Les Songes du Crépuscule

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Textes de l'AT8

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Aytan
Rêveur d'arbres et d'étoiles


LionBuffle
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MessageSujet: Textes de l'AT8   Dim 9 Déc 2007 - 18:33

En premier lieu, les correspondances :
(dans l'ordre de réception)

Arizona Dreams = Richard Mesplede
La créature interminable = Niggy
Pour l'éternité = Nicolas Chaperon
Bienvenue en Enfer = Luloé
La symphonie des Etoiles = Drizzt
Au bout de la nuit = Uriak
Perpétuel mouvement temporaire = Khellendros
Alpha Oméga Alpha = Khellendros
Maurice et Lymphe Ini = Greenbat
Atchoubat et les confins de l'univers = Bat'niak

NOMBRE DE TEXTES REÇUS : 10
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Aytan
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LionBuffle
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MessageSujet: Re: Textes de l'AT8   Dim 9 Déc 2007 - 18:34

TEXTE 1







ARIZONA DREAMS








…James se réveilla. Il avait froid.
Encore un cauchemar, réalisa-t-il. Le rêve était toujours le même.
La lune était encore haute dans le ciel, et il n’avait pas dormi plus d’une heure. Pourtant il lui fallait reprendre sa folle course à travers le désert.
L’Arizona était immense, étendant sa vaste plaine ocre sur des milliers de parsecs de distance, et il comprenait maintenant le plein sens du terme agoraphobie. Il devait néanmoins continuer de chevaucher ainsi, au milieu de rien, vers un utopique Nulle Part . Déjà son cheval n’était plus que l’ombre de lui-même. C’était à se demander comment l’animal avait pu tenir jusque là. C’était à se demander comment lui-même l’avait pu faire.
Il avait perdu toute notion du temps, mais avait vaguement conscience que plusieurs années s’étaient écoulées depuis son départ. Depuis le début de sa longue fuite.
James Howard Murdoch avait été lieutenant Yankee depuis le début de la guerre jusqu’en 1863, époque à laquelle les choses avaient commencé à changer. C’est cette année-là qu’il faillit mourir, lors de la funeste bataille de Pearl Bridge.
Les forces de Shermann – plus de sept mille hommes – s’étaient rassemblées dans la neige et le froid, afin de tendre une embuscade au fléau sudiste de la guerre, s’il en est, qui avait pour nom Forrest. La bataille avait fait rage plusieurs jours durant ; les morts se comptèrent rapidement par centaines ; les trois-mille cavaliers du lieutenant-général Nathan Bedford Forrest avaient fait un carnage, et Shermann dut finalement s’avouer vaincu, se repliant dans la forêt avec quelques quatre cent survivants. James n’en faisait pas partie…
Laissé pour mort sur la berge de la Pearl River, laquelle s’était teintée de sang, le lieutenant Murdoch lutta plusieurs jours contre la Faucheuse. Quand il fut certain que son heure n’était pas encore venue, il décida, tout naturellement, de déserter.
En évoquant tous ces souvenirs, James frissonna. Il y avait bien quelqu’un qui était venu l’aider , lors de son interminable agonie ; sans qui, peut-être, il ne pourrait pas se targuer de compter aujourd’hui parmi les vivants. Cet homme vêtu de noir… que diable, déjà, lui avait-il fait ?
L’heure n’était pas aux réminiscences cependant ; l’Autre était à sa poursuite ; il n’était pas question de se laisser emporter par un passé en pointillés bouffé par une amnésie traumatique. Vigilant : il devait rester vigilant.
Nous étions en 1871, et la guerre de Sécession était bien loin d’être terminée dans cet Ailleurs dont je vous parle… Cela faisait par conséquent huit ans que sa fuite avait commencé. Une telle aberration temporelle lui donnait mal au crâne, comme si quelqu’un voulait s’immiscer – à son insu – dans ses pensées.
Il n’avait jamais vu l’Autre. Cela pouvait, certes, sembler quelque peu paradoxal : il était poursuivi depuis des années par quelqu’un qu’il n’avait jamais vu : il y avait, en vérité, de quoi devenir cinglé. Pourtant il savait pertinemment que s’il faisait la moindre halte, ce serait très certainement la dernière. L’Autre le rattraperait, sur Sa noire monture décharnée, et il verrait alors Sa monstrueuse face de Cadavéreux se pencher sur lui, soufflant une haleine pestilentielle, et Ses doigts griffus et glacés viendraient chatouiller ses entrailles, devenant en un instant d’ultime caresse un obscène chapelet d’immondices sanguinolentes autour de son cou en putréfaction.
Prit de panique, Murdoch éperonna les flancs décharnés de sa monture. Les fers lançaient des étincelles électriques sur la rocaille pourpre, cependant que les élancements, de la base de sa nuque jusqu’aux tempes, empiraient.
Ce n’est que deux heures plus tard qu’il se décida à ralentir sa course. Le cheval faisait preuve d’une endurance exceptionnelle ; à moins que son propre sentiment de peur intense ne fut ressenti, de quelque manière que ce fut, par l’animal.
L’aurore illuminait les contreforts rocheux, baignant l’horizon d’une malsaine clarté rosâtre. James aperçu un point d’eau, au loin, et y dirigea sa monture.
Il se pencha sur l’onde stagnante afin de boire. Il n’avait pas réellement soif, mais il savait qu’il devait boire. La prochaine occasion de remplir les outres ne se ferait peut-être pas avant cinq ou six jours.
L’idée que l’eau pouvait être empoisonnée ne l’effleura même pas. Il ne prêta pas non plus attention à son cheval, qui, à dix mètres de là, boudait la mare.
James Murdoch approcha ses blanches mains de la surface froide.
Et stoppa net son mouvement.
L’ancien lieutenant venait d’apercevoir son reflet dans le miroir aqueux.
Ses cheveux n’étaient plus qu’un lointain souvenir sur son crâne dégarni et ridé. Sa peau, blême et flasque, pendait comme un vieux vêtement moisi ; de courts fils blanchâtres et gluants en émergeaient ; il ne remarqua pas tout de suite que c’étaient des asticots. Quant à ses yeux… ils n’évoquaient plus aucun sentiment, aucune étincelle, rendant un regard vide et dénué d’expression.
Un regard de mort…

…J
ames se réveilla. Il avait froid.
Encore un cauchemar, réalisa-t-il. Le rêve était toujours le même.
La lune était encore haute dans le ciel, et il aimait ça. Il reprit sa folle course à travers le désert.
L’Arizona était immense, mais il continuerait de chevaucher jusqu’à ce qu’il retrouve l’Autre. Une affaire de temps, se dit-il. Juste une simple affaire de temps. Sa victime devra bien s’arrêter de fuir, tôt ou tard. Et puis, un cheval mortel, ça se fatigue plus vite, non ? Il éclata de rire, et son ricanement de crécelle se répercuta longtemps dans l’atmosphère intemporelle du désert.
James Murdoch était mort en 1863, à la bataille de Pearl Bridge. Et puis l’Homme en Noir était venu le réveiller. A présent, il était un Wacontanka, un esprit d’outre-tombe, locataire étranger d’un corps mort, serviteur des Manitous.
L’Homme en Noir lui avait confié une mission. En échange de ses bons et loyaux services, pourrait-on dire. Cela faisait des années qu’il s’efforçait de remplir à bien sa tâche. Treize ans, exactement. Mais bientôt, oui, bientôt, il le savait, la chasse à l’homme prendrait fin. Car il sentait la présence de l’Autre, même s’il ne L’avait jamais vu. Son mal de crâne actuel n’en était-il pas le témoin ?
Pris de frénésie, le Wacontanka éperonna les flancs décharnés de sa monture cadavérique.
Deux heures plus tard, il parvint à l’entrée du canyon. L’Autre venait de s’y engouffrer, il le sentait aussi bien que s’il L’avait vu de ses propres yeux. Alors il s’enfonça à son tour entre les parois rocheuses, savourant déjà sa victoire imminente.
Car le canyon, il le savait, se terminait en cul-de-sac. Le Wacontanka éperonna de plus belle, filant en un galop effréné.
Il stoppa net sa chevauchée.
L’ancien lieutenant venait de parvenir au bout du canyon.
Et il n’y avait rien. Pas le moindre signe du passage d’un quelconque mortel. Il était seul ici. Il avait toujours été seul.
Le Cadavéreux descendit de sa monture, ses yeux étincelant de rage et d’incompréhension. Ses pieds raclèrent le sol, soulevant un nuage d’atomes purpurins. Et mettant à jour un petit objet enfoui là depuis l’Homme en Noir seul savait quand. Il s’agissait d’une carte ; une carte à jouer.
Un joker au regard vide.
Au regard de mort…

…J
ames se réveilla. Il avait froid.
Encore un cauchemar, réalisa-t-il. Le rêve était toujours le même.
La lune était encore haute dans le ciel, et il n’avait pas dormi plus d’une heure. Pourtant il lui fallait reprendre sa course à travers le désert.
Sa course à travers le désert.
A travers le désert…







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Aytan
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MessageSujet: Re: Textes de l'AT8   Dim 9 Déc 2007 - 18:35

TEXTE 2



La créature interminable

Le plus jeune Compagnon n’avait que quatorze ans quand il rejoignit l’Equipe et seulement seize lorsqu’ils le perdirent. C’était Arthur Topaze le Fol, qui avait fuit clandestinement son village natal pour les rejoindre. Arthur était un être mince, alerte en diable et blond jusqu’à l’âme. Ses cheveux jetaient sur son visage juvénile un éclat jaune mat comme un rayon de fin d’après midi sur une jatte de lait, ses yeux luisaient d’une ocre claire mais ardente, et jusqu’à sa tunique semblait tressée en rayons de miel.
D’abord raillé pour sa jeunesse et son apparence chétive, Arthur se fit bientôt parmi les Compagnons une réputation de preux. Car le « fol » portait bien son sobriquet : il était mû par une soif démente d’aventures dangereuses. Dès qu’il croisait sur sa route un péril mortel, le petit blondin dégainait son fidèle poignard à lame d’or et à manche d’ivoire, et courait à sa perte d’un pas intrépide.
Et chaque fois il survivait. Au coucher du soleil, l’Equipe le voyait revenir de ses périples solitaires, adressant des sourires exaltés aux vieux chevaliers qui avaient prophétisé sa fin, traînant derrière lui butins ou trophées avec une enfantine insouciance. Indifférent aux richesses et presque inconscient de sa valeur, il offrait tous ses gains aux damoiselles de l’Equipe et ne racontait ses exploits que pour le plaisir de les revivre.
Le bruit courait que ne craignant pas la mort, il avait fini par s’en faire oublier. Mais là où ils le perdirent…

La citée close étendait ses murailles au plus creux d’une vallée rougie par le crépuscule. Le scribe observait d’un air sévère des inscriptions badigeonnées en rouge au bas de la porte principale, tandis qu’une poignée de vaillants éclaireurs attendait silencieusement à quelques mètres en retrait. Bientôt le vieux savant se retourna vers eux et cria en levant les bras :
-Arrière ! Arrière ! En vérité je vous le dis, c’est ici l’idiome infernal des dédales intestins dont les caractères maudits ne se peuvent tracer que dans le sang d’un innocent qui souffre !
Tous frémirent. Tous, Sauf Arthur qui se détacha du peloton et demanda :
-Qu’est-il donc écrit de si terrifiant, vieux scribe ?
-Oserai-je souiller la langue sacrée des hommes par ces présages maléfiques ?
-Allons, souille donc, cœur de pucelle !
-Jeune impudent ! s’écria le scribe indigné. Soit, je parlerai ! Et puisse cette prédiction démoniaque inspirer une sainte terreur à ton cœur orgueilleux ! Il est écrit qu’ici s’étend la cité infinie, image terrestre des dédales intestins et royaume de la Créature Interminable à qui la mort même ne soustrait pas ses proies !
Les compagnons observèrent un mutisme pieux pour les plus braves, terrorisés pour les autres. Le scribe darda sur Arthur un regard terrible et vit que le jeune homme ne frémissait pas.
-Fi donc vous autres ! s’écria Arthur pour briser ce silence embarrassant. Par mon poignard d’or, ce scribe est pareil à tous les doctes grigous : la couardise le met en verve. Mais moi qui ne sais que l’alphabet courant, (et fort mal encore !) avant le déjeuner j’aurai traversé cette cité infinie et mis fin au règne de la Créature Interminable.
-Ne fais pas ça Arthur ! s’écria un Compagnon. Personne ne viendra à ton secours !
Arthur pour toute réponse cria à nouveau Fi ! (c’était sa devise) et se précipita comme un bélier vers le scribe. Mais au dernier moment il esquiva le vieil homme et se jeta de tout son élan contre la porte. Les planches pourries cédèrent dans un fracas mou. Une épaisse langue de brume émergea de la cité et lécha lentement l’épaule du jeune homme comme pour le saluer. Le scribe eut un instant l’air terrifié puis partit en direction du groupe sans regarder derrière lui :
-Plus un regard à ce maudit ! prescrivit-il.
Les autres détournèrent les yeux un peu honteusement. L’un d’eux lança à l’aveuglette :
-Prends au moins des vivres !

-Nenni, fit Arthur qui déjà élargissait le trou à grands coups de pied. Ignores-tu qu’il est mauvais de se damner la panse pleine ?
Et sur ces mots le fol s’engouffra dans la brume.

Une atmosphère surnaturelle maintenait le lieu dans l’inquiétante blancheur d’une aube sans âge. Pour autant qu’il pouvait voir, Arthur évoluait parmi les ruines d’une cité morte depuis longtemps. Partout ce n’étaient que murs délabrés et débris en miettes, vestiges d’une vie trop lointaine pour qu’on pût en reconstituer une image même parcellaire.
Il avança tranquillement cinq ou six heures, sans que rien ne se produisit. Seulement, de loin en loin une pléthore invisible de petits animaux poursuivis faisait bruisser quelques fougères pâles. Il commençait à s’ennuyer ferme lorsqu’un cri atroce retentit.
C’était un hurlement déchirant, à la fois trop sauvage pour un être humain et trop douloureux pour une simple bête. C’était comme le vagissement d’une créature bénie qui abjurait son éternité en la vidant de tout espoir et se résolvait peu à peu dans la matière ravagée d’un corps déserté par les dieux. C’était comme le sacrifice d’un ange à la naissance d’un démon, ou plutôt mille de ces sacrifices à mille de ces naissances.
La créature interminable, enfin !

Arthur se précipita en direction du cri. Les murailles dévastées filèrent devant ses yeux jusqu’à ce qu’il atteignît un vaste cercle d’herbe blanche au centre duquel s’élevait une sorte de colonne fissurée très basse ; peut être une ancienne fontaine. Il s’approcha lentement du vestige et dégaina son poignard à lame d’or. Le démon était juste derrière. Bien qu’il eût cessé de bramer, on l’entendait encore épancher lentement son souffle rauque et puant. Son poignard levé et prêt à frapper, Arthur fit le tour de la colonne d’un bond preste et calculé. Mais ce qu’il découvrit souleva ses entrailles et retint son bras.

Juste au pied du mur grognait un démon difforme à la carcasse boueuse et dont les membres cadavériques étaient agités de spasmes violents. Les os étaient saillants, la peau noire et fripée s’arrachait par endroits sur une chair brunâtre. Le front vaste, grotesque où perçaient les globes sanglants des yeux s’hérissait d’un crin sec sillonné par de larges plaies abondamment suppurantes. Au sol, un épais tumulus de fange bilieuse formait un œuf pourri dont la coquille de cartilage et d’os enserrait encore les membres inférieurs de la bête. Une patte désarticulée puisait au fond des poignées de larves velues - le repas de l’infâme créature peut-être, ou ses sœurs… ou les deux ?
Cette chose ne semblait pas plus dangereuse que bien d’autres qu’Arthur avait eu à combattre. Mais elle inspirait au jeune fou une sensation pour lui nouvelle : la peur. Il était terrifié par ces supplications, ces tressautements, ces battements absurdes, cette hystérie insensée qui semblait nier toute raison d’être, en même temps qu’à la créature elle même, à l’univers entier. Arthur était sur le point de s’enfuir pour la première fois de sa vie, lorsque le démon lui adressa un regard singulier. A travers un voile d’épaisses veinules rougeâtres, à travers la chair gonflée, à travers les mutilations provoquées par sa naissance douloureuse et l’imminence manifeste de sa désintégration, la bête le fixait avec ce qui ne pouvait être que l’image d’un sentiment intolérable en ce monstre, l’amour. Arthur demeura un instant tétanisé. Puis se ressaisissant :
« Je comprends tout, se dit-il. Cette créature se décharge sur moi des sentiments affreux qu’elle conçoit depuis des éternités en son sein maudit, renaissant interminablement de sa propre charogne. Miséricorde ! Déjà ces yeux presque humains m’insufflent l’angoisse et le doute étrangers à mon cœur ! Et quelle gratitude pour celui qu’elle croit nommer portefaix de son désespoir ! Tu es bien inspirée de me rendre grâce, Interminable Abjection, mais tu te trompes de motif, c’est la mort et non la vie que je t’offre ; car aussi bien tu as trouvé en moi le fou sans pitié que réclamait ton salut ! »

Il bondit alors et poignarda avec une telle rage que les premières protestations de la bête se confondirent avec ses derniers spasmes de douleurs.
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Dernière édition par le Dim 9 Déc 2007 - 18:36, édité 1 fois
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Aytan
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LionBuffle
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MessageSujet: Re: Textes de l'AT8   Dim 9 Déc 2007 - 18:36

Le jeune homme avait le curieux pressentiment que le monstre restait dangereux par-delà la mort. Aussi par une sorte d’instinct superstitieux, il décida de laver le pied de la colonne et d’y faire brûler la charogne maudite. Cette noire besogne accomplie, il découvrit que le pilier était en fait un cadran solaire dont l’ombre de pierre était brisée et la surface couverte de runes indéchiffrables d’un rouge éclatant, pareilles à celles qui sur la porte principale formaient l’inquiétant avertissement. Qu’est ce que cela pouvait bien signifier ? En dessous il aperçut une sentence gravée, semblait-il, en langue courante. Le sang était encore frai, aussi le nettoya-t-il sans mal d’un rapide coup de manche ; il put ainsi découvrir ce message rassurant taillé dans le cadran : « C’est ici le centre de cette cité et le cœur de sa malédiction sans fin » Encore à peu près cinq heures de marche, donc.
Arthur sentit quelque chose sous son pied et se baissa pour le ramasser : c’était l’ombre de pierre. Il la remit succinctement en place, et constata sans surprise que le soleil manquait pour donner une indication précise sur l’heure, ce qui par ailleurs lui importait peu. Mais lorsqu’il lâcha l’ombre une chose étrange se produisit : elle ne retomba pas. Il passa un doigt à sa base et découvrit que la cassure s’était refermée aussi sûrement que l’eau derrière une barque.
L’ombre de pierre était intacte et la malédiction brisée.

Le jeune homme reprit sa marche. La cité était la même, mais le monde semblait différent. Arthur dut admettre ce qui se produisait en lui : il avait été contaminé par la peur. Certes il n’avait pas peur de la mort ou de la souffrance, et il se sentait toujours aussi preux. Ce que dans son ignorance clairvoyante il appelait peur, c’était ce sentiment étrange que lui inspirait le regard de la créature interminable pétrie de souffrances revenant sans cesse devant les yeux de son esprit. Il se demandait si elle était bien maudite, s’il n’avait pas détruit en elle l’image révélée d’un sort échu à tous, si toute sa vie, si la vie de chacun n’était pas une somme de gesticulations éperdues, une danse dans la boue et les larves, si l’Homme n’était pas condamné à rejaillir indéfiniment de son propre thorax en attendant un coup de poignard fatal et salutaire. La marche elle-même semblait vide de sens. Tout paraissait statique : les murailles gris-clair succédaient aux murailles gris-foncé, les bâtiments en ruines suivaient les bâtiments en ruine. Tout demeurait aussi incolore que les limbes et le temps semblait figé comme le sourire blasé d’un vieux bourreau.
Il comprit que le seul moyen de reprendre goût à l’aventure était de la tenter.
Alors il décida de faire en sorte que la cité infinie déchaînât ses forces contre lui.
Entre autres provocations, il escalada une tour branlante pour voler les œufs de corbeaux immenses qui y nichaient par nuées. Les volatiles cherchèrent à lui picorer les yeux et lui arrachèrent les cheveux par touffes avant de le précipiter dans le vide mais il parvint à dérober trois œufs et accomplit le miracle de survivre à sa chute en préservant son butin. Quelques temps plus tôt il aurait rit de sa mésaventure et aurait mangé de bon cœur. Il essaya de ricaner un peu mais le cœur n’y était plus. A quoi bon ? Et puis, il n’avait plus faim. Il poursuivit alors sa quête d’aventures et réalisa vite que la cité si monotone en apparence recelait bien des périls pour qui savait les chercher. Ainsi par exemple il découvrit dans une chaumière bizarrement intacte l’arrière train d’un rat traînant sa tête broyée sur les lattes du parquet de manière à former avec son propre sang un pentacle inversé autour d’une mystérieuse tunique rouge. Le jeune homme s’empressa d’enfiler le vêtement et bientôt des bubons pareils à ceux que provoque la peste gonflèrent tout son corps. Il se saigna tant bien que mal et survécut. Hélas, ça ne lui inspira aucune exaltation. La faim toutefois l’avait repris et il mangea le rat avec les œufs, ce qui lui valut une seconde éruption bubonique tout aussi inutile. Pourtant il avançait et caressait malgré lui l’espoir naïf d’être délivré de la créature interminable en même temps que de la cité infinie. Le reste de son
périple se déroula sur ce mode. Quémander par des blasphèmes invocatoires le courroux des puissances infernales, gambader sur des toits en ruines, réveiller des créatures sauvages jusque dans leurs tanières étaient les moindres de ses folies. Et le désir de chasser son jeune désespoir, de recouvrer son inconscience et sa témérité d’autrefois, changea peu à peu sa saine soif d’aventure en une appétence perverse pour la souffrance absurde. Bientôt, il tenta d’avaler un plein brasero de braises, mais sa tunique prit feu et il dut interrompre son festin pour faire cesser celui des flammes.
C’est ainsi que tout en s’approchant de la sortie, après sept ou neuf autres heures dans la cité infinie (car ses folies retardaient considérablement sa marche) Arthur était parvenu à se tuer à demi. Il titubait, désarmé, couvert de brûlures et presque nu, le visage mutilé, le corps déchiqueté et garrotté, plusieurs de ses membres rongés la gangrène.


« Tu traverseras la cité infinie, se répétait-il. Et tu laperas comme un chien aux sources miroitantes du Bois des Bruyères… Ces braises sont un mets assoiffant… J’ai tellement soif… est ce que je ne vomis pas les cendres de mon propre estomac ? Mais que vois-je ? Mes yeux gonflés par tant de pleurs sanglants tenteraient-ils de séduire mon âme ensorcelée ? Ou est-ce bien… une fontaine ! »
Il se précipita, trébucha dans l’herbe blanche, se releva et voulut se précipiter à nouveau, mais un doute l’étreignit. Il jeta sur la place un regard circulaire. Tout autour l’herbe formait un vaste cercle au centre duquel se dressait une sorte de colonne fissurée très basse, qu’il avait pris pour une fontaine. Il avança en tremblant au centre du cercle. C’était le cadran solaire, au pied duquel de petites larves narquoises dansaient dans la charogne calcinée de la Créature Interminable. Arthur baissa les yeux et lut : « C’est ici le centre de cette cité et le cœur de sa malédiction sans fin. » Il était revenu sur ses pas. Saisi à cette vue d’un désespoir aveugle le pauvre fou frappa le cadran si puissamment que l’ombre se brisa à nouveau. Alors deux filets de larmes s’écoulèrent de ses yeux boursouflés comme le pu s’épanche d’un abcès qu’on perce, il jeta son visage au soleil invisible et laissa monter de ses entrailles un chant lugubre, une invocation lancinante que couronna seulement le silence ironique de la brume. Et quand enfin il abaissa son regard désespéré, il fut saisit d’horreur. Car les larmes, mêlant à leur sel un sang puisé à sa face écorchée maculaient à présent le cadran selon la forme familière des caractères maudits. Convaincu qu’il avait provoqué une nouvelle malédiction capable peut-être de réveiller la créature interminable, Arthur tenta d’effacer les traces d’un revers de manche. Mais pour toute manche il n’avait qu’une plaie béante dont le sang loin de noyer le texte maudit, le fit plus écarlate et plus menaçant. Désespéré, il voulut replacer l’ombre mais s’aperçut que son coup de manche l’avait faite tomber ; il se précipita alors à sa recherche dans la charogne infestée où ses doigts noirs et flétris fouillèrent les tunnels creusés par les larves. Il fouissait et grattait avec une telle avidité qu’il ne s’aperçut pas tout de suite qu’on l’observait.
Il leva la tête.
C’était le soleil lui même qui s’était personnifié pour lui répondre enfin. Un soleil d’un jaune éclatant. Ses yeux étaient d’ocre claire et sa tunique de miel tressé.
Au dessus de sa tête éblouissante il tenait levé son plus beau rayon d’or.
Alors Arthur libéré tout d’un coup de ses angoisses et de sa douleur, jeta sur l’astre du jour un regard plein d’amour et de gratitude.






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MessageSujet: Re: Textes de l'AT8   Dim 9 Déc 2007 - 18:37

TEXTE 3



Pour l’Eternité

Pour autant que je me souvienne, je n'ai jamais cru en dieu, même quand j'étais enfant. Mes parents étaient athées et m'avaient éduqué dans ce sens. J'aurais pu y croire plus tard, avoir une révélation, comme disent certains, mais non. Dans ma vision des choses, l'univers est purement matériel, régi par le hasard et les lois de la physique. Les dieux se sont toujours montrés fort discrets depuis le début de l'humanité et les théories scientifiques se révèlent en général beaucoup plus fiables.
En conséquence, j'ai toujours pensé qu'il n'y avait rien après la mort, que celle-ci était véritablement la fin, la dissolution, le néant. Bien sûr, cette idée n'a rien d'agréable. Enfant, elle m'angoissait. J'en faisais des cauchemars pendant longtemps. Adulte, j'avais réussi à la repousser même si elle revenait me hanter de temps à autre. Parfois, j'aurais voulu être croyant, avoir la certitude d'un au-delà, d'une immortalité de l'âme. Mais c'était trop contraire à mes convictions les plus profondes. On ne peut se contraindre à croire. Je sais bien que toutes les religions ont été créées pour répondre à cette angoisse ; l'idée que la mort est un anéantissement, et qu'en plus elle est inéluctable, heurte notre instinct le plus profond et le plus fort, l'instinct de survie.
La mort résulte du hasard mais dépend aussi des choix de vie. Très tôt, je me suis fixé l’objectif de vivre centenaire et j'ai décidé de mettre toutes les chances de mon côté. Je n'ai jamais fumé et j'ai toujours limité ma consommation d'alcool. J'ai régulièrement pratiqué un peu de sport pour entretenir ma forme mais jamais d'activités extrêmes et dangereuses. Pas question de se mettre au deltaplane ou au parachutisme ! J'évitais tant que possible de me déplacer en voiture, préférant le train et les transports en commun car toutes les statistiques montrent qu'ils sont moins générateurs d'accidents que l'automobile. Ayant lu un article sur les risques d'incendie domestique, surtout dans les immeubles anciens, j’ai décidé de m'installer dans une résidence neuve et j’ai truffé mon appartement de détecteurs de fumée. Professionnellement, je me suis dirigé vers des emplois de bureau, stables et peu stressants, loin des chantiers et des risques d'accident du travail comme des usines et de l'exposition aux produits toxiques. Pour mes vacances aussi, j'ai toujours privilégié les endroits tranquilles, dans des pays sûrs et politiquement stables.

J'étais jeune et, fort de ce mode de vie, je pouvais raisonnablement espérer disposer de nombreuses années devant moi. C'était avant l'année de mes trente ans, avant cette série de violents maux de tête, aussi inédits qu'inexplicables. J'ai consulté moult médecins. Tous m'ont ausculté avec un air soucieux, prescrit des tas d'examens, analyses de sang, scanners, avec le même air soucieux, sans jamais me donner de diagnostic. Enfin, l'un d'eux a lâché le morceau, tumeur au cerveau.
Il m'a fallu un moment pour encaisser le choc. Mon instinct de survie refusait d'entendre ce mot et, après l'avoir entendu, m’empêchait de l'analyser.
— Mais, docteur, on en guérit, maintenant de ça, n'est-ce pas ? La médecine a fait des progrès, hein ?
Le médecin a pris toutes les précautions d'usages pour m'annoncer la vérité. Cependant, aucune circonvolution langagière ne pouvait en réduire le poids. La tumeur était trop développée pour espérer une quelconque guérison. Il me donnait six mois à vivre, pas plus.

Cette révélation a eu des effets désastreux sur mon caractère. Je n'étais déjà pas du genre social, plutôt renfermé et solitaire mais tout a empiré. J'étais révolté contre tout. Je me demandais pourquoi moi, pourquoi cette saloperie m’était tombée dessus, alors que j’avais fait tant d’efforts pour repousser la mort ! J'en voulais à tout le monde d'être en bonne santé, d'avoir eu plus de chance que moi, de vivre, tout simplement. Je détestais ma grand-mère qui habitait encore chez elle, autonome et tranquille, à plus de quatre vingt dix ans, je haïssais ma mère qui ne pouvait me voir sans se mettre à pleurer, comme si j'avais besoin de ça ! J'exécrais les bons conseils de mes amis qui me disaient de me faire plaisir, de voyager, de profiter à fond de ce temps compté qui me restait, comme si, avec mes douleurs de plus en plus violentes, c'était facile ! J'en venais à lire la rubrique nécrologique des journaux, à me réjouir à l'annonce du décès de telle ou telle célébrité. Encore un qui y étais passé avant moi ! J'aurais voulu l'anéantissement de l'humanité entière pour ne pas me retrouver dans une situation pire que les autres.
En même temps, je ne me résignais pas à mon propre sort. J'avais toujours eu la conviction que, pour ce type de maladie, la volonté de survivre du patient était un facteur déterminant de sa guérison. Les exemples de malades ayant survécu bien plus longtemps que le pronostic médical ou ayant guéri malgré l'avis initial du médecin n'étaient pas rares alors pourquoi pas moi ? Effectivement, je suis allé au-delà des six mois fatidiques. Pourtant, mes batailles gagnées contre la maladie n'étaient pas définitives. Je passais de plus en plus de temps à l'hôpital. La douleur ne me quittait pas, me donnant parfois envie de tout lâcher, de m'abandonner au néant sans souffrance. Mais, bien vite, mon instinct de survie reprenait le dessus. Je ne voulais pas disparaître complètement, retourner à l'état de matière inerte, perdre ma conscience ! Car, je le croyais toujours, rien n'existait au-delà de la mort, ni enfer, ni paradis éternel ni quoi que ce soit d'autre. La maladie ne m'avait pas fait changer de conviction.
Finalement, un an environ après le diagnostic de ma tumeur, le médecin qui suivait mon cas m'a annoncé que la fin n'était plus qu'une question de jours. Il m'a demandé si je voulais mourir chez moi, tranquillement, avec les miens. Mais mon caractère m'avait éloigné de mes derniers amis et je ne souhaitais pas être veillé par ma pleureuse de mère. Et puis, je préférais rester à l'hôpital pour être soigné jusqu'au bout. Tant que j'étais en vie, l'espoir demeurait.
Je fus installé dans l'un des plus anciens bâtiments de l'hôpital. Il n'étais plus occupé que par des cas désespérés dans mon genre, tous bien plus âgés que moi. J'avais appris que cet édifice devait être prochainement vendu car trop ancien pour y installer les dernières innovations technologiques. Les services qui s'y trouvaient seraient bientôt transférés dans une nouvelle unité ultramoderne, néanmoins après ma mort. Un promoteur immobilier transformerait en appartements de standing ce vieux bâtiment. Quelle chance il avait, lui, de pouvoir connaître une autre vie ! J'aurais voulu être une maison, ou même une simple pierre pour vivre éternellement. Mais même les pierres finissent par mourir, brisées par un coup de marteau ou usées en sable par l'érosion.
Petit à petit, je perdais tout ce que je savais faire, comme dans une inversion sinistre de la petite enfance. Je ne pouvais plus quitter l'hôpital, puis ma chambre. Je n'étais plus capable de me lever. Je ne savais plus contrôler mes sphincters et rester propre. Je ne parlais plus. Pourtant, mon esprit fonctionnait toujours, prisonnier de ce corps qui ne répondait plus. Je m'accrochais. Je voulais m'exprimer, parler avec l'infirmière qui s'occupait de moi, le dernier lien qui me reliait à la vie. Quand elle entrait dans ma chambre, elle me disait bonjour, me posait des questions. J'enrageais de ne pouvoir lui répondre. Je ne bougeais même plus, mais je ne me résignais pas à mon anéantissement.
Un jour, après m'avoir examiné comme tous les matins, elle a appelé le docteur. "C'est fini" lui a-t-elle simplement dit. Le médecin m'a ausculté et a confirmé. Il a demandé à l'infirmière de prévenir la famille. Pourtant, moi, j'entendais encore leurs paroles et je les voyais ! Allais-je être enterré vivant ?
J'ai commencé à comprendre lorsque les deux infirmiers sont venus chercher mon corps. Ils l'ont soulevé du lit puis placé sur un chariot sans que je ne ressente rien. Puis ils sont sortis de la chambre et j'ai vu mon corps s'éloigner dans le couloir. Pourtant, ma conscience et mes perceptions sont restées fixées dans la même pièce ! J’entends, je vois toujours ! Mon esprit, mon âme, je ne sais pas comment l'appeler, s'est séparé de mon corps ! Celui-ci est parti je ne sais pas où, à la morgue, au cimetière. Il ne m'appartient plus. Que suis-je devenu ? Un fantôme ? Peu importe ! J'avais vaincu la mort.

Personne d'autre n'a été installé dans la chambre. Comme prévu, le lit, le matériel médical, les meubles ont été enlevés. Pendant des semaines, personne n'est entré, pas même une femme de ménage. J'ai eu le temps de me rendre compte de mes limitations. J'étais incapable de bouger et de quitter cette pièce.
Enfin, des ouvriers sont venus. Ils ont commencé par enlever le revêtement de sol, démonter les installations électriques, casser quelques cloisons. Je les regardais travailler, ravi de cette distraction mais frustré de ne rien pouvoir faire d'autre. J'essayais de leur parler ou seulement d'attirer leur attention. Rien n'y faisait. Ils passaient autour de moi, à travers moi, même, pour peu que ceci ait encore une signification, comme si je n'existais pas. Pourtant, je percevais la musique infâme crachée par un vieux transistor couvert de peinture et je sentais l'atroce mélange d'odeurs de cigarettes et de produits décapants.
Après plusieurs semaines d'efforts, j'ai réussi à entrer en contact avec un peintre. Alors que je l'appelais depuis plusieurs jours, il s'est brusquement arrêté de travailler, le rouleau en l'air. Il a éteint la radio et il a demandé aux autres qui lui parlait. Bien sûr, ce n'était personne et ses collègues se sont moqués de lui.
— T'entends des voix ? Comme Jeanne d'Arc ?
— Mais si, je t'assure ! Si c'est une mauvaise blague que vous me faites…
— C'est tout ce que t'as trouvé comme excuse pour ne pas bosser ? Retourne donc au boulot !
L'ouvrier a perçu plusieurs fois mes appels mais sans comprendre d'où ils venaient. Il en était troublé et agacé. Il devenait mal à l'aise. Malheureusement, je n'ai pas pu poursuivre l'expérience avec lui. Il a demandé à son patron de changer de chantier.
Je n'ai pas obtenu d'autre résultat avec les ouvriers. Je n'ai pas non plus réussi à me déplacer. Jusqu'à preuve du contraire, je suis coincé dans ce lieu. D'ailleurs, je ne sais que mettre derrière ce "je". Je suis conscient et je peux percevoir mon environnement immédiat. Pourtant, je n'ai plus de corps, je l'ai vu partir de cette pièce. Il doit maintenant être enterré quelque part depuis longtemps. Les vers ont, sans doute, déjà commencé leur festin.
Enfin, le chantier s'était terminé et je me trouvais maintenant dans la chambre à coucher d'un petit appartement. Il ne me restait plus qu'à attendre les nouveaux occupants.

Le premier locataire à emménager ici fut une petite vieille, retraitée et veuve qui n’avait d’autres passions que le tricot et la nourriture des chats du voisinage. Je me suis très vite lassé de sa compagnie. Cependant, ne pouvant toujours pas me déplacer, il m’était impossible de lui échapper. J’ai alors repris mes expériences de communication. Au début, elle a cru que j’étais l’esprit de son mari cherchant à la contacter depuis l’au-delà. J’ai joué le jeu quelques temps jusqu’à ce que ça ne m’amuse plus. Je ne me voyais pas attendre patiemment jusqu’à sa mort pour en être débarrassé, avec le risque qu’elle se retrouve à hanter la même pièce que moi. J’ai donc décidé de changer de tactique. Grâce aux quelques paroles que j’arrivais à lui faire entendre et aux bruits que je réussissais maintenant à émettre, je n’ai pas tardé à la persuader que l’appartement était hanté. Ce petit jeu m’a rapporté quelques franches rigolades. Elle a tenu quelques mois avant de se décider à déménager.
Un jeune couple l’a remplacée. Tout de suite, je me suis senti mieux en leur compagnie. Leurs conversations étaient intéressantes et cultivées. Elle adorait les livres et je lisais par-dessus son épaule. Evidemment, je ne pouvais pas choisir à quel moment elle ouvrait son roman. J’étais obligé de m’adapter à son rythme, sous peine de perdre irrémédiablement certains passages. Le pire était quand elle l’emmenait avec elle pour bouquiner dans un square ou je ne sais pas où. Cependant, ce que j’appréciais le plus, chez eux, c’était leurs nuits torrides. Ils étaient jeunes, pleins d’énergie et d’imagination. J’ai assisté à de biens beaux spectacles dans cette chambre !
Pourtant, ils ont fini par se fatiguer de ce genre de jeux. Ils ont eu des enfants qui ont grandi, fait des études et ont quitté l’appartement de leurs parents. Ceux-ci sont restés cinquante ans ici. A la fin, ils ne se supportaient plus que par habitude et ne se parlaient presque plus. Moi aussi, j’en avais marre d’eux. Je les connaissais par cœur, surtout leurs manies et leurs défauts. J’avais tout vécu avec eux, y compris le pire et le plus ennuyeux.

Durant les siècles qui ont suivi, l’appartement a été maintes fois détruit, reconstruit, modifié. J’ai vu passer tant de locataires et de propriétaires que je pense avoir connu toutes les variantes du caractère humain. Les rares qui ont fini par m’entendre se sont, malgré tout, montrés assez semblables dans leurs réactions, entre l’incrédulité et la terreur. Personne n’a été capable de comprendre la réalité ! J’ai même eu droit à un exorciste !
Longtemps, les observer m’a passionné mais ça a fini par m’indifférer. Même les effrayer ne m’amusait plus. Certains sont morts dans l’appartement pourtant, malheureusement, aucun n’est resté à l’état de fantôme comme moi. J’aurais tant aimé avoir quelqu’un avec qui partager cette expérience.
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MessageSujet: Re: Textes de l'AT8   Dim 9 Déc 2007 - 18:37

Puis la guerre est arrivée, la grande, celle qui s’est étendue sur toute la Terre et même sur les colonies du système solaire. En comparaison, les conflits du vingtième siècle n’avaient été que des escarmouches. Les pertes ont été colossales et la civilisation humaine s’est retrouvée proche de l’effondrement. Les épidémies ont achevé le travail. L’homme a rejoint les dinosaures et les mammouths dans la cohorte des espèces disparues tandis que je hantais toujours mon immeuble en ruine. Cette humanité stupide, capable de se détruire elle-même, ne m’inspirait plus que du mépris.
Les armes nucléaires et biologiques utilisées pendant la guerre ont failli détruire toute vie sur la planète. Heureusement, quelques insectes, scorpions et autres céphalopodes ont réussi à survivre, dans des niches miraculeusement protégées. Grâce à la merveilleuse faculté d’adaptation de l’ADN, ces survivants se sont multipliés, diversifiés et ont reconquis l’ensemble de la Terre. Je me suis passionné pour l’observation de ces espèces émergentes, même si le processus était particulièrement long. Je criais de joie chaque fois que je découvrais un nouvel être vivant. Je leur donnais des noms, j’établissais des listes que je me récitais sans fin. Mais je guettais autre chose. Je regrettais les joies de la civilisation. Je l’ai attendue pendant plusieurs millions d’année.

Les poulpes arboricoles ont commencé à fabriquer des outils. Ils ont ensuite maîtrisé le feu et construit des villes. Plein d’espoir, je leur ai, de temps à autre, soufflé quelques idées pour les aider. Communiquer avec les humains a toujours été difficile ; ce fut encore pire avec les céphalopodes. Malgré tout, quelques unes de mes suggestions ont été perçues et comprises. Grâce à elles, ils ont progressé bien plus vite que l’ancienne humanité. Ils ont érigé des temples pour me remercier, même s’ils ne comprenaient pas ma véritable nature. Je garde un souvenir ému de leur époque.
Malheureusement, ils ont emprunté le même chemin, celui de la guerre et de la science folle. Ils se sont entretués à leur tour. A mon grand désespoir, les espèces évoluées suivantes, issues des scorpions puis des fourmis, n’ont pas fait mieux.

Après cinq milliards d’année, le Soleil est entré dans la dernière phase de sa vie. Il s’est transformé en géante rouge et il a irrémédiablement brûlé la Terre. Cette fois, aucune adaptation n’était possible. La vie a vraiment disparu de cette planète.

Moi, je suis toujours là, approximativement au même endroit. La Terre n’est plus qu’un caillou stérile et glacé qui dérive dans le vide sidéral, m’emportant avec elle. J’ai croisé d’autres étoiles avant qu’elles ne s’éteignent une à une. Même les galaxies ont fini par disparaître. L’entropie a triomphé. Plus rien ne s’est produit, aucun évènement si infime soit-il, depuis au moins un milliard d’années. J’ai bien essayé de prier, d’appeler un quelconque dieu, seule entité encore capable de m’entendre. En vain.

Qu’est-ce que je m’ennuie !

Finalement, je veux bien disparaître maintenant, me dissoudre dans le néant. Seulement, je ne sais pas comment m’y prendre.

Ohé ! Y’a quelqu’un ? Ou est-ce que je parle dans le vide ?

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Aytan
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MessageSujet: Re: Textes de l'AT8   Dim 9 Déc 2007 - 18:38

TEXTE 4


Bienvenue en Enfer


- Vous êtes arrivé, annonce le GPS, de la voix féminine et sensuelle qui le caractérise.
Avisant une place libre, Cédric se gare non loin d’un immense bâtiment, ultra-moderne, vers lequel il se dirige ensuite à grandes enjambées. A côté de l’entrée, est installé une sonnette ainsi qu’un petit écran et une caméra au-dessus. Une pression sur la sonnette et l’image d’un vieil homme à l’air renfrogné apparaît.
- Cédric Diomé, s’annonce le jeune homme, en exhibant devant la caméra la lettre qu’il a reçue, signée par le directeur général de l’établissement, M. Adesse.
Le vieil homme grommelle quelques mots inintelligibles et un léger déclic marque l’ouverture de la porte. Cédric en franchit le seuil, obligé de se courber légèrement à cause de sa haute taille. Il se retrouve alors dans un vaste hall tout en marbre, dont les murs sont ornés de grands tableaux. S’approchant de l’un d’eux, il distingue un homme au regard dément qui tente, les mains plaquées sur les oreilles, de fuir ses poursuivants. Ce sont des êtres volants cauchemardesques, hybrides aux corps de femme dont les membres se terminent par des griffes.
- Les Harpies vengeresses. Elles poursuivaient les criminels jusqu’à ce qu’ils deviennent fous.
Cédric sursaute et se retourne pour découvrir à qui appartient la voix. Une jeune femme, petite et mince, portant un tailleur gris assez strict le regarde en souriant. Elle lui tend la main :
- Ravie de vous rencontrer M. Diomé. Je me présente, Sybille Langeais. Je serai votre guide aujourd’hui et vous vous ferai la visite de notre établissement carcéral. Suivez-moi je vous prie.
Elle pivote sur elle-même et se dirige vers un ascenseur, le bruit de ses talons martelant le sol résonne dans tout le hall. Cédric bredouille un « Enchanté », et lui emboîte le pas, se demandant encore comment il a fait pour ne pas l’entendre arriver derrière lui. Dans l’ascenseur, elle poursuit :
- Vos fortes aptitudes en informatique et électronique nous ont convaincus de vous embaucher. Nous cherchons en effet quelqu’un capable d’entretenir notre matériel et de veiller au bon fonctionnement des programmes gérants cet établissement. Sachez que nous travaillons avec ce qui ce fait de plus avancé en terme de technologie.
- Je dois dire que lors de mon entretien d’embauche, mes interlocuteurs sont restés très évasifs quant à la nature du matériel informatique et des programmes à s’occuper, réplique Cédric. Et puis je ne comprends pas, ce bâtiment ne ressemble absolument pas à une prison, j’ai l’impression qu’ici il ne s’agit que de bureaux. Où retenez-vous les détenus ?
- Votre impression est fausse M. Diomé. C’est bien ici que nous incarcérons les criminels. Mais comme vous pourrez le constater, les conditions de détention sont, comment dire… exceptionnelles ! Pour le reste, je vous expliquerai au fur et à mesure.

L’ascenseur s’immobilise, et ils s’engagent dans un long couloir. Sybille reprend :
- Tout ce que vous allez voir ici est la création exclusive de notre directeur général, M. Adesse. C’est lui qui a mis au point le logiciel Tar2, qui détermine, gère et veille à la bonne application des peines.
De part et d’autre du vaste couloir, se trouvent des portes donnant sur des chambres. Des petites baies vitrées permettent de voir à l’intérieur.
- A cet étage, se trouvent exclusivement les cellules des personnes détenues pour délits mineurs.
A travers les vitres, ils peuvent observer les prisonniers évoluant dans des pièces meublées confortablement. Ceux-ci semblent vaquer à des occupations plutôt anodines : dormir, faire leur toilette, feuilleter un journal… Cependant une sensation de malaise s’empare de l’informaticien. Quelque chose cloche, mais il est incapable mettre le doigt dessus. Il fait part de ses impressions à Sybille et ajoute :
- Je suis également étonné par le faible système de sécurité qui semble mis en œuvre ici. Pas de gardiens visibles, ni de portes blindées ?
- Observez un petit moment l’un de nos prisonniers, et vous aller sûrement comprendre…
Cédric se poste devant l’une des cellules. A l’intérieur, un homme entre-deux âges, bedonnant et front dégarni, se brosse les dents, penché sur un lavabo. Sa toilette terminée, il se pose sur une chaise et reste ainsi un petit moment, les yeux dans le vague à se curer le nez. Puis il se lève, allume un petit poste de télévision en noir et blanc et zappe quelques minutes. Il s’affaire comme ceci à diverses activités. Au bout de plusieurs minutes, Cédric se tourne vers Sybille et s’exclame :
- Soit c’est un maniaque de l’hygiène dentaire, soit il s’ennuie à mourir et n’a rien d’autre à faire, mais c’est la deuxième fois qu’il se lave les dent en moins d'un quart d’heure !
- Et encore vous n’avez pas tout vu…
Il dirige à nouveau son regard vers le prisonnier. Ce dernier contemple au bout de son doigt ce qu’il est allé chercher au fond de sa narine, exactement dans la même position que tout à l’heure.
- Ce n’est pas possible, il répète exactement les mêmes gestes !
- C’est tout à fait ça M. Diomé, vous avez compris le principe de l’œuvre de notre directeur général. Les détenus sont enfermés dans des boucles temporelles. Ils répètent à l’infini la même séquence. La durée de celle-ci ainsi que la nature de leurs occupations sont déterminées par le logiciel Tar2 en fonction de la gravité du délit. Des champs de force protègent chacune des cellules, qui ne peuvent être déverrouillées que par nos ordinateurs.
- Impressionnant, souffle Cédric, j’ai hâte de voir ces fameux ordinateurs !
- Votre souhait sera bientôt réalisé. La salle des machines se situe à l’étage juste au-dessus.
Tout en suivant sa guide, Cédric se plonge dans ses réflexions. Quel système incroyable, ces gens manipulent le temps ! Mais songer que ces malheureux n’ont plus aucun contrôle sur leur existence, qu’ils vivent continuellement la même petite tranche de vie… Il ne peut s’empêcher de frissonner à l’idée des conséquences terribles qu’il pourrait y avoir si un tel pouvoir technologique était détourné.
- Les détenus se rendent-ils compte qu’ils revivent toujours la même chose ?
- C’est difficile de répondre à cette question. Ils n’en sont bien évidemment pas conscients. Mais au bout d’un certain temps, leur subconscient se réveille et une impression de déjà-vu s’instaure. Plus la séquence temporelle est courte, plus ce malaise augmente. Il n’est pas exclu qu’il puisse aboutir à des lésions cérébrales, mais ces désagréments ne sont que de légers effets secondaires pour ces criminels. Ah ! Nous voici arrivé à la salle des machines.

Ils pénètrent dans une petite pièce. Le jeune informaticien, choqué par les derniers propos que vient de proférer Sybille, les oublie aussitôt à la vue des trois ordinateurs, trônant au centre de la salle. Il se précipite dessus.
- Incroyable !
Il tourne tout autour, se frottant les yeux comme s'il voulait se persuader qu'il ne rêve pas.
- Ce petit bijou de technologie était exposé au dernier salon international, en tant que prototype. Des composants électroniques les plus minutieux et les plus réduits qui soient pour une puissance exceptionnelle et des capacités de stockage quasi illimitées… Il y avait une telle foule autour que je n’ai pu l’approcher et voilà que je me retrouve assis en face de trois exemplaires d’un coup !
- Je vous présente M1-Os, Eak et R4D4, qui gèrent en permanence trois programmes liés entre eux. Sur le premier se trouve la base de donnée dans laquelle nous rentrons les renseignements sur les criminels. Le second est chargé de déterminer la peine en fonction de la nature et de la gravité du délit, le troisième veille à sa bonne mise en application. Chacun est lui-même sous le contrôle de l’ordinateur principal qui gère le logiciel Tar2 dans sa globalité. Vous n’aurez pas accès à ce dernier, il se trouve dans le bureau de M. Adesse qui s’en occupe personnellement.
Mais quel est donc cet homme, se demande Cédric pour mettre au point un tel système et se payer du matériel à la pointe de la technologie qui n’est même pas encore sortis sur le marché ?
- Je vous propose de poursuivre la visite par le département des crimes graves. Y sont appliquées des séquences temporelles de moins d’une minute. Vous allez voir que notre logiciel a parfois été très imaginatif dans le choix des peines appliquées…
Ils continuent leur ascension.

- Cet étage est la fierté de notre directeur général, qui le considère comme son chef-d’œuvre absolu.
Il y a beaucoup moins de pièces ici et elles semblent de tailles variables. Certaines sont munies d’ouvertures, d’autres non. Et chacune est aménagée d’une façon qui lui est spécifique. Cédric découvre avec surprise dans l’une d’elles un distributeur de confiseries, à côté duquel un panneau publicitaire vante les mérites d'une barre chocolatée : un gros plan sur une bouche pulpeuse qui passe avec gourmandise sa langue sur ses lèvres. Cédez à la Tantation ! proclame le slogan de l'affiche. Un homme est dressé devant, cherchant fébrilement une pièce dans son porte-monnaie. Celle-ci trouvée, il l'introduit dans la fente de la machine et récupère une barre, de la marque de celle de l'affiche. Au moment où il défait l’emballage, elle lui échappe des mains et s'engouffre dans la bouche publicitaire, qui paraît un instant devenir réelle. Le prisonnier se remet alors à fouiller dans son porte-monnaie.Tout s'est déroulée très rapidement et les deux seules question qui viennent à l'esprit de Cédric sont aussi surréalistes que la scène à laquelle il vient d'assister :
 Mais pourquoi diable ont-ils laissés cette grossière faute d'orthographe ?
Suivie de très près par :
 Je me demande combien de pièces peut contenir son porte-monnaie...
- Je vois que vous avez du mal à saisir mes explications M. Diomé. Une seule bien sûre, c’est la même qui est utilisé à chaque fois. Au bout de cinq milles répétitions de la même séquence temporelle, on ne trouvera jamais cinq milles pièces dans la caisse du distributeur. Et il en est de même pour les prisonniers, le temps n’agit plus de façon linéaire sur eux. Ils ne vieillissent pas et par conséquent ne peuvent mourir. Les boucles temporelles se reproduisant à l’infini, la notion de condamnation à perpétuité prend tout son sens chez nous…
Son sourire, que Cédric trouvait tout à l’heure charmant, a pris un aspect cruel et carnassier. Ce châtiment est pire qu’une peine de mort, pense-t-il. Une torture pour l’éternité !
- Croyez-moi, reprend Sybille qui a remarqué son air effrayé, cet homme a mérité son châtiment. Cet ancien chirurgien était à la tête d’un immense trafic d’organe d’enfants. Il n’a pas hésité à utiliser son propre fils illégitime comme pourvoyeur d’organe. Vous imaginez, son propre fils !
Cédric ne sait quoi répondre.
- Suite à la saisie informatique des données, le programme de Eak a bien sûr préconisé de l’affamer pendant trois jours avant de lui faire subir son supplice…
La pièce suivante est beaucoup plus vaste et une foule de jeunes femmes, elles sont bien une cinquantaine, avance en file indienne, chacune tenant un seau à bout de bras. Tour à tour, elles le remplissent à l'arrivée d'une gouttière en cuivre qui déverse un produit chimique corrosif, puis vont le vider dans une cuve située à l’autre bout de la salle. Elles viennent ensuite se remplacer dans la file d’attente. A chaque remplissage, des éclaboussures leur brûlent les mains et les avant-bras.
- Voici un groupe de quarante-neuf prostituées, qui louaient leurs services dans l’hôtel des Danaïdes, un établissement de luxe. Elles ont toutes assassinées sauvagement leur client durant la même nuit, avant de s’en prendre au personnel de l’hôtel. Elles ont été condamnées à vivre éternellement la séquence temporelle la plus courte qui ait été déterminée par Tar2, treize secondes exactement. Si l’on stoppait la boucle, nul doute qu’elles en ressortiraient complètement folles…
La pièce d’à côté ne possède pas de vitre. A travers la porte, on entend soudain pousser un cri inhumain.
- Je crois que j’en ai assez vu, déclare Cédric nerveusement. J’avoue que cet endroit me met mal à l’aise.
- Hum, j’ai l’impression q’un petit remontant vous sera nécessaire. Nous avons un bar pour notre personnel au rez-de-chaussée, je vous y emmène.
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MessageSujet: Re: Textes de l'AT8   Dim 9 Déc 2007 - 18:38

Le bar, lumières tamisées et ambiance sonore jazzy, semble complètement incongru dans cet endroit tant il tranche avec ce qu’ils viennent de visiter, mais Cédric ne s’étonne plus de rien ici. Ils s’installent dans de confortables fauteuils en cuir et commandent deux whisky glace. L’informaticien savoure chacune des gorgées de ce pur malt bienvenu. Lorsqu’il ne reste, au fond de son verre, qu’un morceau de glace presque complètement fondu, il se résoud à rompre le silence :
- Une autre question me chiffonne. S’il est clair que les prisonniers ne peuvent s’évader par eux-même de leur boucle temporelle, qu’en est-il des personnes extérieures, qui chercheraient éventuellement à s’introduire pour libérer leurs proches ?
- Et bien dans la journée, c’est M. Charon, notre concierge que vous avez vu tout à l’heure derrière son écran de contrôle qui sait exactement qui peut ou ne peut pas passer, et agit parfaitement en conséquence… La nuit, nous avons des maîtres-chien qui patrouillent dans tout le bâtiment. Leurs molosses ont subi quelques modifications génétiques qui ont un effet, disons-le, plus que dissuasif.
Cédric n’ose même pas imaginer le résultat de ces transformations. De quoi pourraient bien être capables encore ces gens pour qui le temps n’est qu’un jouet et qui en font un usage aussi cruel !
Une femme entre à cet instant et s’assoit sur un des hauts tabourets face au comptoir. Le jeune homme en a le souffle coupé. C’est une des plus belles femmes qu'il ait jamais vu, grande, les cheveux châtains, qui porte une robe rouge moulante et ouverte sur le côté jusqu’à mi-cuisse. Le genre de femme sur lesquelles on fantasme dans les magazines de mode et qu’on ne s’attend jamais à rencontrer dans la vraie vie…
- Tiens voici Mme Adesse, la femme de notre directeur. Pourquoi ne suis-je pas étonnée de la voir ici à cette heure-ci ?
- Vous voulez dire qu’elle aussi…
- Non détrompez-vous elle n’est pas prisonnière. Même si en fait, je ne suis pas sûre qu’elle ait vraiment la possibilité de sortir d’ici, excepté pour aller rendre visite à sa mère de temps en temps. Alors elle traîne par ici et boit cocktail sur cocktail…
Elle commande en effet à ce moment-là une vodka grenadine. Sa voix suave et légèrement rauque fait accélérer le rythme cardiaque de Cédric.
- Faites attention M. Diomé, vous avez la bouche ouverte et vous risquez de sentir bientôt un filet de salive vous couler le long du menton, fait remarquer Sybille, sarcastique.
Puis elle reprend, d’un ton qui se veut badin :
- Savez-vous que l’on raconte que la première personne enfermée dans une séquence temporelle infinie par notre directeur était un escroc notoire qui s’en était pris non seulement à son argent mais avait aussi fait des avances à sa femme ? La version la plus répandue dit qu’il pousse désormais inlassablement l’équivalent du poids en petite monnaie des sommes d’argent qu’il a escroquées, et qu’arrivé au sommet d’une pente, cette masse dégringole aussitôt de l’autre côté. Mais ce n’est qu’une légende bien entendu…
Cédric a failli s’étrangler avec le morceau de glace qui lui restait au fond de son verre. Sa guide le toise d’un air narquois, puis jette un coup d’œil à sa montre.
- Je vais devoir vous laisser, j’ai un autre rendez-vous. C'est donc ainsi que s'achève notre visite, j’espère qu'elle aura été des plus instructives pour vous. Inutile de vous préciser que tout ce que vous venez de voir est strictement confidentiel. La porte qui se trouve au fond de la salle donne sur le hall d’entrée. Je vous dis à très bientôt et, encore une fois, je suis ravie que vous rejoigniez notre équipe.
Elle lui sert la main et repart, en claquant ses talons.
Cédric ressort du bâtiment un peu nauséeux, sous le choc de ce à quoi il vient d’assister.
- Ce n’est pas possible, murmure-t-il pour lui-même, je ne pourrais jamais travailler pour eux. Je vais inventer quelque chose, dire que j’ai trouvé un autre poste… Mais cautionner... ça... tout ça ! Non !
Tout en s’installant au volant de son véhicule, il tente de se calmer, en effectuant de longues et profondes inspirations. Rien à faire, il se sent toujours aussi oppressé. Ses mains tremblent lorsqu’il met le contact en route. Il s’engage sur l’avenue du Styx, qui longe l’établissement, et tourne à gauche, suivant les instructions de son GPS. A mesure qu’il s’éloigne, le jeune homme se détend, sa crispation et sa colère s’effacent peu à peu. Finalement, c’est avec un sourire aux lèvres qu’il entend la voix féminine et sensuelle du GPS lui annoncer qu’il est arrivé. Il se gare alors le long d’un immense bâtiment, ultra-moderne, vers lequel il se dirige ensuite à grandes enjambées. A côté de l’entrée, est installé une sonnette ainsi qu’un petit écran et une caméra au-dessus. Une pression sur la sonnette et l’image d’un vieil homme à l’air renfrogné apparaît.
- Cédric Diomé, s’annonce le jeune homme, en exhibant devant la caméra la lettre qu’il a reçue, signée par le directeur général de l’établissement, M. Adesse.
Le vieil homme grommelle quelques mots inintelligibles et un léger déclic marque l’ouverture de la porte. Cédric franchit le seuil de sa prison, en courbant légèrement la tête à cause de sa grande taille. S’il avait prêté une oreille plus attentive aux propos de M. Charon, le passeur, il aurait pu entendre celui-ci lui annoncer, d’un ton sinistre :
- Bienvenue en Enfer…


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Aytan
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MessageSujet: Re: Textes de l'AT8   Dim 9 Déc 2007 - 18:39

TEXTE 5



La Symphonie des Etoiles


Le capitaine franchit le dernier sas et vint reprendre sa place devant le Steinway pour l’ultime étape. Il posa son séant sur la chaise molletonnée, prit une profonde inspiration et entama le premier mouvement du récital. Chaque phase était codifiée. Il formula une série de huit notes, l’introduction habituelle, puis en fonction des besoins augmenta de trois tons avant d’entamer une deuxième série. Un son très lyrique envahit le vaisseau, répercuté dans les coursives désertes par des haut-parleurs.
Le navire spatial n’avait aucun équipage ; il n’y avait que le capitaine et l’ordinateur central. Le vaisseau, aux allures de grosse libellule, propulsé par les vents cosmiques au moyen de quatre ailes orientables, avait pour office de transporter des réserves de gaz, hydrogène pour les centrales à fusion de la Terre, méthane et autres composés volatils. Ces carburants, fort utiles, notamment aux petits états émergents de l’Eglise du Corps étaient extraits de Saturne et dans le cas présent de Jupiter par des stations semi-automatisé. La vie des rares « mineurs » avait donné lieu à des holo-novellas policières, à la manière d’Agatha Christie, un auteur de l’obscur XX ème siècle, qu’on ne lisait guère plus. Ces gaz étaient ensuite convoyés à bord de transports comme le Prométhée, le vaisseau du capitaine dans des sphères de métal qui en constituait l’abdomen.
Le capitaine entama une autre série de notes, les ailes se déployèrent et le vaisseau laissa une traînée en perçant les nuages de la planète géante. Il fila vers la Terre.

***


Une étoile filant perça le ciel, à demi cachée par la couverture nuageuse.
Réfugié dans un recoin du salon principal, Henry s’ennuyait fermement. Il s’était peu à peu détaché des petits groupes, qui se formaient spontanément au cours de ce genre de soirée, pour se rapprocher d’une fenêtre, un verre de champagne à la main et un canapé d’œuf d’esturgeon sur pain d’épice. Alors qu’il porta le mets à sa bouche et que le mélange exquis salé-sucré saturait ses papilles, il ne porta plus du tout attention aux convives et aux conversations que ceux-ci entretenaient.
Son attention et son regard se portèrent au dehors de la vaste propriété de Fontainebleau qui appartenait à plusieurs confréries d’étudiant de la Sorbonne. Pensif, il contempla le ciel obscur, qu’il avait du mal à discerner. Non pas que l’éclairage de la pièce le gêna, car celui-ci était diffus dans ce recoin, mais le ciel était, malgré la lune ascendante et presque pleine, voilé et dérobé à son observation béate par de gros nuages. Il pleuvait par intermittence depuis que le soleil s’était couché. Mais le vent finit par se lever et chassa progressivement les nuages. Bientôt, Henry pourrait à nouveau contempler les étoiles.
Il ne savait pas qu’un autre astre étincelant allait bientôt entrer dans sa vie.
Le jeune homme, du haut de 26 petites années d’expérience, préparait un doctorat d’astrophysique à l’Observatoire de Meudon. Il avait pour spécialité le référencement des exoplanètes. La communauté scientifique, pourvue de nouveaux instruments d’optique, en orbite, de radiotélescopes, découvrait chaque année de nouveau corps célestes que l’on pouvait ranger dans la catégorie des planètes, d’abord géantes gazeuses, puis planètes telluriques.
Peut-être découvrirait-on des formes de vie extraterrestres au cours du prochain siècle ?
Henry, dont la sociabilité n’était pas le fort, aimait se perdre en rêveries. Il posa son verre vide sur une table disposée à cet effet et décida de changer de salon pour bénéficier d’un meilleur point de vue. Ce faisant, il croisa un groupe d’étudiant de l’Ecole Normale Supérieure de la Rue d’Ulm qui débattait du colonialisme et de ses retombées économiques et culturelles en s’appuyant sur l’exemple du Rhondwana. Un autre groupe, de Polytechnique celui-là, écoutait attentivement les arguments exposés. Henry les dépassa et parvint dans le hall. C’est alors que la large porte du vestibule s’ouvrit et une jeune femme fit son apparition, trempée des pieds à la tête, toute décoiffée et portant une valise avec une pochette plastifiés laissant entrevoir des feuillets. Henry la scruta. Elle portait un imperméable et un jean et ne paraissait pas à son avantage. Un jeune homme la suivait – il y avait un air de famille entre les deux arrivants. Il portait un parapluie qui s’était mis en vrac sous l’effet d’une bourrasque.
Un majordome vint à la rencontre de la nouvelle venue. Elle lui demanda où elle pouvait se changer. Le domestique lui indiqua une chambre et elle y monta. Ce faisant, montant l’escalier, elle croisa un des hôtes, un étudiant de l’Ena. Il lacha :
« Claire, tout est prêt pour votre triomphe ! L’assemblé n’attend plus que vous ! »
Sur ce, elle disparu au premier étage dans les secondes qui suivirent.

La curiosité d’Henry fut piquée au vif. Il retourna au salon et essaya d’intercepter un des membres de la confrérie pour obtenir des explications. Mais sa timidité le freina, alors il décida de tendre l’oreille. Un peu excédé, il refusa une nouvelle coupe de champagne que lui tendait un serveur.

Lorsque onze coups retentirent aux horloges des salons, une apparition éthérée descendit le grand escalier et se joignit aux convives.
La jeune fille, qui peut de temps avant, ne ressemblait à rien, avait maintenant tout les atours de la beauté la plus délicate. Claire, vêtue d’une magnifique robe de mousseline blanche se dirigea vers le piano après que des comparses eurent écarté les opportuns qui se trouvaient sur le chemin.
Henry ne manquait pas une miette de la scène.
La jeune femme gratifia l’assemblée de quelques mots, signifiant qu’elle était ravie d’être ici et espéraient que les jeunes gens apprécieraient le petit morceau qu’elle s’apprêtait à jouer sur le piano.
Henry ne prêta guère attention au sens des mots, tant il était fasciné par le timbre de la voix.

Durant la demi-heure qui suivit, Claire interpréta des extraits de deux des concertos pour piano de Beethoven. Henry n’était pas érudit en matière de musique classique. Il aurait été bien incapable de reconnaître les passages. Pourtant, en admirant, la jeune pianiste, il était désireux d’apprendre.
La mélopée variait de temps à autre, s’accélérant, tantôt ralentissant. Parfois, on dénotait des envolées lyriques.
Les doigts fins de l’artiste couraient sur les touches avec une infinie préciosité. On touchait véritablement au sublime. A n’en pas douter, Claire était une des meilleures élèves de sa promotion.
La variété des sentiments produits était elle aussi infinie. Hormis le piano, on n’entendait pas un bruit parasite. L’auditoire était tout ouie.
Dès cet instant, Henry sut qu’il était en train de tomber amoureux.
Lui, qui n’avait d’yeux que pour les astres, avait devant les yeux une nouvelle étoile. Pourvu qu’il ne s’agisses pas d’une étoile filante, songea-t’il.

Plus tard, alors que minuit était passé et que les convives commençaient à présenter des signes de fatigues, Henry s’isola sur le balcon pour contempler à nouveau le ciel et s’apaiser l’esprit après tant d’émotion.
Le ciel était maintenant dégagé. Les constellations se détachaient clairement.
Alors qu’il réfléchissait, une voix dévoila une présence qu’il n’avait pas perçu.
Une jeune femme sortit de l’ombre alors qu’il se retournait. Claire était là. Elle avait accaparé les conversations pendant les trente minutes qui avait suivi sa prestation, répondant aux sollicitations. Henry s’était dit qu’il ne l’approcherait jamais et l’avait perdu un court instant de vue. En fait, elle s’était éclipsée sur le balcon.
- C’est magnifique, ce ciel ! Ne trouvez-vous pas ?
- J’ai entendu et vu des choses tout aussi magnifiques ce soir, répondit-il sans se désappointer.
Elle le remercia du compliment. C’est alors qu’il lui expliqua qu’il préparait une thèse à l’observatoire de Meudon et donc que l’astronomie était son violon dingue.
- Permettez-moi de vous guider ! ajouta-t’il. Il lui prit délicatement le bras et le tendit dans l’alignement du sien et de leurs regards respectifs.
- Ici vous avez la Grande Ourse et ici la Petite Ourse. La première est également appelé Grand Chariot. Leur lumière met des milliers, voir des millions d’années à nous parvenir !
Dans l’espace, les distances sont infinies. Les sentiments, dans les cœurs, pouvant être également de portée infinie, peuvent toutefois se rapprocher.
Et la leçon d’astronomie commença. Claire ne trouva cela guère ennuyeux. Elle se laissa vite prendre au jeu.
Il lui présenta ensuite successivement le Bouvier, la Vierge et le Lion. Il agrémenta sa démonstration de quelques légendes grecques de bon aloi qui plurent à la jeune femme.
Bientôt le charme opéra et Claire se sentit troublé.

A la fin de la soirée, ils promirent de se revoir. Il viendrait au Conservatoire assister à des répétitions et lui promit de lui montrer la salle du grand télescope de Meudon.

***


Le Steinway tenait davantage de l’orgue électronique. C’était un modèle interfacé. Le capitaine tourna la première page de la partition.
Le système de navigation Pique-Boissard calculait l’ouverture des voiles solaires tandis que le capitaine jouait son morçeau.
Devenir capitaine sur un voilier solaire n’est pas à la portée de tous. Plus sur que les hyperpropulseurs, qui ont tendance à exploser, les voiles demandent un bon doigté et un grand sens lyrique.
Le vaisseau, lui, filait toujours à travers les grands espaces interplanétaires.

***


Dans les mois qui suivirent, Henry et Claire passèrent davantage de temps ensemble. Ils en vinrent donc progressivement à se connaitre et s’apprécier. Ils partagèrent un même amour. Et échangèrent leurs deux passions : la musique et l’astronomie.

Ce fut Claire qui eut la première la plus saugrenue des idées, du moins à priori. Marier la science des étoiles et la science des notes.
- Ce sera notre « Symphonie des Etoiles » ! clama-t’elle fièrement, un genou à terre et les bras tendu vers le ciel.
- Tu es folle ! lui répondit Henry qui l’attrapa par la taille et roula avec elle sur l’herbe de la pelouse où ils pique-niquaient.
- Non, pas du tout !ajouta-t’elle sans se démonter, avec un petit rire malicieux. «Tu n’as jamais entendu parler de l’ Harmonie des Sphères ? ».
- Ce vieux machin de l’Antiquité ? Vaguement…mentit-il.
- Je croyais que la pensée grecque te passionnait.
- Oui, ma chérie, mais comment compte tu t’y prendre pour écrire cette symphonie ?

Claire sembla réfléchir un instant.

- Il faudrait qu’à chaque distance entre deux étoiles, on associe une tonalité ! dit-elle.
- Ca fait beaucoup trop de possibilités, fit Henry qui avait retrouvé son sérieux et semblait sceptique.
En vérité, il considérait le problème, qu’il entrevoyait, et réfléchissait.
- Je m’occupe de la partie musicale, j’ai juste besoin de trouver un bon mathématicien.
- Considère que tu l’as trouvé ! conclut Henry en se tapant sur le torse qu’il bombait maintenant.

Alors que l’année se poursuivait, les deux amants se lancèrent dans ce projet fou comme pour relever un défi mis à leur amour.
Le printemps avait décider de leur rencontre, l’été vue se concrétiser leur amour. L’automne fut studieux et finalement à la fin de l’hiver, la « Symphonie des Etoiles » commença à naître. De plus, comme Claire attendait un heureux événement pour dans sept mois, il décidèrent de se marier rapidement.

Le 3 février, Henry Pique épousa Claire Boissard
L’orgue retentit dans l’Eglise. Il joua la « Symphonie des Etoiles »

***


Le capitaine aimait son métier. Il connaissait à la perfection le système de navigation Pique-Boissard, du nom de ses concepteurs il y a des centaines d’années. Au départ, conçu comme un amusement, la « Symphonie des Etoiles » par l’exact calcul des distances entre les planètes du système solaire et les étoiles proches, le tout retranscrit, codé sous forme de notes, allait s’avérer un précieux outil pour les voyages spatiaux intra systèmes.

Cela était la fierté du capitaine. Après tout, ne descendait-il pas lui-même de Claire et d’Henry.

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MessageSujet: Re: Textes de l'AT8   Dim 9 Déc 2007 - 18:40

TEXTE 6



« Nariko, As-tu peur du noir ? »
Dans la vallée résonnaient les cris de joie et roulement de tambour. La rumeur de la fête montait jusqu'à la terrasse où s'étaient installées deux jeunes femmes. L'hiver cédait à contre-coeur sa place au printemps, porté par une brise tiède et agréable. Surprise, Nariko mit un peu de temps à réagir.
« Je suppose, oui. J'ai un peu peur lors des nuits sans lune. Ou pendant les orages. Mais pourquoi ? »
« Que ferais-tu, Nariko ? Que ferais-tu si tu avais peur du noir, et que tu ne pouvais plus échapper aux ténèbres ? Que ferais-tu si tu te réveillais, et qu'en ouvrant les yeux il n'y ait rien, rien que l'obscurité ? Une nuit à laquelle tu ne peux pas échapper. Une nuit sans fin. Que peut-on faire à part hurler dans le noir, sans aide de la lune, sans flamme, sans soleil ? »
« Reimu.... Que t'arrive-t-il ? Les ancêtres t'ont-ils dit quelque chose de désagréable ? » Nariko serra la main de la prêtresse dans la sienne.
« J'ai peur du noir. J'ai voulu croire que ce n'était qu'un mauvais rêve, que je finirais par comprendre. Je n'arrive plus à vivre avec ces yeux morts, Nariko. Dans mes rêves, je trouve un chemin... »
« Un chemin ? » s'inquiéta son amie. « Un chemin vers quoi ? »
« Une chemin qui me mènera.... »

Au bout de la nuit

--

Reimu manqua à plusieurs reprises de glisser sur les pierres humides de rosée qui jalonnaient le sentier, L'homme qui l'avait guidée jusqu'ici n'avait pas voulu aller plus loin. Elle avait senti du regret dans sa voix, à l'idée de laisser la jeune aveugle se débrouiller seule. Du regret et de la peur. Sa canne affrontait les herbes sauvages, les trous, les branchages tombés au sol. « Il n'y a plus rien là-bas. Plus rien de sacré. » avait-il dit pour tenter de la retenir. Mais elle avait consulté les ancêtres et c'était là l'endroit où se trouveraient des réponses. L'hiver semblait n'avoir pas encore quitté ces lieux. Elle pouvait l'entendre siffler entre les arbres, balayer l'esplanade du temple de son souffle glacial, comme furieux d'être ainsi dérangé dans sa retraite. Baissant la tête, elle affrontait ses rafales, jusqu'à finir les dernières marches à quatre pattes, malgré la boue et les feuilles qui recouvraient la pierre gelée. Peut être n'y avait-il plus rien là-haut.

Quand elle franchit enfin la dernière marche, seul le bruissement des arbres l'accueillit. Un tintement discret attira son attention, celui d'une clochette agitée par le vent. A tâtons, Reimu se dirigea vers elle et découvrit la présence du temple, imposante. Elle caressa un poteau de la main, sentit les dernières écailles de peinture s'effriter sous ses doigts, les veines du bois séculaire qui résistait toujours aux ravages du temps. Mort. Le sanctuaire des kamis était mort, vide de toute présence, aussi vide que les ténèbres monotones qu'elle espérait fuir. L'oreille collée contre la colonne, elle attendit un signe, une présence cachée, comme elle seule pouvait les percevoir. Mais le temple Shinto restait silencieux.

Une forte odeur monta du vieux brasero qu'elle venait de ranimer. Elle s'était réfugié au coeur du sanctuaire, à l'abri du froid. Déchaussée, elle pouvait sentir le parquet toujours lisse et étonnamment tiède, une sensation agréable qui lui permit de se plonger dans la prière, loin des coups de vent qui faisait de temps à autre vibrer l'antique construction. Son esprit errait dans les ténèbres, à la poursuite d'une réponse, d'une présence tapie dans l'ombre, d'un témoin muet de sa venue. Soudain, une bourrasque plus violente que les autres la tira de son début de torpeur. On approchait d'elle, à pas silencieux. Tétanisée, Reimu sentit la chose frôler ses jambes. Sa main trouva une fourrure chaude, puis le contact d'un petit museau humide. Un chat. La prêtresse poussa un long soupir de soulagement, tandis que l'animal s'installait sur ses genoux. Elle le caressa en silence, secrètement heureuse d'une telle compagnie, tant l'attente s'apparentait à de la torture. Pourtant ses jambes tremblaient encore, sous l'effet de la crainte sourde du noir, la plongée dans un univers inconnu et hostile. Jusqu'à ce qu'elle réalise enfin : la véritable présence était là, sans qu'elle ne le réalise. Depuis combien de temps contemplait-elle la jeune femme ?

« Je vous souhaite la bienvenue, noble Kami. Je suis Reimu Kompaku, miko du temple Hanibata, venue honorer ces lieux sacrés. »

Ses paroles se perdirent dans le sanctuaire. Reimu se mordit la lèvre, inquiète à l'idée d'avoir été trop impatiente. Finalement une voix grave mais fluide lui répondit, non loin d'elle.

« Bienvenue ? Tu es dans ma demeure et c'est toi qui prétend m'accueillir ? Et comment suis-je donc accueilli, par une miko incapable de se contempler dans le miroir sacré. »
« Pardonnez-moi. Le temple est abandonné depuis longtemps, je n'ai pas eu le temps de préparer grand chose... »
« Une miko venue seule dans cet endroit maudit. Peut être n'as-tu pas pu lire les mises en garde ? Ou les as-tu simplement ignorées ? Si tu prétends ouvrir ton coeur aux esprits, il est temps de tout me dire. »

La voix se déplaçait dans l'espace, sans que Reimu ne parvienne à la situer. Seule une divinité colérique et aigrie pouvait résider en un tel lieu, aux dires des hommes craintif du voisinage. Un kami solitaire et impatient, qu'elle ne pouvait espérer amadouer malgré ses connaissances.

« Je suis désolée de vous importuner. Je suis venue vous demander une faveur, ô divinité de l'Hakutamara. Je ferai mon possible pour honorer ce lieu de culte. »
« Enlève ce bandeau qui dissimule tes yeux et regarde-moi. Aurais-tu quelque chose à cacher ? »
« Je... je ne voulais pas vous les montrer. Ils sont morts. »

Un rire sardonique s'éleva du plafond, tandis qu'elle défaisait le ruban de soie. Toujours le noir. Elle pouvait suivre le souffle du kami évaluer lentement devant elle. Il l'observait. Sa main serrait le morceau de tissu de plus en plus fort, dans l'espoir de paraître calme.

« Amusant, ces yeux que tu ne veux pas montrer. Penses-tu que des orbites puissent effrayer un kami ? Alors pourquoi cacher de beaux yeux fixes comme ceux des statues ? »
« On peut y lire ta peur. » ajouta une voix aigrelette, venue directement de ses genoux. Le chat venait de parler ! Reimu se dressa d'un bond en poussant un cri de frayeur. Les rires des deux voix se mêlèrent jusqu'à se fondre. Encore choquée, Reimu l'entendit lui chuchoter à l'oreille.

« Il est temps de demander ta faveur, jeune imprudente. Et s'il ne faut pas toujours se fier à ce que l'on voit, sache que tes oreilles ne sont pas plus bonnes conseillères. »

La prêtresse se jeta à genoux, et posa son front contre les lames de bois.
« Je vous implore, divinité ! Rendez-moi la vue, laissez-moi retrouver la lumière ! »
« Tu n'ignores pas que je ne te dois rien, ni à toi, ni à ton clan. Que me proposes-tu en échange ? »
« J'ai depuis longtemps le don d'entendre les ancêtres, et d'appeler leurs faveurs pour les miens. S'il faut que je sacrifie un si grand pouvoir, alors je le ferai. Je ne demande pas une vie exceptionnelle, je ne souhaite rien d'autre que la fin de la nuit. »

A ces mots, le ciel sembla répondre avec rage, emprisonnant le temple d'une terrible averse. La jeune femme resta le front contre le sol, tandis que le plafond résonnait sous la tempête. Des murmures sourds lui parvenait au travers du sol, des râles de colère et d'agonie venus la tourmenter. Et comme ravi du spectacle de la miko tremblante, le rire étouffé de la divinité.

« Tu veux m'offrir le don des kamis ? Un pouvoir conféré par les dieux, te rends-tu réellement compte de ton impudence ? As-tu songé seulement à ton clan, à ce que tu vas leur infliger en agissant ainsi ? Et ces ancêtres que tu ne veux plus entendre, tu veux désormais affronter leur colère ? Es-tu inconsciente ?Ou alors dis-moi, dis-moi pourquoi tu oses ! »

Reimu se sentit saisie par les épaules et redressée par une force implacable. La peur la tétanisait. Elle pouvait entendre les reproches des anciens, ces confidents, ces alliés qu'elle s'apprêtait à abandonner au silence des tombes. Et puis ses yeux s'ouvrirent sur l'océan d'obscurité, ce monde de ténèbres : la raison, la seule véritable raison.

« A quoi bon rendre mon clan heureux ? Je ne peux pas voir leur sourires, je ne peux pas écrire de prières pour nos protecteurs. Je veux voir le soleil, les couleurs. Je veux vivre. »
« Sais-tu combien le monde est laid, petite miko ? Sais-tu que des hommes sont devenus fous en me voyant ? Veux-tu vraiment voir la misère, les pleurs, les ravages de la guerre ? Sais-tu seulement ce que tu cherches ? Tu as ce qu'une poignée de mortels possèdent et tu voudrais tout gâcher. »

Il la tenait par les poignets à présent, l'emprisonnant de sa force incommensurable. La pluie avait baissé d'intensité, ce n'était plus qu'un bruit diffus qui la laissait seule avec la voix du kami, changeante, passant sans préavis de l'ironie à la colère. La voix d'une entité qu'on ne pouvait se représenter.

« Laissez-moi » supplia-t-elle d'une voix faible.
« Alors qu'offres-tu en échange de la lumière ? Veux-tu me laisser choisir ? L'ouïe, peut-être, ou la parole. Que dirais-tu d'admirer le monde en silence ? Ou tes jambes, afin que tu n'aies plus à quitter le temple. Oui, il y a tant de choses que tu pourrais offrir pour recouvrer la vue... »
« Laissez-moi. Je me suis trompée, laissez-moi partir ! »
« La petite aveugle va donc descendre l'escalier de pierre sous la pluie, c'est cela, mmm ? Sans connaître le chemin, sans savoir où se réfugier. J'ai bien peur que nous soyons ensemble encore pour quelques temps, petite Reimu. Nous en profiterons pour définir les termes du marché. » ajouta-t-il avec une pointe d'appétit.

« Je ne veux pas de vos offres cruelles. Vous ne pouvez pas m'imposer ça. Vous ne pouvez pas ! »
« Je ne peux pas quoi ? » éclata la voix dans un fracas épouvantable de verre brisé. Une vive douleur cingla les bras de Reimu, qui ne put retenir un frémissement en sentant le contact poisseux du sang sur ses paumes.

« Tu ne veux cette lumière qu'à cause de ta peur, parce que tu te sens faible. Cherche-donc une issue dans ce labyrinthe d'éclats, affronte les ténèbres si tu ne veux pas m'affronter moi ! »

Les fragments de verre crissaient sous ses doigts tandis qu'elle palpait prudemment le parquet. Il y en avait tant ! Encore meurtrie, elle n'osa pas bouger, tout occupée à trouver une issue à ce traquenard.

« Si tu ne te hâtes pas, j'irai prendre ce qui me plaira, petite Reimu. Tous les chemins sont bien égaux, puisque tu n'en aperçois aucun » ajouta fielleusement la divinité.

La jeune fille protégea ses mains dans le tissu de ses manches et se mit à déblayer un passage à grands gestes frénétiques. Alors qu'elle commençait à ramper hors de la zone dangereuse, elle sentit l'être frôler son dos à travers l'habit de soie. De peur, elle s'élança en avant, ignorant la morsure des derniers débris sous le rire moqueur de son tortionnaire. Son épaule rencontra brutalement le mur du sanctuaire avec un bruit sourd. L'esprit vint à nouveau frôler Reimu qui se protégeait, les genoux contre la poitrine. Le rire moqueur revint, tout autour d'elle.

« Et bien ce n'était pas si difficile ! Mais nous n'en avons pas encore fini, miko. Si tu te voyais, avec tes habits déchirés et souillés de sang, tu aurais honte. Te fais-tu aider pour revêtir ton kimono ? Ou te fies-tu à ton instinct ? Laisse-moi donc t'aider. »
« Vous n'êtes pas un kami. Vous êtes un monstre. »
« Es-tu seulement une vraie miko, petite Reimu ? » demanda-t-il tout en la saisissant à nouveau. Ses mains puissantes ajustèrent le kimono ouvert, lissant les plis, resserrant le col défait. Elle se sentait devenue une poupée de chiffons impuissante, soumise au caprice d'une force sans visage. Une fois son ouvrage terminé, il s'empara de sa main ensanglantée et la porta aux lèvres de la jeune fille. Le goût salé envahit le palais de la prêtresse, qui se laissa faire.

« Comment le trouves-tu ? Te souviens-tu seulement de la vue du sang ? Car tu as déjà pu voir, n'est-ce pas, que vaudrait ton désir de retrouver la lumière sinon ? Tu as peur du noir car tu ne l'as pas toujours connu. N'as-tu pas peur que la lumière te brûle, te cause une souffrance terrible ? Serais-tu condamnée à rester paupières closes si demain tu avais à choisir entre les ténèbres et la fournaise ? »

Elle ne répondit pas , curieusement réconfortée par la présence de la puissance contre elle, bercée de l'illusion d'un baume apaisant la douleur. L'inconnu posa sa main contre le ventre de la jeune fille toujours occupée à lécher ses blessures.
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MessageSujet: Re: Textes de l'AT8   Dim 9 Déc 2007 - 18:41

« Vous êtes un imposteur. Un yokai , un esprit malfaisant » annonça Reimu, soudain plus lucide.
« Ho, vraiment, petite miko ? Et que vas-tu donc faire ? » Elle sentit l'abondante chevelure du monstre se déverser sur ses épaules, empreinte d'une odeur de fleurs séchées. L'aura du yokai était particulière, marquée par le temps et une nature oubliée. Une senteur possessive. Peu à peu il resserrait son étreinte sur elle.

« Je vais te bannir, esprit. Restaurer la pureté de ces lieux. » Les doigts de la créature se crispèrent sur son abdomen.
« Fais-donc. Mais peut-être n'est-ce pas un hasard si tes prières m'ont fait venir, petite Reimu, et si tes charmes n'ont eu aucun effet sur moi. Moi je sais ce que je veux, mais qu'en est-il pour ta part ? » gloussa l'esprit solitaire. Pour toute réponse, elle appliqua subitement un bandeau de papier sur la main du spectre et le maintint de toutes ses forces. Poussant un râle, il lâcha prise et abandonna la prêtresse à terre. Seuls les battements de son coeur et le bruit diffus de la pluie parvenaient encore aux oreille de la miko. Elle tendit une main hésitante en direction des ténèbres. Elle ne sentait que le vide, aucun signe de l'inconnu. Quand elle se sentit soudainement agrippée.

« Que croyais-tu ? » se moqua le yokai. « Ne te fies pas à tes oreilles, je t'avais prévenue. Ni même à ces charmes auxquels tu ne crois même pas. Comment peux-tu même les écrire ? » Il la tira soudainement à lui, enlaçant son dos, puis ses cuisses. « Tu as là une autre monnaie d'échange, n'est-ce pas, petite vierge sacrée ? » Son souffle se perdit sur le visage de Reimu, un souffle sans chaleur, sans humanité. Celui des ténèbres affamées.

« Me rendras-tu la vue, imposteur ? Me la rendras-tu en échange ? » Il garda le silence, tout en accentuant ses caresses. Sa peau semblait frémir à chaque passage, ses entrailles protester malgré son envie de ne pas laisser paraître ses sentiments. Tout son corps se contracta alors qu'il atteignait l'entrejambe, mais elle resta muette. Sans prévenir, l'esprit abandonna son exploration perverse. Tandis que Reimu massait son bras endolori par cette poigne surnaturelle, il s'adressa à elle d'une voix étrangement changée.

« Je n'arrive pas à comprendre. Comprendre ce qui t'anime. Je vais te laisser une dernière chance d'obtenir ce que tu désires, petite Reimu. Te sens-tu prête à la saisir ? »
« Ai-je vraiment le choix ? » Elle encaissa une nouvelle fois le rire sardonique du yokai.
« Et bien... décris-moi la couleur de mes cheveux et tu retrouveras la lumière. Sinon je ferais comme il me plaira ! Touche-les donc,, goûte-les, explore-les à ta guise pour élaborer ta réponse ! »
« C'est impossible ! » s'écria Reimu, tandis que le spectre lui glissait une longue mèche entre les mains. « C'est impossible, et tu le sais bien ! »
« Tu me déçois. Je te laisse une chance, et il te suffirait de répondre. Après tout, c'est à portée de tout humain, n'est-ce pas ? Tu n'as nul besoin de pouvoirs divins pour passer une telle épreuve. »

A bout de nerfs, Reimu sentit les larmes lui monter aux yeux. Les cheveux glissèrent sans bruit dans sa paume. Noir. Tout était noir. La voix mielleuse du yokai n'importait pas. Son odeur outre-tombe n'importait pas. Ses mains puissantes n'importaient pas. Rien n'importait pour connaître la teinte de sa chevelure.

« Alors ? As-tu réfléchi, petite miko ? Je m'impatiente... »
« Quand je ne connais pas la couleur de quelque chose, alors il n'y a qu'une possibilité. » commença Reimu. « Tes cheveux sont noirs. Noirs comme la nuit, noirs comme le jais et l'encre, noirs comme tout le reste ! »
« Brave miko... tu me surprendras décidément toujours.» L'esprit prit délicatement le visage de la prêtresse entre ses mains et l'apposa contre sa poitrine. « Ouvre donc les yeux. »
« Menteur... » murmura la jeune fille. « Tu n'es qu'un menteur... tu vas me laisser dans le noir.»

Quelque chose avait changé, malgré tout. Prudemment, Reimu ouvrit les yeux. Et tout devint blanc, de plus en plus blanc, une blancheur qui l'emporta, la rendit muette, un flot de lumière sans mesure broyant tout sur son passage.. La fin de la nuit.

--

Elle se sentait au chaud, confortablement pelotonnée dans une épaisse couverture. Entre ses yeux entrouverts lui parvenait une luer rougeâtre. L'aube songea-t-elle. Une main caressa doucement son dos. Cette présence ne l'inquiéta pas, comme si elle l'avait toujours connue.
« Qui êtes-vous ? »
« Je suis heureux de te voir réveillée. Apprécies-tu le spectacle ? »
« Je... je crois. » L'inconnu se pencha sur elle, laissant tomber quelques mèches immaculées sur la poitrine de la jeune fille, qui tressaillit brièvement. « Qui suis-je ? » demanda-t-elle d'une voix inquiète.

« Cela n'a plus aucune importance. » répondit-il avec un rire malicieux.

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Aytan
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LionBuffle
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MessageSujet: Re: Textes de l'AT8   Dim 9 Déc 2007 - 18:41

TEXTE 7





Perpétuel mouvement temporaire




- … "Mars Explorer" par exemple. Si vous appuyez sur le bouton-poussoir vert de cette console, vous… NE LE FAITES PAS IMBE…
- Messieurs les actionnaires, nous sommes maintenant passés dans la pièce qui constitue le cœur de notre installation et de nos travaux. Mes collaborateurs vous ont présenté l'historique de notre laboratoire, ainsi que ses principaux objectifs, permettez-moi maintenant de vous toucher quelques mots de notre plus innovante technologie.
Celui qui parlait se tenait devant une grande porte blindée, dont l'inscription rouge "Accès réglementé" tranchait violemment avec la peinture blanche du couloir. Même l'homme était en blanc, blouse de coton impeccablement repassée sur chemise de lin.
Devant lui, une dizaine d'hommes à la mine sévère écoutaient attentivement, ou en donnaient du moins l'impression.
- Ce qu'aujourd'hui encore, nous prenons pour de la science-fiction, est en réalité parfaitement réalisable ! Ici même, nous pouvons à loisir ralentir le cours du temps, ou au contraire l'accélérer. Nous sommes même allés jusqu'à le mettre en boucle ! Je vous épargnerai les bases scientifiques de l'amplification des ondes gravitationnelles et les relations entre gravité et écoulement du temps. En effet, comme d'autres l'ont déjà dit avant moi, une petite démonstration vaut mieux qu'un grand discours. Je vais donc vous demander de vous avancer dans la salle.
L'homme passa son badge magnétique de chercheur dans le dispositif approprié afin de refermer la porte qu'il avait ouverte quelques minutes plus tôt. Celle-ci coulissa lentement sur ses roulements à bille, enfermant le groupe dans le laboratoire. Dans leur esprit, les actionnaires voyaient déjà s'amonceler les dollars, les yens et les euros. Maîtriser ainsi l'écoulement du temps pouvait trouver tellement d'applications : médecine, production industrielle, aéronautique, environnement,… Et bien sûr, armement…
La salle dans laquelle étaient entrés les visiteurs ne semblait pas si particulière que cela. On trouvait les mêmes consoles de contrôle bardées d'écrans plats et de voyants clignotants, les mêmes outils et câblages électriques rampants que dans n'importe quel autre laboratoire de haute technologie. Seule la grande cage de métal et de plexiglas détonnait dans le paysage. Une prison de trois mètres sur trois environ, dans laquelle une bille semblait suspendue en l'air.
- Voici messieurs, commença le scientifique en désignant le dispositif de la main, une sphère que nous avons laissée tomber du haut de la Cage il y a deux jours. Et comme vous le voyez, elle n'est pas prête d'atteindre le sol ! Peut-être un mot sur la Cage en elle-même : c'est elle qui nous permet de ralentir ou d'accélérer le temps. Vous remarquerez d'ailleurs que la salle entière est une Cage de grandeur supérieure, pour tester des systèmes plus complexes.
En effet, alors que tout le monde levait les yeux, les actionnaires purent voir les mêmes pylônes de métal gris-vert que ceux entourant la bille disposés aux murs et au plafond. Il y en avait même au sol, incrustés dans le plastique du revêtement.
- L'expérience qui se déroule actuellement est en fait un test de mise en boucle. Dans trente secondes, vous allez voir la bille réapparaître à son point de départ.
Et en effet, devant les yeux attentifs des investisseurs, la bille disparut, pour se retrouver collée au plafond de la Cage. Une vague de murmures s'éleva.
- Nous pouvons d'ores et déjà tester l'influence d'un ralentissement du temps sur une équipe d'astronautes, je pense au programme "Mars Explorer" par exemple. Si vous appuyez sur le bouton-poussoir vert sur cette console, vous… NE LE FAITES PAS IMBE…
- Messieurs les actionnaires, nous sommes maintenant passés dans la pièce qui constitue le cœur de notre installation et de nos travaux. Mes collaborateurs vous ont présenté l'historique de notre laboratoire, ainsi que ses principaux objectifs, permettez-moi maintenant de vous toucher quelques mots de notre technologie si innovante.
Celui qui parlait se tenait devant une grande porte blindée, dont l'inscription rouge "Accès réglementé" tranchait violemment avec la peinture blanche du couloir…




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