Les Songes du Crépuscule
Forum regroupant les oeuvres de gens qui aiment raconter l'imaginaire ...
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S’enregistrerS’enregistrer  ConnexionConnexion  
 Textes de l'AT6 : Et si ...Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Aytan
Rêveur d'arbres et d'étoiles


LionBuffle
Age : 22
Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 756

MessageSujet: Textes de l'AT6 : Et si ...   Mar 3 Juil - 22:04

Voici les différents textes ayant participés à l'AT6 Smile

Mais d'abord, qui a écrit quoi ?

Et si le disco n'était pas mort = Sylvain Richadrene
Un arrière gout d'humanité = Eric Girold
Et si le pére noel n'existait pas = Mirkie
Et si le webzine des Songes du Crépuscule n'avait pas proposé un tel appel à textes = Anthony Boulanger
Et si les sphinx étaient nuls en énigme = Zordar
Et si gremlins n'était pas qu'un film = SmokeLeDragon
Et si hitler avait été un moindre mal = OrqueFou
Et si les fantômes faisaient partis de notre quotidien = ptitchloé
Et si Stefan Michel était un grand auteur = Stefan Michel
Et si les poules avaient des dents = Siel
Et si les livres nous happaient dans leur histoire = Lulu
Et si c'était aussi facile de retrouver un emploi = Ikram
Et si les grands méchants avaient simplement besoin d'amour = The psychobats



Et si le Disco n’était pas mort ?

par Sylvain Richadrene




Under Attack

La Fille avait réajusté son justaucorps. Elle devait être en mesure d’effectuer des mouvements amples à chaque seconde. Pour sa Mission, la précision importait. La force aussi.
De courage, elle n’en manquait pas. Jusqu’ ici elle s’était toujours acquittée de sa tâche. Mais quitte à faire les choses bien, autant les faire avec classe !
Dans cette optique, elle s’assura que son mini baladeur MP3 était bien accroché et ne la générait pas.

Puis, elle s’avança dans la ruelle.

La femme serrait fort son sac à main contre elle. Sortir en boite à son age, mauvaise idée ! Surtout quand le chevalier servant qui se propose de vous raccompagner chez vous se transforme en monstre assoiffé de sang au premier rayon de lune. Maintenant, le loup-garou s’apprêtait à lui faire passer un très mauvais moment. Sans doute le dernier !

Mais une voix se fit entendre derrière le dos de la créature, provenant de l’entrée de la ruelle.

-Un lupin, ca commençait à me manquer !

Et la jeune Fille pressa la touche « play » de son baladeur.

Under attack, I'm being taken
About to crack, defences breaking
Won't somebody please have a heart
Come and rescue me now 'cause I'm falling apart

Les griffes du monstre lui passèrent à une coudée du crâne. Elle évita néanmoins le coup. Et riposta aussitôt d’un coup de genou dans les parties.
La femme en avait profité pour détaler. Il ne lui serait pas venu à l’idée d’aller chercher du secours. De tout façon qui la croirait ?

La Fille n’en avait pas besoin. Des deux combattants, c’était elle la plus enragée.

Under attack, I'm taking cover
He's on my track, my chasing lover
Thinking nothing can stop him now
Should I want to, I'm not sure I would know how

Elle envoya le lupin directement dans les poubelles. Une dague en argent apparut comme par enchantement entre ses mains jointes. Elle abattit l’arme derrière l’occiput du monstre qui rendit ainsi son dernier souffle.

D’autres se chargeraient de nettoyer la ruelle.
Avant de partir, la Fille jeta un ultime regard de dédain au cadavre et lâcha : “pour toi Papa!”



***



Victory

Hormis les coyotes, rien ne venait jamais percé le silence du désert sur cette route isolée à l’ouest du Pecos. C’était là que el Senior Ramirez avait bati sa station service. Au moins, il ne craignait pas la concurrence.

Mais ce soir la el Senior Ramirez avait eu d’autres soucis. Son commerce était en proie à un véritable ouragan, un déchaînement de fureur.
En effet un sorcier mal intentionné avait profané un cimetière sioux et invoqué une horde de zombis qui venait de faire de Ramirez leur amuse-gueule de la soirée.
La Fille était arrivée trop tard. Sa moto connu un pépin mécanique. Pire que tout, les piles de son baladeur étaient à plat.
Elle se réfugia dans la loge ou reposait le cadavre a demi dévoré du mexicain après y avoir occis deux zombis. Elle se muni d’une carabine accrochée au mur tandis que la radio crachotait sa mélopée dans les haut-parleurs de la station service.

People get ready it's time to show
What you got
Players take your place it's only
One way to the top

Les zombis cernaient le cagibi de toutes parts. La Fille faisait feu au jugé, éjectait les douilles vides, en saisissait d’autres dans une boite sous le comptoir, rechargeait et tirait de nouveau.

Des morceaux de cervelles giclaient sur les vitres et les murs. La Fille s’efforçait de trouver une solution pour sortir de ce guépier. L’adrénaline affluait dans ses veines.

You must feel the victory release that
Energy and ride like the wind
With fire in your eyes shake those
Butterflies and do the best you can

La porte de derrière! Mais bien sur, c’était là le salut ! Elle n’aurait que dix mêtres de course avant d’enfourcher sa moto. Si celle-ci ne montrait pas de nouveaux signes de défaillance.
Elle donna un grand coup de pied dans la porte, ce qui fit valdinguer un zombi orné de plumes dans le réfrigérateur à canettes.
Elle s’engouffra dans la brèche, fit un saut périlleux de coté, tout en continuant à tirer, manœuvre que n’aurait pas dénigrer Keanu Reeves.
Après un roulé-boulé, elle défonça l’issue de secours et fila vers sa moto

Elle déguerpit plein pot, se retourna tout en roulant. Elle avait conservé la carabine. Elle la fit tournoyer et visa l’une des pompes. Elle fit mouche.

Les haut-parleurs hurlaient

Victory Victory let the party begin
Victory victory let's do it again

Les pompes s’embrassèrent l’une après l’autre incinérant la meute de zombi. Il ne subsista bientôt plus rien qu’un immense brasier.

Avant de donner un coup sur la pédale d’embrayage, la Fille déclara “pour toi Papa!”.

Puis elle fila sur son bolide à travers le désert.


***



I will Survive

La Fille avait décidé de se consacrer un peu de temps à elle. Allongée sur son canapé, elle écoutait les rythmes trépidants et les plaintes langoureuses émis par un vieux tourne-disque dont la pointe parcourait les sillons de vinyl d’authentiques albums des seventies, véritables trésors de disquaires

On sonna à sa porte. C’était le livreur de pizza. Elle avait commandé une « Quatre Fromages ».

Le livreur, un jeunot au teint blafard, n’avait pas assez de monnaie sur lui. La Fille le convia à franchir le seuil de la porte. Tandis qu’elle cherchait dans son portefeuille, le visage du garçon se modifia, révélant des crocs pointus.

- Quelle cruche, je fais ! dis la Fille. Si je ne sais plus reconnaître un vampire…
- Ca n’a rien de personnel, sale garce ! Les Maîtres ont passé un contrat sur ta tête !
- Et bien, tu repasseras pour toucher la prime !

Pendant ce temps, le tourne-disque continuait de déverser sa litanie…

At first I was afraid
I was petrified
Kept thinkin' I could never live without you by my side
But then I spent so many nights
Thinkin' how you did me wrong
And I grew strong

Trois secondes plus tard, une épée, sans doute enchantée, apparut entre les mains du jeune vampire. Il frappa d’estoc puis de taille mais la Fille évita le coup à gauche puis à droite. La créature de la nuit alla percer le sofa et renversa une chaise qui entraîna la pile de disque posé dessus dans sa chute.

- Ca tu vas me le payer, crétin ! fit la Fille

Au moment où le tranchant de la lame allait s’abattre sur sa tête, elle s’en saisit des deux mains, exécuta une forte tension des poignets et désarma le mort-vivant.
Celui-ci prit aussitôt ses jambes à son cou. Un bleu !

La Fille se lança aussitôt à sa poursuite dans les rues de la zone résidentielle, éclairées uniquement par quelques lampadaires.

I learned how to get along
And so you're back from outer space
I just walked in to find you here with that sad look upon your face
I should have changed that stupid lock
I would have made you leave your key
If I'd have known for just one second you'd be back to bother me

Avec un pieu improvisé à partir d’une clôture, la Fille frappa le vampire droit au cœur. Celui-ci se transforma aussitôt en une masse de poussière au milieu d’un tas de vêtements.

La Fille s’épousseta, contempla le petit tas de ce qui fut un suceur de sang et lança à la nuit : « pour toi Papa! ». Puis elle retourna chez elle remettre de l’ordre et déguster sa pizza.



***



Dans l’ombre d’un chêne, non loin de là, deux hommes avaient assisté à la fin du combat.
On les nommait les Gardiens. Partout où va la Chasseresse, vont les Gardiens.
Le Mentor et le Novice !

Il leur incombait de nettoyer chaque scène de combat et de consigner les événements dans leurs Chroniques.

- Maitre, demanda le Novice ? Pourquoi la Chasseresse a-t’elle toujours cette réplique après chaque bataille : « pour toi, Papa » ?

Le Mentor se contenta de répondre : « Chacun a ses secrets et ses démons! »

***

La Fille se pencha pour ramasser la pile de disque. Par chance, ils n’étaient pas abîmés. Cela l’aurait beaucoup contrariée !
Abba, Kool and the Gang et Gloria Gaynor retrouvèrent leurs places dans leur meuble de rangement.

La collection de son père, qui en son temps connu la gloire comme Disc-jockey.

La Fille soupira :

- Et si tu n’étais pas mort papa, emporté par une de ces créatures de la nuit que je combat au quotidien ? se lamenta-t’elle en son for intérieur.

La mission commençait à lui peser mais c’était son destin car elle était l’Elue.

Et de plus elle avait un sacré sens du rythme !


8190 caractères
_________________
Administrateur travaillant en coulisse ...


Dernière édition par le Mar 3 Juil - 22:12, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Aytan
Rêveur d'arbres et d'étoiles


LionBuffle
Age : 22
Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 756

MessageSujet: Re: Textes de l'AT6 : Et si ...   Mar 3 Juil - 22:06

Un arrière-goût d'humanité

par Eric Girold


« Donc, ça fait combien de temps qu't'es mort ?

- Tu disais ? répondis-je.

- Mort, mec. D'puis combien d'temps ?

Vinnie me demandait tout le temps la même chose. Ses synapses grillées étaient incapables de conserver le moindre souvenir au-delà d'une poignée d'heures, dans ses meilleurs jours.

Je soupirai une fois de plus, et une fois encore je lui dis :

- P'tain, Vinnie, je suis mort depuis maintenant plus de vingt-cinq ans.

- Okééé. Comme qui dirait qu'ça fait une paille...oué oué, et j'te connais d'puis longtemps ?

- Oui, Vinnie, oui. Je t'ai rencontré trois jours après que Papa Bonaventure t'ait réanimé. Il aurait mieux fait de se casser une jambe ce jour-là, pensai-je. Qu'est-ce que les morts sont cons, parfois... »



J'avais fait la connaissance de Vinnie à mon premier job après ma fin d'esclavage

zombiesque. On était tous les deux serveurs dans un restaurant du Quartier Français, Nouvelle-Orléans, United States of America. Il servait un bol de soupe à un client, quand le bout de son doigt est tombé dans la soupe. Vinnie était en train de rigoler avec un autre type, quand le client l'a interrompu.

« Désolé de vous déranger en plein travail, lui dit celui-ci, mais vous êtes-vous rendu compte que vous avez perdu un morceau de votre doigt et qu'il est tombé dans mon bol de soupe ?

- Désolé, monsieur, répliqua Vinnie, mais je dois vous faire payer un dollar de plus. La viande n'était pas comprise dans votre menu. »

Evidemment, cela n'a pas été sans causer quelques problèmes avec le propriétaire du restaurant, qui était raciste envers les morts, pour être franc. C'était comme si Vinnie avait été là pour qu'il se défoule un petit peu après une longue journée. Il était bien parti pour virer Vinnie, lorsque je me suis interposé, pour me retrouver viré aussi. Depuis lors, on est des potes qui travaillons ensemble un peu partout où l'on a besoin de morts costauds dans cette belle cité.

- Papa Moule Friture ? me demanda Vinnie.

- Nan, Papa Bonaventure ! Le King du Vaudou qui se fait des couilles en or en réanimant les macchabées !

- Ah, lui...

Je vis une étincelle de souvenir intelligent envahir sa face ravagée et se sauver comme un cafard quand on allume la lumière.

Papa Bonaventure était un typique escroc croisé avec un charlatan vaudou, qui dépouillait sans scrupules les gens âgés et crédules, piquait les sous dans les sébiles des aveugles, claquait les gamins pour leur chourrer leurs bonbons et pour dix dollars vous prédisait un avenir de misanthrope alcoolique et veuf. Il s'était fourvoyé dans quantité de petits délits passibles de la chaise électrique sur batterie douze volts, lorsque, par une sorte de miracle aussi improbable qu'accidentel, il apprit à réanimer les morts. Pour de vrai.

Personne n'a été fichu de savoir au juste comment une information aussi capitale était tombée entre les griffes avides de ce mécréant, toujours est-il qu'en mettant en application sa morale de gangster, il en était devenu un véritable, car ayant trouvé le financement. Son business était devenu un empire.

« Bouge de là, dis-je à Vinnie. Faut retourner bosser. »



Vinnie et moi on bossait pour la Ville, au rayon ordures. Moi, je conduisais le camion et Vinnie était à l'arrière pour faire marcher l'ascenseur vide-poubelles. Vous n'avez pas idée comme c'est dur de passer le permis poids lourds une fois que vous êtes mort. Déjà, c'est dur pour les vivants, mais là, en plus, il faut remplir d'interminables listes de paperasses, après avoir fait la queue pendant des heures. Tout le monde se fout de nous, les morts-vivants.



J'vous raconte même pas si vous vous faîtes tuer dans un accident de la route.

Essayez un peu d'imaginer comment expliquer à l'employé comment vous êtes mort, sur le constat à l'amiable.

J'ai donc démarré le balade-poubelles et on a descendu Lafayette Avenue. Il était à peu près cinq heures du mat', juste quand la nuit commence à s'étioler pour mourir devant le soleil et que les gens des équipes de jour sortent du lit. J'ai jeté un coup d'oeil à ma main gauche, pour m'apercevoir que j'avais paumé un ongle. Mon Sortilège de Récup' devait lui aussi s'étioler, et je n'avais pas les cinq cents dollars nécessaires pour en acheter un tout neuf.

Les « Nécessiteux-Vitaux » (c'est comme ça que la Cour Suprême nous a baptisé quand ils ont passé cette loi interdisant qu'on puisse appartenir à quelqu'un si on pouvait payer le double de notre coût de réanimation) devaient se faire faire un Sortilège de Réanimation tous les deux ans ou voir se détacher des morceaux d'eux-mêmes à intervalles de plus en plus rapprochés. Il faudrait que je commence bientôt à faire des économies pour me payer un nouveau Sortilège, et ça allait me prendre un max de temps. Les morts sont payés des clopinettes et font les sales boulots, en plus. Si on regarde le bon côté des choses, nous ne dormons jamais, n'allons jamais aux toilettes, ne mangeons pas et ne faisons pas grand chose d'autre non plus. Ceci laisse beaucoup de temps pour travailler.

J'ai arrêté le camion-poubelles à côté de l'alignement suivant de poubelles et serré le frein à main. Je suis resté assis sans penser à rien en écoutant de la musique country qui sortait en couinant du haut-parleur fatigué. Il y avait quelque chose dans cette musique que les morts trouvaient super.

Vinnie gueula dans mon oreille à travers la fenêtre, mettant fin à mon absence de concentration.

« Hèè, y a un truc qui faut qu'tu viennes voir, là !

Je suis descendu de la cabine en laissant tourner le moteur et je suis allé vers le derrière du camion. Vinnie tenait un bébé dans ses bras. Quelqu'un avait abandonné un bébé dans un conteneur.

Hèè, Marvin, tu crois qu'on le garde ?

- Nan, Vinnie, on le fourgue à l'orphelinat dès qu'y fait plus jour et qu'y z'ouvrent. »

Le bébé est resté dans le camion tout le restant de la matinée et a fait la tournée avec nous. On s'est arrêté à un drugstore pouilleux pour prendre du lait et un biberon. J'ai aussi pris une boîte de ces couches jetables, j'ai pas regardé pour quel âge, tant pis. Je suis peut-être qu'un zombie qui ramasse les poubelles, mais ce bébé puait du cul, c'est moi qui vous le dis !

J'ai laissé Vinnie au coin du hangar avec le bébé dans les bras pendant que je faisais demi-tour pour garer le camion dedans, une fois qu'on a eu fini notre tournée.





Bien sûr, on n'a jamais amené le bébé à l'orphelinat.

Elle se faisait de plus en plus indispensable, chaque jour qui passait. On habitait un appart' de la rue Calicot qui ne ressemblait pas à grand chose, mais nous non plus de toute façon. On s'est trouvé tous les deux un ou deux autres boulots pour faire bouillir la marmite.

Notre proprio était une dame d'un certain âge. Elle faisait partie de la cohorte des dames d'un certain âge qui se figurent avoir une opinion sur tout et des réponses pour tout le reste. Son plus gros problème était qu'elle n'arrivait jamais à coincer quelqu'un assez longtemps pour lui expliquer tout ça. Imaginez sa frustration.

Pendant les deux premiers mois, on a comme qui dirait joué la montre.

« Il me semble entendre les pleurs d'un bébé au-dessus, me dit-elle un soir.

- C'est la faute à Vinnie, m'dame. Etre mort lui fait des trucs bizarres. C'est normal.

- Vous les gens décédés feriez mieux de gagner votre vie honnêtement. »

J'avais rien à répondre à ça donc je l'ai laissée plantée là dans le hall d'entrée et je suis monté au premier.

On l'a appelé Angie et c'était un ange pour de vrai. Tout le monde partout dans le monde tout entier vous dira que leur bébé est le meilleur. Que des conneries. Notre bébé à nous aurait pu leur botter leurs petits culs puants sans même y penser. La première fois qu'elle s'est mise debout, la mâchoire inférieure de Vinnie s'est décrochée. Il a fallu une bonne demi-heure pour la remettre en place. Elle était avec nous depuis huit mois et c'était notre raison de vivre.





Et puis un jour on a frappé à la porte. Vinnie était en train de jouer à cache-cache avec Angie dans la salle de séjour.

J'ai ouvert la porte et me suis trouvé nez-à-nez avec une jolie nana qui tenait un stylo et une planche avec papier pour écrire dessus, tout ça l'air très officiel.

« Bonjour, je suis des services sociaux. Je m'appelle Miss Lynch. Je suis ici pour inspecter les lieux

En tant que mort-vivant, j'avais déjà compris qu'il ne seravit à rien de combattre un système qui m'avait déjà tué une fois. Je doutais qu'il puisse me faire pire, mais pourquoi prendre des risques ?

Miss Lynch inspecta toutes les pièces et finit par trouver Angie, que Vinnie avait cachée dans un placard de la cuisine. Comme il n'y avait que nous qui vivions là et que nous étions morts, elle était obligée de prendre le bébé.

- Vous pouvez pas l'emmener ! plaida Vinnie.

- Y a pas moyen qu'elle reste avec nous ? j'ai demandé.

- Je suis vraiment désolée, dit-elle, elle n'est pas à vous et je ne peux pas la laisser là.

- On n'est pas malades, pourtant ! répliqua Vinnie.

L'assistante sociale le regarda avec pitié :

- Vous n'êtes même pas légalement en vie. Il y a des règles que je dois suivre, je suis désolée. »

Elle ramassa le bébé et nous laissa quand même l'embrasser.

« Prends soin de toi, choupette, tu vas nous manquer, j'ai dit, pendant que Vinnie chialait sur sa chaise.

Angie s'est débattue pour quitter les bras de Miss Lynch, a couru à quatre pattes vers Vinnie pour le serrer dans ses petits bras.

« Salut », a-t-il dit en la serrant à son tour. Et puis elle est partie. Le bazar que laissent derrière eux les bébés était éparpillé dans toute la pièce, jouets avec lesquels elle s'était amusée puis qu'elle avait rejetés. la pièce paraissait plus vide qu'elle ne l'avait jamais été.





Quelques jours passèrent, à conduire le camion l'esprit absent, à regarder les aiguilles de la pendule se traîner de plus en plus.

« Qu'est-ce qu'on va faire, Marvin ? me dit un jour Vinnie.

J'ai écarté les bras en signe d'impuissance.

- Qu'est-ce qu'on peut faire ?

- Elle ne te manque pas ?

La vérité était qu'Angie m'avait manqué dès que Miss Lynch l'avait prise avec elle. Quand les morts sont réanimés, ils sont dépouillés de tous leurs souvenirs. Leurs rêves, famille, espoirs, à la minute où la vie les quitte. Elle nous avait rendu une partie de tout ça. Son sourire nous avait donné une petite dose d'espérance, un goût de la vie que nous avions connu avant.

- On va engager un avocat. »





****************************************************************



Notre avocat se battit contre son aversaire comme lors du légendaire combat entre Cassius Clay et George Foreman. Chacun d'entre eux rendait coup pour coup à son adversaire, armés non pas de gants de cuir mais de vieux tomes poussiéreux qu'ils brandissaient pour authentifier leurs déclarations. Aucun des deux ne voulait jeter l'éponge et ils ne s'accordaient même pas un tabouret de coin lorsque la cloche de fin des débats sonnait.

Le Procureur se posta devant le juge.

« Votre Honneur, commença-t-il, le Peuple de cet état que je représente est devant vous aujourd'hui au milieu de cette audition, alors que nous vivons des temps parmi les plus troublés de notre histoire. L'avocat de la partie adverse voudrait nous faire croire que ses clients sont des gens normaux qui essaient seulement de se débrouiller dans la vie et d'élever une enfant.

Rien n'est plus éloigné de la vérité, Votre Honneur. Ce que vous voyez devant vous sont des objets. Des objets ramenés à la vie en employant des procédés de vile sorcellerie. Seuls quelques murmures d'humanité se font entendre à l'intérieur d'eux. Ils ont eu leur chance pendant leur vie, et maintenant c'est fini. S'accrochant à leur fausse humanité comme des bernicles à un rocher, ils prétendent être en vie. Le sortilège qui les fait se tenir en un seul morceau pourrait s'effacer en un instant en ne laissant à leur place qu'une pile d'organes puants pour subvenir aux besoins d'une enfant.

Ces choses ne sont pas capables de respirer. Je vous implore, Votre Honneur, de laisser les morts entre eux. S'ils sont maudits et doivent parcourir le monde des humains, je vous demande de ne pas non plus maudire l'humanité en laissant nos enfants aux mains de ces abominations.. »

Ayant fini son réquisitoire, il se rassit sur son siège. Notre avocat se redressa, se leva de sa chaise et marcha vers la chaire du juge. C'était un viel homme aux tempes blanches et son visage avait l'air d'un vieux morceau de cuir qu'on aurait machouillé et recraché.



« Honorez les morts. C'était une phrase qu'on entendait tout le temps, autrefois.

Honorez les morts. Maintenant que les morts sont parmi nous, tout ce que nous sommes capables de faire, c'est de les injurier et de leur cracher au visage. Ils n'ont pas demandé cela. Comme ne l'a pas demandé l'homme qui devient aveugle, ni la jeune fille là-bas dans le public et qui se trouve dans un fauteuil roulant. Il baissa la main. Nous ne les dépouillons pas de leur dignité humaine, n'est-ce pas ? Il y a cent ans, nous aurions pu les lapider en découvrant qu'ils étaient handicapés, mais maintenant nous sommes différents, dirions-nous. En quoi sommes-nous tellement différents ?

Assis devant vous, Votre Honneur, se trouvent deux personnes qui ont été dépouillées de tout ce qu'elles avaient. Leurs souvenirs envolés et leurs vies enterrées dans des fosses.

Leurs familles, si jamais ils en avaient, sont parties pour de bon. Ils ne mangent pas, ne peuvent pas faire l'amour, ni respirer, ni même dormir. Le salaire minimum ne s'applique même pas pour eux. Mais nous leur avons fait quelque chose d'encore pire : nous leur avons volé leurs rêves.

Qui pourrait rêver de meilleurs tuteurs pour la petite fille ? Ils ne seront jamais ivres, ne dormiront jamais, seront toujours vigilants pour elle. Ils ne la traîneront jamais, devenue jeune fille, dans un divorce ou une aventure. Elle est leur seule raison de vivre. Y a-t-il plus noble motivation pour un parent ?

Ils ne pourront jamais récupérer ce qui leur a été pris, mais nous pouvons faire une chose pour eux. Nous pouvons partager.

Partager nos rêves avec eux, leur prêter un peu de nos triomphes futurs et leur montrer nos ambitions. J'aimerais penser qu'il y a encore assez d'espoir à partager dans ce monde. »

Et il alla se rasseoir.

Le juge doit rendre son verdict demain. Je veux juste prier pour qu'il pense qu'il reste encore asez d'espoir à partager.


14370 caractères
Revenir en haut Aller en bas
Aytan
Rêveur d'arbres et d'étoiles


LionBuffle
Age : 22
Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 756

MessageSujet: Re: Textes de l'AT6 : Et si ...   Mar 3 Juil - 22:07

Et si le pére noël n’existait pas

par Mirkie



3 janvier.

Dans la maison, on a ressortit le carton des décorations de Noël.
Il y a trois semaines, le même jour, on démêlait les guirlandes et on triait les boules cassées...
Cette année, c'était un sapin multicolore, avec la grosse étoile dorée au sommet. Mais la fête est passée, et le sain commence à (trop) perdre ses aiguilles. Alors on range.
Dans toute la maison, il y a des décorations a enlever... La guirlande de lierre au-dessus de la porte de la cuisine, les petits cœurs et les guirlandes accrochées à la rambarde de l'escalier, la ribambelle de mini-jouets sur la cheminée...
Moi, je décroche, j'enlève les punaises, la patâfixe, et je pose sur la table. Elle, elle range dans les boîtes, soigneusement, un peu triste mais pleine de bons souvenirs. Et puis, soudain...

- Dis... Et si le Père Noël n'existait pas ?
- Comment ça, et si le père Noël n'existait pas ? Pourquoi est-ce que tu dis ça ? Il t'a bien apporter les jouets que tu lui avait demander, non ? Ta lettre, c'est toi qui as écrit l'adresse, c'est forcement lui qui l'a reçue!
- En tout cas, c'est pas lui qui donne les cadeaux... parce que j'ai vu Maman les poser !

...

Attends...

Imagine un peu :

24 décembre... Derniers préparatifs... Le père Noël s'apprête à descendre sur terre.

Le père Noël, tu le sais bien, il habite sur un nuage... Sur un grand nuage, avec pleins de lutins qui font les cadeaux, avec les rennes, et puis la mère Noël qui va préparer un bon petit repas pour quand il rentrera.

Alors, le père Noël, il est bien embêté, cette année. Parce qu'il lui manque un cadeau... Pas le tien! Celui d'une toute, toute petite fée. Parce que, oui, quoi! Les fées aussi, elles ont droit à des cadeaux!

Et Lulli, elle, avait commandé un très joli cadeau: une dent de lait.

Bien sûr, pour toi, une dent de lait, ce n'est pas un cadeau... Mais pour les fées et les lutins, c'est un joli porte-bonheur à mettre dans sa chambre.

Le père Noël, pour trouver une dent de lait, il a tout essayer: il a d'abord demander aux petites souris, qui courent les chercher sous les oreillers; mais les petites souris lui ont dit qu'elles n'en avaient plus, qu'elles les avaient déjà toutes données! Alors le père Noël est allé voir le croque-mitaine, mais dans la cabane du croque-mitaine, aucun enfant polisson n'avait de dent qui bougeait. Et puis il est allé voir les lutins, ceux qui vivent sous le plancher des maisons, et les oiseaux qui ramassent tout ce qui est joli, et même quelques hobbits qui l'appellent Gandalf. Mais personne, personne n'avait de petite dent d'enfant à lui donner.

C'est pourquoi, ce soir de Noël, le père Noël n'a pas de dent pour Lulli.

Le père Noël s'approche de son traîneau. Il a déjà attelé ses rennes, un peu plus tôt ; tout est prêt pour le grand départ.

Il s'installe, en faisant bien attention à n'écrabouiller aucun cadeau, et, d'un claquement de langue, fait démarrer l'attelage.

C'est partit, entre les étoiles... Tu crois ça ? C'est le soir de Noël, n'oublie pas, et même s'il s'y est pris à l'avance, le père Noël est pris dans les bouchons.

C'est qu'il y en a, du monde!

Devant lui, une licorne ailée pleine de paillettes tend le cou pour voir si l'embouteillage est long. A sa droite, c'est un petit ange rose qui tape du bout du pied... et à sa gauche, le père fouettard qui risque lui aussi d'être en retard. Le père Noël sonde du regard le nuage sous ses pieds : trop épais, il ne passera pas à travers. Il l'a fait, une fois!

Passer par-dessus la foule, tu dis ? Mais au-dessus du père Noël, il y a déjà un envol de fantômes, tous bien repassés pour le réveillon!

Alors le père Noël attend, et demande à ceux qui sont autour de lui s'ils n'auraient pas une petite dent de lait à lui donner...

Ca y est: ça se décoince... c'est le vent qui avait poussé un bout de nuage sur la route... Il s'excuse, souffle un coup, et le nuage s'envole plus loin. Tout doucement, les gens repartent. Le père Noël accélère, il doit avoir fini demain matin, lui !

Le traîneau file, devançant quelques autres voyageurs. Il zigzag entre les branches d'un haricot géant, manque d'entrer en collision avec une jolie petite sorcière pas très à l'aise sur son balais, sème la panique dans un groupe de pigeon voyageurs très bavard, mais il ne ralentit pas. Il se fait klaxonner par une oie aux oeufs d'or, mais tant pis!

Le traîneau prend à droite à la deuxième éclaircie, et la route se dégage.

La tournée peut commencer.

Les premières cheminées, ce sont les plus dures. Il a beau faire attention en faisant son traîneau, le père Noël ne pense pas toujours à tout... il doit toujours chercher un peu le bon paquet.

En bas, les enfants ont à peine fermé les yeux que trois gros paquets tombent dans la cheminée.

Ici, il n'y a qu'une seule cheminée. Trois petites filles, comme toi, une blonde, et deux brunes. Des fois, sur un seul toit, il y a des dizaines d'enfants à servir: des petits garçons et des petites filles, mais aussi de petits lutins, des fées cachées dans les abat-jour, des kobolds sous les lits, même certains monstres dans les placards, qui ont été un peu plus gentils que d'habitude.

Aie! De la fumée...

C'est ici que vit la famille Kikoka. Ce sont des salamandres magiques, de petits lézards jaunes et noir qui vivent dans les flammes du feu... alors le bonhomme rouge et blanc fait "Ho Ho Ho ! " et laisse tomber de petites étincelles colorées. Mais les autres enfants veulent aussi leurs cadeaux, et la porte est fermée... c'est par le soupirail de la cave qu'est entré le père Noël.

Le traîneau repart. Ici, les gens mettent de grands sapins dans leurs maisons; mais ailleurs, dans des forêts pleines de secrets, c'est sur les brindilles de houx que les petits elfes mettent des guirlandes. Ici, on chante une vielle chanson, et le père Noël repart en fredonnant Mon beau sapin... qu'il ré-entends un peu plus tard, mais cette fois les gens disent: "ô Tannenbaum". Et plus loin, les petites voix aiguës des gnomes imitent le chant des oiseaux...

Aie!

Attention, chauffard!

Voilà qu'une gargouille vient de couper la route au traîneau! Quel bêta, celui-là! Certains cadeaux sont tombés, tant pis, il reviendra les chercher plus tard. Le père Noël ne lui en veut pas trop, les gargouilles n'ont que la nuit de Noël pour se dégourdir les ailes! Le reste du temps, elles doivent rester sagement accrocher aux murs des cathédrales...

Le traîneau file dans le ciel, zigzaguant d'une cheminée à l'autre. Les cadeaux tombent sans se casser dans les cheminées... "Oufff..." fait le père Noël quand un cadeau est un peu encombrant. Mais le vieux bonhomme est fort, et puis il sait qu'il aura du temps pour se reposer après.

Au-dessus des Océans, le père Noël a le temps de souffler un peu. Il adore ça, le vent qui lui glisse sur les joues, le petit bruit tout doux des sabots des rennes qui tambourinent dans les airs... Il fait bien un peu froid, mais son grand manteau le protège bien. De temps en temps, le bonhomme rouge et blanc lève la tête vers les étoiles. Un sourire flotte sur ses lèvres, ça fait un an qu'il attend ça!

Il n'y a pas de bruit, seulement quelques rires et quelques chansons ici où là, loin devant.

Tous ces gens qui l'attendent...alors les vagues laissent place a de nouvelles terres, à des montagnes, à des plaines, à des forêts, et la tournée reprend de plus belle.

Et deux paquets pour les petites sirènes de la rivière Okarina! Et un pour Graup, le géant! Ho hisse! Vivement que le père Noël revienne vers chez les fées, leurs cadeaux sont plus légers!

Il est déjà tard... c'est qu'il en a, du monde à contenter, le père Noël! Dans une maison, on entend un petit garçon pleurer. Il a été bien sage, lui, c'est bien vrai ? Bon, il semble que ça ne soit pas grave... dans la cheminée, le paquet qui contient le camion de pompier à du mal à passer. Il racle contre les briques... Le petit garçon entend.

Le père Noël se cache, bien vite, mais pas assez: un lutin malin vient déjà chercher son cadeau (un nouveau chapeau), et atterri sur la tête du père Noël. Alors celui-ci tombe, et, assis dans la cendre, voit les yeux tous mouillés du petit garçon s'ouvrir tout grands.

Pendant que le père Noël nettoie un peu son habit, et que le lutin reprends ses esprits, le petit garçon va leur chercher une part de gâteau... Une grosse pour le père Noël, une petite pour le lutin. Et puis ils discutent, un peu, mais la nuit va bientôt se finir, le père Noël est pressé!... Il a parlé de la petite fée Lulli. Et voilà que dans la bouche de Sébastien, une dent, toute pointue, bouge beaucoup! Alors le petit lutin monte sur une chaise, et souffle un grand coup dans la bouche de l'enfant. La dent tombe...

Le père Noël dit bien merci, et puis il repart.

Le petit garçon ne racontera rien à personne... et le petit lutin non plus.

Le père Noël, il doit donner des cadeaux à tout le monde, tu es d'accord ? Alors, il va chez les dragons, aussi!

Mais ici, il faut faire attention... Brûlacier, le petit Brûlacier est malade... et quand le père Noël arrive, il éternue un grand coup! Cette fois-ci, ce n'est plus la cendre, qui noircit l'habit rouge et blanc... mais tant pis. Le petit dragon est content, le père Noël ne lui en veut pas, et lui a apporté sa première pièce d'or!

Il faut aller plus vite !!

Le jour commence à se montrer... Le père Noël est loin d'avoir fini sa tournée! Cette année, il a voulu donner trop de cadeaux. Alors, il rigole très très fort. "HO HO HO !!!" fait-il! Et en l'entendant, de partout, des gens sortent des maisons... ce sont ses amis, ceux qui comme Sébastien , une nuit de Noël, l'ont vu en train de déposer les cadeaux. Il y a des grands, des petits, des gnomes, des lutins et des hommes, des monstres gentils et des bonshommes farceurs. Il y a beaucoup de monde... et le père Noël leur demande de l'aide.

Alors, de toutes les maisons où le père Noël n'a pas eu le temps de passer, de partout, les gens viennent chercher les cadeaux pour leurs amis... et vont sagement les mettre au pied du bon sapin. Le père Noël, lui, va bien vite jusque chez Lulli. Et avec un sourire, dépose la petite dent de Sébastien dans les chaussons de la petite fée.

Ouf! Tout le monde a eu son cadeau!

Et c'est pour ça, grande maligne, que des fois les grands disent que le père Noël n'existe pas... Parce qu'ils ne savent pas que quand ils voient des gens déposer les paquets sous le sapin, c'est juste pour aider le père Noël à finir sa tournée avant le matin...

...

Les décorations sont dans le carton, et le carton bien rangé dans le garage. Un petit sourire flotte sur le visage de la fillette.

Quelques jours plus tard, une dent qui bouge tombe dans sa bouche. Durant la nuit, Maman va discrètement soulever l'oreiller, et glisse dessous une petite pièce. Le lendemain, la petite vient me voir, et, coquine, me dis tout bas : "Tu sais, les petites souris aussi, elles ont trop de travail..."



10847 caractères
_________________
Administrateur travaillant en coulisse ...
Revenir en haut Aller en bas
Aytan
Rêveur d'arbres et d'étoiles


LionBuffle
Age : 22
Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 756

MessageSujet: Re: Textes de l'AT6 : Et si ...   Mar 3 Juil - 22:07

Et si le webzine des Songes du Crépuscule n'avait pas proposé un tel appel à texte...

par Anthony Boulanger



Et si le webzine des Songes du Crépuscule n'avait pas proposé un tel appel à texte... J'aurais pu lâcher la bride à mon inspiration sur un thème des plus stupéfiants, livrer une intrigue que j'aurais voulu époustouflante. Mais pas aujourd'hui. Non, comme vous le lisez, je suis plus enclin à maugréer. Et si, et si, et si... Je ne sais pas moi !
Et si les dinosaures n'avaient pas disparu ? Non trop classique... Par contre, si j'écrivais quelque chose sur une discussion entre un saurien et un humain, par-delà les soixante-cinq millions d'années qui les séparent (ou plus, beaucoup plus pour d'autres espèces), ça donne un éclairage tout nouveau au thème ! Bon, je me garde l'idée pour une prochaine fois, je ne suis pas sûr d'avoir envie d'écrire aujourd'hui...

Non vraiment, quelle idée ils ont eu là... Toute autre chose aurait été bonne à prendre. S'ils n'avaient pas imposé ce thème, j'aurais pu prendre le temps d'écrire une fan-fiction sur LanceDragon ! Un pan de la jeunesse de Raistlin dévoilé ! Ou une rencontre entre Onysableth et Cyan Sang-Vert. Ah non, impossible, Cyan s'est fait avoir avant que Sable n'apparaisse... Et bien, qu'à cela ne tienne ! Et si Cyan Sang-Vert avait pu rencontré Onysableth ! Ou n'importe quel autre Dragon du Gris ! Non, quand même pas. Malys et Béryl l'auraient bouffé, Gel et Skye s'en seraient fichu comme de leur première écaille perdue...
Mouais... Si la contrainte des Songes avait été autre chose que ce "Et si", j'aurais pu écrire une telle fanfic, mais ce n'est pas pour autant que j'aurais dû !

Bon... Et si j'arrêtais de pester ainsi, de persifler, de calciner mes neurones, de chercher des propositions avec le son -si dedans, et que je me mettais au boulot pour de bon !
J'en étais donc à chercher l'idée qui va révolutionner les uchronies. Car commencer un texte par "et si" implique presque d'écrire une uchronie, ou de s'attaquer à nos héritages littéraires que sont les clichés. Et si les nains étaient beaux, donnent-ils en exemple.
Envoyer toute autre chose serait prendre à contre-pied le thème... Hum...

***

Et si on inventait un générateur d'écriture révolutionnaire ? Annihilant sous sa puissance de création les générateurs déjà existants ? Un programme si performant qu'il peut tout écrire : poème en vers, en prose, pépins de trois cent caractères, conte, synopsis, nouvelle courte, nouvelle longue, novella, one-shoot, trilogie, multilogie ! Un programme si évolué qu'il peut s'attaquer à tous les genres de la littérature : oeuvre philosophique, policier, eau-de-rose, et toutes les déclinaisons de ce que nous appelons la SFFF...
Serait-ce un progrès ou une déchéance ?

De quel nom aurait pu être baptisé ce chef d'oeuvre de silicium et de métal ? Le "Easy Novels 100" ?
Les noms en anglais ont toujours mieux vendu... Et le 100 derrière indique une entreprise jeune et tournée vers le futur, promettant des évolutions constantes, des "Easy Novels" 200, 300 etc. !
Par contre, on peut se demander si c'est le programme qui a trouvé son propre nom, ou s'il s'agit d'une élucubration du service Marketing...

A présent, imaginons un peu le design et l'interface que pourrait avoir une si formidable création (ne voyez dans ce qualificatif aucune autre forme de jugement que celle de l'étonnement).
Nous nous trouvons devant un large panneau de verre teinté. En son sein, les cristaux s'illuminent et dessinent les champs que nous allons devoir remplir pour créer cette première oeuvre d'un nouveau genre. Le clavier est démuni de touches. Entièrement tactile, il est lui aussi intégré dans une plaque translucide. La souris consiste en une sphère couronnant un trépied élancé.
Posons nos mains sur les touches virtuelles, et nos yeux sur l'écran plat.

Nom de l'auteur ou pseudonyme.

Ca, c'est nous. Permettez que je mette mon nom pour le premier test.

Ensuite, il semblerait que l'on passe directement aux caractéristiques de l'oeuvre. Voyons voir.

Raisonner en : nombre de pages / nombre de caractères (espaces compris) / nombre de lignes.

Restons dans le classique, cochons nombre de caractères. Ah, l'affichage change au clic. Il nous faut maintenant sélectionner un format. Alors, nous avons le choix entre plusieurs tailles pré-enregistrées, ou nous pouvons rentrer le nombre que nous voulons. J'essaierai bien dix caractères, mais je ne suis pas sûr que le programme puisse dérouler toutes ses routines avec une telle contrainte. Disons 14 000. C'est un bon chiffre n'est-ce pas ! Ah, encore une option. Non pas 14 000 maximum, je veux à 5 % près. Bon ensuite, c'est du classique, je prends Times New Roman pour la police, taille 12 et interlignes de 1,5. Voilà, je fixe les marges, les retraits.
Il semblerait que le cadre pour le format soit dûment rempli. Vous confirmez ? Ok, maintenant, structure de l'oeuvre.

Nombre de chapitres ? (Si le champ n'est pas rempli, un nombre aléatoirement choisi sera utilisé par le programme).

Je dois avouer que j'hésite pour le coup. Je pense que le mieux est encore de ne rien fixer. Chapitres équilibrés ou indifférents ? Pas de préférences ? C'est parti dans ce cas !

Ah non, l'écran change encore. J'aime bien la couleur, ça rend plutôt pas mal. Ce fondu enchaîné est particulièrement réussi. Bon, que nous propose notre programme ? Le thème... évidemment ! Je crois que ce qui nous intéresse aujourd'hui est "Et si...". Vous pensez que je tape seulement "Et si" dans l'invite de commande ou que je détaille un peu. J'ai peur de l'influencer en complétant, on va faire au plus concis.

Niveau de l'oeuvre : notes de travail / premier jet / manuscrit travaillé / oeuvre publiable dans le cercle de connaissances / oeuvre publiable à grande échelle / chef d'oeuvre.

Ca c'est plutôt incroyable ! Attendez, vous voyez ce que je vois ? Ce programme se vante - façon de parler - de pouvoir modeler son niveau ! Et de pouvoir livrer des oeuvres parfaites surtout ! Attendez, faut que je me reporte au livret pour être sûr de ce que je lis.
Ah, il y a quand même un astérisque et des clauses en petits caractères pour le niveau publiable à grande échelle et chef d'oeuvre : "De par la nature subjective des sélections par les structures éditrices (expériences personnelles des membres des comités, humeur du jour, et toutes autres influences extérieures indépendantes de notre volonté), nous ne pouvons garantir un taux de réussite de 100 %. Aucune plainte d'aucune sorte ne sera étudiée si l'utilisateur essuyait un refus, tel que signifié lors de l'enregistrement du logiciel."
Attendez, ce n'est pas cette partie la plus amusante ! Tenez, je lis.
"Pour augmenter vos chances de publication et de vente, vous pouvez vous procurer notre extension Psych'écriture. Cette base de données mise à jour quotidiennement vous fournit pour les différentes structures d'édition les goûts en matière de littérature des cercles de décision et les écueils à éviter.
En s'appuyant sur cette base de donnée, l'interface de création d'oeuvres littéraire Easy Novels peut adapter, à partir des mêmes réglages initiaux en terme de format, structure et thème, une oeuvre adaptée à chacune de vos cibles.
Pour la liste des structures implémentées dans Psych'écriture, se reporter à l'annexe VIII.5."
Bon, regardons ça. VI.2... VII... VIII, VIII.5, je l'ai !
Et les Songes du Crépuscule y sont ! Il y a même des subdivisions : Brèves du Crépuscule et Projet Lycan.
Que pensez-vous de cette fameuse extension ? Ca ne vous fait pas peur que les décideurs des comités littéraires puissent être fichés ? Ca craint encore plus qu'un générateur de romans je trouve...
D'un autre côté, cette extension ne peut être que temporaire, le temps pour le public de se rendre compte que les maisons d'éditions ne servent plus. Il suffira aux auteurs de mettre leurs réglages en synopsis, éventuellement de poser un copyright dessus, et de lancer tout ça sur le réseau...

***

Il y a autre chose qui m'embête, c'est que jamais, dans aucun cadre, je n'ai vu d'allusions au lectorat visé... On dirait que ce Easy Novels ne se place que dans l'optique de publication à tout prix.
Les concepteurs ont-ils considéré que le lectorat était implicitement sélectionné en même temps que l'écrivain - enfin, l'utilisateur - choisissait son genre et sa maison d'édition ? Ou n'est-ce que le reflet d'un mal-être réel des auteurs : le besoin éperdu d'être publié, d'écrire pour voir son nom dans un sommaire ou sur une couverture, sans plus se soucier de ceux pour qui les livres sont faits. Le plus important n'est-il plus d'écrire pour le plaisir de créer, et qu'importe s'il n'y a que deux ou trois personnes à lire et à apprécier ?

D'un autre côté, on peut se dire que si on inventait ce générateur d'écriture, on pourrait satisfaire tous les lecteurs ! Plus besoin de fouiller inlassablement les rayons des librairies pour trouver la perle rare puisqu'on peut la créer soi-même.
Envie de lire une histoire de fantasy bien classique ? Pas de problèmes ! Easy Novels, parle-moi d'elfes, d'orcs et d'humains en guerre, parle moi de magie, de chevaliers et de dragons. Evidemment, je caricature...
Mais prenons une personne lambda qui n'a le temps de lire que des nouvelles courtes. Chaque week-end, il ou elle prend cinq minutes de son temps, passe sa commande à son programme et se retrouve avec son recueil de nouvelles toutes plus excellentes les unes que les autres ! De la même façon, la personne gamma qui adore les intrigues tarabiscotées entre nobles de la Renaissance, pleines d'assassins, d'amours cachés, de rebondissements improbables, et tout ça étalé sur trente-six tomes, et bien cette personne dispose enfin d'un auteur à sa disposition !

Ah, ça y est, ça m'a échappé ! Je ne voulais pas aborder ce sujet mais au point où j'en suis...
Si demain le pack "Easy Novels + Psych'écriture" était en vente, pourrions-nous en toute sincérité considérer son acheteur comme un écrivain ? L'auteur sera réduit à un utilisateur de logiciel. Les plus habiles, les meilleurs ne seront-ils pas ceux qui sauront au mieux exploiter la puissance de leurs nouveaux outils ? Assurément...
Et les véritables écrivains, ceux qui n'utilisent que leurs feuilles, leurs esprits et leur précis grammatical pour écrire, que deviendront-ils lorsqu'un même un enfant pourra les enterrer en cochant "Chef d'Oeuvre" sur son interface de création ?


***

Alors, un générateur littéraire doté d'une telle capacité de création, bénédiction pour les lecteurs, malédiction pour les auteurs ? Ou juste un outil supplémentaire au même titre qu'un dictionnaire, qu'une méthode de conjugaison ou qu'un correcteur orthographique ?

Vous pensez à coup sûr qu'un tel programme est une fantaisie farfelue et irréalisable, que le Easy Novels et la Psych'écriture sont les fantasmes d'un écrivain torturé ?
Comment croyez-vous qu'a été écrit le texte que vous venez de lire !




10841 caractères
_________________
Administrateur travaillant en coulisse ...
Revenir en haut Aller en bas
Aytan
Rêveur d'arbres et d'étoiles


LionBuffle
Age : 22
Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 756

MessageSujet: Re: Textes de l'AT6 : Et si ...   Mar 3 Juil - 22:08

ET SI LES SHINX ETAIENT NULS EN ENIGMES ?


par Zordar


Il faisait frais, un peu froid même. Le contraste était impressionnant entre la fournaise du désert et l’intérieur de la pyramide. Originaires de la lointaine Bretagne, ils venaient ici pour affronter ce qui se faisait de mieux dans le monde des aventuriers : la pyramide de Déghuizé. Torix, un genre d’athlète blond, sortit le plan de son sac et le tourna dans tous les sens.
— Ah, ça y est, il est à l’endroit !…Euh, c’est tout droit !
— Je m’en doute, il n’y a qu’un couloir, répondit Vercinge.
Il prit une grande inspiration et s’engagea dans le passage. C’était parti vers le fait d’arme qui les ferait entrer dans l’histoire ou …la catastrophe qui les plongerait dans la honte la plus totale. Les deux frères avaient tout préparé depuis un an. Ils en avaient assez des sordides embuscades aux bords des chemins ou des cambriolages risqués et peu fructueux. S’ils réussissaient, la fortune et la grande vie leur tendraient les bras.
— A gauche, dit Torix d’un ton assuré.

Vercinge repensait à tout ce qu’ils avaient fait pour mettre au point cette quête. Lui, le petit maigrichon avait suivi son champion de frère dans un entraînement physique poussé avec des courses à pied dans les collines ( Parce que même des héros peuvent fuir parfois), des pompes et abdominaux (pour épater les filles), des combats singuliers (au cas où des monstres autres que le sphinx hanteraient la pyramide), des marches dans l’obscurité (pour éviter de paniquer si par mégarde ils se retrouvaient dans le noir).Et cerise sur la galette, Vercinge avait potassé des tas de grimoires remplis d’énigmes pour affronter l’épreuve finale. Car à l’évidence, Vercinge c’était la tête, on le surnommait d’ailleurs Pen Braz (Grosse tête en breton) et Torix c’était les jambes mais aussi les biceps, les pectoraux, les deltoïdes et toute une splendide panoplie musculaire. Il n’avait pas volé son surnom : La Buse, c’est dire.
— Tout droit !
— Tu es sûr ? On dirait un cul de sac.

Torix suivi le tracé du doigt.
— On dirait bien pourtant.

Vercinge se pencha sur le plan, pâlit et jura.
— Nom d’une krampouz ! Bougre d’abruti ! Ce n’est pas le plan de la pyramide c’est le plan des catacombes de la cathédrale Saint Frodon de Tregenec ! C’est malin ! Par ta faute on va crever ici, perdus à tout jamais dans ce labyrinthe !
Torix semblait choqué.
— C’est pour ça que l’archiviste souriait quand il me l’a vendu. Ca ne me semblait pas cher !... Et les plans ne peuvent pas correspondre ?
— Mais, triple crétin, hurla Versinge, comment veux tu que…oh, et puis laisse tomber !

Quelques minutes plus tard, alors que Vercinge pestait et que Torix boudait, les deux frères s’engagèrent dans un couloir au hasard. Vercinge eut beau réfléchir et prendre des repères, il s’arracha les cheveux quand, deux heures plus tard, ils se retrouvèrent à leur point de départ.
— A mon avis, proposa Torix, au point où on en est, on ne risque rien à suivre mon plan de la cathédrale, parce que si ça se trouve…
— Ah, tais toi ! Laisse-moi réfléchir, gémit Vercinge.
Il buvait un petit coup de cidre bien frais pour se donner du courage. Un cidre qu’il avait couvé pendant tout le voyage dans une gourde spéciale, une boisson qui lui rappellait son beau pays et qu’il appréciait à sa juste mesure.
Le petit voleur resta un long moment silencieux avant de lâcher :
— A vrai dire, aucune idée géniale ne me vient. Alors tant qu’à faire n’importe quoi, on va faire honneur à Saint Frodon ! Passe-moi ce fichu plan !

Ils reprirent leur chemin, l’un un peu hargneux et l’autre étonnamment confiant. Vercinge suivit scrupuleusement le plan et au bout d’une demi-heure, les deux hommes arrivèrent face à une porte gravée de nombreux hiéroglyphes.
— Tu vois, dit Torix, on ne l’avait jamais vue cette porte !
— Oui, oui, bien sûr, grogna son frère en s’approchant. Il eut beau les examiner dans tous les sens , rien n’y fit :
— Satanés hiéroglyphes, je n’y comprends rien. Le seul truc que je reconnais c’est le petit sphinx dessiné là. Si ça se trouve, on est sur le bon chemin. Ce serait incroyable !
— Un miracle accordé par saint Frodon ! Loué soit-il !... Dis-moi, qui c’est ce héros, Gliff ?
Vercinge se tourna vers son frère et leva les yeux au ciel.
— Je crois que même saint Frodon ne pourrait rien pour toi !

Ils s’accordèrent une autre pause pendant laquelle Vercinge révisa ses énigmes, tout en buvant un autre coup de cidre. Il avait emporté avec lui un précieux livre : Les énigmes pour les nuls. Quand ils se sentirent fins prêts, les deux celtes se décidèrent à pousser la porte. Elle s’ouvrit sur une grande salle circulaire au plafond en coupole Au centre de la salle, nonchalamment assis sur un piédestal, le monstre redouté de tous, le terrible, l’effrayant, l’abominable, l’épouvantable sphinx était là. Il se redonna un petit coup de peigne et les regarda fixement.
— Finalement, la fortune je m’en passerais bien, chuchota Torix qui n’en menait pas large.
— Avec de la chance, on mourra vite, répondit son frère.
Le sphinx, se racla la gorge et dit :
— Bienvenue nobles voyageurs. Après je l’imagine, un très long périple, vous voici arrivés à l’épreuve finale. Ici, pas de lots de consolation, ni de boite de jeu : on gagne ou l’on perd. Je m’appelle Jean Pierre et je suis le maître de ce jeu cruel. Nous allons commencer dans une minute. Approchez du piédestal et tenez-vous prêts à participer au grand jeu des énigmes, ah, ah, ah !
Vercinge et Torix étaient très impressionnés. Il faut reconnaître qu’il y avait de quoi ! Déjà, le sphinx était d’une taille respectable puisqu’il faisait deux bons mètres au garrot. Et puis, il y avait ses griffes dont la longueur et le coté indubitablement tranchant laissait augurer des choses désagréables Mais c’est. sa tête, bien que franchement humaine, qui était inquiétante. Ce n’était pas ses immenses yeux bleus légèrement globuleux qui mettaient mal à l’aise mais l’expression de ce visage, parfaitement impassible, alors que tout autour de la créature, le sol était jonché de cadavres plus ou moins frais. Ils étaient disloqués et démembrés comme après le passage d’une tornade.
— Regarde, là bas, dit Vercinge, c’est le cadavre du mage Axe, le plus grand sorcier de l’occident. Voilà pourquoi il avait disparu ! Hé bien, si même lui n’a pas réussi, nous n’avons aucune chance !
— Alors messieurs ? Dit le sphinx. On attaque ?
Ils sursautèrent, terrassés qu’ils étaient par la vue de tous ces morts.
— Hé bien, s’il le faut, croassa Vercinge.
— Je vous rappelle la règle du jeu. Trois énigmes et en cas de succès, le trésor du pharaon Sémonphis Mabataï est à vous. En cas de défaite…
Le monstre jeta un regard alentour. Les deux celtes déglutirent avec difficulté.
— Génial, répondirent en chœur les deux frères d’un ton monocorde et sinistre.
— Première énigme : Un berger a neuf brebis, toutes meurent sauf une, combien en reste-t-il ?
Du tac au tac Torix s’écria :
— Une !
— Bonne réponse, dit le sphinx.

Vercinge était statufié de stupeur. Il n’avait pas eu le temps de réagir. Il avait tenté de dire « Non » avant que son frère réponde mais Torix avait été vif comme l’éclair.
— Nom d’une beurre-sucre, c’est trop facile, pensa le petit homme.
— Deuxième énigme : Un homme et son fils ont trente six ans à eux deux et le fils à six ans. Quel age a le père ?
La réponse fusa :
— Trente ans ! Dit Torix qui commençait à s’amuser.
— Bonne réponse !

Son frère, lui, ne riait pas. Il était stupéfait. Il avait répété des centaines de fois cette scène dans sa tête et le contraste avec ce qui se passait lui bloquait le cerveau. Dans ses rêves, Torix n’était même pas censé répondre, c’était lui, Pen Braz, qui menait la danse. Dans certains de ses songes pourtant, incapable de répondre, il avait le temps de coller une baffe au sphinx avant que celui-ci ne les extermine. Et là… Torix avait donné deux bonnes réponses !
— Heu, excusez-moi de vous couper mais vous êtes sur que ce sont les bonnes questions ? demanda-t-il au sphinx.
Jean Pierre consulta ses fiches.
— Oui, oui, il n’y a pas d’erreur. Encore une bonne réponse et la fortune est à vous.
— Tu vois frérot ! dit Torix, la Buse prend son envol !
— Oui, hé bien ne t’enflamme pas !
— Troisième énigme : Vous êtes sur une île avec un loup, une chèvre et un chou.La chèvre mange le chou et le loup mange la chèvre, que reste-t-il ?
— Attend, cria Vercinge alors que son frère avait déjà la bouche ouverte. Je réfléchis
— Mais…Tenta Torix.
— Je réfléchis, je te dis ! La réponse évidente est le loup mais…
— Oui, c’est le loup, c’est le loup, cria Torix qui trépignait.
— C’est votre dernier mot ? Demanda le sphinx.
— C’est notre dernier mot Jean Pierre !
— Mais non , il y a sûrement un pièg…Hurla Vercinge.
— Bravo, chers candidats, la fortune est à vous, dit le sphinx tout sourire.. Que la porte du trésor s’ouvre !

Au fond de la pièce un passage secret se révéla.
— Mais…mais…commença Vercinge abasourdi, c’est complètement débile ! C’est n’importe quoi ces questions !. Mais alors pourquoi ils sont morts tous les autres ?
Le sphinx haussa les épaules.
— Parce qu’ils ont trop réfléchi. Ils cherchaient la petite bête voyez-vous. Ils croyaient à des questions pièges mais ce n’est pas le genre de la maison. En fait cette légende vient du fait qu’à mes tout débuts, seuls de gros guerriers bas du front venaient tenter leur chance, ils ne comprenaient même pas les questions ! Mais leur mort a répandu la rumeur des énigmes alors qu’au fond, je ne suis pas plus spécialisé là dedans que dans la préparation du couscous !
— C’est dommage, c’est sympa un bon petit couscous merguez, commenta Torix.
Les deux frères regardaient à présent le passage avec avidité.
— On peut y aller, Jean Pierre ?
— Bien sûr, et je vais même vous y accompagner. Après tout, ma mission est terminée et je vais avoir droit à des vacances prolongées !

Ils s’engagèrent dans un petit couloir qui donnait dans une pièce sombre. Le sphinx, tout en allumant une torche s’exclama :
— Messieurs les gagnants, c’est avec grand honneur que je vous présente le fabuleux trésor de…Par les poils d’Anubis ! C’est impossible !
La torche, une fois allumée, révélait une salle vide.
— C’était trop beau, commenta Vercinge dépité. Il y avait entourloupe ! Quand je pense à tous ces crétins qui sont morts pour rien !
Le pauvre Torix semblait avoir reçu la pyramide sur la tête.

Le sphinx, quant à lui, était hagard, il fit le tour de la salle en éclairant chaque recoin, en pure perte. Il n’y avait pas plus de trésor dans la salle que d’orchestre de cornemuses. Seul, un parchemin reposait sur le sol. Torix le ramassa, tenta de le lire, le passa à son frère qui ne fit pas mieux et le donna au sphinx. Celui-ci le parcouru et s’exclama :
— Par les plumes d’Horus, le félon, le traître, le voleur !
— Qui est un traître ? demanda Vercinge.
— Pardonnez-moi, je vais vous traduire :

Moi, Climensus architecte de la pyramide de Déghuizé déclare avoir dérobé le trésor de Sémonfis Mabataï. En effet cet ignoble pharaon, non content d’employer des esclaves dans des conditions de travail impossibles, a refusé de me rétribuer suite à de soi-disant retard de livraison ( dix ans, c’est peu franchement) et m’a menacé si je continuais à réclamer mon dû, de me balancer aux crocodiles. C’est pourquoi, je prends tout son trésor en entrant par une trappe secrète que j’ai aménagée dans cette salle. Ce soir, j’embarque sur « L’enclume » et je file plein nord ! Désolé pour ce pauvre Jean Pierre qui m’a l’air bien sympathique.
Climensus ex-architecte désormais plein aux as.

Vercinge était silencieux. Quelque chose le tracassait. Soudain il demanda :
— C’était il y a mille ans, c’est ça ?
— A peu prés, dit le sphinx.
— A Massalia, ils nous ont raconté une fable sur un bateau appelé L’Enclume, rempli d’or jusqu'à ras bord qui aurait coulé au milieu de la méditerranée. Il était trop lourd et une lame de travers l’aurait submergé. En tout cas, on ne l’a jamais retrouvé.
— Climensus était plein aux crabes alors ! Dit Torix, très fier de sa blague qui ne fit rire personne.

Vercinge se gratta la tête, but une petite gorgée de cidre pour s’éclaircir les idées et dit :
— Bon, hé bien, il ne nous reste plus qu ‘à rentrer chez nous !

Le sphinx, un peu déboussolé, proposa :
— Je peux venir avec vous ?


Dans le désert trois silhouettes avançaient doucement. Deux humains, un grand et un petit étaient montés sur une grande créature au corps de lion.
— Les embuscades dans les bois, ça te dirait ? Demanda les plus petit des humains. Au fait, je voudrais te prêter ce petit recueil remplis d’énigmes, je pense que ça va beaucoup t’intéresser. Tu sais chez nous, ce sont plutôt les rébus dont nous sommes friands.
— Les rébus ? C’est facile ?
— Ecoute : mon premier, le taureau n’en a pas, mon second, grouille dans les égouts, mon troisième vient après ré, mon quatrième est la moitié de quatre et mon tout est une sorte de tombeau.
Le sphinx réfléchit très longuement.
— Désolé, je ne trouve pas.
— Dis donc, cher ami. Tu es nul en énigmes, nul en rébus…pourquoi le pharaon t’a t-il engagé ?
— Parce qu’il n’avait trouvé personne d’autre pour rester pendant des siècles à garder un trésor pardi !

Alors qu’ils avançaient, ils aperçurent une autre pyramide se profiler à l’est.
— Tiens, c’est la pyramide de Gétupgetonup où mon cousin Nagui garde le trésor !
— Ah, tiens ! S’étonna Torix. Et lui, c’est quoi sa spécialité ?
— Le « ni oui, ni non ». Ca vous tente les gars ?
— Oui, répondirent en chœur les deux celtes.
Le sphinx secoua sa grosse tête de lion.
— Hé bien, c’est pas gagné…



13483 caractères
_________________
Administrateur travaillant en coulisse ...
Revenir en haut Aller en bas
Aytan
Rêveur d'arbres et d'étoiles


LionBuffle
Age : 22
Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 756

MessageSujet: Re: Textes de l'AT6 : Et si ...   Mar 3 Juil - 22:11

Et si Gremlins n’était pas qu’un film…

par SmokeleDragon


Il se tenait là, face à moi. Du haut de ses trois mètres de chairs verdâtres, il me toisait et son sourire cruel narguait ma conscience torturée.

« Héhéhéhéhé petit maître, j’ai tout fait comme vous me l’aviez demandé. »

Et il s’avança vers ma simple personne. Oh non ! Je ne faisais pas le fier ! Avoir convoqué un monstre pour assouvir mes morbides vengeances, mais quelle folie avait-été la mienne ?

Il s’installa dans un fauteuil.

« Et maintenant, je vais tout vous raconter… »

Non ! Qu’il ne me raconte rien ! Je ne voulais pas savoir, je voulais oublier que cette horreur, je voulais oublier avoir appelé cette horreur d’entre les Enfers pour tuer…

« Elle m’a supplié de ne pas la tuer. Oh ! Elle criait bien ! Je n’avais jamais entendu quelqu’un aussi bien hurler de toute ma longue vie… mais je n’ai pas cédé, petit maître, j’ai résisté et je l’ai tuée. C’était aussi facile qu’un claquement de doigts, vraiment. Il m’a suffi de lui fermer la bouche avec un bâillon et de remplir ses poumons de sirop de cassis… Un vrai délice, ce meurtre. J’en redemandais. Alors, je suis allé voir le suivant sur votre liste. »

… mon ex petite amie, celle qui m’avait lâché pour un idiot de footballeur. Je n’aurais pas dû faire ça, j’aurais juste dû… le faire moi-même ? Je ne sais pas ! Mais pas l’appeler LUI ! Pas après avoir appris ce qu’il demandait à ceux qui lui réclamaient ses pouvoirs !

Et s’il n’y avait eu qu’elle, il y en a eu d’autres, dont cet idiot…

« Lui était plus dur à faire crever, mais j’y suis arrivé. Il est costaud le bougre, un sportif à n’en pas douter… Il se débattait, ah ça oui ! J’ai même dû le bloquer en lui renversant son armoire à vaisselles sur les genoux ! Et Satan sait que je déteste briser des couverts ! Mais une fois que je l’ai eu, je lui ai façonné un moule à gâteau, je l’ai mis dedans et là hop ! Recouvert de crème et de farine, je l’ai glissé dans le four, cuisson ? Pyrolyse bien sûr ! Je crains que vous ne puissiez le savourer, mais son odeur de viande oubliée sur la grille remplace maintenant celle de son déodorant. »

… de dealer qui pensait me faire chanter, mais c’était moi le maître du trafic ; pas lui. Mais là encore, j’ai fauté ; il aurait fallu que je me passe des services de ce démon. J’en ai vu lui ont demandé de l’aide, ils sont affreux, je ne sais même pas si moi je vais survivre. Des rescapés de la Shoah, voilà à quoi ils ressemblent, c’est… atroce.

Et je le sentais, là avec son horrible mine qui allait me raconter avec délice son dernier crime culinaire. Qu’avait-il fait encore ? Que lui avait-il fait, à cette pauvre femme. Bien sûr, je la méprisais mais de là à la condamner à jamais ! Cette malheureuse, qu’elle doit pleurer en Enfer maintenant, ô mon ancienne !

« Par contre, je dois vous avouer que l’autre là, elle était moins marrante. Déjà, elle avait une sorte de croix bizarre, genre avec la branche du bas trop grande, vraiment moche. Elle m’a dit d’une voix tremblante : « Je vous attendais, qu’importe votre apparence, vous êtes Gabriel, je vous reconnais ; emmenez-moi près du Seigneur. La bonne blague ! Je ne suis pas sûr qu’elle avait envie de voir sa tronche au Seigneur ! Mais bon, je ne savais pas comment la tuer de manière marrante, alors paf ! Je l’ai transformée en œuf ! Là, je me suis bien amusé, je l’ai cassé en deux et jeté dans une poêle, après avoir mis du beurre bien sûr, et là un autre tour de magie ! Elle a gonflé, gonflé, gonflé ! Et est devenue une poule, toute jaune et collante ! D’ailleurs, je l’ai amenée, si vous voulez la voir… »

Avant même de m’avoir demandé véritablement mon avis, il vomit à mes pieds un immonde gallinacé jaunâtre et gluant qui tournait sur mon parquet en gloussant d’une manière macabre et gutturale en même temps, comme le râle d’une monstruosité venue d’un abysse malsain.

« La voilà, petit maître, et maintenant je termine mon œuvre… »

Il ne se leva même pas. Un énorme tentacule jaillit de son dos et écrasa d’un claquement de fouet l'ignoble animal.

Quelques morceaux d’un jaune d’œuf peu frais vinrent salir mon visage. Je crois que je ne réalisais pas encore qu’il s’agissait des rets de ma nourrice, qui m’avait tant fouetté quand je suçais encore mon pouce.

« Il me faut maintenant recevoir ce qui m’est dû, petit maître. Mais je vous rassure, vous servir fut un honneur. »

Cette fois-ci, il se leva. Les tentacules me saisirent la tête et je sentis sa langue immonde rentrer dans ma bouche, frotter ma gorge et m’étouffer. Il me pompait, il prenait le plus vital en moi ! Il me pompait !!

Il me relâcha et je tombai au sol, déshydraté. Il avait pris toute l’eau de mon corps. Peut-être mourrais-je dans une heure.

« J’en avais grand besoin, merci petit maître. Ce baiser fut d’un délice qu’aucun gourmet ne pourrait imaginer. Désolé si cela vous a blessé, mais vous connaissiez mon credo : « Tout travail mérite salive. »

Et il disparut.


4907 caractères
_________________
Administrateur travaillant en coulisse ...
Revenir en haut Aller en bas
Aytan
Rêveur d'arbres et d'étoiles


LionBuffle
Age : 22
Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 756

MessageSujet: Re: Textes de l'AT6 : Et si ...   Mar 3 Juil - 22:14

Et si Hitler avait été un moindre mal pour l‘Europe ?

par Orque Fou


L’homme se tenait tapi dans un coin du stade. Autour de lui, la foule s’entassait dans les tribunes en braillant des chants patriotiques et des hymnes dédiés à leur chef. La brise glaciale hurlait en s’engouffrant sous les pardessus et les vestes serrées autour des corps. Mais leur ardeur nationaliste suffisait à les réchauffer, et c’est en vain que le vent s’escrimait contre eux. L’homme, lui, n’était pas moins fanatisé, si ce n’est que son obsession était autre, car il était habité par le devoir, celui d’agir pour changer le monde, celui de sauver l’humanité d’un des pires maux qu’elle aurait jamais à connaître, celui de suivre les instructions qu’on lui avait donné et qu’il suivait aveuglément. Ses commanditaires avaient vu les massacres que sa cible orchestrerait, ils avaient vu les sombres panaches de fumée sortant des fours crématoires, ils avaient vu des armées ravager l’Europe entière. Ils avaient vu, ils avaient analysé, ils avaient jugé. Il ne faisait qu’exécuter la sentence.
Alors, quand la bousculade se calma et que la foule se mit en rangs fixes, ressemblant presque à une immense armée étalée sur la pelouse du stade et derrière les bancs des tribunes, il frissonna d’effroi. Le spectacle était terrifiant, car son intuition était la bonne. Bientôt, des étendards se levèrent vers les cieux, des fanfares militaires éclatèrent, des uniformes stricts éclorent en dessous des habits civils, et les gestes se firent aussi mécanique qu’une colonne motorisée en ordre de bataille.
« Sieg Heil.
_ Heil Hitler. »
Un vacarme gigantesque éclata dans l’enceinte sportive, et des dizaines de milliers de voix se mirent à hurler leur slogan macabre en branlant du bras droit tout en gardant le regard fixe, la machoire serrée. Des individus passaient dans les rangs et surveillaient la discipline de ce qui, il y a cinq minutes encore, n’était qu’un banal rassemblement populaire. Et là haut, dans sa tribune drapée de drapeaux vermeils, avec en leurs centres un cercle blanc frappé de la svastika, ce symbole mystique oriental, qui on ne sait trop comment, était devenu l’emblème de ce mouvement, le chef suprême trônait, superbe et altier. Et à le contempler, l’homme comprenait qu’on eut envie de s’égosiller pour le saluer, tant le charisme qu’il dégageait était incroyable.
Il se morigéna et renforça son barrage mental. Un tel monstre n’avait plus rien à faire ici, ce qu’il allait faire était effroyable. Certes il n’avait qu’à peine commencé son sinistre projet; la nuit du dix novembre n’était pas très éloignée, les vestiges de cette folle nuit s’effaçaient à peine, et ses victimes ramassaient encore les débris de leurs vitres brisées, mais tout cela était bien suffisant. Il avait été jugé, des émissaires avaient déjà été envoyés pour le sommer d’arrêter, il les avait exécutés. C’était maintenant à lui de le stopper, l’ombre des camps planaient encore dans sa mémoire, il avait tout vu, il savait ce qui aller se passer.
Sans un mot, il se fraya un chemin parmi la multitude gesticulante, remonta les escaliers jusqu’à atteindre le sommet du stade. Là, il força l’entrée d’un local technique et se retrouva bientôt sur le toit. Il se saisit du paquet emballé qu’il portait dans son dos et le débarrassa des torchons qui l’entourait. Ce que ses voisins avaient pris pour un étendard était en réalité un fusil à lunette. L’homme déploya un tapis, s’y coucha et mit sa victime en joue, son oeil droit rivé à la lunette, cherchant son point de mire. Alors que le fracas exalté atteignait son apogée, il pressa la détente.

***

La guerre faisait rage depuis bientôt huit longues années, et la situation n’évoluait pas beaucoup malgré les offensives des uns et des autres. Toutes se brisaient sur les défenses que l’adersaire mettait en place. Parfois, on assistait à une percée spectaculaire du front, une brèche dans laquelle s’engouffrait des dizaines de milliers de soldats véhiculés par camion, mais invariablement, la ligne de front se stabilisait un peu plus loin, quand le défenseur malheureux ne s’emparait tout simplement pas d’une position adverse un peu plus loin.
L’Europe était plongée dans le chaos, fractionné en de multiples champs de bataille mal reliés par des routes de ravitaillement et des alliances fragiles. Néanmoins, de ce chaos politique surgissait quelques camps relativement stables. D’un côté, le parti sioniste qui gangrenait les pays européens par l‘infiltration méthodique des groupes industriels et des gouvernements, de l’autre les communistes plus proches du peuple, et entre eux, les ex-futurs fascistes traqués par les uns et par les autres. Mais le tableau diplomatique d’alors se retrouvait singulièrement compliqué par les religions, les ethnies, les haines particulières et les liens de clientèle - commerciale, matrimoniale, salariale ou de circonstance - qui rendaient toute organisation cohérente des belligérants impossible. Et pour ne pas faciliter les choses, les puissances émergentes des autres continents n’hésitaient pas à s’immiscer dans ces conflits pour y vendre des armes, des biens manufacturés ou de la nourriture, quand ils n‘étaient pas eux même en proie à des dissensions internes directement causées par les guerres européennes. On vit alors des chefs africains se pavaner en conquérants à Paris, toiser ceux devant lesquels ils rampaient auparavant, traiter les chefs d’état comme les plus vulgaires des valets. Car avec leur indépendance retrouvée, puisqu’il était devenu impossible de maintenir des garnisons coloniales, ils vendaient leurs produits si recherchés au plus offrant, ne lésinant pas sur les signes ostentatoires de supériorité qu’ils pouvaient arborer.
C’était le monde à l’envers. Il avait suffi d’un mort dans un stade, un après-midi de Novembre, pour que les serfs renversent leurs maîtres, pour que les voisins de toujours s’entre-déchirent avec enthousiasme, pour que l’ennemi du genre humain, Adolf Hitler, devienne presque un ange pacificateur. Car on était désormais convaincu qu’à terme, il aurait plongé tenté de conquérir le monde, mais il aurait probablement échoué dans son dessein, alors que la puissance à l’oeuvre à l’heure actuelle était invulnérable, puisque composée de dizaines de millions de fanatiques issus d’une histoire de quatre mille ans intégralement écrite dans un livre : L’ancien Testament. Oui, les juifs avaient plongé le monde dans l’horreur.
On leur avait prêté les pires projets, on avait fait d’eux des monstres, des êtres difformes et déjetés, des abominations aux traits archétypés et dévoilant au monde la noirceur de leur être. Et ils l’étaient devenus. Leurs projets de conquête du monde, de domination par l’argent, de contamination des moeurs par leurs coutumes barbares, d’exploitation de la masse laborieuse par le capital, de transformation en chair à canon de milliers de paysans courbés dans leurs champs, tout ce qu’on avait pu leur attribuer de vil et d’horrible dans les années précédant cette mort, ils l’avaient réalisé. Ils étaient les responsables de la situation anarchique de l’Europe, et, pis encore, s’en vantaient, affirmaient qu’une civilisation antisémite ne méritait pas de perdurer, car leur Dieu était grand et punirait tous leurs ennemis.
Et, peu à peu, le marteau et la faucille s’inclinèrent, la svastika se déchira, les catholiques se rallièrent aux vainqueurs étoilés, profitant d’un lien génétique de leur messie avec la race des vainqueurs, lien qu’ils avaient soigneusement nié durant deux millénaires, mais qu’ils n’hésitaient plus à louer ouvertement comme s’il avait toujours été leur plus grande fierté, leur plus grande source de joie.
Les hommes étaient devenus fous, et les juifs n’étaient pas des hommes. Non, ils étaient les surhommes de Nietzsche, les seuls qui pouvaient légitimement gouverner, et ils le démontraient déjà.

***

Andreas se réveilla lorsqu’éclata le grelot aigre de la sirène qui rythmait ses jours et ses nuits et qui, pour l’instant, sonnait l’appel dans la cour. Le soleil n’était même pas encore levé, et un matin grisâtre écrasait le camp, quelques nuages trainaient dans le ciel, qui n’augurait rien de bon pour la journée.
Le prisonnier frissonna sous son fin maillot de corps et dut se retenir de se frictionner pour se réchauffer, sous peine sinon de s’attirer les foudres des surveillants. Ces derniers passaient entre les rangs, cherchaient avec avidité la moindre faute dans la tenue ou dans la posture, voire une trace de saleté ou d’épuisement, tout ce qui pourrait leur permettre de se défouler sur l’un des captifs dont ils avaient la charge.
Le camp puait la peur et la perversité, l’odeur était si atroce que pas un animal ne s’approchait à moins de cinq cent mètres du périmètre des lieux, aidés en cela par le champ de mine qui, de toute manière, interdisait toute approche directe. Mais personne ne redoutait l’entrée dans le camp, c’était au contraire sa sortie qui justifiait toutes ces précautions. Les prisonniers n’avaient qu’un moyen d’en sortir, c’était dans une brouette, les pieds devant. Et tous savaient que leur tout arriverait un jour ou l’autre fatalement. Juste par ce qu’ils étaient coupable d’avoir des traits aryens, c’est-à-dire d’avoir les cheveux blonds, le regard azur, les traits fins et bien dessinés, en somme de correspondre aux critères de perfection physique édictés par un petit dictateur il y a des années de cela. Plus personne ne s’en souvenait vraiment, à l'exception des Sionistes.
Des hurlements retentirent sur sa droite, et, sans bouger, il comprit qu’un de ses camarades avait été sélectionné pour le tabassage matinal. Celui-la ne verrait jamais le jour se lever, et en même temps, ses souffrances seraient abrégées. Lorsque les bruits de coups et les insultes cessèrent, les gardiens donnèrent des instructions aux prisonniers, qui se mirent en ordre de marche. Certains partirent sur un chantier de construction, d’autres aux ateliers, d’autre aux pelotons d’exécution. On ne savait jamais comment on finirrait la journée à Auschwitz, ça participait au suspense de l’existence.
Andreas soupira de soulagement quand il vit son groupe prendre la direction de la clairière où ils exploitaient la forêt. Le travail n’était pas le plus pénible, il l’était en tout cas moins que la manutention des lingots d’acier à la forge ou que le chaulage des cadavres. Après quelques minutes de route, ils arrivèrent enfin sur le lieu où ils travailleraient toute la journée.
Une partie du groupe fut affecté au déracinage des souches, mais la majorité de ses camarades reçut des scies et des cognées, à tâche pour eux de couper le plus d’arbres possible. Et s’ils n’atteignaient pas les quotas requis avant la tombée de la nuit, ils pouvaient s’attendre à des châtiments exemplaires auxquels ils n’avaient guère envie de goûter. Quant à Andreas, il fut chargé du ramassage des branches mortes pour en faire des fagots pour le poêle.
C’est en s’éloignant un peu du reste de la troupe, sans qu’il songe le moins du monde à s’évader, qu’il leur tomba dessus. Couchés dans un fourré épais, les quatre hommes attendaient. Ils ne l’avaient pas vu venir, et leur premier réflexe fut de porter la main à leur couteau. Mais Andreas se tint coi et comprit tout de suite qu’il faisait face à des résistants, ce qui se voyait à leurs brassards vaguement ressemblants à ceux autrefois portés par les nazis. Lorsque l’un des surveillants l’aperçut immobile et seul, il crut qu’il ne voulait plus travailler, à moins qu’il ne réagit par perversité.
_ Alerte, un prisonnier s’évade.
Andreas se retourna, ne comprenant pas qu’on parlait de lui. Lorsque la première balle lui traersa l’omoplate, il regarda sa plaie avec stupéfaction. Puis il tomba, et d’autres projectiles tombèrent autour de lui, et son corps fut pris de convulsions comme un porc qu’on égorge. Silencieux, les résistants le regardèrent mourir sans un mot, leurs fusils prêts, en attente d’un signal qui ne serait pas libérateur pour Andreas.

***

La table avait la forme d’une étoile de David en bois, dont les six pointes accueillaient chacune un rabbin, vêtu du costume traditionnel du prêtre. Un chandelier à sept branches posé au centre de la table jetait une lumière blafarde sur la scène, accentuant la dureté des traits des commensaux, qui, à cet instant, ressemblaient aux caricatures qu’on avait pu faire d’eux. Leurs nez semblaient énormes, leurs mains griffues, leurs bouches tordues par des rictus effrayants.
_ La guerre piétine, qu’allons nous faire pour y remédier, lança l’un d’eux.
_ Nous pourrions publier une amnistie pour les musulmans qui seraient prêts à se convertir d’ici à deux mois. Ils ne sont certes pas nombreux, mais leur aide pourrait être la bienvenue. N’oublions pas que les communistes sont notre priorité.
_ Oui, et quand nous en aurons fini avec eux, nous pourrons lancer l’opération Barbarossa contre ces infidèles de catholiques.
Alors que le ton montait entre les hommes qui discutaient autour de cette table, trois coups secs furent frappés à une porte. Un huissier entrouvrit le battant et laissa passer un scientifique, dont l’allure débraillée et le regard joyeux démentait le sérieux de sa mission.
_ Camarades, j’ai une solution à votre problème. Moi et mes camarades de l’académie des sciences pensons qu’en reprenant les travaux des docteurs Becherel et Curie sur le radioactivité, nous pourrions fabriquer une bombe utilisant la force des atomes. C’est un peu complexe, mais en quelques mots, en provoquant la séparation des atomes composant certains éléments, on peut créér une forte explosion capable de ravager un territoire sur des dizaines de kilomètres.
_ Votre idée nous interesse, dirent les rabbins après quelques minutes de conciliabules. Exposez la nous plus en détail docteur Einstein.


Fin



14136 caractères
_________________
Administrateur travaillant en coulisse ...
Revenir en haut Aller en bas
Aytan
Rêveur d'arbres et d'étoiles


LionBuffle
Age : 22
Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 756

MessageSujet: Re: Textes de l'AT6 : Et si ...   Mar 3 Juil - 22:17

Histoires de fantômes…

par ptitchloé


Et si les fantômes étaient visibles même de jour et faisaient partie de notre quotidien ?

Jérémie avait un peu de mal à comprendre ce qui lui arrivait. Des bribes de la soirée lui revenaient en mémoire dans son esprit encore cotonneux : la sortie en discothèque, la cuite qu’il avait prise avec les potes, les disputes avec Solène, la soirée qui s’était poursuivie chez Arnaud…
Il tenta de se concentrer pour observer la pièce dans laquelle il se trouvait. Un groupe de trois personnes discutaient avec animation, un verre à la main, debout à côté de l’entrée. Titubant, un mec bourré tentait d’ouvrir une canette de bière, sans succès. En face, un couple se pelotait, calé bien confortablement au fond d’un canapé. Un peu partout, des cadavres de bouteilles jonchaient le sol.
Qu’est-ce qui clochait alors ?
Et bien ce qui clochait, c’est qu’il voyait toute cette scène de haut. Comme s’il volait à quelques mètres du sol... De toute évidence, l’effet des pilules d’ecstasy qu’il avait achetées à ce type en boîte n’était pas terminé….
Putain le trip !
Ses pensées furent interrompues par des cris stridents, provenant d’un coin mal éclairé de la pièce. S’approchant, il aperçut une fille qui secouait un homme affalé sur une chaise en lui hurlant dessus. C’était Solène… Jérémie eut envie de lever les yeux au ciel et de soupirer. Mais pour une fois que ce n’était pas après lui qu’elle gueulait…
— Jérémie, bouge-toi ! Allez du nerf !
Quoi ?
— Allez Jérémie réveille-toi !
Le mec était dans un piteux état. La tête penchée vers l’arrière, les yeux exorbités, un léger filet de bave lui pendait à la commissure des lèvres. Mais il était malgré tout bien reconnaissable. Ce mec c’était lui. C’était Jérémie. Son corps.
Oh putain, je suis mort…
Arnaud, qui avait quitté le groupe près de la porte, s’approcha de Solène et posa une main sur son épaule. Sans un mot, il lui montra du doigt le fantôme de Jérémie qui flottait dans le coin opposé de la pièce. Solène écarta quelques mèches de ses yeux et le regarda un moment sans réagir, puis sa lèvre inférieure trembla légèrement.
— Oh mon dieu, c’est pas vrai !
Elle se laissa tomber, le corps secoué de sanglots, pleurant sur les genoux de son petit copain décédé.

Oh putain, je suis mort…
Bon, il fallait se rendre à l’évidence, il n’était plus maintenant qu’un fantôme, un spectre comme il en existait tant d’autres, qui pouvait se déplacer à sa guise, couvrir d’immenses distances en un minimum de temps, sans craindre le moindre obstacle puisqu’il pouvait traverser n’importe lequel d’entre eux. Et alors ? Et bien alors, c’était la chose la plus planante qui lui soit arrivé dans sa vie. Enfin, façon de parler, hein.

Le fantôme de Jérémie fila comme une flèche et travers la série d’appartements voisins avant de se retrouver dehors, dans une avenue quasi déserte éclairée par de grands lampadaires espacés à intervalles réguliers. Deux jeunes filles qui passaient à ce moment-là hurlèrent de terreur lorsqu’il apparut devant elles. Reprenant ses esprits, l’une d’entre elles se retourna et jeta son sac à main dans sa direction. Il lui passa au travers, retombant quelques mètres plus loin.
—Espèce d’abruti ! lui lança-t-elle avec un regard noir, tandis qu’elle trottinait pour aller ramasser son sac. Il ricana intérieurement.
Il allait bien s’éclater…

* * *

Le commissaire Bardi était accroupi, contemplant le corps qui gisait au pied du pavillon. Autour de lui, étaient éparpillés les restes d’une balustrade rouillée. Celle-ci avait apparemment cédé alors que M. Costa, 53 ans, professeur d’astronomie, s’était appuyé dessus en se penchant hier soir à sa fenêtre pour ouvrir les volets. Il était tombé la tête la première et, malgré la faible distance jusqu’au sol, avait été tué sur le coup.
Mme Costa se tenait debout un peu plus loin, les yeux encore rougis par les larmes. Au-dessus d’elle flottait le fantôme se son mari. Les fantômes gardaient toujours la position exacte qu’ils avaient au moment précis de leur décès. Ils pouvaient cependant se redresser, pivoter et se déplacer. Comme il était tombé à plat ventre, celui de M. Costa donnait l’impression bizarre, une fois à l’horizontale, d’être plaqué contre une vitre invisible. De plus, sa jambe s’était rompue lors de la chute et formait un angle assez étrange avec la cuisse…
Le commissaire se releva et se dirigea vers la femme du défunt.
— Mme Costa, tout porte à croire qu’il s’agit d’un accident, mais nous ne voulons écarter aucune piste. Votre mari avait-il des tendances suicidaires ?
— Oh non Monsieur le Commissaire, enfin je ne crois pas…
Le fantôme de M. Costa effectua de petits mouvements ascendants et descendants, comme pour confirmer les dires de sa femme.
Les morts communiquaient très peu avec les humains. Que les fantômes ne puissent ni parler ni bouger leurs membres ne facilitait pas les choses. En général, ils se faisaient comprendre par des déplacements : des mouvements horizontaux répétés vers le haut et le bas signifiaient un OUI et des demi-tours alternatifs vers la gauche et la droite un NON.
— Vous habitiez seuls dans ce pavillon, vous n’avez pas d’enfant ?
— Si mais le premier est mort il y a quatre ans maintenant dans un accident de voiture. Notre cadet l’a très mal vécu et est parti un an plus tard, aussitôt sa majorité atteinte.
— Bon. Vous avez dit à mon collègue au téléphone tout à l’heure que vous n’étiez pas chez vous cette nuit et que vous avez découvert les corps de votre mari seulement ce matin…
— C’est exact.
Le fantôme s’agita et se mit à tourner sur lui-même, dans un sens puis dans l’autre, et effectua des cercles de plus en plus rapide au-dessus de sa femme.
— Hum, ça n’a pas l’air d’être l’avis de votre mari. Je dirais même, rapport à son attitude, qu’il semble vous accuser de quelque chose…
La femme s’affola.
— Mais c’est la vérité commissaire ! Il cherche seulement à se venger car il sait que j’entretiens une liaison avec un collègue de travail. Et il en a eu la confirmation cette nuit en nous surprenant tous les deux. Je croyais que j’avais eu une hallucination mais maintenant j’en suis sûre, c’est bien lui que j’ai aperçu, devenu fantôme, dans notre chambre !
Le spectre s’agita de plus belle autour d’elle.
— Oh je vous en supplie commissaire, faites quelque chose !
— Bon vous allez nous suivre au commissariat Madame. Nous avons des pièces équipées en système AFO, vous ne serez donc plus perturbée par la vision de votre défunt mari. Vous nous donnerez ensuite les coordonnées de votre ami, et nous interrogerons les voisins…
Le commissaire pesta intérieurement. Il sentait que cette affaire allait durer. En plus il était seul sur le coup, ses collègues étant occupés par une affaire de deal d’ecstasy ; un gamin avait été retrouvé mort ce matin d’une overdose.
Il saisit son téléphone et composa un numéro : sa mère ne devrait pas l’attendre pour dîner ce soir.

* * *

Solène enjamba délicatement le rebord de la douche et referma le rideau en plastique derrière elle. Elle ouvrit les robinets et joua un moment avec le chaud et le froid avant d’obtenir la température parfaite pour son corps. Alors qu’elle rejetait sa tête en arrière pour se rafraîchir le visage, elle réprima un sursaut : quatre paires d’yeux vitreux l’observaient au-dessus de la tringle à rideau. Un profond soupir s’échappa de sa gorge. Décaler sa toilette d’une heure n’y avait décidément rien fait, presque tout le petit groupe habituel de fantômes voyeurs étaient au rendez-vous. Seuls manquaient aujourd’hui le vieux monsieur en blouse d’hôpital dont on voyait encore les tuyaux à perfusion sortir de ses bras ainsi que le noyé au visage complètement boursouflé.
— Bande d’obsédés, sales cadavres pervers !
Furieuse, la jeune fille au corps de rêve entrouvrit le rideau et y passa le bras pour atteindre l’interrupteur, qu’elle baissa d’un cran. La lumière s’éteignit, faisant ressortir d’un halo blanc les formes spectrales. Elles étaient encore plus effrayantes ainsi. Elle abaissa l’interrupteur une seconde fois et l’ampoule passa en mode AFO. La pièce pris alors une teinte violacée, ce qui eut pour effet d’effacer les fantômes à la vue humaine. Satisfaite, Solène se replaça sous le jet d’eau. Elle ne savait pas si ils pouvaient encore la voir mais elle au moins ne voyait plus ces apparitions qui la répugnaient et n’avait plus à supporter leur regard fixe braqué sur elle. Et tant pis pour la migraine qui s’ensuivait systématiquement après chaque exposition à la lumière AFO. Avant de s’habiller, elle effectua tout de même une dernière vérification et remonta l’interrupteur… aussitôt rabattu d’un geste rageur. Une semaine après son décès, Jérémie n’était toujours pas venu lui rendre visite, même pour la mater sous la douche...
Quel salop !

* * *

— André approche-toi s’il te plaît.
Le commissaire Bardi se pencha vers le visage de sa mère. Affaiblie par la maladie, ses paroles n’étaient plus qu’un souffle difficilement audible. Il posa une main protectrice sur les joues fripées et amaigries de la vieille dame, qui tentait de se redresser sur son lit.
— Garde tes forces maman, ne fais pas d’efforts inutiles.
— Non écoute moi bien André, ce que j’ai à te dire est important. Je veux… je veux que tu ailles me chercher ma belle robe bleue, tu sais celle que j’ai portée au mariage de ta sœur. Elle est rangée dans mon placard. Et je veux que tu m’aides à l’enfiler.
— Mais maman…
— Ne m’interromps pas s’il te plaît mon chéri. Mon heure est venue, je le sens, je le sais. Mon corps aspire au repos maintenant, il n’aura pas l’énergie de tenir une journée de plus…
Une quinte de toux l’obligea à s’interrompre. Doucement, le commissaire Bardi la redressa et lui tapota le dos avec précaution. Elle était si faible, si fragile. Il lui semblait que le moindre mouvement un peu trop brusque pouvait lui briser les os. Il lui cala ensuite quelques coussins derrière le dos. Ayant repris son souffle, elle poursuivit :
— Je crois que j’ai assez profité de ce que la vie avait à m’offrir. J’ai vécu des moments merveilleux, d’autres plus difficiles, mais je n’en regrette aucun. J’ai énormément voyagé et de part mon travail d’infirmière, j’ai pu me rendre utile envers les gens. Et surtout, j’ai eu deux enfants formidables…
— Maman…
— Mon existence fut des plus dignes André, et cette dignité, je tiens à la conserver dans ma mort également. Je ne veux pas devenir comme toutes ces pauvres âmes mortes errantes, qui ont terminé leur existence dans l’abandon et le laisser-aller presque total. A quoi ressemblent-ils ! Certains ne portent que de vieux pyjamas effilés, d’autres de simples sous-vêtements. Il y en a même qui ont leurs habits souillés. Et si honnête et intègre qu’on pu être leur vie, c’est bien souvent la seule image qui nous reste d’elles et c’est sur cette apparence ultime que nous jugeons leur vie entière. Alors je t’en prie fais ce que je te dis mon chéri et je pourrais alors partir l’esprit en paix…
La gorge serrée, les yeux embués de larmes, le commissaire se leva sans un mot. Il alla chercher dans la salle de bain un gant, du savon et remplit une bassine d’eau chaude. Il aida sa mère à enlever sa chemise de nuit et doucement, soigneusement, lui lava le corps. Sa robe bleue enfilée, il lui redressa la tête et entreprit de lui brosser les cheveux avec précaution et les attacha en chignon. Puis il enleva les coussins pour pouvoir l’allonger complètement, afin qu’elle soit bien droite et lui ramena les deux bras le long du corps. Au moment où il retirait ses mains des siennes, il sentit son corps se détendre. Toute la tension qu’elle avait accumulée pour rester en vie jusqu’à ce qu’il ait terminé se relâcha d’un coup. Il vit alors le spectre de sa mère monter doucement, quelques centimètres au-dessus du lit. Même position, même attitude qu’au moment précis de son dernier souffle. Ses yeux étaient restés ouverts, un léger sourire flottait sur ses lèvres. Le fantôme avança puis recula, hésitant – un peu comme un petit oiseau qui effectue son premier vol – et enfin se redressa. Elle pivota sur elle-même et stoppa face à son fils. Elle s’inclina profondément devant lui avant de s’envoler à travers le plafond, dans sa belle robe bleue.
Alors, André ne sentit pas le besoin de se retenir plus longtemps et pu enfin donner libre cours à son chagrin.

***

Cela fait cinq mois maintenant que Jérémie est décédé. Cinq mois que son spectre s’est détaché de son corps et a ainsi commencé son errance. Cinq mois à effrayer les gamins à la sortie de l’école, à gâcher des représentations théâtrales, ou des projections de cinéma en apparaissant brusquement en plein milieu, comme ça, juste pour le plaisir. Cinq mois à voyager, à explorer les moindres recoins du globe, à visiter des pays dans lesquels il n’était jamais allé de son vivant. Cinq mois à observer les hommes et leurs activités qui lui apparaissent désormais futiles : travailler, s’aimer, se battre, s’occuper, lutter…

Il s’ennuie maintenant. Faire pleurer les nourrissons dans leur berceau ou tenter de provoquer des crises cardiaques chez les personnes âgées ne l’amuse plus. La Terre est ronde et lorsqu’on est un fantôme, on en a vite fait le tour. Et puis il arrive un moment où il faut savoir couper le lien avec les vivants. Depuis quelques années, eux-mêmes de leur côté mettent tout en œuvre pour éloigner de plus en plus les morts de leur quotidien : invention des lumière AFO, des lunettes filtrantes…
De toutes façon, tous les personnes, une fois devenues fantômes, ne restent pas éternellement hanter la Terre. Bien vite elles se lassent elles aussi et partent explorer le reste de l’Univers. Alors pourquoi pas lui ? Elles ne reviennent en général jamais. Une fois dans l’infini de l’espace, il est bien évidemment quasiment impossible de retrouver le chemin de la Terre. Est-ce ceci qui retient Jérémie ? Non ! Alors quoi ? Est-ce parce que les étoiles lui rappellent par trop son père ? Est-ce parce qu’il a claqué la porte de chez lui trois ans auparavant et qu’il a juré ne plus avoir affaire à lui ni à quoi que ce soit qui pourrait lui rappeler son souvenir ?
Mais les souvenirs ne s’effacent pas aussi facilement.
Son père, avec son immense télescope installé dans le jardin. Son père, avec qui, en compagnie de son frère, il passait des soirées entières à observer les étoiles, à apprendre à reconnaître les planètes et les constellations aux noms énigmatiques: Andromède, le Centaure, Cassiopée, et sa préférée entre toutes, Orion.
Non, les souvenirs ne s’effacent pas facilement. Alors il s’élève dans les airs, doucement d’abord pour profiter une dernière fois de la planète Terre, puis de plus en plus vite, comme s’il redoutait de revenir sur sa décision.
Le fantôme de Jérémie Costa part explorer les étoiles.


14696 caractères
_________________
Administrateur travaillant en coulisse ...
Revenir en haut Aller en bas
Aytan
Rêveur d'arbres et d'étoiles


LionBuffle
Age : 22
Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 756

MessageSujet: Re: Textes de l'AT6 : Et si ...   Mar 3 Juil - 22:19


Et si Stefan Michel était un grand auteur spolié de la propriété de son oeuvre ?

par Stefan Michel




Boulogne sur mer
le 02 Février 2009

Cher monsieur Dégourdi

Vous trouverez ci-joint le texte « Le Croc de la Lune en rut » que je souhaite soumettre à votre appel à textes permanent. Il s’agit du récit d’une invasion extraterrestre et de la défense que lui opposèrent les résistants terriens. J’espère recevoir rapidement une réponse, quelle qu’en soit la teneur.

Votre dévoué

Stefan Michel

***

Paris
le 21 Mars 2009

Cher monsieur Michel

Tout d'abord, nous tenons à vous remercier de nous avoir soumis votre nouvelle « Le Croc de la Lune en rut » en réponse à notre appel à textes permanent. Malheureusement, nous avons choisi de ne pas le retenir pour la publication. Votre texte a été lu avec beaucoup d'attention par l'ensemble de la rédaction, Sans prétendre à un jugement infaillible, nous avons néanmoins repéré une irrégularité qui justifie à elle seule l'éviction de votre texte. Car notre refus ne se base pas sur la qualité du texte, qui dépassait largement les critères minimaux d'acceptation. D'ailleurs, avant les délibérations, il avait reçu la note maximale par l'ensemble de la rédaction, sauf une personne qui avait repéré votre manège. Ce qui est préférable, car si nous étions restés dans l'ignorance, nous aurions été convaincus de publier un des meilleurs textes jamais envoyés à notre magazine en plus de quinze ans d'existence de celui-ci, alors qu'en réalité nous nous serions exposés en toute bonne foi à de cruelles désillusions, puisqu'à n'en pas douter, l'affaire aurait fini rapidement au tribunal, avec la rédaction et vous au banc des accusés. Car nous sommes désormais convaincus que votre texte est identique à la virgule près à « la nuit des loups », un des premiers textes de Didier Widehen, publiés en 1994 dans Bubons et Pustules, un fanzine à l'existence éphémère puisqu'aujourd'hui disparu corps et biens. La seule originalité que l'on pouvait vous attribuer était finalement le titre, le reste n'étant pas de vous, Nous vous exhortons alors à ne pas réitérer ce genre de manipulations douteuses, qui sont mauvaises pour les magazines et encore plus pour vous. Nous passons l'éponge pour une fois, mais ne recommencez plus, où nous serions obligés de vous dénoncer. Nous espérons donc que vous comprendrez l'ampleur de votre erreur et que vous nous enverrez un texte écrit par vous, nous serons heureux de le publier s'il est d'assez bonne qualité,

Cordialement

Ollie Dégourdi, rédacteur en chef de Présence d'Ectoplasmes

***

Boulogne sur mer
le 25 Mars 2009


Cher monsieur Dégourdi

J'ai été surpris par votre verdict, car je peux vous garantir en toute bonne foi que jamais je n'ai pris l'oeuvre d'un autre pour m'en prétendre l'auteur. Je me demande au nom de quoi vous pouvez prétendre que je n'ai pas écrit le texte que je vous ai envoyé, et pour tout dire, que je l'ai plagié. Je ne connais pas l'oeuvre de Didier Widehen, et pour tout dire, je n'ai même jamais entendu parler de lui. Par contre, j'aimerai lire le magazine où vous dites qu'il a été publié pour que je fasse moi même la vérification, bien que je doute de la véracité de vos dires, Je suis bel et bien l'auteur de « Le Croc de la Lune en rut » ou même de « La Nuit des loups », puisqu'il vous plaît de l'appeler ainsi.

Votre dévoué

Stefan Michel

***

Paris
le 2 Avril 2009

Cher monsieur Michel

Nous aussi à la rédaction nous aimerions bien mettre la main sur un des exemplaires de Bubons et Pustules, mais cette collection désormais mythique est éparpillée au quatre coins de la France, et il reste peu de numéros encore disponibles de c