un sourire rayonnant, il considère l’ensemble de la salle. Depuis toute à l’heure, les esprits se sont quelque peu relâchés, galvanisés par la bonne nouvelle. Les membres de l’assemblée bavardent, rient, tout en sirotant des vins de miel et d’autres breuvages colorés. Les chevaliers d’eau expriment leur joie par des rires cristallins ; des lutins se sont mis à chanter. Dorwàn se tient maintenant au centre de la Grand Salle, ses mains s’agitent en tous sens tandis qu’il parle au petit cercle qui s’est formé autour de lui. A ses côtés, Dame Noïra, une lutine forte et potelée, porte le bébé, un sourire jusqu’aux oreilles. Son chignon, tenu par un filet de perles, est le signe d’une haute autorité chez ce peuple. Sa rivière de diamants, sa chemise de soie blanche et ses nombreux jupons brodés attestent d’une grande richesse. Dans le coin nord-est de la caverne se tient Nimrudh le sec, seigneur des chevaliers de terre, flanqué de ses éternels ailiers, Darkhad et Kreizkàn. Ils discutent à voix basse mais Dreikern voit très clairement que Nimrudh a remarqué son retour dans la pièce. Le seigneur de la terre l’observe du coin de l’œil.
C’est un autre de ses frères chevaliers que Dreikern cherche du regard : le plus impétueux et le plus sombre, celui pour lequel il éprouve la plus grande affection, en dehors de ceux de la Flamme. Parmi toute la foule, il ne le voit pas, et d’ailleurs, un seul chevalier d’air est actuellement présent. Le seigneur du feu s’en approche rapidement. Il s’agit d’un proche de celui qu’il recherche, le jeune Denevôn : un être pâle dont la silhouette gracile disparaît sous d’amples robes couleur argent. Des cheveux blonds, épais et rebelles, flottent au dessus de son visage juvénile. Malgré cette apparence fragile, Denevôn porte un plastron d’or, de lourdes épaulières et une ceinture métallique, tenue qui l’identifie comme un combattant. Apparemment plongé dans ses pensées, le jeune chevalier d’air ne remarque Dreikern que lorsqu’il est à côté de lui.
« Salut à toi, Dreikern le valeureux, dit-il, on m’a fait le récit du combat que tu as remporté pour nous tous ! — Salut Denevôn le ponctuel ! répond Dreikern sur un ton amusé, saurais tu, par hasard, ce qui retient ton insaisissable suzerain ? » Le seigneur du feu n’attend guère de réponse satisfaisante à cette question et sait d’ailleurs que Denevôn ne lui en donnera pas. Mais il a appris à cultiver les apparences, surtout à l’égard des chevaliers si divisés par leurs rivalités. « Il chevauche certainement les vents et l’invisible à l’écoute de ce qui se dit en Orwhal. Œil discret et espion aérien, il est à l’affût de quelque complot ou action en préparation contre nous. — Voilà qui est sage, mais il ne faudrait pas qu’il laisse toute la parole à Dorwàn et à Nimrudh. Car son vote sera crucial ce soir, j’en ai bien peur. — Tu as une blessure peu commune, Dreikern, le traître t’aurait il touché ? dit soudain Denevôn qui tente manifestement de détourner la conversation. » Il désigne une sorte de fine marque, comme deux étroites fissures croisées, noires, palpitantes, ressortant des atours de Dreikern, sur son flanc gauche. « Certes, répondit le seigneur du Feu, mais l’énergie bienfaisante de Kelannos m’a été bénéfique et… » Il n’a pas le temps de finir, Daïna et Ryona, des lutines parmi les plus connues accourent vers lui en riant, tenant de leurs mains les flancs de leurs jupes. Ces deux là sont sœurs, comme en atteste la grande ressemblance de leurs visages, figures de poupées soulignées par des charlottes qui leur cachent les cheveux. « Dreikern ! Dreikern ! appellent-elles en chœur. Denevôn s’éclipsa sans même un salut, et le seigneur du feu peste intérieurement. « Dreikern, comment va le bébé ! s’écrie Daïna. — Dreikern, c’était comment le combat ? dit Ryona. — Tu as tué beaucoup d’humains ? — Et Dorwàn, où est il ? » Elles ne sont que deux, mais les questions deviennent vite un bredouillement confus, montant crescendo et avec un débit de plus en plus rapide. Dreikern garde néanmoins sa patience ; même s’il ne le montre pas beaucoup, il éprouve de l’amitié et de l’affection pour les deux jeunes filles. « Le bébé va bien et Dorwàn aussi, il est juste là ! dit-il en le désignant du doigt. Je n’ai eu à tuer qu’un seul homme, le traître, et même pour lui, ce ne fut pas de gaieté de cœur. » Daïna ouvre déjà la bouche pour l’accabler d’autres questions mais Ryona l’interrompt d’un violent coup de coude. « Nous allons entrer en guerre contre les Orwhaliens ? »
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