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| | Textes de l'AT5 : A la croisée des genres | |
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Aytan Rêveur d'arbres et d'étoiles

Nombre de messages: 773 Age: 24 Date d'inscription: 26/12/2005
 | Sujet: Textes de l'AT5 : A la croisée des genres Dim 1 Avr 2007 - 22:25 | |
| Voici donc les différents textes de ce cinquiéme AT des Songes, publiés par ordrede réception. Notez que c'est sous cet ordre là qu'ils ont été transmis aux juges. Archive téléchargeableVoici les correspondances avec les auteurs : Gretchlin = Vanessa Lamazère Sortir le grand jeu = Sylvain Richard Rayon de mort = Leeloo Chaos = Marco A la croisée des mondes = Nicolas Grandemange Les foudres de Harr Beetr = Don Lo La quéte = aldbarade Femme d'un futur non futé =Tepthida Hay La terre, la lune et le soleil = Ghostwriter Démon = Dorban oma La Quête du Saint Bobyndeu d'Ystorsion = Nathalie Eckhardt. NOMBRE DE TEXTES REÇUS : 11Gretchlin Hansel et le Casse d’un jour Généralement, Gretchlin appréciait les surprises, toutes les surprises. Mais, pour le coup, celle-ci se révélait vraiment trop mauvaise… Elle poussa les manettes, faisant bondir le G-fourgon. Quand Jackman lui avait dit que le boulot serait du gâteau, elle ne l’avait évidemment pas cru. Il racontait toujours ça pour faire descendre les prix. Mais, tout de même, lui cacher que le convoi qu’ils allaient dévaliser ce coup-ci n’était autre que le G-camion qui devait amener sa cargaison à l’aéronef Sundown II ! Elle n’en avait pas cru ses oreilles quand il lui avait donné l’ordre d’approcher l’engin et les quatre G-speed blindés qui l’accompagnaient. Heureusement, si Jackman se trouvait un crétin fini et d’une arrogance sans mesure quand il s’agissait de se choisir une nouvelle cible, il savait s’entourer. Tio et Mo, les meilleurs dévaliseurs de ce côté-ci du néant intergalactique. Gun2, dont la spécialité n’était jamais à préciser une fois qu’on avait prononcé son nom. Et elle-même, Gretchlin, mécanicienne de jour, trafiquante de véhicules la nuit et conductrice lors de casses pour arrondir ses fins de mois. La jeune fille enclencha la mise en veille du système gravitationnel. Son véhicule se traînait sous la forme d’un fourgon. La manœuvre qu’elle entamait lui ferait perdre de précieux mètres d’avance, mais elle avait confiance en Gun2. Ce dernier, les genoux sur le siège passager et le flingue passé par la fenêtre, maintenaient leurs poursuivants à distance à grands coups de grenades déflagrantes. Elle tira la manette de transformation du véhicule. Aussitôt, des cris de protestation se firent entendre derrière elle, dont deux plus perçants. À croire que les autres n’appréciaient pas de se retrouver soudain confiner dans un espace de moins de trois mètres cube ! Sans compter la place prise par le butin, bien sûr. Elle perçut les ronchonnements suraigus de Tio et Mo. On avait toujours un peu de mal à comprendre ce que disaient les gobelins. D’ailleurs, cette appellation leur avait été attribuée par les humains, qui n’avaient pas l’amplitude vocale nécessaire pour désigner ces créatures par leur vrai nom. Il n’empêche, la mécanicienne n’en revenait pas de la facilité avec laquelle les deux zigotos s’étaient emparé de la cargaison. À présent aux commandes d’un G-speed, elle rebrancha l’anti-gravité et poussa le duo-moteur à fond. Il lui fallait reprendre de l’avance, rien qu’une toute petite avance… Elle négocia un virage serré, profitant des poubelles abandonnées contre le mur d’un bâtiment pour amortir le choc. Les rues qui passaient devant ses yeux à une vitesse proche des 200 km/h devenaient de plus en plus sales. Les bas quartiers de Maudhm : ils arrivaient à destination. Leurs poursuivants perdaient du terrain. Pas facile de manœuvrer quand on ne connaissait pas le coin ; ça, Gretchlin le savait et comptait bien en profiter. Elle déboula dans la ruelle crade où ils avaient planqué leurs véhicules de rechange. Le G-speed se posa sans délicatesse. Aussitôt, le gang bondit au sol. Jackman s’approcha du gosse qui fumait consciencieusement une roulée de dängach, allongé sur le capot d’une G-mobile. Il lui jeta une enveloppe. « Tiens, le montant convenu. Si tu veux vérifier, fais vite. » Le gamin dénombra la liasse en un clin d’œil. « Le compte y est. On bouge, les mecs ! » À ces mots, une quinzaine d’adolescents sortirent d’un peu partout. Cinq s’écartèrent du gravito-glisseur monoplace de Gretchlin. La jeune fille eut un grand sourire en voyant son autre petit bébé. Elle courut au G-speed qu’elle venait de quitter, récupéra deux des sacs puis fit demi-tour et les déposa soigneusement dans les sacoches qui pendaient de chaque côté du siège. Enfin, elle grimpa dessus et mit le contact. « Hansel ! lui cria son patron. On se retrouve demain soir à l’endroit convenu, ok ? — En tout cas, moi, j’y serai. Je n’en dirais pas autant de vous, les gars, si vous ne vous bougez pas les miches ! » Et elle démarra dans un grand éclat de rire. Elle ne fut pas surprise de voir Gun2 la rejoindre très vite, lui aussi en gravito-gliss. Il portait un casque, des gants et un sac à dos. Gretchlin avait une idée bien précise de ce que contenait tout ça. Pour sa part, elle glissait tête nue. De toute façon, elle aurait eu un mal fou à faire rentrer sa touffe de rastas multicolore sous quoi que ce soit. Elle préférait nettement son bandana de sécurité. Gun2 lui indiqua par signes qu’il souhaitait faire un bout de route avec elle. Elle n’y voyait pas d’inconvénient, bien au contraire. Elle leva le pouce. Ce qui l’étonnait le plus, pensa-t-elle tandis que des kilomètres d’immeubles défilaient devant leur engin, était cette facilité. Comment Tio et Mo — qui s’avéraient de vrais génies de leur partie, certes, mais quand même ! — avaient-ils réussi ce coup d’éclat ? Le Sundown II avait été tout spécialement affrété pour cette cargaison. Et vu le coût d’un voyage pour un aéronef, sans compter la quantité de carburant formidable qui s’avère nécessaire au décollage et à l’atterrissage, leur butin devait avoir une sacrée valeur. Jackman leur avait assuré que si un seul d’entre eux s’en tirait avec un unique sac, ils seraient tous riches. Au moins, on pouvait toujours trouver ça de bon dans son plan : chacun avait la possibilité de larguer la marchandise si le filet se resserrait sur lui, sans avoir à trop risquer sa peau. Mais ces précisions lui avaient davantage mis la puce à l’oreille que rassurée, en fait. Surtout avec ce peu de résistance de la part des gars de la sécurité… Étrange, non ? Aussi, quand elle vit deux G-speed les prendre en chasse, elle en soupira presque d’aise. S’il y avait vraiment un coup fourré, elle n’aurait plus longtemps à attendre avant de découvrir le mystère de ce butin. Elle tourna la manette d’amplification, débloqua le régulateur de fluides d’une pichenette et poussa l’anti-gravité à fond. Le gravito-gliss connut une accélération foudroyante. En se marrant comme une folle sous l’excitation de la vitesse, elle laissa loin derrière elle allié et poursuivants. À cette allure, pas moyen de rester dans les rues. Même les larges avenues devenaient dangereuses avec toutes ces G-mobiles qui se traînaient. Elle repéra du coin de l’œil ce dont elle avait besoin : quelques carcasses de véhicules volés entassées là en attendant d’être évacuées. Elle se pencha sur la gauche, jeta un dernier regard à l’anti-gravité et appuya sur le bouton rouge. Elle aimait bien les boutons rouges. Elle trouvait ça rigolo, surtout quand c’était elle qui les avait montés sur un appareil. Des petites fusées apparurent sur les côtés. Il y eut des bruits de métal malmené tandis que son gravito-gliss prenait la rampe improvisée, puis une grosse explosion et une poussée ascendante phénoménale. Gretchlin se retrouva une demi-douzaine de mètres au-dessus des toits. La descente lui serra le cœur. Elle eut l’impression d’atterrir sur un trampoline. La direction s’affola, mais la conductrice garda son calme. La jeune fille se rétablit très vite. Pour elle, passer d’un immeuble à l’autre aurait été un jeu d’enfant, surtout dans le quartier. Néanmoins, elle s’arrêta en haussant les épaules et mit pied à terre. Elle avait besoin de réfléchir, pour une fois, et entendait le faire dans le calme. De toute façon, là où elle se trouvait, il faudrait plusieurs minutes aux forces de l’ordre pour venir la cueillir. Le bruit de la poursuite s’éloignait. Gun2 ne pourrait compter que sur lui-même, elle avait d’autres chats à fouetter. Alors, où se cacher ? Il y avait la solution de facilité : revenir sur ses pas. Les gens pensent toujours que les fuyards vont vers l’avant, ce qui était vrai dans la plupart des cas. Plongée dans ses réflexions laborieuses, Gretchlin ne sentit qu’au dernier moment que quelque chose clochait. C’était, comment dire ? comme si un élément plus léger que l’air, plus insaisissable aussi, vibrait tout près d’elle. Les yeux écarquillés sous ses lunettes de protection, elle observa sans y croire la G-speed noire dépasser lentement le niveau du toit pour se mettre à sa hauteur. Des chants étranges ondulaient autour et l’engin rayonnait du même bleu que le ciel, quand celui-ci daignait se montrer. « Magie… Bordel de nouilles, de la magie ! Jacky, dans quoi tu nous as fourrés ? » Il n’y eut pas long à remettre le duo-moteur condensé en route. Tandis qu’elle commençait une nouvelle course-poursuite sur les toits de la ville, elle passa en revue les possibilités. La marchandise était super légère, des mages lui collaient aux miches. Pas deux solutions à l’équation : elle trimballait de l’Herbe purifiée. Cette plante, une fois traitée, valait plus que n’importe quoi dans la galaxie, surtout depuis que les champs mourraient les uns après les autres. Des aventuriers en mal de gloire s’étaient lancés dans des quêtes surmédiatisées qui avaient tourné court chacune leur tour. Sans Herbe, pas de magie. Et sans Herbe volée, plus de mages à semer ! Bon, ok, c’était un raisonnement un peu brut de décoffrage, mais ça valait le coup d’essayer. La vitesse ne ferait rien, alors place au talent. Elle prit un virage serré sur la droite, pila devant un mur, poussa les moteurs pour le franchir puis repartit en virant à gauche. Les zigzags entre les cheminées d’aération se passèrent tout en souplesse, même si elle heurta la sortie d’une climatisation. Elle avait besoin d’une minute, pas plus. Une longue ligne droite se profilait. Bien, trop cool ! Eh hop, sans les mains ! Elle contrôla l’accélération avec les pédales tandis que ses doigts s’acharnaient sur les sacoches. L’aura de magie réapparut. Ils n’étaient pas loin et ils se rapprochaient encore. « Merde… Ils m’tapent sur les nerfs. Allez, va chercher ! » Et elle jeta le butin dans le vide. Gretchlin laissa son gravito-glisseur dans une ruelle. Elle avait besoin d’un verre pour se remettre de ses émotions. Les mages avaient cessé de lui courir après dès qu’elle eut abandonné l’Herbe et ils n’étaient pas du genre à préparer des coups fourrés. Avec les petits malfrats dans son genre, l’interpellation était ou n’était pas. Pas d’enquête, pas de prises de tête. Par contre, elle doutait que Jackman puisse s’en tirer avec autant de facilité. Un attroupement se formait devant une boutique d’électronique. La vitrine tapissée d’écrans montrait le combat que menait un homme bardé d’armes à feu contre quatre mages. La jeune fille ralentit l’allure en reconnaissant Gun2. Elle se mêla à la foule. Les gosses hurlaient, les hommes pariaient sur le temps que tiendrait son ancien camarade. Elle misa pour six minutes. Et encore, c’était bien parce qu’elle avait confiance en le talent du flingueur ! Elle vit un homme s’approcher, un seul. À son uniforme, il appartenait à l’élite de la branche armée de l’Académie de magie. Il brandit un fleuret. On disait que chaque mage devait harmoniser le choix de son épée avec son propre caractère. Les liens entre les deux s’en trouvaient renforcés. En tant que mécanicienne d’art, Gretchlin comprenait et appréciait à sa juste valeur l’importance donnée à un outil, même un bout de métal, comme en disent certains. Gun2, par exemple, ne jurait que par le nombre de cartouches et le bon usage de l’arme, jamais par la connivence qui peut s’inscrire entre l’homme et les objets, animés ou pas. Pourtant, elles possèdent peut-être des sentiments, voire une âme, qui sait ? Ce très rare moment d’inspiration poétique retomba sur des considérations plus terre-à-terre quand Gretchlin sentit des poings la frapper au hasard : les gens autour d’elle levaient les mains en signe d’exaltation. Gun2 était parvenu à éviter le premier assaut et maintenait son adversaire en respect. Celui-ci chargeait sans discontinuer. Les autres mages empêchaient les balles de blesser quelqu’un, y compris la foule sur les lieux du combat qui admirait celui-ci. Le duelliste fendit. La route se crevassa sous le souffle du coup. Un sifflement d’admiration parcourut les spectateurs. Le soldat n’y allait pas de mainmorte ! Un coup comme ça en pleine face et il ne resterait plus rien du voleur. Gun2 n’était pas stupide. Il considéra les dégâts, la gâchette toujours pressée. Puis il observa ensuite le bouclier ésotérique d’un orange jaunâtre qui semblait avaler ses munitions comme des chamallows. Il finit par baisser son arme. Aussitôt, ces opposants lui sautèrent dessus et cette foule qui avait vibré d’émotion face à la vitrine se dispersa. Certaines se partagèrent la cagnotte. Il avait tenu cinq minutes trente. Tant pis, la prochaine fois, elle ne ferait pas confiance à un ex-partenaire ! La jeune fille continua son chemin jusqu’au Qala, le « quartier des affaires peu légales mais appréciées des deux parties », comme on le qualifiait. Elle pénétra dans une boutique louche, ce qui ne manquait pas dans le coin. Le vendeur, petit et ridé, eut le sourire éclatant d’un dentier bien entretenu. « Hansel ! Ma très chère petite demoiselle… Tu es le rayon de soleil de mes vieux jours. — Garde ton char, le vioque ! Tu seras tellement heureux de voir ce que je te ramène que tu ne penseras même pas à marchander. — Eh bien, eh bien, moi qui cherchais simplement à me montrer courtois… » La mécanicienne déposa sur le comptoir une petite trousse et l’ouvrit. À l’intérieur se trouvaient des feuilles à rouler et une poche rebondie. Le trafiquant cligna des yeux. « D’habitude, quand on vient me vendre du dängach de fraude, c’est par paquets de cinq kilos. — Et de l’Herbe, on te la vend par paquets ? » Le petit vieux en manqua d’avaler son dentier. « Tu… tu veux dire que c… ça, c’est… ? bégaya-t-il, les mains tremblantes. — Bon, elle est mélangée à la dängach, ok, mais vu le prix où tu vas la revendre, tu vas adorer trier les brins un par un. — Hansel, ma douce demoiselle, je ne te ferai pas l’offense de la négociation. — Alors aboule l’enveloppe et motus sur l’origine. D’ailleurs, débarrasse-t’en vite, conseil de cliente fidèle. Ça roule ? » Pour toute réponse, le revendeur lui tendit un sac que Gretchlin dut prendre à deux mains. « Toi, tu sais parler aux femmes, pour un vieillard ! », lui dit-elle avec un clin d’œil. Il esquissa un rire qui se perdit dans sa gorge nouée. Il ne la regarda même pas sortir de son office, tout occupé à éponger son front dégoulinant et à fixer de ses pupilles dilatées le petit tas d’herbes séchées. En poussant la porte, la jeune fille eut un immense sourire. Elle leva les yeux vers le ciel. Malgré la pollution, elle sentait que le soleil tapait fort encore. Une fin de journée idéale, après un casse qui avait pourtant mal commencé. En définitive, oui, Gretchlin aimait toutes les surprises, même les pires ! _________________ Administrateur travaillant en coulisse ...
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|  | | Aytan Rêveur d'arbres et d'étoiles

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 | Sujet: Re: Textes de l'AT5 : A la croisée des genres Dim 1 Avr 2007 - 22:27 | |
| Sortir le Grand Jeu Firbolg dût s’y reprendre à deux fois. Contractant ses biceps, il extirpa sa hache profondément encastrée, tant les coups qu’il avait porté s’étaient avérés violents, dans les chairs du félin tout juste trépassé. Du sang commençait à coaguler le long du tranchant de l’arme. Le rustaud au grand cœur fouilla dans la poche de sa tunique pour en extraire un foulard dont il se servit pour essuyer son bien le plus précieux. Son aide de camp, Eldarth, qui veillait toujours sur ses arrières, s’évertuait à récupérer le plus grand nombre de flèches, dont il rafistolait la hampe ou ajustait la pointe quand c’était possible ou qu’il jetait dédaigneusement le cas échéant. Il n’y avait pas de petites économies. Chaque flèche sauvée rejoignait ses sœurs dans le carquois afin de faire à nouveau mouche en d’autres occasions, qui ne viendraient pas à manquer assurément ! Pour l’instant il s’agissait de décrocher les flèches de la carcasse du deuxième félin. Les jumeaux albinos Kell et Kell-Lam ne cessaient de se congratuler. Encore une fois, ils avaient mis en pratique cinq années d’enseignement de l’Académie Militaire du continent nord de Gorlath. A chaque nouvelle escarmouche, ils perfectionnaient leur art de l’escrime, développant de nouvelles feintes, esquissant des schémas inédits, explorant des parades inattendues. Ah ! On ne pouvait plus en douter, ils auraient eu fières allures dans l’Armée Régulière ! Si seulement ce bourreau des cœurs de Kell-Lam n’avait pas souillé l’honneur de la fille aînée du général Sozern ! Kell se résolut alors à organiser la fuite de son frère et de lui-même, en pleine nuit à travers les canaux d’irrigation. Ils manquèrent de se noyer à trois reprises et mirent deux jours à faire sécher leur vêtements et à en gratter les moisissures. Les corps des deux tigres à dents de sabre demeuraient résolument inerte, visiblement découragés par la mauvaise volonté et le déchaînement de violence dont avait fait preuve le groupe d’aventuriers ! Aux extrémités de leurs laisses respectives gisait de façon similaire le cadavre décapité – œuvre des jumeaux – d’un géant qui eut jadis deux têtes. La créature fut ainsi initiée aux mystères de la Non-Vie. On ne déplorait aucun blessé dans le groupe. Firbolg s’était tout juste déboîté très légèrement une épaule en récupérant sa hache. La jeune Suz, du haut de ses seize printemps, se maintint prudemment à l’écart durant la confrontation, abritée derrière une colonne de marbre sur laquelle était sculptée des gorgones. Son sentiment oscillait entre la terreur, devant cette débauche de bestialité et l’admiration pour le courage de ses compagnons. Elle était leur mascotte et aussi leur élève. Elle comptait sur eux pour se forger un caractère, des compétences et apprendre la survie. Mais là, elle avait estimé que le géant et ses deux animaux domestiques représentaient un trop grand challenge. Elle s’approcha de Firbolg, le chef du groupe qui faisait office pour elle de figure paternel. Abandonnée très jeune, enfant de conflit, ballottée par monts et par vaux, elle aurait du connaître une existence faite d’esclavage, de souffrance, de privations, d’espoirs déçus mais l’homme bourru entra dans sa vie et la prit sous son aile. Tous l’avaient acceptée ! C’était sa famille désormais ! - Ton épaule te fait mal ? Demanda-t-elle à son ami. - Ca ira, fillette !répondit Firbolg. Il en faut plus pour abattre le fils de Heinlem ! - On devrait faire une pause les amis, suggéra Eldarth. Et en profiter pour se restaurer. Le groupe se rassembla en cercle. D’aucun ne prêta attention à l’ombre non-identifiée qui descendait du plafond dans l’angle nord de la salle. *** -Vas-y fais un plan large. Là ! Parfait ! Bon maintenant cadre ! Enchaîne sur un gros plan ! - Bordel, c’est quoi ce son de merde ! On n’entend pas ce que dit le baraqué à l’efféminé ! Un holomoniteur s’alluma, déversant un flot de chiffres. Il s’agissait de pourcentages. Le technicien humain passa sa main dans le flot de lumière bleue comme pour appréhender les chiffres. A défaut de les attraper, son cerveau en saisit le sens. - Putain, 46 pourcent de parts de marché ! Si la gamine s’était mise à chialer comme escompté, on frôlait l’explosion de l’audimat ! - Bon, augmentons la luminosité avant que ces gars là se ramollissent ! Il pressa un bouton. *** Les « Tonnerres de Firbolg » furent aveuglés par la mise en fonction soudaine des spots aux quatre coins de la salle. Puis des pans de murs coulissèrent et des haut-parleurs apparurent comme par enchantement. Un crépitement puis une voix tonitruante se répercuta dans l’espace. - Et on applaudit bien fort les « Tonnerres de Firbolg » ! Puisses-t-il survivre aussi aux pièges qui les attendent dans les prochaines salles. Tout de suite une page de publicité ! « Les réacteurs de classe Oméga ne sont plus réservés aux croiseurs administratifs de la Confédération Galactique ! Grâce à la Comex Inc. installez vous aussi un propulseur transgalactique sur votre yacht familial et à vous les délices de Dabarra Prime et les escales dans la Galaxie Dorée ! » Des droides de nettoyage pénétrèrent dans la salle où avait eu lieu l’action des vingt dernières minutes, retransmise sur larges bandes, agrippèrent les dépouilles du géant et des deux tigres et les traînèrent hors des lieux vers les incinérateurs. Mais auparavant, les tigres seraient dépecés et la fourrure et les crocs revendus aux fanatiques du « Donjon Galactique » le dernier divertissement à la mode sur les mondes hors Confédération. Optimisation maximale des profits ! L’ombre qui s’était glissé furtivement dans l’angle nord était un droide caméra mû par des répulseurs portatifs. Il prit trois nouveaux plans des aventuriers pour la postérité. La voix du speaker résonna de nouveau : - Et les « Tonnerres de Firbolg » voient leur compte bancaire crédité de 20000 pièces de dillirium pour la reconstruction de Gorlath, leur monde dévasté par les guerres et leur lot de malheurs, clama la voix surexcitée. Ils ont bien mérité un moment de répit. Les « Tonnerres de Firbolg » étaient le nom sous lequel le tuteur de Suz avait enregistré l’équipe. Il revêtait une valeur sentimentale car le jour de la naissance de Firbolg le tonnerre avait retentit trois fois dans un ciel dégagé comme les trois coups au début d’une pièce de théatre. La vie de Firbolg devait être une tragédie ; Bien que parfois elle avait aussi des relents de comédie burlesque, particulièrement les soirs de beuveries et de partage du butin. Les « Tonnerres de Firbolg », bien avant qu’ils ne portent ce nom, avaient bourlingué de long et en large sur les trois continents de Gorlath, écumant toutes les tavernes. Parcourant des régions en proies à d’incessants conflits, guerres entre l’Autorité Centrale de l’Empereur et divers roitelets tyranniques. Il y avait là aubaine pour les mercenaires et les écumeurs de donjons. La notoriété de Firbolg et de ses gens parvint aux impériales oreilles. Depuis des lustres, des contrebandiers venus des quatre coins de la Voie Lactée tentaient de faire fortune sur ce monde primitif, apportant à bord de cargos spatiaux quantités d’épées, de haches, de boucliers et d’arcs - les Gorlathiens ont en effet une aversion pour les armes modernes, les pistolets, les mitraillettes et à plus forte raison les lasers et les fusils à antimatière dont ils ne comprennent pas le fonctionnement. Par le biais des extraplanétaires, l’Empereur apprit l’existence du « Donjon Galactique ». Soucieux de reconstruire ses fiefs, il avait besoin d’argent. Il fit quérir Firbolg et son équipe, les rééquipa et les mandata pour être ses représentants dans l’épreuve ultramédiatisée. *** Depuis la Néo Crypte, le Maitre disposait du plein pouvoir de vie ou de morts sur les diverses équipes de participants. Assisté par les nuées de faux-bourdons Ashori pourvus d’un esprit de ruche, il dosait les pièges du donjon, ouvrait par-ci - par-là un sas pour lâcher un monstre. C’était lui qui veillait à ce que la sauce médiatique prenne. Il n’y avait guère que le conseiller audiovisuel qui avait autant de pouvoir. Le Maitre recevait directement ses consignes des Seigneurs Rex, les derniers vestiges de l’Empire Saurien qui il y a fort longtemps dominait de vastes régions de la Voie Lactée jusqu’au jour, où ils furent défaits par la Premier Fédération des Gris. Le Maitre scruta ses écrans. Dans le complexe qui imitait les égouts des métropoles crasseuses de Taarlab, des Blonds s’échinaient à repousser un raid de zombies d’Epta Prime. La capture des zombies et leur transport jusqu’à l’astéroïde M145 n’avaient pas été sans problèmes. Une décontamination s’imposa. Le Maitre consulta son persocom. Les motivations des Blonds étaient on ne peut plus claires. Ils voulaient empocher assez de lingots de dillirium pour s’octroyer les services de la Guilde des Navigateurs afin d’évacuer une de leur colonie menacée par l’expansion en supernova de l’étoile du système. Trente salles, plus loin, l’objectif poursuivi par l’équipe de pygmées de Jimra n’était guère différent. Eux voulaient des fonds en suffisance pour acheter des graines avec le Peuple des Jardiniers pour faire repousser leurs forêts tropicales mises à sac par les corporations galactiques. Ils étaient plutôt mal engagés avec leurs minables sarbacanes face à une meute de démons Granesh. *** Les abords proche de l’astéroïde M145, dans la Ceinture de Minar, quelque part au milieu du Néant n’étaient qu’un immense parking pour aéronefs. C’est là que se donnaient rendez-vous les spectateurs pour profiter de la magie du direct. Les confrontations se poursuivirent. Des dix-sept équipes en lice au début du Nouveau Cycle, il n’en demeurait plus que onze. Parmi celles-ci les « Tonnerres de Firbolg » et le « Front anti-IA » avaient les faveurs des cyberbookmakers. Les profits générés par les droits de retransmission du « Donjon Galactique » sur des centaines de mondes hors Confédération, principalement, devait permettre au Seigneur Rex de fomenter des intrigues contre leurs adversaires de jadis. Une partie de l’argent récompensait les équipes capitalisant des victoires. *** Le Maitre contempla la jeune Suz sur son écran portatif personnel. Quelle folie d’entraîner une adolescente dans pareil aventure ! Toutefois cela réactivait ses souvenirs. Lui aussi, jadis, avait-eu une famille. Il était Membre de la Guilde des Architectes sur sa planète, ce dont témoignait la médaille, unique dans sa gravure, qu’il portait autour du cou. Sa plus grande réalisation aurait dû être une forteresse réputée imprenable où il avait abrité les siens. Jusqu’à ce que des mercenaires ne la mettent à sac. Puis les vestiges de l’Empire Saurien avaient fait appel à lui pour sa deuxième plus grande réalisation qui devait lui permettre de se venger des épées-à-louer. *** Alors que le Cycle touchait à sa fin, et que les équipes survivantes ne se comptaient plus que sur les doigts d’une mains parcequ’elles avaient été décimées ou avaient jeté l’éponge, le « Front Anti-IA » parvint à l’avant-dernière salle, le fameux « Purgatoire ». C’était là un fait sans précédent ! En conséquence, l’audimat atteignit des scores faramineux. Sur le fronton du « Purgatoire », il y avait gravé : « Dans le sang, vous connaitrez la rédemption de vos péchés et une nouvelle vie commencera ! » Le « Front Anti-IA » se déploya ajustant leur phasers et leurs épées laser. La créature qui avait fait de cette pièce sa tanière ne tarda pas à se manifester. En moins de trois minutes, elle transforma les malheureux en charpie ! *** Firbolg, comme à son habitude, marchait en tête, la hache brandit. - Hum, cette inscription ne me dit rien qui vaille! admit-il. - Il va falloir sortir le grand jeu, chef ? demanda Eldarth. - Je le crains ! Maugréa le costaud. _________________ Administrateur travaillant en coulisse ...
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 | Sujet: Re: Textes de l'AT5 : A la croisée des genres Dim 1 Avr 2007 - 22:28 | |
| *** Suz s’imaginait que ce genre de monstruosité n’était que le produit de l’inconscient collectif. Portant, il lui fallut se rendre à l’évidence, le mythe s’était incarné. Une authentique Hydre de Lerne ! L’adolescente se tenait prudemment à l’écart tandis que les membres de sa famille défendaient chèrement leurs vies. Le Maitre avait peaufiné cette dernière épreuve de la quête du « Donjon Galactique ». Certes, il fallut négocier âprement avec les héritiers du Culte des Olympiens pour obtenir un œuf et redoubler d’attention dans la surveillance de l’incubateur. Mais l’Hydre parvint à maturité au bout du compte. Le monstre était capable de réduire à l’état de tôles et d’écrous tordus le plus combatif des droides Kal-meer. Cela s’était vérifié lors des tests préliminaires lorsque les généticiens de l’Olympe conçurent la première bête de la lignée il y a de cela des millénaires.
Firbolg tenta le tout pour le tout. Il visa le cœur du monstre car s’acharner sur les têtes n’était guère une bonne idée. Il plongea et exposa son dos. L’Hydre enfonça ces crocs profondément dans sa chair. - Non ! hurla Suz. Et elle se précipita, sa petite épée à la main. Tandis que les jumeaux faisaient diversion, elle tira le corps évanoui de son ami. C’est à ce moment qu’elle reçu un coup de griffe. Le monstre n’avait fait que l’effleurer et sa tunique s’en trouva déchirée. Un pendentif qu’elle portait au cou, habituellement caché sous ses vêtements apparut au grand jour.
- Quoi, impossible ! fit le Maitre qui ne perdait pas un instant de la scène. Il enclencha prestement un levier et une trappe s’ouvrit sous l’Hydre qui chuta dans un bassin en contrebas. - Que signifie ? fit Eldarth interloqué.
Suz ne prêta guère attention à la suite. Elle était penchée sur son ami, lui étreignant le cou. Elle pleurait. Quelques minutes plus tard, un panneau coulissa dans la cloison de la pièce. Le Maitre était là. Il leva les bras en signe d’apaisement. Puis il se pencha sur le blessé. - Il est gravement touché ! Se desespéra-t-il Il s’adressa ensuite à la jeune fille. -Je te croyais morte, avoua-t-il. Mais Suz ne l’écoutait pas. Il dut insister. - La médaille que tu portes est le symbole de ta famille. Je porte la même…car je suis ton père. La réaction de Suz se révéla inattendue. Elle désigna Firbolg. -« Cet homme m’a élevé, c’est lui mon père ! » sanglota-t-elle. Firbolg repris conscience et eut un spasme. - Fillette ! Je soupçonnais la vérité. C’est pour cela que je vous ai attirés ici et fais prendre tous ces risques, murmura-t-il. Je n’en étais pas sur. L’Empereur m’a montré une photo du Maitre, J’ai reconnu ta médaille - On va te soigner, affirma Eldarth. - Désolé, mes compagnons, si j’ai mis vos vies en danger ! Ajouta le blessé. - On te suivrait jusqu’en enfer, clama Kell qui parlait aussi au nom de son frère et de toute l’équipe.
-Il reste peut-être un espoir, fit le Maitre. Suivez moi ! Mes faux-bourdons vont le transporter. Quelques instants plus tard, le groupe s’installa dans le centre névralgique, la Néo Crypte. - Jeune fille, dit le Maitre timidement, prêtes moi ton médaillon… Elle s’exécuta avec hésitation. Le superviseur du « Donjon Galactique » saisit précautionneusement l’objet entre ses mains. Il y adjoignit son propre pendentif, appuya sur un bouton d’une console. Un panneau coulissa. Il y avait deux emplacements, prévus afin d’y insérer les médaillons. - Je n’aurais jamais pensé enclencher cette procédure un jour, avoua-t-il. Tous s’interrogeaient. Y compris les spectateurs, désarçonnés par la tournure inattendue des événements. Les bookmakers s’interrompirent dans leurs paris. Les deux médaillons positionnés, le panneau se referma. Trente secondes plus tard, l’astéroïde M145 fut secoué par des explosions. Des caissons sous vides, remplis d’antimatière et enterré dans la roche s’étaient ouverts, libérant leur contenue. L’antimatière au contact de la matière généra un impressionnant déluge d’énergie et de lumière qui perturba tous les senseurs, aveugla tous les regards. Des pans entiers du planétoïde disparurent, découvrant au vide de l’espace deux antiques moteurs d’hyperpropulsion de classe alpha. Le Maitre enclencha un autre levier. Et l’astéroïde M145 fila dans l’espace à la stupeur puis sous les vociférations de l’assemblée.
***
Depuis maintenant 3 jours, Firbolg flottait dans la Gelée Royale. Les extraordinaires capacités régénératrices du précieux fluide n’était plus à démontrées. Dès que l’astéroïde M145 avait atteint les ruches Ashoris, on débarqua Firbolg d’un caisson de stase et on l’installa dans une alvéole. Par bonheur, le Maitre entretenait d’excellents rapports avec une des reines Ashori.
Suz, naturellement présente, palpait de sa main droite la membrane organique afin d’entrer en communion symbiotique avec son ami. Firbolg lui fit un clin d’œil, auquel elle répondit par un sourire plein de joie. Plus loin, pensif et au fond en paix, le Maitre assistait à la scène.
Pendant ce temps, les titres en bourse du programme « Donjon Galactique » dégringolèrent au quatrième sous-sol. _________________ Administrateur travaillant en coulisse ...
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|  | | Aytan Rêveur d'arbres et d'étoiles

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 | Sujet: Re: Textes de l'AT5 : A la croisée des genres Dim 1 Avr 2007 - 22:29 | |
| Le rayon de la mort I- Diaph La silhouette filiforme de Diaph se dessine sur la noirceur du vide intersidéral. Posté devant le hublot panoramique en demi-lune, il observe l'évolution de la torsion des galaxies lointaines. Sur sa droite, Génétia, reconnaissable à ses couleurs rouge et or, lui rappelle d'où il vient et pourquoi il est seul dans l'espace. Il se souvient… Emporté par l’élan patriotique qui secouait son pays, Diaph s’est engagé dans la défense. Sa force mentale lui a permis de faire partie des quelques élus amenés à voyager. Rares étaient les expériences intersidérales avec un passager unique, mais il a été sélectionné pour une mission secret-défense de très longue durée. Il a décidé de se couper des siens pour servir sa nation. Son engagement de jeunesse était total. Sa détermination ferme et entière. Une voix interrompt le cours de ses pensées : - Il est quinze heures GTM, commandant. Voulez-vous superviser les opérations d'évacuation. - Oui j'arrive. Diaph soupire. Ces opérations sont réalisées sans anicroche. Mais après trente années GMT à voyager sans fin, sa motivation initiale s'est étiolée et son sens du devoir a pris le relais. Même sans enthousiasme, il ne doit pas relâcher son attention et se doit de veiller au bon déroulement de sa mission. II- Attaque Une brèche s'ouvre dans le néant. Du fond de la fissure, un étrange vrombissement se fait entendre. Tout vibre et craque. Dans son fourreau, l'épée de Bryal réagit et Gwen sent sa magie s'éveiller. Elle se déverse dans son porteur et emplit son corps et son esprit. Quelque chose approche. Un danger menaçant s'avance, droit devant. Mais Gwen ne voit rien encore. Le bourdonnement sourd s'amplifie et agresse les occupants de l'aéronef. Les molécules d'air, prises de folie, s'entrechoquent. Le bruit les assourdit. Depuis leur départ de Terra, Gwen et Lina n'ont rien vécu de tel. XR-17 leur robot de combat, s'emballe. Il crée autour d'eux une bulle protectrice, un champ magnétique d'une puissance capable de griller un Warbock, les plus dangereux des êtres noirs de la confrérie des peuples belliqueux. Le thermomètre grimpe. La chaleur est intenable. Les occupants du vaisseau suffoquent. Gwen saisit la garde de son épée. Immédiatement, ses sens se modifient. Son ouïe s'affine. Son odorat s'exacerbe. Sa vue est décuplée. Il voit le danger fondre sur eux. - Ils arrivent !, hurle-t-il. III- Angoisse Alors que Diaph quitte la salle de contrôle, une étrange sensation l'envahit. Il crispe ses trois doigts effilés sur sa robe argentée. Sous la lumière blafarde du couloir, il reste immobile, en proie à une angoisse nouvelle. Il revient sur ses pas et place sa pupille devant la caméra de contrôle. Un preste mouvement de ses phalanges sur le clavier d'ouverture et la porte de métélium s'efface. Il avance vers les panneaux de commande lumineux en quête d’une explication. Les automates de supervision affichent l'état de toutes les installations de bord. Quelques opérations rapides lui permettent de s'assurer que tout est en ordre. Malgré ces résultats satisfaisants, ses craintes ne se dissipent pas. Diaph vérifie à nouveau les jauges d'oxygène, d'hélium, d’acide, les réserves d'eau, le cœur nucléaire, le bassin de fusion, les serres, les couveuses, le tunnel d'évacuation. Il reprend la procédure de vidange minutieusement. Toutes les créatures issues de manipulations biogénétiques sont sous haute surveillance. Dès qu'une anomalie, aussi minime soit-elle en terme de densité, viabilité, hydrométrie, stabilité d'humeur est détectée, elles sont éliminées. Elles sont prélevées des cultures, jardins, incubateurs, vivariums et rassemblées dans une capsule de destruction. En deux minutes GMT, le faisceau exterminateur est créé. Projetée en son centre, la navette disparaît, dématérialisée, en quelques secondes GMT. Diaph suspecte les matériaux composant la gangue de la capsule. Ils ont été sélectionnés pour fondre dès leur entrée en contact avec le champ meurtrier et soumettre les organismes au rayon destructeur. Aucun être vivant ne peut y résister. C'est le postulat de cette invention. Aussi Diaph vérifie encore et encore. Il ne relève aucune erreur. Le champ se referme normalement et aucune vie n'est perçue par les capteurs de bord. Il devrait avoir la conscience tranquille. Pourtant... IV- Magie De l'autre côté de la brèche ouverte par la haute technologie de Galio, le combat fait rage. Une nuée de créatures immondes, sans bouche, sans oreille, empreintes d'une folie destructrice hors du commun et d'une résistance à toutes les armes classiques s'abattent sur le vaisseau de Gwen. Depuis plusieurs années, des bataillons de ce genre éradiquent toutes les armées des planètes attaquées. Aucune logique n'amine leur arrivée. Les états majors ont conclu à l'illogisme de leurs frappes. Des escadrons de sorciers ont été dépêchés dans toutes les colonies de Terra car eux seuls sentent leur présence avant qu'ils ne frappent et peuvent tuer ces envahisseurs sanguinaires. Ils oeuvrent à éliminer ces horreurs de la nature. Gwen est le plus grand des sorciers de son temps, ses pouvoirs sont immenses et sa mission décisive. Il est originaire de la région de Terra où la magie est apparue, Malafa. Il contrôle l'épée de Bryal, l'arme de poing du guerrier invincible. Il maîtrise sa magie et avec ses pouvoirs surpuissants, vaut cent sorciers réunis. Son titre de Générocier impose le respect dans toutes les galaxies qu’il visite. Il doit agir aux origines du mal et mettre un terme à ces déferlements meurtriers. Il est accompagné de Lina, magicienne indomptable aux pouvoirs très particuliers. Lina lit dans les pensées les plus secrètes, aucun souvenir ne lui résiste. Elle peut créer des mirages pouvant rendre fou tout humain sain d’esprit. Elle a d’autres talents qu’elle seule maîtrise si brillamment. Lina fait peur. Elle est le genre de personne qu’il vaut mieux avoir dans son camp. Mais, généreuse dans l’âme, elle a offert son soutien total à Gwen. Tous deux tirent leur don de leur terre nourricière et l'ont mis au service des peuples de Terra. Ils sont l’ultime chance de leur univers. Les derniers raids ont été plus cruels encore et la sorcellerie atteint ses limites, ils le savent. Les nouvelles générations ne sont pas suffisamment formées pour prendre le relais de leurs pères. V- Nouvelle génération Le contrat de Diaph avec ses supérieurs est simple et clair. Tant que la future souche de soldats ne sera pas aux normes décidées par les dirigeants de Galio, il ne rentrera pas. Tant que les moyens de les faire subsister, quelles que soient les conditions environnementales, ne seront pas au point, il ne rentrera pas. Il est donc important de soumettre ces individus à des examens réguliers et de porter une attention particulière à leurs conditions de survie. Diaph, sous les ordres du grand conseil des sciences de la république de Thiant, voit se réaliser des milliers d’expérimentations et se créer des créatures semblables à lui mais tellement différentes en réalité. Il se rend compte que ces expériences portent leurs fruits et il ne comprend pas l'entêtement du conseil à poursuivre les recherches. Il commence à mettre en doute les motivations protectionnistes des administrateurs de sa planète à l’initiative de cette opération. Il n'adhère plus à certains choix mais son professionnalisme le force à les mettre en pratique. Sous ses yeux se développent des spécimens de plus en plus résistants, intelligents et haineux. Même les plantes sont devenues des armes et leur rôle nourricier a été peu à peu abandonné pour une autre fonction. Tous sont élevés puis évacués. Il ne comprend pas le but de ces démarches. Il s’effraie de la dérive à laquelle il participe activement. VI- Galio Sur Galio, le pouvoir a changé de mains. Après des années GMT pacifiques, les extrémistes ont pris le contrôle. Après avoir soumis la république la plus opulente de la galaxie, ils ont rallié maints gouvernements à leurs idées. Les rêves pacifistes de la république de Thiant ont été broyés et sa technologie avancée, mise au service de terroristes sanguinaires. Après examen des projets en cours au sein du conseil des savants, le nouveau pouvoir a appris que d'autres univers existent. Mieux, des portes peuvent être ouvertes et la technologie pour y accéder est maîtrisée. Après avoir soumis leur univers à leurs lois, s'emparer des autres univers et les annexer à leur confrérie ravageuse est leur objectif principal de conquête. Diaph est en communication avec sa planète sporadiquement. Les transmissions sont courtes et froides. Des échanges scientifiques, sans saveur, sans couleur. Des instructions. Des ordres, toujours identiques. Des téléchargements de mises à jour des programmes des robots. Les émissions auxquelles il a accès sont contrôlées, manipulées, modifiées pour que son travail ne connaisse pas de baisse de rentabilité. Il ne doit se poser aucune question. Le commandant de bord, exilé, ne sait rien du malheur planant sur l’univers qu’il parcourt jour après jour. Si cet être isolé venait à faire des vagues, il serait facile de le faire disparaître... Personne ne se préoccupe plus de son existence. Sa disparition passerait inaperçue. Et ses amiraux n’ont plus aucun scrupule. VII- Visite Après un horrible combat aux portes d'un autre univers, Gwen et Lina s'engouffrent dans la brèche à pleine allure. Diaph, revenu devant le hublot de sa chambre, tombe de surprise quand un vaisseau inconnu se campe dans son champ de vision. Pacifique de nature, il hurle de terreur lorsque Gwen lève l’épée de Bryal mais aucun son ne brise le silence. Lina, se plie en deux. Elle, a entendu ! Douée de télépathie comme toutes les magiciennes de Terra, elle étouffe le hurlement qui lui monte aux lèvres. Gwen, surpris de la réaction de la magicienne, lance un sort qui paralyse la créature campée devant eux. L’onde traverse les parois et fige Diaph. En un clin d’œil, Gwen évalue la situation et saisit le poignet de Lina. Connectée physiquement à Gwen, elle accède à son esprit et adhère à ses décisions. Gwen bondit, son arme levée. Tous deux sautent à travers les parois des vaisseaux. Elles se brisent en mille morceaux au contact de la lame de Bryal. XR-17 monte la garde sans faillir et créé un tunnel électromagnétique pour accompagner ses maîtres. Sa contribution discrète est efficace. Les navires sont reliés. Diaph est immobilisé. Effrayé, il cherche à entrer en contact de toutes ses forces avec les siens. La lame de Bryal appuie sur sa gorge et le barrage mental de Lina l’empêche de continuer. Impuissant, il cherche à comprendre et demande à ces inconnus qui ils sont. Lina traduit à haute voix sa requête et Gwen répond. Devant la surdité de leur prisonnier, Lina touche du doigt la garde de l’épée et Gwen s’approprie son don. Une longue conversation silencieuse s’installe… VIII- Révélation Diaph après plusieurs heures s’effondre sur le sol. Ses geôliers constatent tristement l’impuissance de cet être hideux devant les horreurs perpétrées sous son commandement. Car malgré les ordres lancés depuis Galio, il supervise toutes les opérations du vaisseau de recherche et assume sa part de responsabilité. Lina lui a fait visiter par l’esprit les jardins de Terra avant le cataclysme projeté à travers l’espace par son rayon exterminateur. Il a vu mourir des milliers d’enfants, d’hommes et de femmes. Des images de cadavres éventrés gisant dans les jardins et les champs de roses, de fœtus broyés, de corps déchiquetés jetés à tout va, remplissent son cerveau. Il ne peut plus supporter le supplice de ces visions d’épouvante. Lui qui se croyait au service du bien, au service d’une nation pacifiste et juste, le père de la nouvelle génération des gardes-argent, garants de l’ordre et de l’équité, il est le fer de lance d’une armée d’immondes soudards. Ces cruels carnassiers doivent être éliminés ! Diaph se relève péniblement. Il lance un regard aux sorciers et d’un mouvement brusque du menton signifie son engagement dans la lutte, à leurs côtés. Il file vers la salle de contrôle. Campé devant les instruments de bord, il énonce ses ordres sans faillir. Première étape, faire croire à une panne et couper les communications. Deuxième étape, prendre le contrôle total du vaisseau. Troisième étape... IX- Frappe Gwen et Lina n’ont pas perdu de temps depuis leur retour sur Terra. Le ralliement de tous les sorciers et sorcières en état d’affronter leurs ennemis a été sonné. Sorciers, magiciennes, hommes et femmes entraînés se sont présentés pour la frappe ultime. A l’heure prévue par Diaph, maigre contribution d’un commandant perdu pour les siens, des dizaines de brèches s’ouvrent entre les deux espaces. La magie s’abat sur l’univers du garde-argent, comme un linceul recouvrant un cadavre. En deux jours GMT, trois années pleines du monde de Gwen, le calme revient, la paix s’instaure et la confrérie des peuples belliqueux est réduite en poussière. Quelques heures GMT sont suffisantes aux rescapés pour signer un pacte de non-agression. Enfin, les mondes peuvent soigner leurs plaies. X- Retour aux sources Diaph active une dernière fois l’opération d’évacuation. Gwen et Lina sortent de sa vie. Perdu dans ses pensées, il prête peu d’attention à l’ordre émis alors qu’il regagne sa chambre. Il admire pour la dernière fois la fracture qui se referme dans l’infime paroi séparant les mondes. Les moteurs se mettent en route, Diaph s’étonne puis sourit. Enfin une bonne nouvelle. Il rentre ! Il a rétablit les communications et il est heureux de constater que le nouveau gouvernement le rappelle. Un parfum subtil flotte dans la chambre. Une sensation de légèreté s’empare du grade-argent. Diaph s’enivre des odeurs sucrées. Elles le plongent dans un état second où il perd le contrôle de lui-même. Ses pupilles se dilatent lentement. Ses muscles se relâchent. Il s’affale en douceur sur le sol blanc et garde les yeux ouverts, inexorablement, sur le tourbillon des galaxies. Derrière la paroi panoramique, Génétia s’enroule sur elle-même et se drape de son costume de lumière rouge et or. Un trait de lumière la transperce quand le vaisseau de recherche bio-génétique implose. L’estocade finale. La banderille plantée dans le garrot de l’animal. Eliminer l’exilé, éradiquer le risque d’enfanter une nouvelle tragédie. Un petit prix à payer pour un océan de tranquillité. _________________ Administrateur travaillant en coulisse ...
Dernière édition par le Dim 1 Avr 2007 - 22:31, édité 1 fois |
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 | Sujet: Re: Textes de l'AT5 : A la croisée des genres Dim 1 Avr 2007 - 22:30 | |
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Chaos Les poussières obscures tombaient comme la pluie translucide d’autrefois, recouvrant le sol d’une nouvelle couche de suie. Le soleil avait presque disparu comme à chaque saison des cendres, seule une vague lueur blafarde rappelait de temps à autre sa présence émaciée. L’air était plus lourd qu’une chape de plomb et sentait le moisi brûlé alimenté en permanence par la chaleur radioactive émanant du sol, la même chaleur qui avait détruit 99% de la Vie. Une bourrasque de vent venu du lointain océan balaya le paysage d’un coup de scalpel, faisant resurgir les longs pans du manteau rapiécé de Jen dans un cimetière de décombres. Elle était assise immobile sur un parpaing décrépi, tenant à la parfaite verticale un bâton surmonté d’un briquet Zippo récupéré sur l’un des premiers envahisseurs qu’elle avait carbonisé. Près d’elle, une petite masse recouverte de crasse noire gambadait avec méticulosité, laissant miroiter par endroits sa couleur dorée. Elle ne s’éloignait jamais plus de quelques mètres de celle qui était plus que sa maîtresse, furetant entre les différentes sculptures explosées jonchant le sol. Le petit chien releva ses oreilles pointues vers l’ouest, fixant son regard ardent vers la couche nuageuse. Alertée, Jen se redressa et avança de quelques pas : des envahisseurs arrivaient à nouveau, n’ayant aucune idée des surprises que le clash temporel leur réservait. L’aéronef gigantesque émergea du néant ténébreux des cieux, arborant des symboles d’une puissance éphémère dont les rares survivants se fichaient éperdument. La machine était massive, quadrimoteur, blindage titane, prête à déverser son colis de parachutistes. De l’autre côté du bassin, les ombres mortelles des corbeaux émergèrent des buttes nord alors que les futurs cadavres commençaient à sauter du zinc. Trois furent fauchés avant même d’avoir ouvert leur parachute. Un ballet de busards sanguinaires prit place sous un ciel terne pendant de longues minutes, déchiquetant les corps avec une facilité écœurante. Seule une vingtaine de militaires touchèrent le sol en une seule masse de chair, près de l’un des pylônes de l’ancienne Tour de plus de 300 mètres qui trônait fers en l’air, à demi enfoncée dans la vase d’algues mutantes infectant le fleuve proche. Jen se mit en route doucement, son compagnon à poil ouvrant la route. Au loin, les militaires se débattaient pour sortir de leurs parachutes avant la prochaine attaque en piquée des busards. Leurs mouvements étaient ceux de bleus engagés à la va-vite. Ils se planquèrent tels des proies apeurées sous les poutres d’acier de la Tour. Leur mort était proche, Jen en était sûre. D’ailleurs les sombres faucheuses sortaient du sol bétonné. Après les corbeaux, elles avaient pris la classique apparence des rats d’aujourd’hui : poils bruns couverts de terre, dents aiguisées comme des baïonnettes, muscles dopés surdéveloppés et surtout taille affolante équivalente à l’envergure des corbeaux, soit près d’un mètre cinquante aux épaules. Voulant observer la scène au mieux, Jen se hissa avec facilité sur une barre d’acier dressée. Les soldats hallucinés comme après un shoot de coke pointèrent leurs arsenaux sur les rats. Des explosions asthmatiques furent émises des armes à un rythme ridicule. Les balles flasques ne purent que rebondir sur le cuir tanné des bêtes qui contre-attaquèrent en chargeant. La moitié des soldats suivirent les consignes du supérieur et concentrèrent leurs feux sur l’assaillant. Les autres se sauvèrent dans le dédale de poutrelles. Moins d’une minute plus tard, ils furent les derniers survivants du parachutage. La traque commença dans un irréel labyrinthe d’acier. Les rats avaient envahis l’immense structure sur plusieurs niveaux, bondissant entre les poutres avec une agilité hors du commun. Ils fondirent sur leurs proies sans pitié. Deux militaires furent fauchés directement, trois autres, victimes du choc, volèrent sur plusieurs mètres pour se faire empaler sur une mer de rivets affûtés. Deux interventions de rongeurs plus tard, il ne restait plus qu’un survivant, poursuivi par le plus petit rat, les grands frères étant en plein festin. Dans un élan de courage, le soldat se retourna et enfonça sa gâchette frénétiquement sans déranger la bête autrement que par le bruit. Elle prit son élan et bondit tel un lion sur sa proie éclairée stromboscopiquement par le tir des balles. A la grande surprise de Jen, du sang violacé gicla de la tête de l’animal. Le soldat roula précipitamment sur le coté, arrachant de justesse sa main à la gueule du monstre. Après plusieurs culbutes, surpris d’être blessé, la masse poilue se releva, son œil gauche remplacé par un coagulât de sang visqueux. Il recracha une petite sphère peinturlurée de différents tons de vert et la regarda de son œil valide. L’explosion ne fit que soulever quelques mottes de terre, le rat, à peine sonné, recula plus par étonnement que par peur. Jen sourit, ce soldat était impressionnant : placer une grenade dans la gueule de la bête tout en évitant la charge : il ferait une bonne recrue. Le militaire valeureux, au bord de la folie et de l’épuisement se débarrassa de son fusil, empoigna son couteau de combat et chargea le rat par la gauche. Comprenant qu’il perdait l’avantage, le rongeur voulu regagner des poutres supérieures et le privilège de la hauteur. La lame du soldat fusa dans l’air vicié et se ficha dans le cou de l’animal. La seconde de surprise de la bête suffit au soldat pour rejoindre son ennemi, mettre la main sur le couteau et pousser celui-ci jusqu’à la carotide de l’animal. Un coup de griffe de désespoir repoussa le militaire victorieux au sol. Il avait vaincu le rat : une fontaine pourpre vidait l’animal de son sang qui s’écroula dans les cendres. Le soldat, groggy par son combat impossible, sortit de l’enchevêtrement de poutres titubant, n’osant écouter le bruit suffocant des rats dévorant ses compagnons. Il s’écroula dans une poisse verdâtre puant l’œuf pourri et reprit son souffle. Jen avait été impressionnée, le type avait du potentiel, mais à présent sa volonté de vivre s’était estompée, un peu décevant. Elle se rapprocha de lui. - Bienvenu en enfer ! Le soldat se contenta de dévier ses yeux livides vers la jeune femme. A peine surpris de sa présence, il répondit d’un calme olympien. - Tu ne me tues pas ? - Non… Shobi t’aime bien. Le soldat suivit le regard de la jeune femme et vit un petit chien couvert de suie le reniflant en remuant la queue. Il éclata de rire. - Il y a trois heures, je partais pour un combat sans merci ou je me voyais déjà mort, il y a dix minutes je me battais contre un rat géant et maintenant je suis sauvé parce qu’un chien remue la queue ! Vidé, étonné, apeuré, le soldat regarda autour de lui cherchant une improbable explication. - Je me nomme Jen, membre des Traqueurs de Temps. Si tu veux survivre, joins-toi à moi et à mon groupe. Des bruits de griffes sur de la pierre figèrent l’homme : les grands frères revenaient pour le dessert. Après un coup d’œil, le soldat saisit une nouvelle grenade. - Oublie, prévint Jen, cela ne marchera pas. En ce lieu et en ce temps, les explosifs ne sont plus que de la pisse de chien, tu ne soulèveras que de la poussière. La jeune femme, totalement insensible à l’approche des rongeurs, sauta sur le sol avec élégance effaçant les trois mètres de la poutre comme un rien. - Si tu veux survivre, rejoins nous. Mais le soldat ne voyait que des rats géants qui encerclaient leurs proies : la partie était finie. Jen regardait avec ironie la certitude d’une mort proche gagner son vis-à-vis. Il était certain de savoir qu’il ne pourrait rien faire. Il avait utilisé toutes ses armes pour en abattre un petit, et maintenant une douzaine d’autres plus baraqués les cernait. La femme aux yeux de feu sourit nostalgiquement devant la naïveté d’un humain qui découvrait son nouvel univers. Le plus gros rat bondit. Jen se retourna, fit virevolter son bâton et fixa la masse poilue de son briquet. Ses yeux flamboyèrent. Le Zippo s’irisa suivi d’un bruit sourd crevant l’air. Une bourrasque incandescente fusa du bâton et fondit sur l’attaquant le transformant en charbon ardent. La chair flambée s’écrasa sur la cendre, brûlant comme un fétu de paille desséchée. Jen redressa le bois à la verticale et le fit violement heurter le sol. Une multitude de flammes écarlates sortit du Zippo et se répandit dans l’espace. Les cibles poilues furent calcinées sans pouvoir bouger la moindre griffe. Jen se décontracta et tendit la main vers le militaire. - Rien n’est plus comme avant, c’est ta dernière chance, viens avec moi ou meurt. Le regard traumatisé de l’homme dévisagea Jen, cherchant une quelconque réponse à cette magie. - Si tu m’expliques je viens. - Très bien, je dois rejoindre les Traqueurs au sud-est. Pour info, tes collègues dans les avions sont déjà morts, sans doute anéantis par des oiseaux plus terribles encore que les busards. Le vent souffla fort, dégageant la vue à grande échelle. Aussi loin que portait le regard, la cité autrefois glorieuse ressemblait à un gangrené fouetté à mort. Tout n’était que décombres, gravats, ruines, désolation d’un gris maladif. Seule la ligne verdâtre fluorescente du fleuve transperçait cette grisaille souillée. - Par prudence, nous allons suivre le fleuve. Il y a des galeries creusées par les rats partout sous les quais. Shobi les sent d‘instinct, ne t’écartes pas de son chemin ou tu tomberas dans l’eau. Je préfère ne pas te dire ce qu’il se passera pour toi. Ah oui, prends ça, ce sera mieux que rien pour le moment. Jen sortit une épée rouillée de son manteau et la jeta vers son nouveau compagnon qui la rattrapa d’un geste ankylosé. Le soldat déglutit difficilement, ses nerfs allaient lâcher. Jen le sentait, elle avait été trop dure et directe lui. Après tant d’années dans ce monde, le tact et les émotions s’étaient peu à peu gommés de son être, après tout c’était la seule manière de survivre ici, il devrait s’y faire. Elle lui prit les épaules et le considéra de son regard le moins abrupt. - Rassure toi, tu ne crains rien tant que tu es avec moi. Allons-y. La marche commença. Longeant les restes de la Tour, ils arrivèrent aux quais. Des fragrances sulfurées émanaient de l’eau verte, recouverte de squelettes de poissons morts et d’araignées d’eau aux proportions inquiétantes. Ne regarde pas, il te faudra du temps pour t’acclimater, parle moi si tu veux tenir le coup. - Je m’appelle X… - La première règle, coupa Jen, ici pour survivre, c’est qu’il faut oublier ton ancienne existence, ta culture, tes traditions, ton pays, tout ce qui pourrait te rendre mélancolique et te conduire à la folie. Cela implique aussi ton véritable nom. Je te conseille quelque chose de gai qui te motive. - … Alors ce sera Sun, je veux revoir l’astre du jour. - Très bien Sun, mais tu devras attendre encore plusieurs mois. En cette saison des cendres, les cieux sont recouverts en permanence pendant des mois. - En cette saison, mais de quoi parles-tu ? Les attaques ont eu lieu il y a seulement deux jours ! Il ne peut y avoir de saisons. - En ton époque et en ton lieu, sans doute un porte-avion à l’ouest, oui cela s’est produit il y a deux jours. Ici, cela fait six ans huit mois et neuf jours que le Changement s’est produit. - De quoi parles-tu ? Shobi émit un jappement d’alerte, Jen pointa l’index vers le nord ouest : au loin de l’autre côté du fleuve, des blocs entiers de béton mêlés de gravats s’élevaient dans les cieux dans un mouvement spiralé poétique, aspirés par une tornade invisible qui transperçait les nuages. Le soldat était blafard, Jen seulement inquiète de l’heure matinale du phénomène. - C’est impossible… - C’est courant, de l’autre côté du fleuve la gravité change de sens plusieurs fois par jour, relaxe toi, ça parvient rarement de ce coté. - Pourquoi… comment ? - Il y a eu un Changement sur une échelle infiniment plus vaste que ton ancienne existence. Depuis que les explosions nucléaires ont déchiré le monde, rien n’est plus comme avant. On suppose que l’Homme a relâché trop de puissance sur une planète qui ne pouvait le supporter… La gravité peut s’inverser, deux jours pour toi ont été équivalents à 6 ans pour moi, les explosifs de tes grenades sont essoufflés, les animaux communs ont muté en créatures féroces… toutes les lois du monde ont été modifiées. La plupart des humains ont dépéri suite aux radiations et aux tempêtes de cendres. Certains, par pur hasard, sont entrés en résonance avec les nouvelles lois, transformant ce qui était nommé magie en réalité palpable. L’Humanité n’est pas encore morte, nous avons survécu, et nous allons continuer notre chemin. - Quel chemin ? Nous ne pouvons qu’attendre que notre fin, n’est-ce pas? - Non, il y a un chemin. N’oubli pas, le temps a été modifié, nous le traquons, nous explorons le monde en quête d’un clash temporel, du Clash temporel. - Quel Clash ? - Celui qui nous ramènera dans le passé, en un monde loin de ce mouroir… Sun dut fixer la tornade gravifique pendant les nombreuses heures de marche nécessaires pour sortir de la cité avant de se soumettre à la terrible réalité. Durant cette journée à longer le fleuve, ils passèrent à proximité des fantômes de la Basilique, du Musée et de l’Obélisque ou seuls quelques soubassements squelettiques, fiers de leurs anciennes gloires, s’y maintenaient. Seule la structure de la petite pyramide diaphane avait résisté, sans doute protégée par ses bâtiments d’enceinte. Près d’un ancien hall de spectacle, Jen et Sun furent rejoints par la dizaine d’autres Traqueurs eux aussi bredouilles. Le groupe sortit enfin des derniers décombres de la cité, symbolisés par une plaque de signalisation vieillissante. Jen s’arrêta face à l’écriteau, porta deux de ses doigts à ses lèvres et les embrassa. Du geste plein de respect, elle déposa son baiser sur la surface ferreuse dont la rouille laissait encore entrevoir le nom de la cité : PARIS. _________________ Administrateur travaillant en coulisse ...
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|  | | Aytan Rêveur d'arbres et d'étoiles

Nombre de messages: 773 Age: 24 Date d'inscription: 26/12/2005
 | Sujet: Re: Textes de l'AT5 : A la croisée des genres Dim 1 Avr 2007 - 22:33 | |
| A la croisée des mondes La petite planète n'avait jamais vraiment porté de nom, pour la simple et bonne raison que le mot planète en tant que tel était inconnu de ses habitants. Mais s'ils avaient pu la nommer eux-mêmes, ils l'auraient appelée "chez soi" ou "maison", et sûrement pas Gidera 4. La planète était divisée en différents états, aux frontières mouvantes en fonction des guerres ou des arrangements maritaux. Et pour ses habitants, le simple fait de changer d'état était en soi un voyage extraordinaire. Les distances étaient magnifiées par les moyens de transports réduits ainsi que les nombreux dangers propres à chaque voyage. Et même la magie ne permettait pas d'aller trop loin, tout simplement parce qu'il fallait connaître un minimum l'endroit où aller pour ne pas atterrir dans un fleuve, ou dans un mur. Car il s'agissait effectivement d'une planète à mana, c'est à dire dont le potentiel magique était suffisant pour permettre à quelques initiés de s'en servir. Ce genre de planète n'était pas très fréquent dans le cosmos, et Gidera 4 était la seule de ce type dans sa galaxie. Aussi, lorsque le premier aéronef des Entreprises Réunies d'Exploration se posa sur le sol de Gidera 4, la surprise fut double. En voyant cet objet brillant descendre du ciel sans signe précurseur, les habitants du pays de Beer crurent tout d'abord à la chute d'un des piliers qui soutenait le ciel. La panique fut totale, chacun se calfeutra chez soi, et le mage le plus proche tenta de réduire la vitesse de chute de cet étrange corps stellaire. A l'intérieur du vaisseau, les secousses dues à cette intrusion dans le pilotage automatique secouèrent les trois occupants. Le commandant de bord jura, reprit les commandes, et tenta tant bien que mal de s'opposer à cette force inconnue qui les incitait à remonter vers le haut. Lorsque l'aéronef parvint enfin à se poser sur le sol, il fallut quelques instants de répits aux occupants pour s'aventurer à l'extérieur. Ce temps suffit aux Beerois pour se ressaisir, constater qu'aucun cataclysme ne semblait suivre l'arrivée de cet étrange objet, et s'approcher pour l'observer un peu mieux. Finalement, une porte se découpa dans le vaisseau, et le commandant de bord sortit. Le traducteur automatique du vaisseau lui permit de se faire comprendre. "Salut à tous, de la part des Entreprises Réunies d'Exploration." Seul le silence lui répondit. Personne ne comprenait vraiment ce que signifiait cette phrase, aussi attendaient-ils un geste pour savoir s'ils devaient accueillir chaleureusement les nouveaux arrivants ou les attaquer. "Je viens en paix pour établir le contact." Cette phrase-là fut comprise, et le mage répondit sur le même ton : "Alors, soyez les bienvenus." Et ce fut la première rencontre entre deux civilisations particulièrement différentes. Les étrangers de l'espace possédaient d'extraordinaires machines, qui leur permettaient de tout faire sans effort. Ils semblaient en bonne santé et riaient souvent. Les Beerois ne maîtrisaient que très peu d'outils, toutes les manufactures difficiles étaient effectuées magiquement par les différents mages, qui représentaient de fait le pouvoir et la technicité du pays. L'enthousiasme des habitants, une fois les barrières sceptiques tombées, fut à son comble. De leur côté, les aéronautes se montrèrent surpris de voir le mage allumer des lanternes d'un claquement de doigts, ou parvenir à franchir un mur sans difficulté apparente. Ils cherchèrent à en savoir plus, mais le mage se déroba. Il avait peur. Il en fit part au conseil de région qui se déroula quelques jours plus tard, mais ses craintes furent mal perçues, tout simplement parce que personne ne comprenait réellement de quoi il parlait. Une délégation de mages de plus haut pouvoir fut quand même envoyée afin de parlementer avec les nouveaux venus. L'entrevue se passa le plus courtoisement possible, et les mages mirent de côté les appréhensions de leur collègue. Deux jours plus tard, l'aéronef repartit, et Gidera 4 retomba dans sa routine. Celle-ci fut de courte durée. Un nouvel aéronef, différent du premier, atterrit quelques mois plus tard, et ce ne fut que le premier d'une longue série. Puis, un certain nombre d'étrangers ne repartirent pas et entreprirent de construire l'ébauche d'un premier spatioport. Il va sans dire que cette construction fut l'objet de toutes les curiosités de la part des villageois, à la grande réprobation de Mayginth, celui qui, déjà, avait alerté le conseil des mages sur le danger de ces étrangers. Ceux-ci, en effet, utilisaient tout un tas de machines sophistiquées, leur permettant d'effectuer des constructions colossales en un temps record. Bien évidemment, quelques Beerois expérimentèrent ces nouvelles méthodes pour leur profit personnel. Le résultat fut au-delà de leurs attentes. Aussi, lorsque les nouveaux arrivants proposèrent de prendre à leur bord quelques Beerois, le nombre de candidats dépassa leurs attentes. Et, chose curieuse, un jeune apprenti mage souhaita également faire partie du voyage. Quelques années plus tard, la face de Gidera 4 avait été bouleversée. Il n'y avait dès lors plus de Beerois, de Genitiens ou, même des iliens, mais des gideriens, qui traversaient les continents à une vitesse extraordinaire, maniaient des outils compliqués, et prenaient de plus en plus d'initiatives. Comme l'avait craint Mayginth, les mages se faisaient de moins en moins respectés. Leur autorité se basant sur des pratiques magiques largement dépassées par la technologie des nouveaux arrivants, ils étaient de moins en moins craints. Et vint le moment, inéluctable, où la population souhaita se gouverner elle-même, par une nouvelle invention spatiale : la confédération démocratique. Devant le conseil des mages au grand complet, l'ambassadeur des E.R.E. expliqua longuement les détails d'une telle nouveauté, bénéfique pour tous. Myahtrahs, le supérieur du conseil des mages, se leva à son tour pour aller remercier le locuteur. Mais alors que ce dernier faisait mine de se rasseoir, il sortit une épée de sous ses vêtements et décapita proprement le porte-parole. A ce signal, tous les mages supprimèrent les colonisateurs. Cette attaque parfaitement préparée surprit tous les spatiens. Le signal d'alarme ne fut donné que trop tard, et les mages avaient eu le temps d'exterminer une bonne partie des intrus, qui à coups d'armes blanches, qui à coups d'attaques magiques. Il n'y eut aucun survivant. Commença alors la grande croisade pour la libération. Les mages se dressèrent contre cette irruption dans leur vie, et les spatiens contre-attaquèrent par des raids aériens et des tirs de missiles. La population était elle-même divisée, entre ceux qui voyaient dans le progrès la fin d'une vie de misère et ceux qui souhaitaient garder leur tradition séculaire. Les nombreuses batailles qui s'ensuivirent tracèrent un long sillon ensanglanté à la surface de la planète. Les spatiens, qui croyaient n'avoir affaire qu'à une bande de paysans pouilleux, se heurtèrent face à la magie parfaitement maîtrisée des mages. Les écrans se brouillaient, certains missiles explosaient en vol, et ils parvenaient à entrer dans certains vaisseaux avec une facilité déconcertante. Mais il y avait une chose contre laquelle les mages ne pouvaient rien, c'était qu'ils se battaient contre des milliers de planètes. A chaque vaisseau détruit, dix autres étaient envoyés contre la planète rebelle. Chaque homme qui mourait était vengé par cent autres. Et les mages avaient beau invoquer les créatures des abysses les plus démoniaques, ils furent submergés par le nombre. Finalement, Mayginth le visionnaire, comme il était désormais appelé, se rendit compte de la vanité de leurs efforts, et fit une prophétie: "Nous sommes seuls contre une multitude. Le nombre vainc pour cette fois. Mais un jour viendra où la guerre reprendra, et son noyau sera celui qui nous détruit aujourd'hui". Puis, les mages survivants lancèrent leur sort le plus puissant. Ils ouvrirent une brèche dans la réalité et s'enfuirent dans le néant. Du jour au lendemain, la guerre était finie, et les vainqueurs eux-mêmes en étaient surpris. Le fait de ne pas voir leur ennemi mort sous leur pied laissait un arrière-goût d'inachevé. La colonisation de Gidera 4 reprit de plus belle, mais sous commandement spatien cette fois. Il ne fallut que quelques années pour achever les grandes bases de la nouvelle juridiction, et Gidera 4 prit un nouveau visage, un visage résolument tourné vers l'espace. Les colons et les habitants d'origine s'étaient mêlés, et bien peu se souvenaient de ce pouvoir mystérieux, venu des profondeurs de la planète, et qui permettait de s'affranchir des nouvelles lois qu'on leur inculquait. Cependant, l'armée était sans cesse sur le qui-vive. La crainte était forte de voir revenir les renégats pour tenter une opération de grande ampleur, aussi la population fut-elle sous haute surveillance. La moindre critique du pouvoir fut sévèrement réprimée. Et, autre phénomène collatéral, certaines autres planètes, engouées par cet exemple inattendu, tentèrent également de se soulever. Le résultat ne fut pas à la hauteur de tous les morts pour la cause, mais plutôt un renforcement d'un totalitarisme, jusqu'à présent réduit. Un printemps de la seizième année après la Disparition, un homme mature descendit du spatioport. C'était pour lui un grand retour, puisqu'il avait quitté cette planète alors qu'il était tout jeune homme, et apprenti mage. Il ne reconnaissait plus rien, mais ne se sentait pas perdu pour autant. Toutes les planètes de la confédération fonctionnaient selon le même principe, et il retrouvait celui-ci appliqué sur sa planète d'origine. De temps à autres, un paysage curieusement inchangé lui donnait quelques frissons nostalgiques dans le dos. Toutes ces années en exil lui avaient permis de devenir mécanicien, et un bon. Il avait rafistolé de nombreux vaisseaux spatiaux, participé à la mise en service de la nouvelle génération de robots serveurs, et avait même créé son propre droïde. Ce dernier, d'un esthétisme novateur, le suivait docilement sans émettre le moindre son. Tout d'abord, Moytrun, car tel était son nom, fit un petit pèlerinage vers les différents lieux de son enfance et de son premier apprentissage. Le droïde le suivait partout, sans faire quoi que ce soit de particulier. Son unique capacité, mis à part le fait d'être entièrement autonome, semblait d'être là où se trouvait son concepteur. Moytrun acheva son périple en allant voir le musée de la magie, élevé là par les vainqueurs, afin de tenter d'expliquer aux nouvelles générations ce qu'avaient pu être leurs ancêtres. Moytrun fut consterné de voir comment tout avait été modifié, transformé, de telle manière que l'arrivée des spatiens paraissent comme une libération et non une invasion, tandis que les anciens habitants étaient montrés comme des bêtes stupides, tout juste bonnes à louer l'arrivée de la technologie. (Mais était-ce complètement faux, se demanda Moytrun au fond de lui…) De part son statut d'ancien Giderien, et même de Beerois (même si peu connaissaient encore ce nom), il eut accès à quelques archives de l'époque, stockées en vrac dans un sous-sol quelconque. Il y retrouva quelques grimoires intéressants, et notamment les quelques essais qui avaient permis de créer cette déchirure dans laquelle les anciens mages avaient disparu. Moytrun n'obtint évidemment pas l'autorisation de conserver ces ouvrages, et lui-même connaissait suffisamment le système pour savoir qu'insister le rendrait suspicieux aux yeux du pouvoir. Simplement, il entreprit quelques expérimentations pratiques dans un lieu isolé de la planète. Quelques semaines plus tard débuta ce qu'on appela par la suite la seconde croisade. Au beau milieu de l'ancien Beer, deux soldats spatiens furent trouvés morts, juste devant la résidence de Moytrun. Une délégation militaire investit aussitôt les lieux, mais trouva la maison vide de tout occupant, à l'exception du droïde, impassible. Sur un mur était inscrit : "C'est aujourd'hui que la prophétie se réalise." Les soldats cherchèrent une éventuelle issue secrète, mais sans succès. Une voix s'éleva derrière eux; "A son tour, il est entré dans le néant." La voix provenait du droïde, mais semblait curieusement humaine. Alors, la machine sembla se redresser, prendre plus de place et d'ampleur, quittant son apparence de grosse boîte de conserve sans intérêt pour devenir un combattant formidable. Des replis de son anatomie, il sortit une gigantesque épée à double tranchant et s'avança vers les hommes. Leurs rayons laser se dissipèrent sur un écran d'énergie, tandis que le droïde fauchait déjà les premiers soldats. Lançant ses imprécations, le droïde usa de magie, car il était plus un disciple qu'une machine. Ses sortilèges balayèrent les quelques protections électromagnétiques mises en place par le pouvoir. Enfin, concentrant ses pouvoirs, il appela tous ses homologues. Sur l'ensemble de Gidera 4, tout ce qui était métallique se redressa contre les intrus. Issus de la science, usant de magie, ils massacrèrent un par un tous les bastions de pouvoir de la planète. Les vaisseaux refusèrent de décoller, les portes ne se fermèrent plus, les protections automatiques se désactivèrent. Désarmés, impuissants, les spatiens furent exterminés de la surface de la planète. Sur le plus haut mont de Beer, le droïde avait achevé sa quête sanglante. Face à l'apparition des mages qui surgissaient du néant pour reprendre possession de leur bien, il s'exclama: "La magie va de nouveau pouvoir régner en maître…" _________________ Administrateur travaillant en coulisse ...
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|  | | Aytan Rêveur d'arbres et d'étoiles

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 | Sujet: Re: Textes de l'AT5 : A la croisée des genres Dim 1 Avr 2007 - 22:34 | |
| Les foudres de Harr Beetr
Le monde vivait une paix relative. Cette nuit-là, trois cents morts seulement à déplorer : la vraie guerre, entre Le Connétable et les hordes mercenaires, se reposait un peu. Kragorm et sa bande de détrousseurs avaient passé la nuit en observation devant la demeure de Sentenglass le sorcier. Cette construction de verre, enchâssée entre les racines d’un chêne gigantesque, pouvait sembler vide à l’œil mal informé. Pourtant, Kragorm restait prudent. Il redressa son corps massif et se retourna vers ses hommes, constatant qu’aucun ne veillait. ― Bougez-vous, tas de gouilleux ! grommela-t-il en bourrant les dormeurs de coups de bottes. On fait une tentative et j’ai besoin de vos carcasses. Des grognements s’élevèrent : « Fais ch…, on s’en fout de cette bicoque. On sait même pas à qui elle est en plus. Y a rien à voler, on voit à travers… » Kragorm négligea. Moins ces résidus de gargouille en savaient, mieux c’était. ― Question plan, on va faire simple, chuchota-t-il. Une attaque frontale. Pas une vraie, bien sûr. Vous avancez en faisant le maximum de barouf, et vous stoppez au moindre mouvement suspect. Compris ? Ils comprenaient tout, sauf peut-être : pourquoi iraient-ils se mettre en danger sans Kragorm ? Mais à la vue de leur chef, bardé d’armes et de métal, il trouvèrent plus sûr d’opiner. Pendant que les troupiers s’organisaient, la puissante silhouette de Kragorm s’insinua silencieusement dans les fourrés. Il approchait du grand chêne par derrière quand il aperçut, franchissant le haut portail de verre, une silhouette reconnaissable à sa toque pointue et miroitante. Le sorcier sortait inspecter les troubles de la nuit. Une émotion bruyante sembla alors ébranler le fond des bois, là où les attaquants attaquaient. « ‘Tain, c’est Sentenglass, je le reconnais. Qu’est-ce que c’est que ce plan ? Moi je veux pas finir en décoration d’intérieur. Allez, on se tire… » Une cavalcade effrénée résonna dans la futaie, des dos intermittents apparaissant entre les branches, comme des lièvres bondissants. Sentenglass parut intrigué, puis amusé, et s’avança encore sous la lumière de la lune pour mieux profiter du spectacle. ― Je le sentais, ricana intérieurement Kragorm. Il profita de cette diversion pour déplacer une baie vitrée et pénétrer dans le petit palais, non sans étreindre l’amulette de Kisildor pendue à son cou. S’orientant parmi les cloisons de verre, il rejoignit rapidement le salon. Kragorm vérifia que le sorcier restait au-dehors, puis inspecta les rayonnages tout en gardant un œil vers le portail. Il hésitait devant des grimoires sans vraie valeur marchande lorsqu’une toux discrète l’alarma. ― Hum… pourriez-vous me rappeler sous quel motif je vous ai invité ? Kragorm se retourna brutalement pour voir Sentenglass – un deuxième Sentenglass – achever de descendre le grand escalier aux marches miroitantes. Le guerrier en armure hésita à se ruer sur le frêle vieillard, mais préféra empoigner son talisman magique. ― Vous n’aurez pas besoin de cela, claironna Sentenglass en désignant le médaillon de Kisildor qui se mit à brûler les doigts de Kragorm avant de choir sur le sol, libéré de sa chaîne. Ni de cela – l’armure tomba par plaques – et encore moins de cela – la flasque d’antidote universel suivit le mouvement. Mes invités doivent se sentir à l’aise. Quelle était donc la raison de votre visite ? Ma mémoire me joue des tours… ― Votre mémoire est sans défaut, répondit Kragorm. Je venais de moi-même vous prévenir d’un danger. De vilains tire-laine et coupe-jarret s’affairent aux marches de votre domaine. Mais je vois que mon intervention est sans motif puisque votre seule image les a fait fuir. Je vais donc vous laisser finir votre nuit. Le sourire qui éclaira le visage parcheminé de Sentenglass ne présageait rien de bon. ― Allons donc ! ma nuit est abrégée, n’en parlons plus. Je ne saurais vous laisser repartir ainsi, alors que des malfaisants traînent alentour. Vous sembliez intéressé par quelque ornement de ma collection ? ― Nullement. J’en appréciai juste l’ordonnancement. Mais je vous retarde. Bonne journée… ― Journée ? L’aube est encore loin. Je vous en prie, partagez au moins mon thé. Sur un geste de Sentenglass, un guéridon s’ouvrit comme une fleur, dévoilant une théière fumante et deux tasses servies. Par crainte de froisser son hôte, Kragorm ne put faire moins que d’en accepter une. ― Vous l’aimerez, j’en suis sûr. Ce breuvage est préparé par une famille de gnomes qui me doivent obéissance pour quelques siècles, après avoir échoué dans leur tentative à me voler. Ils y mettent un secret ingrédient qui fouette le sang, ne trouvez-vous pas ? Kragorm ne trouvait pas. Il sentait même une coulée de glace parcourir ses artères et le changer en statue. ― Parlons peu, mais parlons bien, repris le sorcier. Que vous ayez tenté ou non de me dérober est sans importance. Comme vous voici en mon pouvoir, vous allez vous acquitter d’une tâche urgente dont je répugne à me charger. Vous connaissez Harr Beetr, oui ? Au moins de réputation ? Ne pouvant ni bouger ni articuler, Kragorm se contenta d’un clin d’œil d’assentiment. ― Je m’en doutais. Ce Beetr et sa tour de tonnerre sont de taille à frapper les esprits, même les plus épais. Il se trouve qu’entre lui et moi est né un malentendu, suite à une transaction mal interprétée. Vous n’avez pas à connaître tous les détails, mais je souhaite lui retourner un article qui ne m’a pas donné satisfaction. Et bien sûr récupérer son prix dûment payé. Kragorm parvint à émettre un grognement, signifiant qu’il ne voyait pas trop en quoi il était concerné. ― Oui, je vous l’accorde. Mais voyez-vous, j’ai peur que mes arguments habituels ne peinent à lui faire entendre raison. Alors que votre force et votre ruse, si, si, votre ruse, pourraient faire pencher la balance. C’est en tout cas un risque que je suis enclin à courir. D’un geste de la main, le sorcier libéra le guerrier de son piège de glace et fit sortir un personnage étrange d’un placard. N’y prêtant attention, Kragorm mis la main sur son arbalète. Mais avant qu’il ait pu la pointer, il se retrouva avec une poignée de serpents se tortillant entre ses doigts et cherchant à lui mordre le poignet. ― Ne faites donc pas l’enfant, lui jeta Sentenglass, et tâchez plutôt de vous intéresser à ceci. Il lui désigna le petit être qui semblait profondément endormi. Cela aurait pu être un nain, mais sans arme et recouvert d’une armure intégrale lui couvrant même la barbe. ― Comme vous pouvez le constater, ce serviteur vendu par Harr Beetr n’est d’aucune utilité. Malgré son caractère décoratif, ils n’a jamais daigné fonctionner. Vous devez donc le lui ramener, et exiger en retour la Sphère de Contentement qu’il m’a coûtée. ― Et Sir Beetr ne fera pas d’histoire ? ― Probablement pas. Si vous commencez par l’estourbir, bien sûr. Je laisse cette partie de l’opération à votre initiative. ― Et que me payerez-vous en rétribution de mes efforts ? ― Eh bien, puisque rien ne vous intéresse sur mes rayonnages, peut-être qu’un bon repas et la vie sauve feront l’affaire ? Quoique dépourvu de finesse, Kragorm saisit bien la menace. Il insista toutefois, par principe. ― Et ne me donnerez-vous rien en accompagnement de mes talents ? ― J’avais cru qu’un vrai héros n’avait besoin que d’un peu d’espace et de temps pour s’illustrer. ― Certes, mais pour la beauté du geste, j’aurais pensé qu’un petit sort, une amulette, une cape d’invisibilité peut-être… ― Je comprends mieux. Une babiole, rien de grande utilité, mais qui viendrait équilibrer la transaction. J’y songe soudain : sous la cloche d’Escarpande est rangé l’Œil d’Yspheign. Il pourra vous nimber d’un éclat aveuglant, aussi utile pour vous mettre en valeur que pour éblouir l’adversaire. Servez-vous donc… Sur un socle, Kragorm découvrit un dôme de verre percé d’une ouverture qui protégeait une étoile étincelante. Il glissa la main gauche par le trou, et empoigna l’Œil. En le retirant, il s’aperçut que sa main était restée à l’intérieur, enserrant toujours l’étoile. Il la lâcha immédiatement, mais la main resta sous la cloche : sans blessure ni douleur, son bras s’arrêtait à présent au poignet. Il poussa un cri d’horreur. ― Bien, sourit Sentanglass, je vois que tout est prêt pour votre départ héroïque ! ― Mais, ma main, hurla Kragorm, rendez-moi ma main ! ― Oui, bien sûr. Dès votre retour. D’ici là, elle me servira d’ornement… ― Je ne peux me battre d’une seule main. ― Bien sûr que si, voyons ! Un guerrier de votre trempe. D’ailleurs, je vous rends votre armure et vos armes. Allez : plus vite vous vaincrez, plus vite vous reviendrez. Kragorm eut un dernier regard pour sa main qui se mouvait sous la cloche, son majeur levé droit résumant et la situation et l’état d’esprit de son propriétaire. Il empoigna de son bras valide le serviteur de métal et franchit le portail vitré pour s’enfoncer dans les bois. Évaluant la Tour de Harr Beetr à une bonne journée de marche, Kragorm partit d’un pas rapide en ligne droite vers le nord-est. Issu de la haute lignée des guerriers Kraags, il savait focaliser toutes ses ressources vers un seul but. Ainsi parvint-il à faire abstraction de la fatigue, de la faim et de la haine qui l’agitait envers Sentenglass, pour ne pas perdre de temps et penser tout en marchant. Harr Beetr représentait un mystère dont tous les combattant se tenaient éloignés. Il n’évoquait pour Kragorm qu’une menace furtivement aperçue entre les nuées, et surtout une tour de cauchemar. Toujours entourée de nuages, elle semblait parfois frappée par une foudre magique, disparaissant dans un fracas à décorner tous les casques des armées du Connétable. Ceux qui avaient tenté d’approcher avaient été retrouvés tout grillés sur place. Aussi Kragorm ralentit-il sa progression aux abords de la tour. Celle-ci trônait au centre d’une clairière pelée, cachée derrière ses nuages tonitruants. Le guerrier fit un pas à découvert et soudain sentit un mouvement sous son bras. Il lâcha vivement son fardeau : le serviteur de Harr Beetr s’éveillait et se redressait péniblement tout en regardant autour de lui par deux yeux lumineux. Il les arrêta sur Kragorm, interdit. ― Mon Dieu, mon Dieu… Maître, je ne vous avait pas reconnu. ― Maître ? Moi ? ― Oui, bien sûr : qui d’autre ? Ah, mais voici le Central. Allons-y, voulez-vous ? Kragorm ne savait trop quelle conduite adopter. Il suivit donc le petit être brillant vers la tour. Quelques pas plus loin, une barrière luminescente se dressa devant eux en crépitant. Dans un réflexe, Kragorm lui lâcha un carreau d’arbalète qui s’évanouit en la traversant, ne laissant qu’un grésillement et un peu de cendre. ― Oh, Maître, il vaut mieux donner les codes appropriés. Laissez-moi m’en charger, assura le nain métallique en se tournant vers la vibration lumineuse. Système croupier Z6PO et le Maître, de retour d’inspection, lança-t-il d’une voix neutre. Immédiatement la lumière disparut comme un voile soufflé par le vent. Kragorm suivit à nouveau, jusqu’aux bâtiments à la base de la tour. Il leva les yeux vers le sommet de cette immenses colonne blanche qui lui parut pointé vers un ciel bleu sombre. Nuages et foudre semblaient former un puits autour d’elle, sans jamais la toucher. ― Entrons vite, l’invita le serviteur. Je dois faire mon rapport et vous rejoindrai au salon d’analyse. Il abandonna Kragorm qui se retrouva seul à errer dans des couloirs vides. Soudain, au détour d’un croisement, il entendit un sifflotement. Bandant à nouveau son arbalète il s’approcha, pour voir un petit homme rouge et suant sortir d’une cabane de bois dans une bouffée de vapeur. Sans même se demander qui pouvait bien construire une cabane dans une tour, Kragorm lui transperça la gorge de son premier trait. Le petit homme, tout juste vêtu d’un pagne mal noué, s’effondra sans un cri, et sans comprendre ce qui lui arrivait. ― Mon Dieu, mon Dieu ! s’écria le serviteur qui réapparut en se dandinant au bout du couloir. Mais c’est affreux ! Maître Harr… Mais c’est un meurtre ! Il braqua son regard illuminé sur Kragorm : « Vous n’êtes pas le Maître, finalement… Suivez-moi, un rapport ne suffit plus. Nous devons rendre compte en direct. » ― Hors de question, lui répondit Kragorm en lui montrant le moignon de son bras gauche. J’ai une main à récupérer. ― Oh, ça ? On vous en posera une autre sur la frégate hôpital. Ce n’est pas un problème Et, avec une vigueur surprenante pour sa petite taille, il entraîna Kragorm vers une pièce étrange où celui-ci se sentit prendre de l’altitude alors qu’aucune des cloisons ne semblait bouger. Puis le nain le guida dans un boyau cylindrique avant de passer une épaisse porte bombée qu’il verrouilla soigneusement. Kragorm n’eut pas le temps d’inspecter les lieux : le serviteur zélé le sangla dans un fauteuil incliné, face à une multitude de lumières clignotantes. Par un hublot, le guerrier pu voir à nouveau les nuages et les éclairs qui semblaient intensifier leur ballet. Il en conclut qu’il se trouvait dans le sommet de la tour. Une force terrible l’écrasa dans son siège, froissant le dosseret de son armure comme des feuilles mortes. Les nuages défilèrent puis disparurent, remplacés par un ciel noir piqueté d’étoiles. Kragorm se sentit flotter un instant, puis son poids le rattrapa alors qu’il voyait par le hublot une étoile filante s’approcher. Le nain s’affairait autour des commandes lumineuses. L’étoile ralentit, devint une petite boite métallique, puis une grosse boîte, puis quelque chose d’énorme, percée d’ouvertures, certaines illuminées à travers lesquelles on apercevait d’innombrables silhouettes. Puis le noir se fit, la tour ayant sans doute pénétré l’énorme structure. Le nain libéra Kragorm de ses sangles. ― Voulez-vous bien me suivre en vous considérant comme prisonnier ? Surtout, ne quittez pas les coursives techniques : les salles de jeu sont strictement interdites au personnel du casino. Le guerrier se releva. Lorsqu’il envoya son énorme poing ganté dans la nuque du nain, il sentit une pièce s’enfoncer en cliquant. Les yeux du bavard s’éteignirent et il resta debout, sans un geste ni un mot. Kragorm en fit le tour avec prudence, puis se dirigea vers la porte maintenant déverrouillée. Il suivit le même type de boyau cylindrique, puis se retrouva dans un couloir faiblement éclairé. A intervalles réguliers, de larges portes étaient gardées par un personnage au costume miroitant, posté derrière un pupitre. Connu pour son audace typique des Kraags, le guerrier s’avança d’un air dégagé. Le gardien lui sourit obligeamment en lui ouvrant la porte. ― Superbe costume, Monsieur. Très réaliste, si je puis me permettre. Passez une bonne soirée. Sans marquer sa surprise, Kragorm passa la porte pour se retrouver dans une vaste pièce, un véritable hall peuplé d’hommes et de femmes aux tenues les plus extravagantes. Nombre d’entre eux étaient penchés sur des écrans, mais la plupart se tenait devant une immense baie vitrée, sirotant des boissons colorées en devisant doucement. Kragorm s’en approcha et un vertige tourbillonnant s’empara de lui. Sous ses yeux, à une distance incalculable, défilait la surface d’un monde ravagé par les explosions, les éclairs et les sorcelleries d’une guerre sans fin. Une voix synthétique investit tout à coup le hall : « Votre attention s’il vous plaît : la partie ’’Connétable contre Mercenaires Kraags’’ est momentanément interrompue. Un arbitre de champ est porté disparu et un pion K a déserté le jeu. Tous les paris sont suspendus. » _________________ Administrateur travaillant en coulisse ...
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|  | | Aytan Rêveur d'arbres et d'étoiles

Nombre de messages: 773 Age: 24 Date d'inscription: 26/12/2005
 | Sujet: Re: Textes de l'AT5 : A la croisée des genres Dim 1 Avr 2007 - 22:35 | |
| La Quéte Au commencement des temps, alors que leur propre ère allait finissant, on raconte qu'ils contemplèrent le néant. Leur monde, anciennement florissant, anciennement prodigue, succombait... et eux l'admirèrent, petite perle bleutée sur l'écrin du firmament, ils l'admirèrent, petite planète se fractionnant... bien à l'abri de leur aéronef. Les larmes dévalèrent leurs visages, y creusant les sillons aujourd'hui caractéristiques de cette race. Ils pleurèrent, au chaud dans leurs compartiments, tandis que leur Terre se fendait, perdant ses morceaux dans le sans fin galaxial. Ils assistaient au néant, au festin de cette créature affamée et aveugle qui, sans égards, dévore vieillards comme enfants, nébuleuses comme atomes. Ils la contemplèrent, tandis qu'ouvrant sa gueule acérée, sa noirceur engloutissait les restes... oui, leur Terre bien aimée succombait, défaite, écrasée entre les griffes affûtées de cette bête sans nom. Une fois le travail des griffes achevé, lorsque les morceaux verts et diaprés se mirent à dériver, les dents peaufinèrent le travail. Elle les saisirent, les morceaux, comme les moineaux picorent les miettes. Et de miettes, il n'en resta plus aucune. Alors les larmes coulèrent dans l'aéronef, les coeurs se serrèrent, tandis que les caméras enregistraient la fin d'un monde. Après ce funeste repas, le monstre se tourna vers le soleil. Les dents reparurent, crépitantes, palpitantes, impatientes. Et derrière le hublot, la quête vit le jour. Oui, Lormus, alors enfant, plongea dans les gouffres abyssaux de la créature. Il vit ses yeux, miroirs sans tain, lui renvoyant sa propre image déformée; il vit l'absence, l'absence de tout, et la faim, vorace, incoercible. La créature, heureusement pour eux, ne put les voir. Elle étendit ses tentacules, ses ailes et ses pattes terribles et nagea dans l'espace, lentement, assurément, vers cette délicieuse sucrerie dorée. L'aéronef était déjà loin lorsque l'étoile disparut. Mais l'image, elle, était ancrée dans le coeur d'un enfant. Et la soif, effroyable, inextinguible, la soif de vengeance... Que disent ensuite les mythes? La suite, tu la connais, petite... Je souris, oui, car tu lui ressembles. Dès ce jour funèbre Lormus fut séparé des siens. Son regard devint lointain, autre, comme si déjà les secrets de la vie s'étaient tous révélés à lui. Ils chevauchèrent le temps, mon enfant, ils chevauchèrent les éons, leur douleur se gravant sur leurs visages. Et un jour, un beau jour, ils arrivèrent dans notre système, et la planète était là, luxuriante, riche, fertile. L'aéronef se posa et ils construisirent le premier village, avec son temple à leurs dieux, préservateurs du chaos. Ils ensemencèrent, faisant reculer la forêt, et la civilisation renaquit de ses cendres. Nous leur devons tout, Anténa, tout... nos puits comme nos communicateurs. Mais, et la quête de Lormus, me demanderas-tu? Oui, la quête de Lormus... cet enfant qui ne connut jamais plus le repos. Il grandit, apprenant la métallurgie auprès de son père. Il forgeait, des glaives comme des plaques de vaisseaux, des fibules comme des socs. L'insouciance et la quiétude retombèrent tandis que Lormus devenait un homme. Contrairement aux apprentis, il ne se maria pas, non ; il se lia d'amitié avec un vieil homme, de ceux de la caste de la magie. Un cercle déjà très réduit aux temps pré-néantiques, et qui allait décroissant... Lormus apprit donc les plantes, les esprits, les invocations et les sortilèges. Et quand il se sentit prêt, il forgea sa propre épée et la recouvrit de magie – et il partit. Son clan pleura ; mais il fut sourd à leurs appels. Il n'avait jamais oublié, lui, le regard de la bête ; il n'avait jamais pu renoncer à sa quête. Il partit donc, tranchant magique au côté, conduisant son aéronef d'une main de maître. Il assista à la naissance et à la mort de nombreux astres, aux gloutonnements de galaxies cannibales, à la formation et à la distillation de nuages gazeux... à la recherche du néant. Aucune de ces beautés ne put le ramener à la vie ; il ne pouvait renoncer. Il vogua, de longues ères. Et enfin, enfin, alors qu'il croyait toucher le bout de l'Univers, il perçut le son... le craquètement des griffes qui déchiraient des planètes, l'écrasement des dents qui croquaient des dimensions. Alors il sut. Il astiqua sa lame, faisant étinceler la magie, revêtit son armure rutilante, tressée de rayons, et sortit dans l'espace. La créature, immense, se gratta le sourcil. Qu'était cet animalcule qui venait la titiller? Un ricanement la secoua ; cependant, lorsque l'arme de Lormus lui entailla une patte, le ricanement se changea en grondement. La bataille commença... Comment se déroula-t-elle, Anténa? Tu me fais rire, mon enfant. Rire, oui... je ne le sais, je ne peux que l'imaginer. Il y eut du sang des deux côtés, des hurlements, de la douleur. Il y eut des éclairs de pouvoir, des explosions de «wormholes», des enroulements de temps. Il y eut des étincelles, des grisements de foudre, des échardes d'arc-en-ciel... et la fin, Anténa? La fin... que puis-je te dire? Si ce n'est que chaque jour, autour de toi, tu constates que le néant ne faiblit pas. Il vient, et de ses dents acérées il déchire les âmes qu'il a choisi d'emporter... oui, comme ta mère il y a une saison... Non, Anténa, ne pleure pas. Le néant est toujours là, oui... mais je suis certain que Lormus, là-haut, se bat encore vaillamment... qui sait, un jour peut-être... _________________ Administrateur travaillant en coulisse ...
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|  | | Aytan Rêveur d'arbres et d'étoiles

Nombre de messages: 773 Age: 24 Date d'inscription: 26/12/2005
 | Sujet: Re: Textes de l'AT5 : A la croisée des genres Dim 1 Avr 2007 - 22:36 | |
| Femme d’un futur non futé « Je vous assure, enchanteresse, répétait le chambellan, suant à gros bouillon, les sphères de feu montent au ciel comme les âmes des défunts accompagnés des séraphins. Si ce n’est du fait des magiciens, alors il y a là quelque diablerie des sous-couches des Enfers qu’un démon cornu se plait à exhumer. » L’enchanteresse Gardnerella afficha une mine bienveillante, malgré l’envie qui la démangeait de décocher un soufflet bien senti à cet insipide serviteur. Cette manie qu’il avait d’alambiquer ses tournures lui provoquait toujours des chocs électriques sous le hennin. Avec un sourire gracieux, elle rendit son verdict : - Le bonheur du royaume de Sa Précieuse Majesté ne souffrira pas qu’un tel mystère reste inexpliqué. Je me chargerai donc en personne d’élucider l’affaire. Le chambellan la fixa un instant de ses yeux ronds comme des ventouses à neutrons, puis disposa docilement, sans doute par crainte de se retrouver transformé en doryphore s’il manquait de respect à l’étrange femme. Quelque chose en elle excitait des remous dans ses fluides corporels. Et ce n’était pas de l’amour. Elle n’était pas comme les autres dames de la cour. D’aucunes ne se permettraient d’arborer une telle générosité charnelle aux yeux des hommes avec une telle insouciance. Étant donné le nombre de galants en mal de porteuse d’héritier qui hantaient les couloirs du château royal, elle n’aurait pas conservé cette taille de nymphe plus de trois ou quatre mois. Non, elle était différente. Effrayante. Effrayante, c’était le mot. Ses pas, furtifs sans l’habituelle cohorte de gloussantes paonnes de la noblesse, ne manquaient jamais de surprendre les drames qui se tramaient derrières tentures et armures. Pas une alcôve qui ne livra ses plus intimes secrets à sa connaissance. Pas un hôte qui ne soit autorisé à séjourner sans fournir la liste officielle de son extraction, et de celle des potentiels candidats officieux à la paternité. À bien considérer les choses, Gardnerella gouvernait presque à la place du roi Freydelbert. Le chambellan sentit subitement un fourmillement dans ses paupières, et une image nette et insistante de pot de chambre entartré s’imposa à lui. Sans plus se préoccuper de son raisonnement subversif, l’homme rondouillard se hâta vers la chambre de son souverain. L’enchanteresse le poursuivit de son regard jusqu’à ce qu’il disparaisse dans la pièce. En voilà un qu’il faudrait surveiller de près. Si elle perdait contrôle sur ce sujet, c’était le portail béant à la rébellion. Avec la lenteur ampoulée qui seyait à une femme de son statut, l’enchanteresse quitta son siège, tout de velours molletonné tendu, fit une profonde révérence aux mornes manants, niais nobliaux et rustres rousses rancies qui quêtaient faveurs ou protection de la puissante magicienne. Qui déconfits, qui résignés, tous comprirent que leurs griefs devraient attendre. Ils virent l’enchanteresse pivoter sur ses poulaines satinées, à la pointe cousue d’un grelot argenté qui tinta gaiement, se diriger vers le panneau de chêne surchargé de reliefs ésotériques, et disparaître derrière après avoir actionné son mécanisme. Nom d’une sinusite de nova ! Elle exécrait chaque jour un peu plus ces misérables que l’on nommait hommes ! Si c’était ça, l’humanité, alors elle rougissait d’y appartenir ! Pouvait-on croire que ces vermisseaux serviles et superstitieux aient pu seulement inventer le moteur à explosion ? Ils ne savaient même pas que la Terre était ronde ! Furieuse, Gardnerella défit l’attache de soie de son hennin, l’empoigna par le sommet et le jeta loin d’elle. C’était bien sa veine, ça ! Brillante historienne des Terriens primitifs, on lui avait assigné la mission capitale de découvrir une source d’énergie capable de remplacer les carburants utilisés dans les différentes galaxies conquises jusque-là. Ce ne devait pas être une mince affaire, compte tenu du dépeuplement massif du cosmos, engendré par les divers approvisionnements des navettes, vaisseaux et autres portails de téléportation. Les glouto-turbines ayant aspiré, haché et touillé la quasi-totalité des nébuleuses, il ne restait guère assez de couleurs dans l’univers pour alimenter les chromovores. Même sort pour les aérolithes, concassés avec méthode jusqu’à obtention d’une poudre énergétique. Novae, soleils et astres mineurs ayant été vidés de leur radieuse substance, les thermoconvoyeurs n’avaient plus qu’à sautiller sur leurs ressorts pour se réchauffer. Gardnerella se renfrogna en songeant qu’elle s’était elle seule fourrée dans ce trou noir. Quel mal lui avait pris d’éplucher les grimoires numérisés stockés dans la salle des antiquités ? Elle avait mis à jour l’existence d’un pouvoir dont les secrets n’avaient jamais été résolus : la magie. Une bande de magiciens, tous plus misogynes et colériques les uns que les autres, avaient sévi au temps jadis, quand l’homme grattait ses navets quotidiens en espérant une bonne portée de sa truie au lieu de saborder les têtes bouclées qui s’asseyaient sur leurs vies. La femme n’avait fait ni une ni deux, et, excitée comme une jouvencelle face à un bouton d’or, avait réquisitionné la machine spatio-temporelle, bondissant de trois galaxies et dix-sept siècles en arrière. Avec sècheresse, l’enchanteresse traversa sa chambre, envoyant valdinguer ces stupides poulaines tintinnabulantes dans l’âtre. Plantée devant son miroir lourdement frangé de coquillages, hérissons séchés et plumes de geai –présent du roi, –elle contempla son reflet un bref instant : un teint à faire pâlir un nuage, des yeux bleus dont elle empêchait la repigmentation violette sous peine de finir au bûcher, des cheveux unis alors que ses implants de fibres optiques lui offraient généralement une explosion de couleurs. Déjà un mois qu’elle stagnait sur cette planète, la fameuse planète-mère des veillées au coin du pyro-hologramme. Tss. Honteux lignage, en vérité. Il avait fallu à sa patience deux semaines pour parvenir à faire parler les habitants au sujet des magiciens. Nul doute qu’ils craignissent la damnation – ou pire, les cachots, –s’ils confessaient leur connaissance de ces gens. Mais cette fois, elle les tenait. La femme du futur se débattit avec les lacets de son surcot brodé, finit par le lacérer à l’aide de son ongle d’acier rétractable, puis s’en débarrassa comme on quitte une pelisse en flammes. Voilà qui était mieux. Sa combinaison fuselée, aussi brillante que si elle était faite de poussières d’étoiles, ne laissait pas de mettre en valeur son opulente poitrine sertie de gluiksons dermiques. L’enchanteresse enfila une paire de bottes aux talons improbables, agrafa une cape percepto-répulsive à son cou et enserra sa chevelure dans un casque rutilant muni de divers capteurs. Puis, jaillissant comme une tornade hors de sa chambre, elle enfila une demi-douzaine de couloirs aux effluves méphitiques, esquiva soubrettes encanaillées de pages baveux et damoiselles cherchant un bon parti pour l’apaisement de leurs parents, et ne put se retenir d’arracher le chapeau à clochettes d’un bouffon bariolé, qui partit en hurlant sans demander ses gages. Une fois passées les massives portes du château, Gardnerella fit claquer ses hauts talons sur le pont-levis, histoire de redonner le goût de la vigilance aux huit gardes apathiques, puis emprunta les routes ocre qui menaient aux forêts. Ses capteurs bipaient à tout va, lui indiquant la présence d’un champ magnétique anormal sur sa gauche. Quand enfin elle atteignit la clairière incriminée, la femme ne put s’empêcher de sursauter. Juchés sur des souches grignotées de mousse et de lierre, de vénérables vieillards à la barbe drue, tels des épouvantails de luxe, se livraient à une joute que seul l’adjectif « inédite » pouvait qualifier. Leurs trognes flétries reflétaient une concentration relevant presque de la constipation. Assez abject à regarder, en somme. Mais ce qui stupéfiait le plus Gardnerella, c’étaient ces boules incandescentes qui jaillissaient des doigts noueux des ancêtres dans un chuintement subtil. Fascinant. Ou bien ces grotesques personnages étaient d’habiles charlatans, ou bien ils produisaient d’eux-mêmes ce feu. Pour en avoir confirmation, elle abaissa la visière de son casque et les sonda. Un rictus de dégoût apparut au coin de ses lèvres lorsqu’elle enclencha le scan. Vite renseignée sur l’absence d’appareils sous leurs robes tape-à-l’œil, la femme augmenta la puissance du scan pour explorer tranche par tranche les replis de leurs corps. Rien. La puissance qui allait révolutionner le transport cosmique ! La magie à l’état pur. Ce mystère que même ses gadgets de pointe ne parvenaient à percer. Une ressource née du néant, sans doute inépuisable. L’idéal. Pour plus de précautions, l’enchanteresse activa l’anti-gravitation de ses semelles. Sa lévitation l’enhardit au point qu’elle se rapprocha des neuf mages qui faisaient cercle dans la clairière. Aucun ne suspecta sa présence. Trop absorbés à faire jaillir étincelles et flammèches de leurs ongles crasseux, les magiciens semblaient oublieux du crépuscule qui allait fondre sur la forêt. Si une patrouille de ces soldats au casque rond venait à passer dans les parages, c’en serait fini de leurs tours, et le feu se retournerait contre eux pour s’offrir un festin païen de chair et d’âge. A cette pensée, Gardnerella frémit. Ses gluiksons scintillèrent brièvement sur sa poitrine, simulant une chair de poule lumineuse. Comment allait-elle s’y prendre pour récupérer cette énergie magique ? Devait-elle tenter de capturer des sphères pour en examiner les propriétés ? Ou alors serait-elle contrainte de collecter un de ces spécimens en robe chatoyante pour qu’il lui enseigne son art ? Elle en était là de ses pensées lorsque les vieillards se mirent à discuter. - On raconte que cette génisse d’enchanteresse cherche à nous arrêter, lança un homme à la peau aussi grise que sa crinière de cheveux rêches. Sa voix, ferme et grave, brisa la quiétude du lieu. On aurait dit qu’il récitait un texte tant son élocution était martelée. - Oh oui, lui répondit un autre sur le même ton, ventripotent à souhait dans son habit de lin jaune, depuis qu’elle a envoûté le roi, elle joue les servantes du royaume ! Un décret est-il poussiéreux qu’elle le balaie d’un coup de soldats. - Peuh ! Que dire sinon que cette parvenue n’est pas plus magicienne qu’un puceron ? cracha un grand échalas aux rides écrasantes. - La cour semble croire le contraire. - La cour règle ses humeurs sur les fluides du roi. A-t-il l’humeur noire que ses fidèles se cernent les yeux à coup de suie. S’il sifflote quelque ballade, ne voilà-t-il pas que tous se promènent mandoline en main ! Si cette marâtre lui a fait miroiter des gemmes et sa croupe ferme sous les yeux, rien d’étonnant à ce qu’il la garde à ses côtés ! Un élan grasseyant de rires mâles monta dans le jour déclinant. Gardnerella serrait poings et dents, humiliée que l’on parle d’elle comme ça. Ces vieux décatis aux voix fortes allaient voir ce que la marâtre à la croupe ferme savait faire ! C’était décidé, elle les psycho-gèleraient tous les neuf afin de les ramener avec elle. Levant sa main droite, elle promena ses doigts fins sur le bord de son casque. D’une pression, elle arrêta le percepto-répulseur. - Sacrebleu ! s’écria le ventripotent en jaune. Mais qui est-ce donc ? - Oh, mais c’est l’enchanteresse ! - Bon sang mais c’est bien sûr ! Mûrissant sa rage, Gardnerella releva à peine la stupidité de ces exclamations peu naturelles et amena son corps lévitant au centre de la clairière, de façon à les avoir tous dans son champ de vision. - Par tous les saints des cieux, mais elle vole ! couina un petit magicien à la tonsure poivre et sel. - Oh que oui, je vole, et vous allez même y goûter, espèces de… Elle ne termina pas son injure, car neuf boules de feu venaient de la frapper en pleine poitrine, court-circuitant ses coûteux gluiksons dermiques avec force fumée. Gardnerella, soufflant comme un astronef défaillant, chercha à sa ceinture son démollécularisateur tubulaire. A son vif mécontentement, elle s’aperçut qu’il gisait le long de sa cuisse sous forme de flaque fumante. Gagnée par la panique, elle comprit ce qui l’attendait en voyant dix-huit mains parcheminées s’agiter vers elle comme autant de tentacules pervers. Le sortilège allait frapper sous peu. Tous les muscles de son corps se contractèrent pour le contrer. Mais c’était sous-estimer le pouvoir de la magie terrestre. Des échos chantants retentirent à ses oreilles, échos étrangement saugrenus pour une fin abrupte. O femme d’un futur non futé ! Affûte tes faibles forces ou fonds, Face à neuf ta nef est défaite… Refais surface au faîte du plafond ; Si profonde que soit ta foi, Fais en fi, car ta faille nous fouillâmes, Et en feu nous te fîmes, fanfaronne ! L’usurpatrice enchanteresse écarquillait les yeux comme une bernique égarée, contemplant, incrédule, son corps disparaissant. Elle n’avait pas vu venir le guet-apens, et elle en subissait les conséquences. À mesure que les magiciens prononçaient la formule, sa peau devenait transparente, et bientôt sa conscience s’effilocha et plongea dans l’oubli. Il ne subsista plus de Gardnerella qu’un amas lévitant de poudre de feu. Alors, d’un même ensemble, les neufs fripons levèrent leurs mains vers le ciel satiné. Les petites pépites de feu s’élevèrent dans l’air du soir, dépassèrent la canopée, et montèrent encore et encore dans la nuit avançant. L’ascension dura des heures, durant lesquelles les taches de feu grossirent et gagnèrent en luminosité. Puis, quand la nuit fut au plus noire, les feux se placèrent dans le ciel, là où il n’y avait pas grand chose en dehors d’étoiles isolées. - C’est, je crois, une de nos plus belles créations, soupira le magicien dégingandé, un large sourire aux lèvres. - Certes, certes, l’approuva un comparse. Digne des Helléniques, j’oserais même ajouter ! - Il lui faut un nom, maintenant. - Pourquoi pas la Constellation de la Marâtre, tout simplement ? suggéra le petit grisonnant. - Non, trop facile ! Il n’y a plus de sel si l’on révèle nos sources… - Marâtre, marâtre… songea tout haut un homme trapu qui portait une barbe aux restes blonds. Et pourquoi pas la martre ? L’approbation emplit la clairière de joyeuses résonances. - Très chers confrères, je propose que nous allions à la plus proche taverne célébrer la naissance de la Constellation de la Martre ! Il y a longtemps que nos barbes n’ont pas pris un bain de houblon ! Et, sans crainte de quiconque, le cortège de vieillards s’engouffra dans la forêt, le cœur léger. Les mois à venir seraient faits pour eux de trépidants séjours dans les grands centres intellectuels du royaume, à exposer leur « découverte » astrale aux savants ébahis. Et, si l’un d’eux s’enquérait du curieux baptême de la constellation, l’un d’eux s’empresserait de tracer l’hypothétique forme d’une martre étoilée sur un parchemin, et l’imagination admirative ferait valider la proposition. Tout simplement. _________________ Administrateur travaillant en coulisse ...
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Nombre de messages: 773 Age: 24 Date d'inscription: 26/12/2005
 | Sujet: Re: Textes de l'AT5 : A la croisée des genres Dim 1 Avr 2007 - 22:37 | |
| La Terre, la Lune et le Soleil 1. La Terre souffrait de tant de dualité dont elle était, malgré elle, l’auteur et celle qui les faisait vivre. Or, c’était son moteur ; sans cela, elle ne pouvait être. La Terre se tourna vers la Lune et lui demanda : « quel est mon but ? ». L’astre à la peau blanchâtre continua sa folle tombé autour de son interlocutrice, réfléchit un moment, puis, lui répondit : _ Tu es comme ces décors de théâtre. Ton but est d’offrir une scène où tous les vivants pourront évoluer. Mécontente de cette réponse, la Terre cracha de la lave sur toute sa surface ; son visage s’assombrit d’un épais nuage de poussière. _ Et toi, avec ta belle tête blanche, copine du Soleil, quel est ton but ? _ De te protéger des âmes noires qui en tombant des étoiles pourraient vraiment te faire du mal, ma chère. 2. Raukha d’Inofran était dit « le lucide », quoiqu’en pensaient ses prêtres, à qui ce titre ne plaisait guère. Mais c’était là une démonstration d’un des atouts du peuple, un de ces pouvoirs en tant qu’entité à l’écoute du souverain, cet avantage de donner des sous-titres aux Grands, bien que sur la colline et la dans la vallée d’Inofran, les Grands étaient au nombre de un. Ainsi, Raukha d’Inofran paraissait lucide aux yeux de son peuple ; et comment il avait reçu ce surnom, il le savait bien assez, lui qui possédait ce don de manipuler par la parole, les actes et les attitudes la masse, autrement dit, tout le monde. Raukha gardait sa souveraineté avec grande habilité, mais cela, lui seul le savait, car c’était un homme fort, et il souffrait en silence de sa solitude. Car, détenir le pouvoir seul, malgré qu’il s’agisse là d’une petite communauté, avec ses manières et ses façons, celles de Raukha d’Inofran donc, voulait dire être seul. Et on disait de lui « le lucide » et non « le cœur de pierre », « le froid » ou bien « le fantôme ». Car Il était vrai qu’en dehors de ses fonctions de chef de clan, des histoires, ou plutôt des rumeurs, allaient bons trains sur lui. Raukha était froid, et cela était son caractère, mais étrangement ce trait principal de sa personne concordait avec son physique. Sa peau était blanche, même en été ; ses lèvres semblaient toujours sèches, et étaient parcourues de milles gerçures ; des veines bleues et grosses courraient sur son front, sur ses mains et ses avant-bras. Surtout vêtu d’habits à la couleur rouge cramoisi, presque pourpre, se plissant et se froissant au moindre mouvement, parfois, quand l’heure arrivait, cette heure où le mal prenait le dessus sur le bien, quand chacun était dans un autre monde, celui des rêves, et quand la Lune sortait et éclaboussait une clarté bleuté, alors on le voyait descendre les marches de sa tour de pierre, avec sa longue chevelure noire fouettant son visage blanchâtre ; il partait alors de l’autre côté de la vallée, dans la forêt, et on ne le voyait revenir qu’une fois le jour venu. Ce qui donnait à ce fait un tel caractère mystérieux, c’était que les témoins étaient soient des gardes, qui ne pouvaient rien dire, sans quoi une punition les attendait, soit des clients de la taverne un peu trop empourprés pour s’en souvenir clairement. Et personne ne savait ce qu’il faisait pendant ces heures obscures ; Raukha d’Inofran gouvernait avec une telle habileté qu’il faisait oublier tout le reste. 3. Raukha ouvrit les yeux. Ses yeux n’étaient plus qu’un océan de larmes, et cet océan débordaient sur ses joues blanches, les faisant briller, l’alliance de ce liquide mélancolique d’une jeunesse libre à présent révolue et de la lumière de la Lune. Raukha d’Inofran, chef du clan d’Inofran, guide des âmes de la colline et de la vallée : seul, dans les bois, loin de son domaine. Il priait la Lune de le sauver, de l’aider, de le libérer de sa tâche harassante, de l’emporter par delà le néant, peut-être même de lui envoyer son libérateur. « Ô Lune, toi là-haut dans le ciel, inaccessible et tellement belle. Je me sens si seul, je t’en supplie, tu es mon guide, viens m’aider, envoie moi un message ; n’importe quoi, je le prendrais. Le coup de ma femme, même, que j’aimais tant recouvrir de baiser autrefois, quand j’étais jouvenceau, ne m’attire plus. » L’atmosphère dans cette clairière était empreinte de bleue, couleur projeté par la Lune dans toute sa splendeur ; tout en était recouvert : les arbres, les fleurs, l’herbe, et même, les âmes perdues. « Tiens, en offrande, je te porte mon épée, forgé dans des temps oubliés, par mes aïeux. C’était tout ce que j’avais, je suis libre à présent, viens me chercher, je t’offre mon âme. » Raukha dévisageait la Lune, et dans un de ces gestes désespérés que tous ont fait au moins une fois dans leur vie, il lui tendit son épée, lui donna son âme. Il n’avait plus la force de se battre, alors pourquoi la garder, se demandait-il ; autant l’offrir à cet astre blanc, comme lui, et seul dans le ciel, à sa façon. Il cligna des yeux. Devant lui, un homme. Très fin d’allure, la peau de son visage était tirée sur les côtés ; ses yeux, plissés, ressemblaient à deux traits obscurcis par ses sourcils. Et un habit bleue clair : un long tissu, comme les toges des prêtres, mais portée différemment : tournée d’un seul trait tout autour de son buste et de chacune de ses jambes. _ Toi, d’où viens tu, et que fais-tu là ? demanda Raukha, sans bouger un muscle. Dans ce tableau à dominance bleue, un point rouge s’alluma sur la gorge de l’inconnu et clignota quelques fois. Quelle est donc cette magie ? Non. Ne pas se montrer impressionné. Rester intouchable. L’homme inconnu s’approcha, la Lune éclaira à présent tout son regard, jusqu’au plus profond de son âme. Raukha lâcha son épée, qui tomba dans un bruit sec sur le sol, comme si elle n’en était pas contente. Il se leva. _ Je m’appelle Hiro Nakamùra et je viens de là-haut. Un bras long se tendit vers le ciel, index tendu, pointant vers la Lune. _ En vérité, je le sais déjà. N’as-tu pas compris, toi que la Lune m’a envoyé ? Je m’appelle Raukha d’Inofran, et tu es la deuxième moitié de mon âme. Et Raukha ramassa son épée. 4. _ Qu’elle était donc cette magie, cette lumière rouge, sur ta gorge, tout à l’heure ? _ Ce n’est pas de la magie. C’est ce que ma civilisation appelle la technologie. Toute technologie suffisamment évoluée se confond avec la magie. Voila ce qu’en disent les sages. Le but de cette technologie est ici de traduire automatiquement ce que je te dis pour que tu puisses me comprendre. _ Toi, dans ton vêtement dont je ne connais pas la matière, qui possède cette technologie, toi mon âme soeur, où est ton peuple ? Es-tu venue seul ? _ Mon peuple comme tu dis est ailleurs. Mais avant que je t’explique plus en détails les raisons de mon arrivée, peux-tu m’expliquer ce qu’est une âme ? _ Ta civilisation, avec cette magie que tu nommes technologie, aurait-elle oublié ce qu’il y a de plus important ? Cela me désole, mais s’il en est ainsi, c’est que la Lune l’a voulu. Hiro Nakamùra, assieds toi dans la position que tu trouveras la plus confortable, dans cette belle clairière. Quant à moi, je resterai debout pour te conter ce qu’est une âme sœur, et il sera te ton droit ou devoir, en tant qu’écouteur, de malaxer dans ton esprit, cette histoire, qui est bien plus qu’une histoire, car elle éclairera de nombreuses choses de par sa vérité. _ Eh bien me voila assis sur cette herbe épaisse qui est bien confortable. Je t’écoute, Raukha d’Inofran. Mais dépêche toi car j’ai moi aussi quelque chose à t’apprendre. _ Regardes les étoiles, la Lune, et écoutes mes paroles. « Quelle est notre dualité ? Car le monde, avec toutes ses beautés et ses tristesses, n’en est que la somme, un mélange habile mais naturel. La réponse a cette question est venu au premier homme, alors que, allongé, seul, dans un endroit semblable à celui-ci, il regardait les belles lumières du ciel. Si notre corps est mortel, ce qui est le cas, alors quelque chose en nous est immortel. Donc nous possédons, et je dis nous car il s’agit de notre propre dualité, une âme ; et ce mot vient de la première langue parlée par le premier homme. Cette âme, qui nous anime donc, est immortelle ; elle existe par delà le néant de l’espace et du temps : alors pourquoi se préoccupe-t-elle, en lui donna la conscience, de quelque chose de mortel ? Elle est forcément contrainte par quelque chose, mais qu’est donc ce quelque chose ? Il ne peut s’agir de quelque chose de supérieur, car qu’est supérieur à l’immortalité, la nature propre à l’âme ? La réponse se trouve donc aux origines. Et ce premier homme, regardant les étoiles et la Lune pétiller dans le ciel, a vu une étoile filante. Il s’est alors dit : « voila une âme qui tombe intégrer corps ». Les âmes étaient alors des étoiles, tombés dans le monde des mortels. Mais l’important, c’est la chute, ce n’est pas l’atterrissage ; car en tombant, cette âme a souffert de la rentrée dans notre monde matériel : elle s’est séparé en de multiples morceaux. Chaque parties de cette unique âme tombe, et sans qu’elle ne puisse rien y faire, elle s’incarne dans ce qu’elle trouve : minéral, végétal, animal. » Dans le lointain, une corne sonna ; Raukha connaissait que trop bien ce son. Dans sa folle sagesse, il décida de l’ignorer et de poursuivre, car il savait qu’il ne courrait pas à sa fin, qui l’aurait pourtant attendue quelques minutes plus tôt. Quant à Hiro, il était à présent allongé sur l’herbe tachetée de bleue et d’ombre, les yeux fermés : lui non plus ne souhaitait pas voir ce discours interrompue. « La réincarnation s’effectue, et tout est oublié, mais pourtant le passé reste présent, caché au plus profond de nous même, quelque part. La vie mortelle commence alors. Et elle est une somme d’émotions : amour, haine, amitié ; que ce soit un sentiment relatif au « bon » ou au « mauvais », que se passe-t-il si une partie d’une âme rencontre une de ses sœurs ? Les sentiments, à la façon des âmes, mais toutefois différemment, sont immortels : il se crée donc un pont entre les deux âmes sœurs. Désormais, elles ne seront plus détachables, car liés par un sentiment qui maintiendra son unicité, et qui résistera lors de sa prochaine réincarnation, après qu’elle soit remontée dans le ciel, lors de la mort du corps qu’elle animait. Dans ce discours que le premier homme élaborait alors, il s’est posée une question : qu’advient-il d’une âme qui retrouve son unicité première ? Remonte-t-elle dans le ciel ? Reste-t-elle sur cette Terre ? Et peut-être fait-elle autre chose qui nous est inaccessible ? Mais à présent et pour toujours retrouvée, l’âme s’est réconciliée avec elle-même : son unicité est maintenue par les sentiments. Ici, il appartient à chacun de croire ce qu’il veut. » _ Tu parles avec tellement d’entrain et de sagesse. Je pense qu’il s’agit là de la vérité. Mais une vérité inutile ou non ? J’ai beaucoup lu sur les gens de ma civilisation. Aucun d’eux ne semble prêt à y croire. Mais ils en auraient besoin parce qu’un culte de l’individualité s’est créé. Et ce que tu as dit incite à l’ouverture à autrui, à rencontrer le plus de gens possible, à voyager, à voir le monde. _ Voila donc quelque chose d’inquiétant ; mais ce que je ne t’ai pas dit, c’est que nos âmes vont être libéré dans peu de temps : les créatures de Terre-Gelée nous attaquent. Et je pense que tu étais déjà au courant, n’est-il pas, Hiro Nakamùra ? _ C’était le message que je venais délivrer. Ton peuple et tout les peuples de ta race vont mourir ce soir. 5. Raukha d’Inofran serra fort le pommeau de son épée, et de sa main gauche, la leva au dessus de sa tête ; il allongea son bras droit devant lui, tendue, prêt à effectuer un mouvement pour aider son corps a être plus rapide. Hiro Nakamùra laissa le moelleux de l’herbe et se leva. Il dévisagea Raukha par ses petits yeux fins. _ Que fais-tu ? _ Ils arrivent. _ Tu ne crois pas ce que tu viens de dire ? Je sens moi aussi que nous abritons une partie de la même âme. Alors pourquoi se battre ? _ Je sais, moi aussi, Hiro ; mais cela n’exclu pas un respect pour la vie. Si je ne me bats pas, je ne me respecte pas moi-même. Je suis chef du clan d’Inofran et protecteur des âmes de la colline et de la vallée. Je n’abandonnerais pas mon corps, qui m’a tant donné. _ Je réagis comme un jouvenceau. Excuse moi. Mais je possède des données que tu n’as pas. Les créatures de Terre-Gelée comme tu dis sont trop nombreuses. Il faut fuir. Mon aéronef est à une demi lieue d’ici. De multiples cliquetis sonores retentirent alors ; les créatures étaient nombreuses. Raukha suivit Hiro à travers les arbres de cette forêt, avec laquelle il avait partagé tant de prières et avec laquelle il se sentait si proche. C’était la fin. Sa quête ici était terminée, et au milieu de la sueur qui perlait sur son front, une question glissa : où l’amenait Hiro ? Une autre clairière, dans laquelle … Les cliquetis annonçant l’arrivée des créatures de Terre-Gelée se firent de plus en présent. … à demi visible, un étrange objet dans une matière similaire au vêtement de Hiro semblait flotter, car il ne touchait pas le sol, et possédait une forme se rapprochant de celle d’une goutte d’eau, c'est-à-dire pointu d’un côté, et parfaitement arrondi de l’autre, et c’était ce dernier côté qui était à quelques centimètres au dessus du sol. _ Voici mon aéronef. Il va nous permettre de quitter cette planète. Suis-moi. Hiro ouvrit un pli du tissu, s’y engouffra ; Raukha l’imita, et après avoir marcher pendant une durée qui ne semblait que trop grande par rapport à la taille du vaisseau, il arriva dans une salle ronde, où Hiro était assis, les jambes croisées et montées l’une sur l’autre ; seule la lumière rouge sur la gorge d’Hiro éclairait. Raukha ferma les yeux. 6. Quand la Terre s’aperçut du mensonge de celle qui lui tombait autour, encore une fois, elle s’énerva ; mais cette fois, elle ne cracha pas de la lave, mais par un habile jeu de décor, elle recouvra tout un continent de glace, et donna à ce continent la capacité de forger des vivants sans âme. Ce continent possédait sa propre volonté, celle de sa créatrice en vérité. La Lune s’en aperçut, mais à cause dans sa complicité avec le Soleil et son travail de protection, il était déjà trop tard. _ Es-tu devenu folle, ma chère, de vouloir créer des vivants sans âmes ? _ Ô toi, qui me tourne autour sans arrêts et qui joue de tes charmes, tu m’as trahis, tu m’as utilisé, tu m’as mentis : voila ma vengeance, froide et faites. _ De quoi parles-tu ? _ Peut-être tu me protéges, mais tu me prends beaucoup trop, et je ne peux en tolérer d’avantage : car tu me voles les âmes réunifiées que j’aide à se retrouver ; tu pensais que je ne m’en rendrais jamais compte ? _ Tu ne comprendras décidément jamais rien. Sans mon travail sur lequel tu te trompes d’ailleurs tu t’ennuierais beaucoup trop. Ce sont les âmes réunifiées qui éclairent tes jeux de dualité. Et là, dans ta quête de contrôle, tu cours à notre perte à tout les trois. _________________ Administrateur travaillant en coulisse ...
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|  | | Aytan Rêveur d'arbres et d'étoiles

Nombre de messages: 773 Age: 24 Date d'inscription: 26/12/2005
 | Sujet: Re: Textes de l'AT5 : A la croisée des genres Dim 1 Avr 2007 - 22:37 | |
| Démon
Lorsqu'il avait compris la nature de cet être étrange, qu'il avait pris en premier lieu pour une nouvelle race extraterrestre, tout était déjà trop tard pour ses frères et soeurs. Il avait lu dans un livre ce qu'était le sang, sa couleur, sa texture, mais rien ne l'avait préparé à ça... Il était désormais seul dans l'aéronef, seul parmi les morts. Le vaisseau s'était écrasé sur Terre et la créature en était sorti. Lâché sur Terre, une planète entière à la merci d’un Démon… Oui, un Démon, c’était bien la nature véritable de ce monstre. Mais il était le seul à le savoir, le seul à avoir consulté le livre. Pas un disque-livre au contenu pré-formaté, non non. Un vrai livre, fait de papier et d’encre, à la couverture de cuir rongé par le temps. L’un des derniers, pour ne pas dire plus… Leur existence était à ce point oubliée que personne ne jugeait bon de les interdire. C'était le seul bien physique que ses parents avaient pu lui transmettre. Il se releva péniblement. Il n'était même pas blessé! C'était impossible, mais il était lui-même une impossibilité. Fruit d'une union secrète, d'une rébellion, non-soigné, non-immortalisé. Bien sûr, rien ne se voyait pour le moment, il était dans la fleur de l’âge, et personne n’aurait pu deviner que ses cellules menaient un ballet infernal vers une mort qui n’existait plus pour les humains. Il écarta à la force de ses bras un morceau de coque qui lui bloquait la sortie. Le soleil dans le ciel dégagé lui agressa les yeux. Il était né ici mais n’en avait aucun souvenir, simplement les fragments trop brefs d’histoires que lui avaient raconté ses parents. La Terre, berceau de l’homme… Longtemps siège de toutes les perversions, et puis témoin du siècle de la Lumière qui bouleversa tout, qui apporta la vérité, qui guérit de la mort et qui unifia les peuples… Qui les unifia principalement dans l’oubli des anciennes croyances. Il fit quelques pas sur l’herbe brûlée, marchant dans les empreintes du démon. Il se trouvait déjà loin… Si loin, torturant et tuant. Oui… Violence ! Cette notion oubliée, inutile, remplacée par un élan qui permit aux hommes de devenir maîtres d’eux-mêmes et de l’univers à leur disposition. Plus de morts, plus de peur, plus de souffrance, une unification, une égalité, enfin ! Et ce livre, qu'il tenait constamment plaqué contre son coeur… Ce message, d’un ancêtre sans doute, n’ayant pas plus de valeur qu’une mise en garde, qu’un mémento lancé à l’aveuglette. Trouvé par un homme qui avait envie de lire, qui en était capable, et qui n’avait pas fermé les yeux. Un testament, une prophétie… Un manuel de guerre parlant d’une arme puissante nommée magie. Il connaissait par coeur chacune des lignes, des schémas, des incantations. 'La conséquence la plus désastreuse de l'immortalité concernera l'après-vie. Les mondes inférieurs et supérieurs ne seront plus nourrit et tenteront de venir chercher ce qui ne vient plus à eux. Sans les arcanes antiques, bannies, nous serons sans défenses.' Il n'avait pas compris, mais avait décidé de suivre l'enseignement qui lui était offert, dans le secret le plus absolu. D’un pas tremblant, rapide malgré la peur, l’homme avançait vers le démon. Voilà pourquoi il était né et vivait en tant que mortel. Il avait découvert sa quête. Le démon exultait, en état d’extase totale. Mille ans ! Mille ans de peine et de frustrations… D'abandon presque, alors qu'il n'avait plus goût à rien, que comme certains de ses frères il avait presque renoncé et laissé son corps se dissoudre dans l'oubli. Mais tout n’était pas fini, il était parvenu à sortir, à retrouver la voie des hommes, à retrouver l'envie de vivre… Ses pattes pataugeaient dans une mare de sang alors qu’il se désaltérait au cou d’une vierge. Si longtemps qu’il n’avait pu y goûter ! Si longtemps qu’il n’avait pu faire souffrir un humain. Car torturer ses frères n’était rien comparé à ce délice ! Ils avaient tous commis une erreur presque sans retour, alors qu'ils avaient laissé les humains prospérer dans leur art nouveau, ce qu'ils nommaient la technologie. Lui-même n'avait pas perçu le danger. Mais progressivement, les humains firent de moins en moins appel à eux, leur rage se modifia et ils résolvaient leurs problèmes par la science, plus par la magie, n'invoquant plus les forces obscures. Puis, toujours lentement, leur âmes affluèrent moins dans les cercles des Enfers... Jusqu'à ce que les démons les plus faibles ne parviennent plus à se nourrir, et deviennent à leur tour source de nourriture. Car oui, les démons sont maîtres dans l'art de la torture, de la souffrance, mais nombre d'entre eux sont engourdis dans leur perversion. Ce ne fut que trop tard qu'ils se rendirent compte de la réalité... Les humains ne mouraient plus. Et eux avaient faim. Car une âme sous les tortures d'un démon n'est pas immortelle, non, elle disparaît petit à petit, rongée, détruite. Peut-être même que c'est le mal qui l'habite qui brûle, et que purifiée elle gagne les plans supérieurs... Et ainsi il n'y eut plus d'humain en Enfer. Mille années de guerres s'écoulèrent avant que les démons majeurs, les seuls assez forts pour résister à la faim de leurs congénères et à leur propre désespoir, parviennent à un accord. Unir les miettes de leur pouvoir pour invoquer l'un des leurs dans le monde des hommes, afin d'y semer la mort, afin de faire affluer à nouveau les âmes, avant que le néant ne les terrasse pour de bon. Et le choix s'était porté sur le plus fort d'entre eux, un qui connaissait déjà le territoire humain, celui qui avait le mieux vécu la guerre. Mille ans qu'il n'avait plus parcouru la Terre. Il était tout d'abord apparu dans l'une de leur boite de métal, et avait goûté à nouveau le sang... Avant de prendre peur. Il n'arrivait pas à sortir de ce tombeau! Mais ce fut de courte durée et après avoir de rage arraché une plaque de métal, la machine s'écrasa sur une terre qu'il reconnut de suite. Cette herbe qui brûle sous ses pattes, cet air pur désagréable à respirer... Enfin! Il ne lui avait pas fallu longtemps pour traquer la première ville. Et quelle surprise! Finis étaient les petits regroupements, les groupes de quelques centaines d'âmes. Non non! Il avait eu devant les yeux une cité qui s'étendait jusqu'au delà de l'horizon et dont il ne voyait pas le sommet des bâtiments. Un ciel parcouru de boites volantes, fruit de la fameuse technologie qui avait failli les perdre. Une source de nourriture inépuisable, des milliers de corps, des millions, plus encore! Et tous ces fous n'avaient pas la moindre arme contre lui... Cela réduisait presque son plaisir. Ses frères allaient pouvoir se nourrir, car parmi toutes ces âmes il y avait des pécheurs, c'était la nature de l'homme. Cela dit, il se moquait bien de ce qui pouvait advenir en Enfer, il ne comptait pas y retourner avec un tel terrain de jeu... Avec son nouveau royaume. Ici, il pourrait enfanter à nouveau!!! Son corps reprenait des forces, il le sentait grandir, grossir, ses muscles reprenant leurs formes. Les restes de sa victime dans une main, il se redressa de toute sa hauteur et poussa son hurlement, mise en garde à l'attention des futures créatures qu'il dévorerait. Il se jeta sur l'un des gigantesques bâtiments fait de matériaux qu'il ne connaissait pas. Ses griffes se plantèrent dans la matière translucide et il escalada quelques mètres. Il pouvait voir à l'intérieur les humains incrédules, et il bu leur peur jusqu'à ce que la tête lui en tourne. Son cri fendit la vitre. Une brusque chaleur dans son épaule lui fit lâcher prise et il tomba au sol, se réceptionnant sur ses pattes, grognant de douleur. Il se tourna et plissa les paupières, inspectant la zone, une sensation étrange lui tenant les entrailles. Là, au milieu de la gigantesque place couverte de corps mutilés, un homme se tenait debout. _ Magie!!! Le son rauque de la voix du démon résonna dans le silence de la mort ambiante, alors que beaucoup plus haut dans le ciel les véhicules continuaient leur ballet. Comme tous ses contemporains, l'homme était vêtu de blanc, mais des taches de sang le dénaturaient et le rendaient effrayant. Autour de lui, l'air était saturé d'énergie magique qu'il venait de canaliser en un sort de feu. _ Comment est-ce possible!!! L'humain ne lui répondit pas, mais une autre boule de flammes pris naissance devant lui. Elle se précipita sur le démon et il ne l'évita que de peu. Il était encore trop faible pour lutter contre un mage. Mais son adversaire n'en était pas un, il ne le pouvait pas... Après tout ce temps cet art aurait dû disparaître chez les humains. Le démon fixa le visage de son adversaire, et renifla son odeur, ainsi que celle de sa magie... Des souvenirs vieux de plus de mille ans remontaient à la surface. La dernière fois qu'il fut invoqué sur Terre, il avait tenté comme n'importe quel démon l'aurait fait de tuer le mage responsable de sa venue. Mais l’humain l'avait aisément repoussé, et l'avait gardé comme esclave plusieurs jours... L'odeur des deux hommes était similaire, et il reconnaissait les traits de visage commun. Vengeance!!! Faible ou non, l'humain allait périr... Et son sang le rendra plus fort! Une voix lui parlait dans sa tête, le guidant dans ses gestes, dans ses pensées. Ce n'était pas seulement une personne, il s'agissait de chacun de ses ancêtres qui avaient perpétué leur art jusqu'à ce jour. Afin de protéger une dernière fois la Terre. _________________ Administrateur travaillant en coulisse ...
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|  | | Aytan Rêveur d'arbres et d'étoiles

Nombre de messages: 773 Age: 24 Date d'inscription: 26/12/2005
 | Sujet: Re: Textes de l'AT5 : A la croisée des genres Dim 1 Avr 2007 - 22:38 | |
| LA QUETE DU SAINT BOBYNDEU D’ YSTORSION MAURICE « Nom d’un elfe, c’est toujours sur moi que ça tombe ! S’te plaît Maurice, faut absolument que je sois avec ma femme ce soir ou elle va me faire la tronche pendant des s’maines! Prends mon tour de garde… s’te plaît, s’te plaîîîîît… Mais qu’est-ce qu’ils croient tous ? Que parc’que j’suis célibataire, j’ai pas de vie ? J’en ai ma claque de me coltiner la garde de la Porte du Néant, moi. Et pis, une porte qui donne sur le Néant, y’a rien qui risque d’en sortir d’abord! » Maurice n’avait pas d’bol. Tous les sales boulots qui traînaient, c’était pour lui. Comme la fois où il avait rendu service au vieux Gramoldo. Il avait gardé ses chèvres. Évidemment l’une d’elles avait choisi ce jour pour tenter un suicide par noyade dans l’étang du Bois-Dru. Obligé de se lancer à la baille. Et alors qu’il attrapait la chèvre dépressive, il se retrouve agrippé par une main sans propriétaire qui lui a refilé une épée. Qu’est-ce qu’il en avait à faire d’une épée. En plus, il avait eu une trouille bleue à cause de ce bras. Parce que y’avait pas de corps au bout certes, mais aussi à cause de la voix. Et celle-là lui avait clairement fait comprendre que pour sa santé et celle du monde ( tout de suite les grands mots ), il avait intérêt à la garder près de lui, cette foutue lame. Il se retrouvait donc à trimballer une pourfendoire qui traînait par terre parce que bien TROP GRANDE pour un gnome. De toute façon, dès qu’un truc pas naturel avait décidé de se produire, c’était toujours sur bibi que ça déboulait. Maurice en était là de ses réflexions lorsqu’il arriva à la clairière où se situait la Porte. Comme par hasard, ça aussi, ça se trouvait dans le Bois-Dru... On disait dans le pays que c’était un endroit plein de magie. La plupart des gnomes n’y voyaient aucun événement bizarre en toute une vie ( ça fait quand même ses 200 ans un gnome ), hormis la Porte. Mais Maurice lui, il ne voyait que ça. Comme la fois où en courant après le chien de sa grand-mère il s’était retrouvé face à une drôle de créature. Très laide de son avis. Une espèce de grand baudet avec une corne sur le front, tout blanc et l’air altier, ça lui avait fait penser aux elfes…beurk, vraiment affreux ! Ceci dit, même s’il y avait des trucs moches dans ce bois, il ne lui était jamais rien arrivé de mortel. C’est ce qu’il se disait pour se rassurer, alors que la nuit tombait autour de lui. Normalement, il y avait toujours deux gnomes pour garder la porte. Mais là, il était tout seul. Personne n’aime garder la Porte tout seul, la nuit, dans le Bois-Dru. Maurice s’installa donc pour la nuit. Il ranima le feu dans le cercle de pierre, sortit les saucisses, le fromage et le pain qu’il avait emportés, ainsi que son petit tonneau de bière. Tout était calme, la nuit était claire. Il se mit a chantonner entre deux bâfreries de juteuses chipos en observant les étoiles. Maurice se réveilla en sursaut. Le feu était éteint, et pourtant. Il voyait comme en plein jour. Le sol se mit à trembler et les genoux du gnome commencèrent à s’entrechoquer. Il regarda vers la Porte. Impossible ! C’est de là que venait la lumière. « Sacré bon sang de crevendieu ! Alerte ! Alerte ! » Le pauvre gnome terrifié eut beau s’époumoner, personne ne pointa le bout de son nez. Il était seul et quelque chose s’apprêtait à sortir du Néant. Calamité ! « C’est toujours sur le même … » Il s’était éloigné autant que ces jambes le lui avaient permis et regardait, les yeux écarquillés, la Porte qui se gondolait, enflait, crépitait en dégobillant une aveuglante clarté tout à fait non naturelle. Finalement, un énorme machin tout ferreux s’extirpa de la Porte. Même dans ses pires cauchemars, Maurice n’avait jamais envisagé qu’une telle monstruosité se pointerait dans son petit monde de gnome innocent. Le vacarme était assourdissant, et ça puait. Finalement, la lumière déclina. Reprenant ses esprits, notre ami se remit sur ses guiboles. Il hésitait entre s’enfuir à toutes jambes et agonir d’insultes l’immonde tas de métal qui avait osé s’introduire dans son paisible univers (quasi-paisible univers dans son cas). Il opta pour la prise en main de son estoc et attendit. SOB RIQUEY « Et merde ! Je crois qu’on a cramé les bobines de distorsions ! Heureusement, les conduits de plasma ont l’air intacts. John, comment sont les collecteurs Bussards ? - Ils sont en état de marche, capitaine » Sob était de mauvais poils. Et y’avait d’quoi. Il revenait d’une conférence sur les nouvelles applications des ondes tachions, quand sa navette avait été aspirée par une espèce de tourbillon subspatial. Certainement un disfonctionnement de ces nouveaux initiateurs ioniques ! Ceci dit, ils auraient pu tous y passer. Au lieu de cela, ils se retrouvaient sur une planète inconnue. Vraiment inconnue. L’ I.A de leur astronef ne pouvait les localiser. Quelle mouise ! Bloqué ici avec John ( ça, ça pouvait aller ), mais Kev... Leur rupture avait été douloureuse. Elle l’avait plaqué pour un lieutenant Babosien. Quelle honte. Enfin, il avait un problème plus urgent à régler. « John, la planète présente-t-elle une atmosphère adaptée à nos exigences biochimiques ? - Oui, capitaine, nous pouvons sortir sans crainte, pas de menace virale ni bactériologique détectée. Par contre, une forme de vie a été repérée près de l’aéronef. Non armée, a priori. - Très bien, allons voir l’autochtone, il peut éventuellement nous aider. » Les explorateurs malchanceux sortirent de leur navette. Maurice était toujours à bonne distance de l’appareil, épée levée. Il commençait à avoir des crampes. « Sacré non de non ! Qu’est-ce que c’est que ces grandes bringues ? Ça a l’air elfique, mais c’est moins laid. Sauf la femelle… » Le gnome se décida à prendre la parole, « Gmurf bradout’ zhaa » ! - Mais qu’est-ce qui raconte, le nain ? Kev, le traducteur universel, s’il vous plait ! - Désolée, capitaine. Je le mets en route. » Sob s’approcha prudemment de Maurice. « Salut mon brave ! Je suis le capitaine Sob Riquey, membre de la Flotte. Nous ne sommes pas venus ici dans une intention belliqueuse. Vous pouvez baisser votre arme. - Et pis quoi encore ! Vous venez de sortir de la Porte du Néant, c’est déjà louche à la base, mais quand en plus on se permet de débarquer dans une grosse boîte en ferraille, ça l’est encore plus. Sans compter vos airs elfiques. J’suis pas né de la dernière pluie. En plus on n’aime pas trop être pris de haut ici ! Je vous en ficherais des "mon brave" ! » Sob était pris au dépourvu. Il n’avait pas l’habitude qu’on s’adresse à lui sur ce ton. Le ricanement typiquement féminin qui s’éleva dans son dos n’arrangea pas son humeur. « Lieutenant Kev, je vous prierais de cesser ces ricanements infantiles. - Oui, capitaine… Mpffff ! Le capitaine reprit. Je suis désolé, monsieur, je ne souhaitais aucunement vous offenser. Je vous assure que nous ne vous voulons aucun mal. Nous sommes ici par accident ; nous ne désirons qu’une chose, repartir vers notre monde. Mais nous devons pour cela effectuer quelques réparations sur notre aéronef. Nos bobines de distorsions sont H .S. Seriez-vous en mesure de nous apporter votre aide ? - Ah ben ça, alors ! Fallait vraiment que ça tombe sur moi. » Le gnome était dubitatif. Les étrangers n’avaient pas l’air de vouloir s’en prendre à lui. Il les trouvait plutôt marrants. Par contre, le conseil ne serait sûrement pas content de les savoir là, surtout sachant comment ils étaient arrivés. Mais Maurice ne pouvait les ignorer. Ils avaient prononcé les mots de la prophétie. Le coup du bras aquatique s’expliquait soudainement. Il était l’Elu. La quête du Saint Bobyndeu d’ Ystorsion le mage était en marche. LA QUETE Maurice décida de prendre les choses en main. Manifestement, les étrangers ignoraient ce qu’ils faisaient là. Il venait d’essayer de leur expliquer de quoi il retournait, mais ils le regardaient comme s’il était un de ces sales lutins débiles. C’était très déplaisant. « Bon écoutez, on doit aller au pic d’Ystorsion. C’est là qu’est censé vivre le mage du même nom. Il a le Saint Bobyndeu. C’est ce que vous êtes venu chercher, sans aucun doute. J’admets qu’il y a certains détails de votre histoire qui diffèrent de la prophétie, mais en gros, ça concorde. - Capitaine, intervint Kev, s’il dit vrai nous devrions pouvoir détecter des traces d’énergie en scannant ce pic depuis la navette. Ça ne coûte rien d’essayer, au point où nous en sommes. - Mouais. Vous avez raison, lieutenant. Allez-y. » Kev Inha retourna dans l’astronef et opéra un balayage du pic après que Maurice leur ait indiqué sa situation géographique. Après l’avoir effectué, elle se précipita à l’extérieur. « Capitaine, il dit vrai. Il n’y a nulle trace de technologie avancée sur cette planète hormis sur ce pic. Même si ce qu’il dit n’est qu’à moitié vraie, notre seule chance de repartir est d’accéder à cette trace d’énergie. - Et on va devoir y aller à pieds, ajouta John, le téléporteur ne fonctionne plus. - Super. On va devoir crapahuter sur cette planète pour une hypothétique chance de se tirer de ce trou. Aller, sortez le matériel d’exploration. Pas la peine de perdre plus de temps. La petite bande se mit donc en route vers son destin. Maurice leur avait expliqué qu’il valait mieux éviter de rencontrer ses congénères. Face à une telle situation, ils avaient le chic pour organiser des réunions du conseil des anciens et pis réunion du cercle des gnomesses libérées etc, etc… Ça prendrait une éternité à tout ce petit monde pour délibérer et prendre une décision. Mieux valait les laisser dans l’ignorance. Pour leur propre bien. Certains gnomes réglaient ce genre de délibérations à coup de mandales. Kev et John avaient donc mis en place un champ de protection autour du vaisseau, ainsi qu’une mise en scène holographique pour qu’ils croient que Maurice était à son poste en train de régler la question du monstrueux aéronef. Le village se trouvait à l’est de la clairière, à l’orée du Bois-Dru. Le Pic d’Ystorsion se trouvait quant à lui au sud-est. Ils devaient donc passer par les marais au sud du village. Ça n’était pas le coin préféré de Maurice. C’était infesté de lutins. En plus d’être des débiles profonds, c’étaient de cruelles et vicieuses créatures. Même s’il était rare de mourir d’une de leurs blagues, on pouvait y perdre un membre. Parce qu’en plus des lutins, il y avait de sales bestioles inamicales qui se tapissaient dans la végétation glauque du marécage. Cependant, Sob et les autres « humains », comme ils se définissaient, lui avaient assuré qu’ils avaient de quoi se débarrasser de tous ces éventuels contretemps. Et effectivement, durant la traversée des marécages, ils durent griller un ou deux crocos ainsi qu’un serpent d’une taille phénoménale. Ils ne grillèrent par contre aucun lutin, du moins pas complètement. Une fois sortis des marais, ils s’apprêtèrent à traverser une plaine de hautes herbes qui s’étendait jusqu’aux contreforts du Pic d’Ystorsion. Ils firent d’abord une pause déjeuner. Les étrangers étaient apparus quelques heures avant l’aube et personne n’avait mangé depuis lors. Un gnome n’avait pas l’habitude de se priver de nourriture aussi longtemps. Ils se firent griller quelques saucisses que les humains avaient fait apparaître dans un appareil de leur astronef. Maurice, d’abord méfiant, les jugea hautement comestibles. Même grillées grâce aux engins qui avaient transformé certains habitants des marais en sacs à main. Ils repartirent le ventre plein et plein d’entrain. Le pic n’était qu’une petite montagne aux yeux des étrangers. Ils faisaient le double de la taille du gnome. La traversée de la plaine ne posa aucun problème particulier, hormis la charge d’un genre de rhinocéros qui repartit avec sa corne réduite en poudre dans un sachet. Ils arrivèrent au pied du pic d’Ystorsion en fin d’après-midi. D’un commun accord, ils décidèrent de monter leur camp pour la nuit. L’ASCENSION Le réveil fut brutal. Leur campement fut attaqué à l’aube par une bande de phacochères géants. C’est pour une fois Maurice qui les tira d’affaire. En effet, il soulageait sa vessie lorsque la horde chargea. Heureusement, il ne quittait plus son épée et occit le petit-déjeuner. Le reste de l’éventuel repas prit ses pattes à son coup. C’est encore une fois le ventre plein et la fierté au ventre qu’ils repartirent. Durant le peu de temps qu’ils avaient passé ensemble, le gnome et les officiers de la flotte avaient appris à s’apprécier. John et Maurice s’entendaient particulièrement bien. Ils avaient le même sens de l’humour et étonnamment, le gnome saisissait vite les concepts de haute technologie que le commandeur John, chef ingénieur de la flotte, lui expliquait. La quête se passait on ne peut mieux. Durant l’ascension, ils se battirent avec des genres d’ours, des bouquetins carnivores, des plantes suceuses de sang. Bref, ils n’avaient pas le temps de s’ennuyer. Chacun y allait de son rayon à énergie ou de son coup de lame. C’était comme ces stages d’entreprise du XXIeme siècle où il est question de resserrer les liens à travers une expérience en milieu hostile… Lorsqu’ils atteignirent enfin le sommet, ils n’en crurent pas leurs yeux. Un vaisseau de la Flotte en piteux état trônait là. Un officier de la Flotte en sortit, hirsute et l’air mécontent. Sob tira la tronche et grogna, « Un foutu vulcain et m… ! - Ce n’est pas trop tôt humain ! Ça va faire 237 ans que j’attends la venue d’un appareil de secours. Vous êtes vraiment des minables ! J’ai du me faire passer pour un mage à déblatérer sur une prophétie et tout le toutim… En plus, on se gèle ici ! - Oh, ça va ! répondit Sob. On s’est à moitié écrasés sur cette foutue planète à cause d’un foutu vortex machin chose, ça fait 2 jours qu’on marche et qu’on zigouille des bestioles , alors pouet pouet et rentrons chez nous ! On a besoin de réparer nos bobines et de recréer un disfonctionnement des initiateurs ioniques. Vos téléporteurs fonctionnent ? - Oui, oui. Pas la peine de vous énerver, humains, venez . - Et moi, j’fais quoi ? Maurice ne comprenait rien. - Il a fallu que vous emmeniez un gnome ! On doit l’emmener maintenant à cause … - De la clause de non-intervention, je sais. Maurice, que diriez-vous d’entrer dans la Flotte ? - J’ai le choix ? - Non. Ainsi se termine la Quête de Maurice. Ils rentrèrent et eurent…enfin vous voyez quoi. _________________ Administrateur travaillant en coulisse ...
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