Les Songes du Crépuscule
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Portraits... [par Smoke & Kahlan]

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Kahlan
Voleuse attitrée


BalanceSerpent
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MessageSujet: Portraits... [par Smoke & Kahlan]   Dim 6 Mai 2007 - 17:31

Voilà un tit début de nouvelle, qui n'est pas vraiment de la Fantasy mais qui, avec un peu de magie pourrait bien l'être... Bonne lecture Smile

Anne

Les gens m’appelaient la « Pitoune » mais mon vrai nom c’était Anne. Anne la solitaire, Anne l’arrogante, Anne l’égoïste… J’en ai vu de toutes les couleurs. Mais je m’en fichait de comment les autres m’appelaient. Moi je le savais que mon nom c’était Anne. Ma mère me rappelait souvent que c’était un très joli nom français et que très peu de métis comme moi le portait.
Je regardais les vagues venir s’écraser sur mes jambes. Le lac chantait harmonieusement avec le vent d’été qui caressait mon visage. Les Français l’ont nommé le Lac Saint-Jean. J’ignorais pourquoi, ne connaissant rien de leurs coutumes étranges.
J’entendis quelqu’un s’approcher à pas de loups mais décidais de ne pas me retourner tout de suite et de continuer à jouir de cet instant de liberté, de solitude et de paix. Là, j’étais dans mon élément.
- Anne, tu devrais être à l’école.
- Tu n’es pas ma mère, Waasteskun, murmurais-je en me tournant vers mon amie.
- Je ne voudrais pas l’être non plus.
Je rigolais quelques instants puis me tus. Elle était belle Waasteskun avec ses longues nattes noires de jais, ses grand yeux d’amandes de même couleur. Et elle bougeait gracieusement, comme une aurore boréale. C’est d’ailleurs ce que signifiait son nom. Aurore Boréale.
- Bon, tant qu’à être là à rien faire, j’ai entendu parler au village qu’un navire français arrive à Chicoutimi.
- Et alors? Je suis bien là, à rien faire.
- T’es sûre?
- Non.
- Allez, viens, m’obligea Waasteskun en me prenant la main.
Nous marchâmes pendant une heure avant d’arriver au poste de traite de Chicoutimi. Une grande forteresse de bois surplombait le village et lui donnait une allure plutôt sombre et menaçante.
Je n’aimais pas du tout les villages français. Les gens semblaient éreintés et étaient sales. Les rues sentaient affreusement mauvais et les chaumières étaient carrées et laides. Je préférais de loin mon wigwam à ces habitations dégoûtantes.
Sur la rivière, un grand navire se balançait doucement au gré des vagues. Lui, il n’était pas laid. Enfin, vu de loin. Je n’étais jamais monté à bord d’un de ses engins mais m’imaginait que trop bien la puanteur et la vilenie de son intérieur. Ce que je trouve joli sur ces immenses embarcations ce sont tout simplement les voiles blanches et énormes, telles des ailes d’albinos. C’est beau à regarder.
Je décidais soudainement de me rendre sur la berge et d’aller m’asseoir sur une branche du grand chêne. Ainsi, je pourrais observer discrètement les nouveaux venus sans trop me faire remarquer.
Rapidement, nous nous rendîmes à destination, soit la branche, et nous nous mîmes à déblatérer sur les nouveaux arrivés.
- Tu crois qu’ils sont ici pourquoi Anne?
- Tu vois les femmes mal vêtues là-bas? dis-je en pointant celles-ci de l’index.
- Oui…
- Ce sont les filles du Roy.
- Ah? Mais elles n’ont pas l’air riches, Pitoune, susurra Waasteskun d’un air sceptique.
- Nonon. Ce ne sont pas ses vraies filles. Ce sont des orphelines ou des filles que leurs parents n’arrivent pas à nourrir…
- Et elles servent à quoi?
- À se marier.
- Et pourquoi?
- Pour coloniser!
- Awww. C’est Mme Tremblay qui t’as enseigné ça?
- Qui d’autre?
- Bah, le Père Lachance!
- Ce vieux fou qui croit en un seul dieu? ricanais-je.
- Oui oui! Celui-là!

Un homme descendit soudain du navire. Un très bel homme. Et étonnement grand pour un français. Il avait les cheveux noirs et bouclés, apparemment pas coiffés, un teint joliment basané et des yeux à couper le souffle.
-Anne?
Je ne lui répondis pas.
- EYE! hurla mon amie.
Je me retournais vers Waasteskun et sentis que je perdais mon précieux équilibre. Un quart de seconde plus tard, je vis arriver le sol à une trop grande vitesse.

Vincent

Poser le pied sur la terre ferme me fit le plus grand bien. Le voyage de trois m’avait vraiment exténué et, je l’avoue non sans honte, rendu victime du mal que subissent les hommes non-marins de mon acabit.

En fait, ces trois mois avaient passé comme un enfer, plus longs en apparence que mes dix ans au couvent où, sous l’amour religieux des sœurs, j’apprenais le latin, l’algèbre, la philosophie et autres arts de l’esprit. Dieu m’est témoin que je ne les méprisais pas, mais comment un enfant de cinq ans, dont les envies n’étaient guère plus compliquées que courir dans les chaleurs d’été et rester lové sous ses couvertures quand le froid d’hiver sévissait, n’avait-il pu éprouver un profond ennui à l’idée de n’en rien faire ?

Enfin, là n’était plus la question. Les années de prières et d’éducation étaient désormais lointaines, et aujourd’hui je goûtais pour la première fois à l’air sain et encore sauvage de notre Nouvelle-France, fierté du Royaume dans le monde entier, jalousé par les anglais et autres sauvages conquérants.

Avec moi est venu un autre fonctionnaire; Charles de Brétigny , fils d’un ami d’un proche d’une maîtresse à un neveu éloigné de la cousine du Roy. Autrement dit un jeune homme qui, comme moi, désirait quitter la lourdeur de la noblesse française pour aller un peu voir à quoi ressemblait notre joyaux colonial, et les tribus de primitifs qui en faisaient le folklore.

Nommés gouverneurs provisoires des charges financières de la Nouvelle-France, lui et moi avions été envoyés là, où rien ne pourrait freiner notre ardeur à l’ouvrage. Mus par ce nouveau sentiment que nous appelions liberté, il me sembla que l’équipe que je formais avec lui aurait son succès, même si celui-ci serait probablement teinté d’un peu de colère, nos caractères belliqueux, car jeunes, encore trop vifs en nous.

-« Que vois-je là-bas ? me demanda mon collègue. Ne seraient-ce pas deux autochtones en train de se livrer à un de leurs jeux sauvages ?
- Je ne sais pas s’il s’agit là d’un amusement, fis-je remarquer. Mais vous m’avez l’air d’avoir raison sur un point; il semble que les deux individus soient des indigènes. »

Mes yeux se fixèrent sur un chêne qui bordait la rivière, et qui servait de promontoire à une indienne. De première vue je ne pu dire quelle était son expression, mais les sons qu’elle émettait ressemblaient à s’y méprendre à un rire aiguë. Elle semblait railler une de ses camarades qui gisait à terre et se tortillait comme un lombric.

-« Les indiens ne sont-ils pas tenus de rester à l’écart de nos comptoirs ? demandais-je au capitaine.
- Ma foi mon sieur, je ne saurais vous répondre. J’avais entendu dire que les anglais faisaient ainsi mais je ne sais pas si c’est dans nos coutumes. »

Voyant que je n’avais rien à rajouter, il détourna son attention de mon auguste personne et la reporta sur les filles qui débarquaient. Toutes étaient des plus belles et à dire vrai je n’aurais su dire laquelle me plaisait le plus. Bien sur là n’était pas la question, elles étaient destinées à peupler ce pays, le formant de fiers descendants pour l’avenir de notre Royaume, immortel en ses fondations.

-« Oh regardez ! dit l’une d’elles en tendant la main. Deux indiennes là-bas ! »

C’était sûrement pour elles, comme pour moi, la première fois qu’elles rencontraient des personnes d’une autre race que celle qui nous donne un si beau teint européen. Cependant déjà elles s’en approchaient, dépassant les gardes qui ne savaient pas comment réagir; En effet, comment un homme entraîné à la violence pourrait-il frapper une femme qu’il a l’ordre e protéger ?

Je ne pouvais pas me permettre de les laisser aller vers les étrangères, quand bien même ces dernières ne semblaient pas effrayés. Les femmes envoyées risquaient de se lier d’amitiés avec individus plein de libertés, qui pouvaient vivre seuls et ne faisaient pas preuves de sentiments. Ces femmes devaient se trouver un mari, lui faire des enfants et accomplir leur mission avec honneur.

Je les distançais donc, laissant Charles derrière moi. Trois foulées me suffisaient pour rejoindre les femmes qui se mouvaient lentement tant elles étaient empêtrées dans leurs robes, trois foulées plus tard je rejoignais les deux sauvages.

-« Allez, partez vite ! leur murmurais-je ne sachant même pas si elles me comprenaient. Ne ruinez pas la mission du Roy ! »

celle qui avait été à terre, et qui avait du se relever alors que je parlais, me regarda alors de ses yeux d’un bleu profond et me jeta dans un français impeccable, une phrase si dure qu’elle contrastait avec la beauté de ses traits :

« A ton avis, qui aurait le plus de raison de partir sur ces terres ? »

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Kahlan
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MessageSujet: Re: Portraits... [par Smoke & Kahlan]   Dim 6 Mai 2007 - 18:23

Anne

J’avais très mal à la tête et j’étais de fort mauvaise humeur. Ce maudit Français était mieux de me foutre la paix. Mais non, il s’entêtait toujours à nous voir partir. Il agitait les mains comme s’il voulait faire fuir une bête sauvage. Mais entre nous, c’était lui et sa meute de poules puantes qui n’étaient pas à leur place.
« Allez, ouste! Retournez dans la forêt! »
« Nous resterons ici tant qu’on en aura envie, Monsieur. Ce n’est pas à vous de décider ce dont je dois faire sur mes terres. »
Il me scruta d’un œil dégoûté.
« Vous n’êtes que des sauvages! »
« D’après vos manières, c’est plutôt vous le sauvage. Waachiye. »
Je tournais le dos puis m’enfonça dans la forêt à grands pas. Waasteskun me suivait de tout près.
« Sale con », murmurais-je, indignée.
Je regardais mon amie, puis lui sourit.
« Le pire là dedans, Waa’, c’est que cet hiver, quand il crèveront tous de faim, ils vont nous traiter comme leurs meilleurs amis. »
Elle grimaça, sachant que mes paroles étaient absolument véridiques.
À touts les hivers c’était pareil. Ils nous échangeaient leurs outils et leur eau-de-vie contre des peaux et de la viande. Ils n’étaient pas de bons chasseurs et tardaient à faire des réserves de fruits et de blé pour la saison froide. De plus, beaucoup mourraient de froid, n’étant pas vêtus convenablement pour nos rudes hivers. J’avais cru qu’avec le temps cette situation absurde allait changer, mais il faut croire que je rêvais en couleur.
Nous arrivâmes au village en un temps record. Ma petite sœur, Sarah, arrêtait soudainement de battre les peaux et courut à notre rencontre.
« T’es allée à Chicoutimi? » me demanda-t-elle sans emphase. « Elles sont comment les nouvelles? »
« Arrête donc tes mièvreries, Sarah. Tu le sais comment elles sont. »
« Petites, sales et elles caquètent sans cesse. » continua Waasteskun avec un sourire en coin.
J’aperçus soudain Lagundo, mon père. Il paraissait paisible, comme le veux son nom, mais une étincelle de rage brillait dans son regard bleu. Rares étaient les Cris qui avaient les yeux bleus et mon père faisait parti de cette minorité.
Lagundo s’approcha de moi à grandes enjambées et fit signe à ma sœur et à Waasteskun de s’en aller.
« Où étais-tu? »
« Au lac, père. » lui répondis-je en regardant mes pieds vêtus de mocassins.
« Tu es une menteuse, ma fille. J’étais parti chasser et je t’ai vu partir vers la ville! » hurla-t-il en pointant le sud.
« Oui! Je suis allée à Chicoutimi avec Waasteskun. Je voulais voir les blancs arriver. »
Un râclement de gorge derrière moi me fis sursauter. Ma mère était là, droite comme un "i", les mains sévèrement posées sur ses hanches.
" Lagun', cesse donc de surveiller ta fille comme si elle avait 5 ans. Elle en a 17 et je crois qu'elle peut très bien se débrouiller toute seule sans sentir incessament ton regard sur sa nuque."
Je souris discrètement et essayais de filer en douce. Mais ma mère me retint fermement.
" Toi, si tu retournes là-bas, fais attention et ne t'approche pas trop des blancs."
Cette phrase résonnait drôlement car ma mère était elle même une blanche. Je ne répliquais rien, sachant que le moindre mot sortant de ma bouche m'approchait de la réprimande.
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MessageSujet: Re: Portraits... [par Smoke & Kahlan]   Mer 9 Mai 2007 - 22:34

Vincent









Peu après l’incident auquel j’étais
confronté avec les sauvages, les filles envoyées par le Roy reprirent un rythme
normal. Je crus un instant qu’elles me boudaient, chacune d’elles me tournant
la tête et en levant le nez comme un chien de luxe orgueilleux.







Mais sincèrement être dans l’estime de ces
femmes, qui en somme toute n’avaient pas un destin bien enviable, était le
cadet de mes soucis. J’avais plus dans l’esprit d’exécuter ma mission le plus
consciencieusement possible, sans me soucier des ressentiments que la livraison
pouvait avoir à mon égard.







Nous dûmes chevaucher pendant deux jours,
enfin le cheval ne fut que pour les hommes. Les femmes avaient droit à des
carrosses au confort un peu en dessous de ceux de sa Majesté, mais ce qui était
déjà ce qu’une paysanne pouvait imaginer de mieux. On avait mis des fauteuils
de velours et j’avais même insisté pour qu’on décore quelques boiseries avec
des dorures, histoire de les impressionner.







Les ordres du Roy avait été stricts; il
fallait que ces femmes mènent un train de vie appréciable, afin qu’elles
connaissent un confort auquel elles n’auraient jamais eu accès si elles
n’avaient pas accepté de quitter la France pour sa plus belle colonie. Je me
fichais bien de savoir si elles étaient heureuses en fait, mais satisfaire les
exigences de mon souverain était ma priorité, et cela je ne l’oublierais pas.







Nous avions à peine fait une dizaine de
kilomètres lorsque Charles s’adressa à moi :







-
Ne pensez-vous pas qu’il faille faire
une pause ?







Je regardais son front qui brillait de
sueur, sa transpiration s’imprégnait à son uniforme et dégageait une odeur de
bête qui me fit grimacer.







-
Pour les femmes, rajouta-t-il avec
empressement en voyant mon rictus.







Je dus avouer qu’il n’avait pas tort.
Néanmoins je craignais de n’arriver en retard au village – je ne me rappelle
plus du nom qui lui fut donné- où les femmes devaient se rendre, les hommes
attendaient t il y aurait des mariages à enregistrer, des négociations à mener
et des tas d’autres choses à faire. Les responsabilités me tomberaient bientôt
sur les bras, non que ça me déplaise, mais ça n’était pas une raison pour se
prêter à la paresse.







-
Tant que leur fatigue ne sera pas
visible nous continuerons, répondis-je enfin. De plus leur sort est bien moins
dur que le nôtre, non ?



Il ne daigna pas sourire.







-
Mais si vous voulez vous reposer, je
pense qu’après tout cela est possible.







Cette fois-ci il afficha une joie manifeste
et soulagée sur son visage.







-
Cependant il faudra nous rejoindre
ensuite, et à pieds. Hors de question qu’on prenne le risque de perdre un
cheval.
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Smoky, en plein dans son avenir....


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MessageSujet: Re: Portraits... [par Smoke & Kahlan]   Mar 15 Mai 2007 - 2:22

Anne

Je courais comme une déchaînée dans les bois. Je sentais la sueur glisser entre mes seins. Mais je continuais à courir. Comme si ma vie en dépendait. Mais c’était faux, puisque tout ce qui dépendait de ma course était mon repas du soir. Et j’avais une folle envie de manger du cerf de Virginie.
« Œil-de-Perdrix! À gauche! Il est parti à gauche! »
J’avais atteint le gibier d’une flèche et il allait mourir d’une minute à l’autre. Les risques de perdre sa trace étaient grands mais il était encore plus probable que notre dîner soit subtilisé par des prédateurs plus rapides. La viande allait être dure car l’animal était effrayé. Mais bon, j’allais m’en contenter sans broncher. C’était tout de même ma faute si j’avais raté ma cible.
Mon arc était bandé au maximum et ma proie ne s’était jamais rendue compte de ma présence. Puis au moment de tirer, il m’était venu en tête le visage inoubliable du pittoresque français que j’avais rencontré la veille à Chicoutimi. Et puis, j’avais tiré. Ma flèche était allée se planter lamentablement dans un poumon de la pauvre bête, et à présent, il ne lui restait que quelques minutes à vivre.
Je courrais toujours, sautant par dessus racines et buissons, évitant souplement les branches des sapins. Je me sentais libre comme l’air. Puis soudainement, je me retrouvais sur une route, Œil-de-Perdrix à mes côtés.
Il observa les alentours de ses yeux étranges, puis me pointa l’endroit où le cerf c’était effondré. Celui-ci était énorme, un beau mâle d’environ 6 ans. Mais ce n’était pas lui que j’observais mais un point à l’horizon nettement plus intéressant que mon futur repas. Quelques cavaliers, suivis de trois carrosses. J’interrogeais mon ami du regard et il me répondit d’un simple haussement d’épaules. Puis les ignorant royalement, nous nous mîmes à dépecer le cerf.

Quand les blancs parvinrent à nos côtés, ils se contentèrent de grimacer et de lâcher des propos lubriques à mon sujet. Je fis comme si je ne parlais pas français et répondis par un sourire hypocrite. Je me remis ardemment à ma tâche, et ne relevais pas les yeux quand le dernier cavalier s’arrêta subitement près de moi.
« Vous! »
Je reconnus la voix immédiatement et relevais la tête, surprise.
« Quoi, moi? » dis-je en scrutant le visage qui m’avais tant marqué.
« Que faites-vous ici? »
« C’est évident mon cher Monsieur. J’étais en train de faire un sacrifice. »
Il m’observa bouche bée, tandis que je pointais vers lui un gros morceau de viande sanguinolent. Je continuais mon discours, essayant le plus possible de ne pas exploser de rire et de paraître sérieuse.
« Je l’ai abattu à mains nues avant de l’égorger. Ensuite, je lui arracherai le cœur et garderai son sang pour purifier mon tipi. Pourquoi me demandez-vous cela? Ce n’est pas une pratique courante par chez vous? »
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MessageSujet: Re: Portraits... [par Smoke & Kahlan]   Dim 17 Juin 2007 - 18:48

Vincent

Bien qu’effrayé par ces explications païennes que me donnaient la sauvage, je perçus au fond de moi-même qu’elle riait de moi. Insulté dans mon ego, je refusais alors de laisser transparaître mon ignorance et l’attaquait sur un sujet semblable.

- Nous avons plutôt pour coutume de brûler vifs ceux qui s’adonnent à ce genre d’actes. Je dois dire que la plupart du temps nous en tirons un réel plaisir.

Il fallut que je serre les rennes de mon cheval pour me concentrer sur une autre chose que sa mine apeurée.

- Bien sûr nous ne le faisons que dans certains cas, mais nous privilégions les étrangers. Ce doit être parce que nous avons conscience que leurs âmes sont entraînées vers les douloureux chemins de la perdition, et qu’il faut bien un exemple pour les ramener sur la route de l’humanité, celle que nous avons bâtie de nos mains et de notre sang au fil des siècles. Celle que le Seigneur-loué soit son nom- nous a fait pavé de bonnes intentions, elle n’est cependant pas cet Enfer qui guette tous ceux qui prendraient un malin plaisir à l’abîmer et la détruire.

Elle me regarda de ses yeux de biche effrayée et lâcha sa proie avant de dire :

- Vous parlez bien, mais ça n’a aucun sens.

Je faillis tomber des nues.

- C’est alors que vous ne me comprenez pas !
- Mais non ! Puisque c’est idiot ce que vous dites ! Si votre Dieu était si bon il devrait pardonner et guider plutôt qu’éliminer !
- Ne croyez-vous pas que la peur de la mort soit le plus magistral de guides ?
- C’est surtout le plus efficace moyen de lutter contre ce grand Écervelé qui vous dirige !

Il me fallut un temps pour prendre en considération l’ampleur de ses dires. Insulter le créateur ici même, argumenter d’une manière aussi puérile, si ce n’était pas de blasphème, c’était au moins le caresser.

Je détournais on cheval de la clairière, et au dernier moment me ressaisis et tentait un coup à ma manière.

- Où se trouve votre village ma demoiselle ? Ou du moins, où logez-vous ? Voilà une semaine que j’ai touché vos terres et chaque fois que je vois le charmant visage qui est le vôtre, je tombe dans la bêtise absolue à virer dans la vilénie.
Je descendis de ma monture, e m’approchais à pas doux. Un temps je crus voir de l’émotion briller dans ses yeux, ses joues d’un pourpre printanier trahissaient sa gêne.

- Damoiselle, je vous en prie…

Anne

- Je regrette, mon cher monsieur, mais je ne peux vous le dire. Enfin je le pourrais mais je n’en ai tout simplement pas envie.
Derrière moi, Œil-de-Perdrix s’impatientait. Je l’attendis se dépêcher de finir sa dure besogne avant de se lever doucement.

- Pourquoi? Je pourrais faire des échanges avec vos proches et vous fournir ce dont ils vous manquent.
- Ils ne nous manquent de rien du tout. Allez donc vendre vos femmes à des vieux pervers et fichez moi la paix.

L’homme me fixa d’un air triste.

- Vous êtes dans l’erreur, Damoiselle.
- Peut-importe.

Il s’approcha lentement, pour ne pas m’effrayer, déduis-je. Il tendit une main vers moi. Je fus tentée de la prendre. Mais Œil-de-Perdrix, mon ami et donc mon chaperon, s’avança vers lui, le menaçant de son couteau. Le Français eu le bon réflexe de reculer prudemment. Mais mon ami, qui ne faisait absolument pas confiance au blanc, s’approcha vers lui doucement. Il tenait fort la garde de son arme. Je déglutis difficilement, sachant que tout cela pourrait très mal se terminer…
Puis tout se passa en une vitesse incroyable. Œil-de-Perdrix se jeta sur le Français, ils roulèrent sur le sol un moment quand une détonation retentie. Je me figeais. Le blanc avait utilisé son arme possédée par les esprits malins. Celle-ci, je ne le savais que trop, tuait facilement. Je les avais vu à Chicoutimi tuer un cerf avec cette machine horrible. De plus, ils ne priaient pas avant d’aller à la chasse, ni ne bénissaient leurs prises. C’était de la pure barbarie.

Je voulu faire un pas vers l’avant, pour aller voir si Œil-de-Perdrix était blessé, mais étrangement, je perdis l’équilibre et tombais, la figure dans la poussière. Je me sentais bien, comme désincarnée. J’entendais mon cœur battre doucement, mélodie heureuse tambourinant dans mon crâne. Je ne trouvais pas cela anormal d’être étendue sur le sentier, du sable plein les yeux, la bouche et le nez. Au contraire, je trouvais cela amusant. À quelques pas de moi se trouvait la carcasse du cerf, me souriant dans la mort, ses yeux vitreux reflétant ma personne. Puis le Français – maudit soit-il!- s’agenouilla devant moi, cachant le drôle d’air du cervidé. Je le voyait très clairement, ce rabat-joie qui faisait de grands gestes avec ses mains. Ses lèvres bougeaient mais aucun son n’en sortait. Tant mieux, je n’avais pas du tout envie de l’entendre. J’étais surtout très fatiguée…

Vincent
Le coup de feu déclencha en moi une alerte vive. Je me levais d’un bond et saisissait l’indien par le cou, avant de le jeter contre l’arbre le plus proche. Je le regardais tombé au sol avant de reconnaître avec effroi ce qu’il serrait dans la main; mon pistolet.
Ce n’était donc pas moi qui avait tiré ? Et l’indienne qui venait de s’affaler, c’était elle qu’il avait touchée.
Je me précipitais vers elle, elle saignait abondamment. Déjà une flaque boueuse de sang l’entourait.
- Tu la voulais visage-pâle, et moi aussi. Les dieux ont parlé et elle ne sera à personne.

Son compagnon s’était déjà réveillé, il était costaud le bougre ! Il se relevait déjà, et commençait à pointer son arme… non mon arme ! vers ma tête.
- Arrête-toi là, fis-je. Je doute que tu saches te servir d’une arme, et même si cette horreur était voulue par toi, je ne pense pas que tu serais capable de réitérer un tel tir.

A vrai dire, je n’en savais fichtrement rien. Je savais que beaucoup de trappeurs blancs avait appris aux indiens à se servir des armes à feux en échange de quelques rations de pemmican et de peaux séchées, mais cette tribu paraissait pourtant trop hostile aux français pour marchander avec eux.

- Je ne comprends rien à tes paroles, démon blanc.

Il leva l’arme encore plus, visa. Je vis alors ce qui me réjouit; c’était mon pistolet à un seul coup. Il ne le savait pas, cela voulait donc dire qu’il ne connaissait pas le maniement des armes à feu, et donc que…
- Allons, arrête. Je sais bien que c’est moi que tu voulais tuer, mais tu t’es raté, tu as sorti cette excuse minable pour cacher ta tristesse et épargner ton orgueil.

Visiblement il fut déstabilisé, il recula pendant un temps. Assez de temps pour que je saisisse mon autre pistolet. Et le pointe vers lui.
- En revanche moi je sais tirer, alors dégage de là. Je vais aller faire soigner ton amie, elle n’est pas encore morte.
Mais c’était une question de temps. Je la pris dans mes bras et utilisa ma veste pour panser sa plaie, tant pis pour l’azur propre de mon uniforme.
Il profita de cet instant pour se jeter sur moi, par derrière. J’eus juste le temps donner un coup en arrière, il recula.
Je lui fis face, il me toisait de son air arrogant.
- Elle sera ma femme, pas la tienne.

Il avait le ton d’un homme mû par la rage et la haine.
- Si je ne la fais pas soigner, tu te marieras avec une morte.

Encore une fois je le déstabilisais, mais cette fois-ci sa réponse fut plus brutale.
Il s’empara d’une hache qu’il avait dans son sac et se jeta sur moi. Je regrettes ce que je fis par la suite, mais il me laissa pas le choix.
Pour ma protection comme pour celle de l’indienne je fis feu. La balle fit exploser le haut du crâne du jeune homme et quand il tomba au sol sa cervelle coula dans un flot de sang opaque.
Je lui laissais le pistolet en main, on attirburait sa mort à un accident en jouant avec une arme, et je ramènerais l’indienne soignée au village.
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