| | Textes de l'AT7 : Etrangers | |
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Aytan Rêveur d'arbres et d'étoiles

  Age : 23 Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 755
 | Sujet: Textes de l'AT7 : Etrangers Ven 7 Sep 2007 - 13:58 | |
| Avant toute chose, le célébre qui-a-fait-quoi ?
Eva = Drizzt Le Témoignage holographique de Théofred Frichefeuille = Bat'niak Pégase = Stella Delle Rouge et bleu - une histoire d'oiseaux = Khellendros Héritage = Uriak Gerbilles = Greenbat HAGGIBBORIM = Amon
NOMBRE DE TEXTES REÇUS : 7
Bonne lecture !
Texte 1
Eva
L’homme n’utilise que 10 pourcent de son cerveau Albert Einstein
Le cœur a ses raisons que la raison ignore Pascal
- Remettez m’en un autre ! - Je ne pense pas monsieur. Dans votre état, ce ne serait guère raisonnable !
Jacques Forestier glissa un billet de 20 euros dans la poche du veston du barman. Celui-ci finit de guerre lasse par remplir son verre à moitié.
Certains boivent pour oublier. L’homme, lui, buvait pour tenter de se souvenir. Pour se remettre dans les circonstances qui avaient précédé le drame. Et bien évidemment pour se flageller !
Une ombre s’approcha de lui.
- Pourquoi t’infliger cela, Jacques ! fit le nouveau venu. Tu étais le plus brillant d’entre nous, regardes ce que tu es devenu ! - En l’occurrence, la psychanalyse ne m’a été d’aucun recours ! - Pourtant tu étais le meilleur dans ce domaine… - Les choses changent…
Un silence se fit. Le compatissant fit glisser une chemise cartonnée sur le comptoir. Trois feuilles en dépassaient.
- On a besoin de tes compétences, Jacques ! Je viens t’aider à te remettre en piste.
***
Les récoltes seraient bonnes cette année. Ter-Lana la Grande Arpenteuse ne pouvait que s’en réjouir. Les Chimères Rugissantes, cascades chromatiques, tourbillons permanents de reflets, sources de pensées et de concepts, charriaient des larmes à profusions. Les Arpenteuses Novices et les Arpenteuses Initiées les recueillaient au bout de longues tiges d’Onirium, le métal forgé dans les fours d’Hypnia la capitale de l’Empire. Le contact direct avec les sources n’aurait pas manqué de leur brûler les mains. Puis elles les coulaient dans des jarres de cristal et les portaient aux Modeleuses, les ouvrières aveugles –afin de ne pas être déstabilisées dans leur essences par les principes purs qu’elles sculptaient en pièces morphiques, la monnaie de leur civilisation.
Et l’argent est le nerf de la guerre !
Les Arpenteuses, les Modeleuses et les Contemplatrices étaient les avatars féminins de ce monde. Elles vivaient dans les plaines herbeuses de l’Empire, au alentour d’Hypnia et des villes périphériques.
Pendant ce temps, les mâles menaient la lutte aux frontières et dans quelques contrées éloignées pour repousser les « monstres guettant leurs proies »
Aux yeux d’explorateurs au champ de vision restreint, l’Empire d’Hypnia aurait semblé un monde de contemplation et de paix à l’image des femmes éthérées de ces lieux.
***
Trois minutes avant protocole… Sangles ajustées… Dossiers réglés… cales pieds positionnés
ECG Okay, EEG Okay…
Deux minutes avant test numéro 23
Solutions d’extraits d’ « Ecorce Bleue » dosées
Seringues prêtes
Soixante secondes avant expérimentation.
Sujets nerveux mais réceptifs
Moment critique. Transfert de réalité en cours…
Note du professeur Pulawski : Le test s’est bien déroulé. Contact en voie d’être établi avec les indigènes. Premières observations concluantes. Ce peuple semble tourné vers la contemplation. Est-ce là la réponse à toutes les énigmes de l’humanité ?
***
Jacques Forestier avait repris ses expériences picturales de jeunesse. Il avait cessé de peindre quatre ans plus tôt car la vie ne lui inspirait plus rien. Ses tableaux n’étaient plus que routes sombres, entrées de tunnels obscurs, tanières de « monstres guettant une proie ».
Puis depuis peu, il avait recommencé à peindre des ciels bleues, des fontaines d’eau pure et des jardins parcourus par des êtres éthérés à la peau de la même couleur que le ciel. Une cité fabuleuse dominait le paysage de ces visions d’artistes.
Cependant une toile restait inachevée. Elle trônait sous un drap blanc au fond du garage aménagé depuis que la voiture n’y était plus. Ce serait l’œuvre primordiale, son chef d’œuvre ! Mais Jacques ne parvenait pas à la terminer.
Sur la grande table où il vernissait ses toiles reposait la chemise cartonnée qu’un estimé confrère lui avait remise deux mois plus tôt ainsi que des carnet de voyages amplement illustrés. Parmi les feuillets figuraient les photocopies d’articles de revues. La première coupure datait un peu. Il s’agissait d’un compte-rendu de « la Recherche » daté d’août 2008 sur une expédition en dirigeable au dessus de la forêt amazonienne, censé répertorier les espèces animales et végétales inconnues. L’autre papier était plus récent, de mars 2015, et était un rapport du bulletin interne de la firme « Chemicals Solutions » qui avait analysé les principes actifs des échantillons de 2008.
Ecorce Bleue : Substance granuleuse récoltée sur le feuillu d’Amazonie Centrale, Gigantus Onirum par l’expédition Fleicher, probablement d’origine fongique (du à un parasite non identifié de l’arbre). Les indiens Pai-pai l’utilisent pour communiquer avec ce qu’ils nomment Kaidu. Cette tribu isolée d’Amérique du Sud mène une vie spirituelle très riche et possède un potentiel créatif étonnant. Ils semblent avoir accès à un savoir primordial inépuisable.
***
Ki-Merin attendait le retour de son père. La fillette, également abandonnée par sa mère, passait ses journées à dessiner sous les branchages d’un arbre aux feuilles bleues. Les enfants d’Hypnia font preuve de beaucoup d’inventivité dans les domaines de l’art mais perdent peu à peu ces dons à l’adolescence. Voila pourquoi, les Chimères Rugissantes ont tellement d’importance et de valeur pour les habitants de l’Empire. Les adultes femelles de la classe des Contemplatrices se perdent des heures dans leur observation, une fois celles-ci formées par les Modeleuses. Les décisions politiques reviennent aux Contemplatrices. Ce sont elles qui ont décidé d’envoyer les mâles à la guerre.
Les Chimères Rugissantes, les « monstres qui guettent leurs proies » : les deux faces d’un même principe. Dualité dans la fonction, mais même origine cependant !
Le monde d’En-Bas…
L’Inconnu.
La génitrice de Ki-Merin est Modeleuse. Elle travaille sur une pièce de grande valeur. Ce sera un cadeau pour sa fille, pour se faire pardonner ses absences.
Ki-Merin relève la tête. Il y a des visiteurs ! Quatre êtres étranges à la peau rose sont étendus sur l’herbe non loin de là ! Qui sont-ils ?
***
Jacques est sanglé sur son siège. Cela doit lui éviter des problèmes musculaires en cas de convulsion. Mais c’est plus pour la forme. Car au bout du 34 eme test, le protocole est bien rodé. Le psychanalyste regarde ses quatre co-explorateurs. Puis, alors qu’on lui injecte l’«Ecorce Bleue » en intraveineuse, il se concentre…
Moment critique. Transfert de réalité en cours…
Le décor se modifie. Le laboratoire aseptisé de la clinique de pointe de « Chemicals Solution », en banlieue parisienne, se modifie. Le plafond et le sol semblent les premiers affectés ! Le blanc vire au bleu. Puis de l’herbe abondante pousse aux pieds des quatre fauteuils, bleue, elle aussi. Les sangles s’évanouissent comme dans un rêve, et tout l’équipement suit.
Les trois hommes et la femme sont étendus dans l’herbe.
Jacques, le chef d’équipe lève la tête et aperçoit une fillette. Elle semble presque irréelle. Ses traits sont très fins et sa peau est de la même couleur que l’environnement. Elle possède de grands yeux mais est dépourvue de nez et de bouche.
Elle ne semble guère effrayée mais intriguée.
Etrangement, elle parle la même langue que les explorateurs. Elle s’adresse directement à leurs esprits. Pourtant ses propos sont mystérieux.
- Venez vous de l’Inconnu ? - Qui est-tu étrange créature ? -Vous n’êtes pas des « monstres qui guettent leurs proies » ajoute-t’elle. Puis encore : « Je le sais, j’ai vu vos semblables dans les Chimères Rugissantes. »
Et Ki-Merin prit Jacques par la main et le mena plus avant sur ses terres étranges.
***
Lorsqu’il ne parcourait pas l’Empire d’Hypnia, après chaque Descente, Jacques peignait. Il relisait aussi ses notes. Le professeur Pulawski attendait en effet des résultats et c’était un homme avide de connaissances, en quête du savoir primordial.
Six équipes parcouraient maintenant Hypnia. On en était au 64ème test. Les données s’accumulaient.
Hypnia était à l’évidence une Contrée Onirique, un de ces mondes qui inspire les poètes et les peintres. Un jour, lors d’une promenade, Ki-Merin, avec laquelle Jacques s’était lié d’amitié, lui avait parlé plus amplement des Chimères Rugissante, attisant sa curiosité. Les explorateurs ne furent pas autorises par les Contemplatrices à approcher les sources. On craignit qu’ils les polluent. On enquêtait sur des liens possibles entre les étrangers et les monstres des frontières. La fillette bleue montra à son amie une Pièce Morphique. La pièce contenait des images ! Une vision de terriens planant aux dessus de villes. Jacques demanda à examiner une autre pièce. Cette fois-ci, un couple de terrien s’enlaçait de manière torride ! Le doute n’était plus permis. Les Pièces Morphiques étaient chacune un morceau de rêve d’un terrien. Le patrimoine onirique de l’humanité venait alimenter les Chimères Rugissantes dans ce curieux pays. Les Arpenteuses et les Modeleuses en faisaient ensuite la source du pouvoir d’Hypnia. Mais alors… les « monstres qui guettent leurs proies » devaient être les cauchemars. En bon psychanalyste, Jacques comprit que les habitants se devaient donc de les « refouler ». Peut-être en fin de compte, ce monde n’était-il que l’inconscient de chaque humain, accessible grâce à l’ « Ecorce Bleue »
***
Une fois sa Descente effectué, la réaction de Jacques fut inattendue. Il plongea dans un état dépressif. Le professeur Pulawski pensa à un mauvais dosage de produits. Il réajusta le tir.
***
Cette nuit-là, Jacques dormi mal et fut assailli par un cauchemar. Il roulait à vive allure sur une route sombre et allait aborder un tunnel. Soudain, une fillette, qu’il cru reconnaître être Ki-Merin traversa devant la voiture au milieu de nulle part. Comme il y a quatre ans… La nuit où il avait trop bu. Et il avait pris le volant avec sa femme qui ne possédait pas le permis. Il n’avait rien voulu savoir et pensait ne pas être ivre.
Mais parfois les monstres guettent les fillettes… Quelque part sur une route sombre… A l’entrée d’un tunnel… Sa femme, il ne se rappelait plus son visage lorsqu’elle souriait.
Au moment de la collision, il n’y avait vu que l’effroi, cette image était restée la seule dans son esprit. On lui avait volé ses autres souvenirs.
Il se rappelait toutefois son prénom.
***
Les doses d’« Ecorce Bleue » avaient été repensées.
Sur la Promenade des Héros, là où à intervalles réguliers, on pouvait contempler la statue d’un monstre terrassé, Jacques tenait Ki-Merin par la main.
Elle vit bien qu’il était triste. Elle lui en demanda la raison et il lui expliqua son drame.
- Les Contemplatrices t’ont enfin autorisé à voir les Chimères Rugissante, lui dit-elle pour l’apaiser.
Devant les cascades chromatiques, Jacques eut alors la révélation. Le spectacle était magnifique. Des milliers de rêves humains parcouraient chacune d’entre elles.
Puis, la fillette à la peau bleue montra à son amie la pièce morphique que lui avait façonné sa mère.
Jacques ne put alors retenir ses larmes en contemplant la vision – le rêve – que contenait celle-ci.
-Merci ma jeune amie, lui dit-elle, bien qu’il saches pertinemment à ce moment là que la notion d’age et de temps était toute relative en ces lieux.
Le lendemain, Jacques Forestier peignit toute la nuit. La vision dans la pièce lui permit de terminer la toile sous le drap blanc.
Il était enfin parvenu à se souvenir.
Le sourire de sa femme, sur la peinture, irradiait dans la pièce. Le sourire d’Eva.
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Dernière édition par le Ven 7 Sep 2007 - 14:05, édité 2 fois |
|  | | Aytan Rêveur d'arbres et d'étoiles

  Age : 23 Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 755
 | Sujet: Re: Textes de l'AT7 : Etrangers Ven 7 Sep 2007 - 13:59 | |
| Texte 2
Le Témoignage holographique de Théofred Frichefeuille
Cher lecteur, chère lectrice, ou encore –diplomatie exige –cher spatio-métèque, Ce n’est pas par stupidité que j’omets la date, mais bien parce que je n’ai pas l’esquisse d’un indice du moment propice du précipice. Quand vous lirez ces hologrammes scintillants dans une pièce sombre, je ne serai plus fonctionnel. Oui, et alors, marmonnerez-vous âprement, non content de manquer le passage de ces troupeaux de comètes pétaradantes. Eh bien voilà, n’allez pas croire que ça me fasse plaisir de rentrer ces mots testamentaires dans la console, mais ma vie est menacée. Menacée ? Dans ce vaisseau-monde à la faune aussi molle que sa vitesse de croisière ? Impossible. Et pourtant. Je ne prendrais pas la peine d’user mes doigts à cette confession s’il ne s’agissait là d’une affaire de la plus haute gravité. Je déclare solennellement, moi, Théofred Frichefeuille, Voyageur consentant ( et regrettant ) de l’Expansion Secondaire, que quelque chose se trame à bord du Batelier stellaire. Ne plissez pas ces lèvres narquoises, lecteur /trice / métèque ! Sachez que si votre diaphragme est en pénurie de secousse, ce n’est pas avec moi qu’il succombera au rire. Ou alors vous serez bien aimable de communiquer ce témoignage à quiconque se soucie de mon destin ! Même à cette crevette rancie de Capitaine Krokkenkrik, bourlingueur adulé de toutes les expéditions glorieuses des commencements. Mais je vous prierai de ne pas pousser la sauvagerie jusqu’à me délivrer entre les mains moites de la concierge. Cette potiche délurée m’a toujours couru après le train, et croyez-moi, je me suis aussi toujours arrangé pour lui claquer les barrières au nez, qu’elle a fort granuleux, et pour lui interdire les quais de mon intimité. Jamais un Frichefeuille ne fraiera avec une vile groupie de son extraction, ou je ne suis plus un illustre aventurier ! Les souches rongées comme Diliphène Saskacheunouille, le Batelier stellaire en abrite une forêt, et pas piquée des ânes-en-thon ! Mais je divague. Le sort tant convoité de ma précieuse cargaison de gamètes n’est pas le but de cette lettre. Revenons à nos neutrons. Remisez vos galas étriqués pour plus tard, mon souvenir importe plus qu’une louchée de gélatine goût rognons le long de vos tubes digestifs ! Je disais donc que ma vie se trouvait menacée. Enfin, que ma vie est partie rejoindre le Grand-Tout à l’heure à laquelle vous lisez ceci. Par quel tourment ai-je péri, je ne suis pas certain de bien vouloir l’imaginer. Un examen approfondi de ma chambre vous donnera sûrement des indices quant à ma dissolution, pulvérisation, perforation, combustion, succion,… Par tous les écrous de ce vaisseau, voilà que de perfides pensées m’envahissent ! Quel destin m’est réservé ? Pourquoi ne pas m’enfuir maintenant, sans me retourner ? Peut-être parce que, chez les Frichefeuille, nous sommes fiers en cœur de père en fils… La faiblesse ne trouvera nullement en moi un hôte acceptable, aussi je lui prierai de quitter les abords de mon noble cerveau sans préavis. Je ne sais pas pour vous, « lecteurtricetèque », mais j’ai la nette et malhonnête sensation de glisser hors du sujet qui nous préoccupe. Comme si mes synapses dérapaient dans une masse graisseuse échappée de quelque boudin boudeur de mon lobe occipital. Déprimant… et pourtant rassurant. La couardise n’étant pas inscrite dans mon patrimoine génétique –demandez confirmation au docteur expérimental, Muchalon Pompremûr, il vous montrera mes analyses, – je me lance. Commandez un pouftronique si ce n’est fait, ou vous risquez de respirer la gomme râpée des semelles anti-gravité sur le sol glacial. C’est fait ? Alors respirez bien, et écoutez. Je me suis réveillé ce matin avec une caboche comprimée de fatigue et de mal du voyage. Le méridien potlemante n’a jamais été mon fort. Trop d’ondes vagabondes, d’échos perdus et d’ébullition sub-dimensionnelle. Mauvais pour mon niveau à bulle mental. Ça m’a toujours refilé la nausée et une tuyauterie à rendre dingue un cageot de pommes pas mûres. Alors c’est tout naturellement que je me suis rendu dans la salle d’eau, et que j’ai trôné hardiment sur mon réveil difficile. Vous ne devinerez jamais ce qui m’attendait, en flaques miniatures dans le lavabo chromé. Des traces de pas, par dizaines. Quelque chose avait copieusement piétiné mon tube de pâte fluorée, et s’était essayé à l’art ancien de la peinture abstraite. C’était comme si j’avais laissé mon coupé en bord de mer, et que j’avais retrouvé l’intégralité de la Symphonie pluviale sur mes sièges en cuir. Je peux vous dire que la surprise m’a gardé vissé à la lunette forestière. Le vaisseau n’avait pris à son bord aucun spatio-métèque depuis plus de trois mois, alors vous pensez, j’aurais remarqué si un être d’une petitesse pareille était à bord. Sans tergiverser plus longtemps, je me suis rhabillé et ai fait une rapide inspection des lieux. En dehors du lavabo, nulle éclaboussure fluorée n’était visible dans la pièce. Mon esprit rationnel a vite repris les rênes de mon esprit. Après tout, si un intrus était à bord, pourquoi viendrait-il danser dans mon lavabo ? C’était sans compter l’odeur infecte qui émana du siphon quand je me penchai pour jeter un coup d’oeil dans le trou sombre. Je crus un instant avoir égaré mon appendice nasal dans le système pileux d’un KpossNongKwam à verrue ailée. Répugnant. Je ne vous raconte pas la lutte pour retenir mon estomac dans ses logements. Etant pourvu d’une matière grise ( rayonnante pourrait s’appliquer dans mon cas ) majoritairement plus développée que le commun des Voguants, la cogitation effervescente de mon chef ne tarda pas à soupçonner quelque dysfonctionnement dans l’ordre établi du Batelier céleste. Je laissai néanmoins de côté ma suspicion pour aller dispenser mes connaissances des mystères terriens à quelques petites têtes bien remplies. Mon cours, intitulé « La paternité des Nazcargots dans les géoglyphes péruviens », fascina comme à chaque fois mon auditoire. Mes élèves apprirent ainsi comment, sur la base d’une coquille fossile d’escargot surdimensionné retrouvée près de la ville de Nazca, j’étais remonté jusqu’à l’existence d’un peuple mollusque bâtisseur et mystique, qui s’était adonné au traçage intensif de lignes sur le sol rocailleux. Il me faut avouer qu’au moment où je mimais ma stupéfaction première lorsque, truelle en main, je mis à jour la spirale parfaite de ma coquille, une étincelle crépita dans mon cerveau. Je tenais là un élément capital. L’évidence était là-même, sous mes yeux, brandissant presque une pancarte électronique pour m’aider à formuler ce que je n’avais pu envisager la veille. Un étranger. Voilà ce que c’était. Un étranger habitait mon lavabo, piétinait ma pâte fluorée, occupait mon siphon, dansait peut-être le romvong sur ma savonnette. Un clandestin, non répertorié dans la liste allongée du registre. Ne vous méprenez pas, je ne parle pas d’un passager-parasite venu renflouer l’économie souterraine qui avait cours dans les cales obscures du vaisseau. Non plus d’un spatio-métèque ayant oublié de renouveler son visa stationnaire. Non, tout le monde faisait ça, en cas de besoin, et ça marchait depuis la Première Expansion. L’inconnu du lavabo, quant à lui, relevait d’un autre domaine. Il n’était ni Voguant ni clandestin, sinon il se serait terré parmi les câbles et boulons, alors qu’était-il, au juste ? Une menace indéfinie, une tache imprécise dans l’immensité quotidienne. A bien y réfléchir, ça devait être ça. Une partie du quotidien. Quelle meilleure couverture pour un étranger au système ? Mes méninges faisaient machines avant avec férocité, je ne m’étonnerais pas de m’entendre dire que de la fumée sortait de mes oreilles. Mes réflexions me ramenèrent à la source du problème, dans ma chambre. Les traces avaient séché et s’écaillaient sous les vibrations du vaisseau. L’odeur, quant à elle, avait tourné à l’aigre. Empoignant mon courage par le bras, je plantai deux doigts inquisiteurs dans le trou du lavabo. Outre les miasmes corrosifs qui s’échappèrent des dépôts gluants et les micro-blattes croque-crasse qui refluèrent vers la surface, je délogeai également des amas de poils et de rognures diverses. Je déposai mon butin sur le rebord de chrome pour l’examiner. Mes yeux tressautèrent d’indignation en voyant quelle horreur invisible abritait ma cuvette d’ablutions. Je sentis au fond de moi que le doigt continuait de glisser, mais que la graisse s’amenuisait. La faim me poussa, aux alentours du crachin magmatique polaire, à sortir de ma tanière. Le réfectoire m’accueillit avec ses rangées de tables en aluminium, ses fontaines alimentaires disséminées au coeur de jungles synthétiques et ses lumières trop brillantes émanant de spots multicolores. Je me servis une généreuse ration de bouillie de porc reconstituée aux poireaux mixés à la crème au beurre doux. Distraitement, j’aspirais mon déjeuner quand une pensée me secoua comme une cloche de beffroi. La vaisselle ! Cette assiette creuse en polymère olivâtre qui contenait ma nourriture ! Ce verre qui ondulait des parois au rythme des bulles de mon eau oxygénée ! Et ces pailles, là, toutes pimpantes de plastique pourpre ! Qu’avaient-elles à cacher ? Mon excitation était telle que je me levai de table avec brusquerie, envoyant valser ma chaise de plexiglas. Je m’occuperai de son cas plus tard, si ma découverte n’a pas entraînée celle de mon cadavre mutilé. Sous le regard éberlué de mes compagnons de dérive sidérale, je me suis précipité du côté des cuisines, fébrile comme un orignal en galante compagnie. Comme je le supputais, il n’y avait pas trace des cantinières sous leurs filets de fibres optiques. Les quatre profonds éviers luisaient dans leur acier poli. Quelques bols reposaient dans chacun d’eux. J’ai retroussé mes manches pour les saisir et les passer au désincrustant ionique. Ensuite, je les ai rangés dans le meuble prévu à cet effet, et j’ai tourné la tête quelques secondes. Lorsque j’ai regardé de nouveau les éviers, des piles raisonnables de verres, de bols et d’assiettes reposaient dans leurs restes alimentaires. Incroyable. J’avais mis le doigt sur l’énigme la plus horripilante de l’histoire de l’Humanité, et il m’avait fallu gagner l’Espace pour le découvrir ! Tout était affaire d’acharnement, d’asservissement. Nous étions prisonniers de la saleté, des taches ménagères. Quand je dis nous, je devrais préciser que cette tâche est culturellement, de tous temps et de tous mœurs, retombée sur la tête des femmes, et ce n’est pas moi qui irais m’en plaindre ! L’expérience était pourtant d’une simplicité enfantine ! Rangez, lustrez, époussetez, désincrustez, et attendez. Pas un, deux mois, quelques jours suffisent amplement. Constatez : crasse, taches, bazar, tout est revenu. Cette aisance de ma part à connaître ces vérités féminines viennent du fait que dans ma jeunesse aventureuse, je partageais la couche fort attrayante d’une beauté tout en autorité. Avec elle, je goûtais aux âpretés des corvées journalières, mais mon plaisir n’en était pas moins décuplé par la récompense que m’offraient ses cuisses puissantes et ses baisers veloutés. Comme disait la vieille expression : le pied. Je réalisai tout juste l’étendue de ma découverte qu’un coup de carafe alvéolée me fut assené sur la tempe gauche. Au moment où je consigne ces mots, j’en ressens toute la douleur à travers les palpitations de mes veines malmenées. C’est à cette tentative d’assommement que j’ai compris que ma vie était en danger. Mes pensées toussèrent légèrement dans leur enveloppe, et je finis, à force de raclements insistants, par en expectorer un raisonnement infaillible. J’étais le seul à connaître le secret de l’acharnement ménager. Soit je mettais aussi vite que possible le plus grand nombre de personnes au fait de la situation ( histoire de me dédommager en partageant avec eux mon péril ), soit je prenais la fuite, rapidement et loin. Or, à bord du Batelier céleste, cette option m’était d’office refusée. Donc, je devais parler. C’est ce que je faisais il y a encore une heure. Seulement voilà, à part récolter des regards d’opossum cocu et des tapotements compatissants sur l’épaule, personne n’a avalé la potion. C’est pour ça qu’en dernier recours, j’utilise le consigneur holographique, afin qu’après ma disparition l’on s’interroge sur ce phénomène qui touche aussi bien la Terre que notre vaisseau. Peut-être tiens-je là la clef du mystère de l’Univers entier. Et si c’était ça, la liberté ? Je dois clore mon témoignage, ou testament, appelez-le comme vous voulez, mais souvenez-vous de Théofred Frichefeuille et de sa découverte primordiale. Je dois vous quitter. A ma grande terreur, je viens de réaliser que la pièce de lecture contient une bibliothèque ordonnée. Qui l’a rangée ? Je ne saurai probablement jamais qui est le responsable –pourtant innocent –de ma condamnation. Sera-ce ce rouleau sur la mécanique nébuleuse qui causera mon trépas ? Ou bien ce tome poussiéreux qui m’enverra compter les étoiles dans l’inconscience ? Que sais-je ? Fin
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 | Sujet: Re: Textes de l'AT7 : Etrangers Ven 7 Sep 2007 - 14:00 | |
| Texte 3
Monastère de la Madrée, témoignage de Laurent Gone, Irthia 17
Je me suis réveillé au milieu de nulle part et j’ai rencontré des êtres fabuleux. J’en suis à la fois attristé et heureux. Voici mon histoire. Quand j’ouvris les yeux, mon premier réflexe fut de chercher les couleurs. Tout était tellement clair ! J’étais allongé sur le dos. Je levai le bras d’à peine 10 cm et le dos de la main buta contre une vitre qui se rétracta aussitôt. Je leva la tête et j’identifiai mon lit : un coffret de sommeil. Les souvenirs me revinrent : ces derniers temps sur Terre, quand nous parlions tous de la catastrophe finale et de ces vaisseaux, les futuras, se construisant pour que nous partions hiberner dans l’espace. En effectuant, assis, les quelques exercices d’assouplissement « grand réveil » appris il y a bien longtemps, je scrutais l’étendue autour de moi. Je ne voyais toujours que du blanc. Puis ma vision s’adapta. Je distinguai le léger gris du ciel de la ligne d’horizon. Je posai délicatement les pieds à terre avant de m’accroupir pour toucher les petits grains que je voyais à mes pieds. Les porter à la bouche confirma mon impression : il s’agissait de sel. Du sel à perte de vue, un véritable désert blanc, craquelé et plat à l’infini. Les pâles rayons d’un soleil fade sortirent des nuages et leur réflexion m’éblouit. Tournant la tête, je découvris des montagnes plus foncées que le ciel. Elles me rappelaient les Alpes avec leurs sommets enneigés et pointus. Devant elles, à quelques kilomètres de moi, se dressaient des formes vertes – ma vue de loin restait imprécise. De véritables taches de couleur dans cet univers monochrome. Elles évoquaient une forêt. Une grande partie sombre et plus clairsemée semblait carbonisée. Si végétation il y avait, j’avais des chances de pouvoir me nourrir. J’étais affamé, ce qui est normal après un long sommeil artificiel. Je jetais un dernier coup d’œil à mon coffret de sommeil. Un simple tube blanc au couvercle transparent. Combien de temps y étais-je resté, un millier d’années ou quelques semaines ? Le saurais-je un jour ? Dessus était inscrit : Laurent Gone, mes prénom et nom. C’était stupide, mais je me sentais attaché à cet objet. J’ai fait un petit salut à ses reliques du passé avant de commencer à marcher. Nous étions des millions de volontaires pour partir hiberner dans l’espace et voilà que je me retrouvais seul à arpenter ce désert. La chaleur du soleil sur ma peau était agréable mais l’éclat de ses rayons sur le sol se révélait douloureux pour les yeux. Je sentais les premiers symptômes d’une migraine ophtalmique. Je me demandais si j’étais sur une autre planète ou si la catastrophe avait tellement transformé la terre que je ne la reconnaissais pas. Le paysage n’étant pas très varié, ces pensées me faisaient passer le temps. Le premier squelette m’horrifia. Il devait s’agir d’un renard. De temps à autres, je croisai un tibia ou un crâne mais je ne vis plus d’animal entier. Peu à peu, la soif devenait obsédante. Une véritable torture. La tête me tournait alors que je continuais à marcher. Je voyais des oasis au loin. Des oasis qui s’éloignaient au fur et à mesure que je m’en approchais. Je crois que je me suis finalement évanoui. Je rêvai d’un petit cheval ailé. « Pégase » appelai-je en tendant la main vers lui. Il vint au-dessus de moi et, un instant plus tard, nous volions de concert. Je me sentais léger et heureux. Après avoir atterris à côté d’une source, je bu en plongeant la tête entière dans l’eau avant de m’étendre avec plaisir dans l’herbe haute. Je me suis éveillé le sourire aux lèvres, les cheveux mouillés et la gorge désaltérée. De grands yeux verts à paillettes dorées me fixaient. Je me pinçai. Je ne dormais plus. Je me redressai. Le petit cheval se tenait à un mètre devant moi, suspendu dans les airs à hauteur de mon visage. Sa longue crinière bleu nuit ondulait et tranchait avec sa robe bleu ciel. Son dos était nanti de petites ailes diaphanes de même teinte qui s’agitaient doucement. Debout sur ses quatre pattes, il devait mesurer à peine 30 cm de hauteur, oreilles comprises. Il me regardait fixement. Nous sommes restés longtemps les yeux dans les yeux avant que visions et sensations ne m’envahissent. J’eus l’impression d’odeurs, puis de sons, tous deux variant et brouillés. Enfin sont apparues des images du petit cheval m’apportant des tablettes violettes de la taille de ma main. Je les prenais et les mangeais. Déconcerté, je me forçais à chasser ces visions et à regarder de nouveau ce compagnon de mythologie. Ses yeux étaient devenus étrangement interrogateurs. Ne sachant comment me comporter mais entendant mon estomac gargouiller, je mimai le mouvement de porter de la nourriture à la bouche. Il eut un tressaillement –de joie je pense- et il s’éloigna cinq minutes pour revenir avec les fameuses tablettes. Il les transportait en volant, tenant entre ses dents l’anse d’un panier plus grand que lui. Cela n’avait pas beaucoup de goût mais sans même me demander si c’était mangeable, je les engloutis en quelques bouchées. Lorsque j’ouvris les yeux, l’animal dormait, allongé à côté de moi. Prenant garde de le déranger, je m’assis et j’examinai mon environnement. Je me trouvais dans une petite pièce ronde, aux murs noirs. De la lumière filtrait par un trou au plafond. Je ne me souvenais pas m’être allongé ici. Une sorte de brèche semblait constituer la porte d’entrée. Je sortis. Me retournant, je découvris un immense arbre carbonisé et creux. Voilà donc à quoi ressemblait la tanière d’un cheval ailé. Un incendie important avait dû sévir car tout autour de moi, ce n’étaient que noirs troncs désolés aux branches fantomatiques. L’ensemble se détachait sur le fonds clair de la montagne grise. Les sommets étincelaient sous le soleil levant, telles des lanternes des morts. C’était lugubre. Pour me sortir de ma morosité, je décidai d’explorer l’endroit. Mes yeux furent attirés plusieurs fois par des formes, disposées par terre ou accrochées aux arbres. Il me semblait deviner des bras, des jambes, des têtes. Quand je m’en approchais, le simple déplacement d’air que je causais faisait s’envoler la fine pellicule noire qui les recouvrait, dévoilant des branches ou des tiges noircies. Etait-ce des membres ? Ces boules allongées avec des orifices bien placés, ça ne pouvait pas être des têtes n’est-ce pas ? Je me raccrochai à la première hypothèse incongrue qui me vint à l’esprit. Il devait s’agir de restes d’épouvantails. J’ai vu aussi des hamacs avec le même assemblage mais de la taille de bébés ou d’enfants. Des petits épouvantails. Evidemment. Lassé – ou incommodé- par ce paysage désolé, je me suis contenté d’errer au hasard, attendant de trouver une ligne de conduite. J’avais perdu tout repère et espérais que Pégase me retrouverait. Une tâche verte se dessinait au loin, striée de branches noires. Je me suis dirigé vers elle. Il s’agissait du feuillage d’un chêne immense dressé au milieu d’une clairière noircie. Je le contournai. La moitié seulement était saine, l’autre était brûlée. Un mouvement attira mon regard vers ce que je pris d’abord pour des racines s’éloignant en rampant. Mu par la curiosité, je me suis approché et j’ai distingué des bras et jambes autour d’un tronc. Une touffe d’herbe occupait l’emplacement de la tête. Et l’être ainsi constitué tentait de fuir en se traînant sur le sol. Du liquide vert sortait de son corps. Je me suis arrêté à quelques mètres de lui et j’ai entrepris de lui parler d’une voix douce. Je ne savais s’il me comprenait mais je comptais sur mon attitude inoffensive pour le rassurer. Je lui ai expliqué que je ne lui voulais aucun mal. Me souvenant de l’expérience avec le cheval, j’ai décidé de composer dans mon esprit une image rassurante au cas où il pourrait la capter par télépathie. Après une rapide réflexion, je me suis représenté assis les bras tendus vers l’avant, paume vers le haut, tel un bouddha. Au bout d’un temps qui m’a paru interminable, il s’est arrêté de ramper et la touffe herbeuse s’est tournée vers moi. Les grands yeux d’un vert liquide comme l’eau d’un étang m’hypnotisèrent un instant. Les traits finement ciselés à l’expression tragique me coupèrent le souffle. Je pensai à un dieu grec tombé du ciel, Apollon assurément. Constatant que je restais immobile – ou peut-être parce qu’il était trop faible pour aller plus loin-, il s’est retourné complètement et s’est assis, les jambes allongées. Je l’observais avec curiosité. Son corps évoquait le croisement étrange mais gracieux et envoûtant du végétal et de l’humain. Des membres souples comme des lianes, un buste puissant comme celui d’un chêne centenaire. Revenant à son visage qui m’attirait comme un aimant, je vis que son regard fixait quelque chose derrière moi. Je me suis retourné au moment où le petit cheval me dépassait. Il a voleté autour de l’être qui lui caressa la tête avant de plonger son regard dans le sien. En quelques nouvelles circonvolutions, l’élégant équidé s’éleva dans les airs pour se placer juste au-dessus de lui. Il arriva quelque chose d’étrange. Le corps se souleva jusqu’à flotter à quelques centimètres des sabots, sans les toucher. Il suivit le mouvement de l’animal jusqu’à se poser sur la seule branche valide de l’arbre. Le blessé s’assis contre le tronc avant de fermer les yeux. Je me demandais si je devais intervenir. J’avais peur que sa faiblesse le fasse tomber quand un événement insolite attira mon attention. Hissé sur ses pattes de derrières, Pégase calait ses sabots de devant de chaque coté de la base de l’arbre. Cela fait, il appuya ses nasaux dessus et ferma les yeux. Je m’approchai. Des petits tentacules sortis de son cou se relièrent au tronc. Levant les yeux, je vis qu’il en était de même pour le blessé, au niveau des poignets. Je reculai de quelques mètres et je m’assis dans l’herbe noircie. Je restai longtemps à contempler ce spectacle étrange, ce chêne et ces êtres se fondant en une même entité. Un mouvement d’air me sortit de ma rêverie. Le compagnon ailé volait en cercle autour de l’arbre, à un mètre du sol dans la semi obscurité du soir. La branche était vide. A terre, un corps semblait sans vie. Le fidèle cheval ne me laissa pas approcher pour vérifier. Dès qu’il me vit avancer, il se positionna au-dessus de son maître et le souleva. Les bras ballant caressaient l’herbe du bout des doigts. Je suivis un instant des yeux les sillages laissés par les mains fines en s’éloignant. Je fis à peine quelques pas pour les suivre que je retrouvai devant l’arbre creux. La surprise de le voir si près suffit pour laisser disparaître de ma vue le singulier corbillard. Je me suis endormi en essayant de reconnaître des constellations. Le lendemain matin, je me suis mis en quête de ces tablettes si nourrissantes. Je cherchais un moment avant d’explorer un trou de coucou, à mi-hauteur d’un petit arbre et qui s’est avéré être le garde-manger. J’étais assis sur une pierre à me restaurer et à me demander ce que j’allais faire lorsque mon mythique ami est revenu. Ma joie de le revoir contrastait avec son manque de vitalité. Il est venu se poser à quelques centimètres de moi, appuyant ses naseaux contre mon genou avant de s’effondrer dans l’herbe. Je ne sais pourquoi, je l’ai pris dans mes bras et j’ai commencé à le bercer. Il a ouvert ses grands yeux verts et a rivé son regard au mien. Soudain j’ai eu les mêmes impressions étranges que le premier jour, ces odeurs, sons et enfin images mentales. Et je les ai vus. J’ai vu le peuple de la forêt vivre. Un être, peut-être celui mort hier, sortait d’un arbre creux et venait se pencher au-dessus d’un hamac où babillait un bébé. Un autre s’approchait et lui passait la main autour de la taille. Je voyais la scène de différents points en hauteur, comme si je planais autour d’eux. Le premier sylphe – le nom me vint à l’esprit - pris l’enfant, maintenant vagissant, par les aisselles et le porta vers un arbuste. Ses petits membres se sont accrochés aux branches et de fins tentacules sont sortis de ses poignets pour se relier à l’arbrisseau. Il a posé la tête contre le tronc comme s’il allait dormir. Les images qui se concevaient dans mon esprit dévoilaient une véritable ville perchée sur les arbres immenses. De petites cabanes de feuilles étaient aménagées entre les branches. L’habitat semblait être créé par la croissance naturelle de l’arbre, tellement il s’intégrait avec harmonie. De petits chevaux ailés tournoyaient dans l’air et l’un d’eux, tacheté, vint me regarder droit dans les yeux. J’eus un mouvement de recul avant de comprendre. Je voyais exactement ce qu’avait vu Pégase. Ses souvenirs défilaient devant mes propres yeux. Mon point de vue changea soudain, je m’élevais rapidement vers le ciel. Je me déplaçais au-dessus de la canopée à la suite du congénère tacheté. Des vaisseaux que je reconnaissais trop bien arrivaient : des futuras. Des terriens en descendaient et montaient un campement. Je vis leur émerveillement quand ils découvrirent les petits chevaux ailés qui voletaient autour d’eux. Après avoir assisté à quelques essais de capture par les nouveaux arrivants, je vis les scènes de plus loin. Elles étaient effrayantes. Mon protégé en tremblait encore dans mes bras. Les colons abattaient des arbres, faisant se tordre leurs habitants de douleur. Les bébés étaient en pleurs. Une grande sylphide aux longs cheveux essayait de parlementer. Certains l’accueillirent, d’autres la rejetèrent. Les terriens semblaient divisés sur la conduite à tenir quand l’hiver arriva. L’abattage du bois repris de plus belle. Le peuple de la forêt tendait des embûches, sans blesser les colons, mais ceux-ci n’en étaient que plus furieux. Ils recherchaient les chênes habités pour les abattre et massacrer les sylphes. Ceux-ci semblaient d’abord démunis contre cette violence. Ils s’organisèrent. La forêt devint hostile. A l’orée, les humains étaient accueillis par des projectiles. Les assaillants semblaient être partout à la fois, surgissant de nulle part. Les arbres eux-mêmes participaient et bougeaient leurs branches pour débusquer les intrus. Mes congénères avaient peur maintenant. La moindre habitation construite à proximité d’un buisson fut abandonnée. Ils s’installèrent dans le désert. De temps à autres, un téméraire venait chercher du bois mort. Il était observé avec vigilance. Un jour des hommes arrivèrent avec des fusils et visèrent les petits chevaux qui volaient au-dessus d’eux, à la lisière de la forêt. Ils les firent rôtir à quelques mètres du premier arbre. Les sylphes saisirent leurs arcs et tuèrent les chasseurs. C’étaient les premières pertes humaines. La riposte ne se fit pas attendre. L’arme ultime fut utilisée : le feu. Les images disparurent d’un coup, sur la vision d’un énorme brasier. Je restai immobile longtemps, digérant le tragique destin de la forêt. Le petit cheval était mort dans mes bras. A mains nues, je creusai une tombe au pied du chêne à demi calciné. J’ai regardé longtemps la terre refermée, me demandant si je venais d’enterrer le dernier témoin d’une civilisation sylvestre. Comme un automate, je pris les dernières tablettes et je les plaçais dans le petit panier en osier. L’anse était minuscule car adaptée aux dents du petit cheval. Je passais ma ceinture pour que ce soit plus pratique à tenir et je me mis en route. Je savais que je n’avais pas d’autres choix, mais j’en ressentais un malaise immense. Il me fallait retrouver ces hommes, mes congénères. C’était ma seule chance de survie _________________ Administrateur travaillant en coulisse ... |
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 | Sujet: Re: Textes de l'AT7 : Etrangers Ven 7 Sep 2007 - 14:01 | |
| Texte 4
Rouge et Bleu, une histoire d'Oiseaux
24 octobre 2068 Dépêche de l'AFP
La conférence finale pour "Giant Phoenix Mars Mission" s'est tenue le 23 octobre 2088, dans la zone virtuelle sécurisée ZVX-2602. Les organisations participantes étaient (classées par nombre d'avatars présents) : - North-American Aeronautics and Space Administration (N-AASA) - Agence Spatiale Européenne (ASE) - China Space Science and Technology Corporation (CSSTC) - Université d'Arizona (UA) - Japan and Australian Aerospace Exploration Agency (JAAXA) - Laboratoires d'Exobiologie (liste détaillée en annexe A.1) - Laboratoires de Géologie et de Sciences des Structures (liste détaillée en annexe A.2) - Laboratoires de Microbiologie (liste détaillée en annexe A.3) - Laboratoires de Chimie Générale et Chimie Organique (liste détaillée en annexe A.4)
En 2008, la sonde Phoenix atterrissait sur le pôle arctique de Mars avec pour mission d'enquêter sur l'eau, et donc sur la vie, que la Planète Rouge pouvait receler. Très vite, la visualisation de structures assimilables à des colonies de micro-organismes sporulés, par les microscopes embarqués, a enthousiasmé les milieux scientifiques. En 2019, Phoenix II reprenait la mission de son prédécesseur dont l'instrumentation ne permettait pas une étude exobiologique approfondie. La perte du lander lors de l'atterrissage sur Mars a mené au lancement de Phoenix III en 2025.
Le retour sur Terre de cette troisième sonde et des échantillons de sols qu'elle avait prélevés marqua un tournant dans l'histoire des exosciences. En effet, si la vie, telle que nous la connaissons sur notre Planète Bleue, est basée sur l'utilisation du carbone, la culture et les analyses des souches dormantes de microorganismes martiens ont montré que l'ensemble des métabolismes était basé sur l'utilisation du silicium. Cet atome est en effet tétravalent comme le carbone et peut former de multiples complexes stables, dont des molécules inconnues assimilables à des sucres, des protéines et autres. De plus, certains prélèvements, datant d'il y a moins de trois mille ans, contenaient plusieurs fragments de dérivés siliceux. Leurs structures (articulations des minéraux, présence de "griffes") ont été jugées excessivement semblables à celles de pattes d'insectes terrestres.
Les différents partenaires ont donc voté hier, à l'unanimité, les crédits nécessaires au lancement de la mission Giant Phoenix. Cette mission est basée sur le concepts de Mars Direct, développé initialement par Zubrin et Baker en 1990 et permettra l'envoi de scientifiques sur le sol martien, ainsi que celui d'équipements de recherche de haut niveau. Les problématiques fondamentales seront la recherche et l'étude des formes de vie martiennes, aussi bien microbiologiques que pluricellulaires. Les prémices d'une base permanente seront également creusées dans le flanc ouest d'Olympus Mons, le plus haut relief de notre système solaire.
De la même façon que ses prédécesseurs, la mission a été baptisée du nom de Phoenix, l'oiseau fabuleux pouvant renaître de ses cendres. Mais la multiplicité des sondes, la présence d'un lanceur lourd, d'un ERV (Earth Return Vehicle), et les budgets colossaux mis en jeu justifient amplement l'adjectif Giant.
Thomas Knocker
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25 février 2104 Journal de bord de Yeff Sarden
L'installation de la serre du campement temporaire est maintenant terminée. Nous allons pouvoir vivre en totale autarcie très prochainement : le seul problème reste encore et toujours l'encrassage constant des cellules photovoltaïques. Les ingénieurs avaient assuré que les tempêtes de Mars enlèveraient continuellement la poussière rouge d'oxyde de fer, mais celle-ci s'avère aussi fine que du talc et s'infiltre partout. De toute façon, l'énergie solaire devait nous aider jusqu'à ce que Clyne ait réalisé la percée dans Pavonis Mons. En attendant, il nous suffit de nous brancher sur le réacteur nucléaire de notre ERV pour compléter la demande énergétique. J'ai justement demandé à Clyne quelques infos sur l'avancement de ses travaux. Selon elle, la poche d'hydrogène serait atteinte dans moins de trois jours si la roche ne se fait pas plus dure que ce qu'elle n'est actuellement. Si je me souviens bien de ce que m'a expliqué notre chimiste, qui est également notre géologue, en faisant réagir l'hydrogène avec le dioxyde de carbone de l'atmosphère, on va pouvoir récupérer du méthane et de l'eau. Qui dit méthane dit énergie, et qui dit eau dit oxygène par électrolyse. La boucle est bouclée, on aura de l'énergie à ne savoir qu'en faire, de quoi boire et de quoi respirer ! D'après les calculs de Clyne, le contenu de Pavonis Mons suffira à alimenter une colonie conséquente pendant un ou deux millénaires.
De mon côté, les travaux avancent doucement. J'ai refait des prélèvements de sols à différentes profondeurs. J'ai retrouvé ces mêmes structures microbiennes que celles ramenées par Phoenix III, mais impossible de les réveiller de leur dormance. J'ai joué sur les gaz présents dans l'enceinte, sur la température et la pression, rien n'y a fait. J'ai même simulé une rentrée dans l'atmosphère terrienne… Aucune trace de développement, sur aucun substrat d'aucune sorte. Je vais reprendre ma bibliographie sur les échantillons ramenés par Phoenix III.
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Troisième jour depuis le Trente-septième Réveil Chroniques de Lyrcyn
Le Dieu Phoenix nous a tiré de notre long sommeil il y a peu. Après avoir lu ces présentes chroniques et assimilé leur contenu, je suis enfin capable de reprendre mon nom sacré. Je suis Lyrcyn, H'espar de la trente-septième génération. J'écris ces lignes pour mes mutar suivantes et celles de tous les H'espar de notre monde.
Je suis allé devant l'Oiseau car tel est mon devoir premier. Sur le chemin, j'ai salué mes frères H'espar, quels qu'ils soient. Des plus humbles et jeunes qui s'affairaient à rénover les fresques et les sculptures abîmées par le temps, des plus grands qui veillaient sur ceux d'entre nous dont les mutar n'avaient pas survécu. Je suis arrivé devant le Temple. Ses murs qui épousaient les parois intérieures de la montagne étaient couverts de fidèles qui polissaient sans relâche la pierre des colonnes pour lui redonner sa perfection d'antan. Je suis entré, et mes sens et mon esprit ont vu notre Dieu Phoenix comme jamais il ne l'avait été. Son Feu était rouge comme la friri'i poussiéreuse de la surface. Ses plumes ne suffisaient pas à éclairer les parois de son Temple, mais l'espoir brillait dans Ses yeux. Il m'a parlé. Il a dit qu'un brasier phénoménal était descendu des étoiles dans un cercueil de métal et que je devais le Lui apporter pour qu'Il puisse s'embraser et renaître de Ses cendres. Il a dit que les flammes étaient immobiles, qu'elles étaient à la surface, à quelques foulées de notre montagne. Il a dit que la puissance de ce feu était telle qu'il pourrait ranimer les autres Dieux Phoenix et tous les H'espar de la planète. Il a dit que je devais prendre garde, car le feu qu'Il convoitait était gardé par des H'üma. Je lui ai demandé si ces H'üma étaient des Démons Alcyons, les légendaires Phoenix d'eau. Il a répondu qu'il s'agissait de leurs Fils.
Je suis sorti du Temple et j'ai appelé à moi des H'espar mineurs qui avaient voué leur mutar actuelle au service de notre Dieu vivant. Je m'en suis entouré pour me protéger de la friri'i empoisonnée, et j'ai marché jusqu'aux sas ouest. Les H'espar sur mon corps s'agitaient. Ils ne ressentaient aucune peur à l'idée d'affronter la mort, au contraire, ils se sacrifiaient pour notre Dieu avec une joie incommensurable. Le sas s'est ouvert devant moi et j'y suis entré. Les H'espar se sont calmés. Je leur ai ordonné de m'enfermer dans une armure qu'aucune particule de friri'i ne pourrait traverser et ils se sont mis en place. Le sas s'est refermé sur mon commandement, et j'ai attendu que la surpression se fasse. Lorsque mes petits compagnons m'eurent confirmé que la pression était stabilisée, et qu'aucune poussière ne pourrait entrer dans la montagne, j'ai commandé l'ouverture de la deuxième porte et je suis sorti. Maintenant que j'étais hors de la roche, je sentais à mon tour la présence du Feu dont m'avait parlé l'Oiseau. Mais je ne le voyais pas. Où les H'üma avaient-ils pu le cacher ?
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27 février 2104 Troisième jour depuis le Trente-septième Réveil
Clyne Anderson et Yeff Sarden sont de sortie aujourd'hui. La première se rend sur le futur site de la base permanente, à l'ombre de Olympus Mons, le second accompagne la jeune femme pour pouvoir collecter de nouveaux échantillons de sols se situant à une profondeur de deux ou trois mètres. En reprenant les analyses des microorganismes ramenés par Phoenix III, il a en effet eu l'intuition que l'oxyde de fer jouait un rôle prépondérant dans l'inhibition des métabolismes martiens. Clyne semble virevolter aux côtés du microbiologiste. La pesanteur martienne, par trois fois moindre à celle de Terre, lui procure une sensation de liberté à chaque sortie renouvelée. Yeff se sent plutôt pataud de son côté. Même s'il s'est entraîné en simulateur, il n'est pas à l'aise en combinaison.
Les deux humains ne se doutent en aucun cas qu'ils sont observés au moment même où ils marchent. Ils ne peuvent pas voir le masque de silicium dont est recouvert Lyrcyn. Ils ne peuvent entendre les battements de ses cœurs minéraux, le renouvellement violent des fluides siliceux qui baignent directement ses organes. Pourtant, la haine fait rage dans le corps et l'esprit du H'espar. La créature ne s'attendait pas à tomber aussi rapidement sur des H'üma. Il sent l'eau que contiennent les corps de ces Fils d'Alcyons malgré la distance, cette eau toute aussi néfaste et honnie que la friri'i, la poussière de fer oxydé, qui entoure en ce moment les trois êtres vivants. Lyrcyn se lève. Il a pris une décision. Il va ramener ces deux H'üma au Dieu Phoenix pour nourrir l'Oiseau de leur Sacrifice, puis il pénétrera l'esprit de leur mutar desséché – à condition que ces êtres en ait un – pour trouver l'endroit où ils cachent leur Feu.
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27 février 2104 ? Pensées de Yeff Sarden
Je… Je suis allongé ? En mouvement ? Qu'est ce qui s'est passé ? Je me souviens de Clyne qui me montrait les satellites de Mars, Phobos et Deimos, qu'on apercevait malgré la poussière. Je me souviens d'un mouvement qui venait de la montagne, comme si un morceau de roche se détachait et fonçait sur moi. Puis, c'est le sol qui s'est précipité à ma rencontre. Et plus rien. Ah, si, il y a eu ce cri, comme celui d'un faucon gigantesque qui m'a vrillé les tympans, et ce bruit de vagues. Pourquoi entends-je cela alors que l'on me traîne sur un sol desséché qui n'a pas connu l'eau depuis des éons ? Qui me transporte à cette vitesse alors que Clyne est étendue à côté moi ? Bon sang, elle a l'air inconsciente ! Rester calme. Ne pas paniquer. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis dans les vapes, mais la base a déjà dû commencer à nous chercher. On a forcément raté un check point radio. Rester calme. Je suis perdu sur Mars, avec une collègue inconsciente sur les bras, et apparemment prisonnier de quelque chose. Rester calme. Mais… Mais on rentre dans la montagne ! On…
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Quatrième jour depuis le Trente-septième Réveil Chroniques de Lyrcyn
Dans le sas, j'ai nettoyé la friri'i qui couvraient mes prisonniers et enlevé les H'espar qui s'étaient sacrifiés pour moi. Je les remercierai lors de leur mutar suivante. Puis j'ai apporté les H'üma au Dieu Phoenix. L'un d'entre eux avait apparemment achevé sa mutar. Il ne bougeait plus alors que je l'ai vu dressé sur deux appendices quand il était dehors. Je l'ai examiné, l'enveloppe blanche était en fait une armure semblable à la mienne, et il y avait un corps mou en dessous. La cuirasse avait un trou au niveau de l'endroit où je l'ai frappé. Apparemment, la friri'i est mortelle pour ces créatures aussi. Le Dieu a regardé, a écouté, et a craché ses flammes sur le H'üma mort. Il a dit que l'eau risquait de nous tuer si il ne le purifiait pas. A la fin de la cérémonie, il ne restait rien de la créature. Tous les H'espar présents s'en sont étonnés. Quand l'Oiseau nous purifie, nos corps en ressortent luisants et sains. Ces H'üma sont monstrueux… Le Dieux Phoenix nous a interdit de toucher à l'autre abomination, celle qui bouge encore. Il a dit qu'il voulait étudier les Fils de ses ennemis pour mieux les détruire. Il m'a permis de rester avec lui pour l'aider dans sa sainte tâche.
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27 février 2104 ? Quatrième jour depuis le Trente-septième Réveil
Yeff est terré dans un coin d'un gigantesque bâtiment minéral. Il a oublié ses injonctions au calme, mais qui aurait pu rester stoïque devant ce à quoi il est confronté ? Il est le premier être humain à découvrir les secrets que recèlent l'intérieur de Olympus Mons… Qui aurait pu croire que ce gigantesque volcan était creux ? Traîné sur le sol, visage tourné vers le plafond, l'homme a vu des centaines de bâtiments – ou peut-être était-ce toute autre chose en ce monde – défiler autour de lui, des élancées de minéraux translucides aux formes les plus irrégulières qui soient, des structures fractales qui s'étendaient sur des mètres et se perdaient dans les hauteurs de la caverne. Tout n'était qu'opalescence et ombre tamisée, baignade dans une clarté rouge, reflétée de toute part, déclinée en un camaïeu enivrant. Puis il y avait eu les grandes colonnes le long du chemin. Yeff était amené au Temple.
L'homme a vu l'Oiseau de Feu et l'a reconnu, l'homme a senti la chaleur qu'il pouvait dégager. Il le regarde constamment, il répète son nom. Phoenix. Phoenix. Comment un tel être pouvait-il exister ? Etait-ce une illusion créée par son esprit malade, un lambeau de démence qui errait à la limite de sa conscience ? Mais ce n'était pourtant pas un spectre qui avait détruit le corps de Clyne, le réduisant à l'état de cendres volatiles. Phoenix, encore et toujours… Quelle ironie que les missions qui aient prouvé la présence de vie sur Mars aient été baptisées du nom de ce terrible geôlier. Quelle ironie que la seule entité qui ne lui soit pas totalement étrangère en cette terre soit celle qui ait causé la mort de son amie. _________________ Administrateur travaillant en coulisse ... |
|  | | Aytan Rêveur d'arbres et d'étoiles

  Age : 23 Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 755
 | Sujet: Re: Textes de l'AT7 : Etrangers Ven 7 Sep 2007 - 14:01 | |
| Yeff se sent observé. Par l'Oiseau certes, mais par tout ce qui l'entoure aussi. L'homme a l'impression de voir des yeux dans les pierres, bien qu'il sache que les créatures de ce lieu ne semblent pas en avoir. Yeff observe également. Que sont ces innombrables entités siliceuses qui grouillent sur le sol ? Sont-ce là les descendants des créatures dont Phoenix III avait ramené des fragments ? Leurs pattes d'insectes laissent penser que oui… Et cette chose qui l'a capturé et amené à l'intérieur de la montagne, ce golem cristallin… Qu'est-il exactement ? Une des formes de vie la plus évoluée de ce monde ? L'humain regarde le H'espar et celui-ci regarde le H'üma à son tour. Corps de silice contre corps de carbone, corps translucide contre corps opaque. Yeff voit le liquide refluer dans les expansions de verre. Il regarde son poignet où les vaisseaux sanguins pulsent au même rythme que son cœur. De temps en temps, le golem bouge. Il change de forme, il ajoute des sortes d'anneaux de verre à son propre corps. - Vous ne pourrez pas me retenir longtemps prisonnier, vous savez, dit Yeff. Aucune réponse, aucune réaction. C'était à se demander comment les créatures communiquaient. De temps en temps, l'homme voit des sortes d'éclairs traverser les structures, se propager à travers les êtres insectoïdes, jusqu'au golem. Est-ce là la clé ? Le silicium est un semi-conducteur après tout… L'électricité, générée Yeff ne savait comment, transporte-t-elle leurs messages, leurs mots ? L'homme a-t-il en face de lui une sorte d'ordinateur biologique ? Voilà qui était plus que réducteur pour ce qui devait être le fruit de centaines de millions d'années d'évolution. Le microbiologiste jette un coup d'œil à son poignet. La radio intégrée à la combinaison est muette. Quelque chose empêche l'instrument de fonctionner. Sûrement toute cette électricité… Une idée germe dans l'esprit de l'homme. Une idée folle, une idée désespérée. A côté de lui, un étrange être se meut lentement, un être hérissé de lames minérales à l'aspect terriblement tranchantes. Yeff s'en saisit. Pas de réaction. Il le porte à ses yeux et voit le même liquide dans les entrailles vitreuses de cet être que dans celles du golem. Quel est leur lien de parenté ? Peu importe à ce moment. L'humain agrippe sa dague improvisée un peu plus fortement. Il l'utilise pour enlever le panneau électronique de sa radio, il met à jour les fils d'almelec, l'alliage d'aluminium, de magnésium et de silicium. Il croit entendre l'électricité crépiter lorsqu'il les arrache. Yeff Sarden regarde une dernière fois le Phoenix et l'entité qui l'a capturé. Puis il colle les fils dénudés sur le sol.
Un cri d'une brutalité phénoménale résonne soudain aux oreilles des habitants de Olympus Mons. Un cri qui provient du Fils de l'Alcyon et qui s'éteint aussi vite qu'il a commencé.
Yeff a enlevé les fils de la pierre. Il a vu le golem se raidir lorsqu'il a commencé à envoyer le courant dans le sol. La créature s'est tournée vers lui, elle s'est levée et a ondulé ou s'est écoulée, Yeff ne savait pas trop bien. Elle est venue jusqu'à lui et a posé une de ses extensions vitreuses sur la radio. Les voyants et l'écran ont clignoté tandis que l'être envoyait à son tour des décharges dans le système. Les deux êtres, l'humain et le golem, le H'espar et le H'üma, se sont regardés.
Yeff pouvait-il se douter que par son geste, il venait de jeter un pont entre deux peuples que des millions de kilomètres, que des voies d'évolution totalement dissemblables séparaient ? Car c'est bien par cet homme que la guerre qui, depuis des millions d'années, opposait les Phoenix aux Alcyons, opposait la Planète Rouge à la Planète Bleue, le Feu à l'Eau, les incendies et la lave aux déluges et aux océans, prit fin… Il avait suffi d'une radio, d'un court-circuit, et de beaucoup de temps par la suite…
Fin
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|  | | Aytan Rêveur d'arbres et d'étoiles

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 | Sujet: Re: Textes de l'AT7 : Etrangers Ven 7 Sep 2007 - 14:01 | |
| Texte 5
Héritage
Le froid, suivi du chaud. Une lueur glacée précède les flammes, le néant givré, l'enfer d'une étoile. Les sensations se succèdent sans cohérence aucune, elles m'enveloppent les unes après les autres, sans répit, sans pause, sans raison. Chacune traverse mon esprit, rampe sur ma peau, s'incruste dans mes rétines en un flash fulgurant, puis laisse sa place à la suivante. Ce qui n'était qu'images étonnantes est devenu une expérience au-delà de la raison. Et quand l'espoir de récupérer mon corps et mes véritables sens vient à me manquer, tout cesse. L'obscurité, le silence apaisant, viennent me soutenir. Je tâtonne contre les parois tièdes de cet habitacle, hagard, le souffle court.
Sentez... comment vous sentez-vous ? Je ne me sens pas... je ne sens pas. Rester. Vous devez rester, encore.
Les paroles s'éparpillent dans mon esprit, comme des mots à demi formés, des mots qui ne seraient que bourgeons. Ils germent pourtant, je les entends, non je les pense. Je pense, mais ce n'est pas moi tout en étant moi-même qui pense à ces pensées-là.
Penser... cesser de penser. Vous devez... écouter, voulez-vous ? Voulez-vous écouter ?
Pourquoi ? Je sens une révélation, une pensée propre, mais je n'arrive plus à mettre les mots sur ma langue. Elle est comme prise par cet autre moi-même qui tente de penser. Cet endroit me fait basculer vers l'autre monde. Peut-être me prenait-on pour fou, et l'étais-je vraiment ? Je n'aime pas me sentir prisonnier d'une autre conscience, battu par mes propres fantasmes. Je n'aime pas comprendre à quel point je ne suis que moi-même. Pourquoi ? Pourquoi ?
Cela vous revient. Cela approche. Pensées... viennent d'un autre. Le contact. Le contact. Difficile... Ouvrez l'esprit. Saisissez les pensées. Pour le contact.
Ces phrases, sont les miennes, semées en mon sein par un autre. Un signe. Un langage qui n'en est pas un, cet autre se sert de moi, pour bâtir mes propres pensées, comme il le souhaite. Je les sens s'éclaircir, se parsemer, me laisser le temps de reprendre mes propres sensations, mes propres idées.
Je comprends. J'ai compris qu'il a compris. Prenez cette phrase, donnez-lui la forme que vous préférez, le fond reste. La forme n'a pas d'importance. Vous avez compris. Écoutez le fond. Choisissez la forme, écoutez-moi avec vos mots, avec mon histoire.
Comment est-ce possible ? Il y a encore si peu de temps je n'étais qu'un rêveur un peu trop curieux. Un homme caressant les ruines d'une autre histoire, à travers les millénaires, à travers la roche, la poussière et le temps qui rongent tout. Un homme qui souhaitait s'émerveiller sur ce bout de terre que l'on défriche sans s'émerveiller. Et me voilà sous-terre, entouré d'un monde que je croyais mort, mais que j'ai toujours su vivant. En compagnie d'un autre, et de son histoire. Qui est-il ? Qui est-il ? Je laisse fuser la question tant retenue, je la laisse exploser du plus fort que je peux. Lui qui me sonde, il doit la voir, il doit pouvoir la comprendre.
Je suis. Je suis l'Héritage. Je suis aussi un autre, sans importance. L'important est l'Héritage. Sans lui je ne suis rien et vous ne resterez rien. Voulez-vous de l'Héritage ? Pensez à vous, si vous voulez l'Héritage. Il sera votre. Pensez à vous.
Moi ? Je suis Joran Masrani. Je vis sur Thetis, un endroit bien éloigné de ma terre d'origine. Un endroit où les gens ne pensent qu'à se répandre, un endroit dont ils ne voient plus la beauté. Moi j'explore depuis toujours les collines et cherche leurs secrets enfouis. Je marche dans l'herbe pourpre, à l'affût de ceux que j'ai appelé les « oubliés » ou les « endormis ». Ils sont là, immenses, sous la terre grasse et fertile, Dès que je peux, je quitte la petite colonie, à la vie aussi terne que la nature qui l'entoure est belle. Cette communauté n'est pas peuplé de mauvaises gens non, et souvent les récits de mes découvertes sont reçus avec le sourire. Mais je le sens bien à leur regard que pour eux l'histoire est l'histoire, et que le passé, même celui d'une autre race, d'un autre univers de pensée et de vie, ne les intéresse pas. Comme si le voyage jusqu'ici, la lutte pour la survie, et les millénaires qui nous séparent de ce peuple avaient étouffé tout merveilleux en eux. On me parle de recherches sur d'autres astres, d'artefacts ,enfermé dans des lieux secrets, d'un travail de chercheurs dont on ne sait rien. Ils sont là et maintenant que nous le savons, à quoi bon ? Aucune réponse ne nous a été apportée. Voilà ce que pensent ceux avec qui je partage ma vie sur Thetis.
Voulez-vous les voir ? Voir les collines ? Je vous les montrerai, je vous montrerai l'avant. La lumière dorée du jour frappe mon visage, et l'air chaud me tire presque de ma transe. Contre moi, entre mes mains serrées sur ma poitrine se niche l'objet sombre et brillant. L'Héritage. Il a pris mes pensées, m'a laissé interpréter ses pensées en les mêlant aux miennes. L'épreuve n'était que la première phase, le moyen de me sonder et d'apprendre à me comprendre. Je me sens prêt à présent, je vais retourner dans mes chères collines et comprendre enfin ce qu'on pensait impossible.
Vous connaissez bien cet endroit, Joran. Mais n'avez pu qu'imaginer. Depuis longtemps vous attendiez l'Héritage. Depuis longtemps l'Héritage attend son héritier. Que voyez-vous ?
Je vois les doux reliefs qui bordent la petite ville, ces pentes couvertes d'une herbe légèrement violacée, comme la plupart des plantes sur Thétis. Les géants enfouis sous le sol se tiennent là, sous mes yeux. Je ne peux que les deviner sous l'épaisse couche végétale, cet humus qui a tout recouvert. La nature reprend toujours ses droits. D'eux, je n'ai d'abord vu que les silhouettes dépouillées que nous montraient les radars, des formes repliées, étranges. Je tombai immédiatement sous le charme. Je savais au fond de moi-même qu'il ne s'agissait pas de statues ou d'ornement figés dans la pierre ou le métal. Une vie, autre se tenait sous terre, non loin de nous. Mais tous ou presque perdirent leur intérêt pour eux. Ils étaient inaccessibles, il aurait fallu tant de moyens pour les extraire de leur gangue, et nous avions déjà tant de mal à vivre.
Voulez-voir... l'avant ?
Oui.
Alors, voyez donc.
Les nuages légèrement rosés se déchirent et laissent place à une nuée sombre et lourde qui s'étend à l'infini. L'atmosphère est lourde, je peux sentir l'air crépiter sur mes bras dénudés. Les sons me paraissent lointains, comme étouffés, tous mes sens ne sont pas encore fondus dans les souvenirs de l'objet. Je ferme les yeux et perçoit alors une rumeur qui enfle, enfle démesurément. Pris de panique, je rouvre brusquement mes paupières, et la scène m'apparaît enfin dans sa toute sa terrifiante beauté.
Ceci est la fin d'un temps.
Ils sont là, innombrables, une masse terrible, une armée en marche dans la poussière crépusculaire, telle un essaim d'insectes géant aux surface polies. Le sol tremble sous les pas de ces titans qui progressent, implacables, vers ces collines que je croyais connaître. Mais les roches dénudées, stériles, ces éperons secs et coupants qui parsèment le sol n'ont rien à voir avec la douce végétation d’alors. Ces créatures blindées les ignorent et se précipitent les unes vers les autres, en bondissant, alors que s'élève une clameur stridente. De longs arcs de lumière surgissent d'entre leurs pattes, et fouettent l'air et le métal dans une tempête d'étincelles. Une guerre se déroule sous mes yeux, un conflit sauvage et archaïque, mené par des merveilles de technologie.
Ils savent qu'il n'y aura plus d'autre combat, tous le savent. Plus rien n'aura de sens dans leur futur, alors ceci sera aussi le plus grand, le plus beau. Celui qui pourra décider quand les autres n'ont pas pu le faire. Regardez. Leur histoire s'écrit dans l'anéantissement.
Soudain, un, puis deux, trois, des dizaines de ces créatures se dressent de toute leur hauteur et se couvrent d'une lumière aveuglante. Ces êtres irradient brièvement d'énergie pulsante, d'ondes de pouvoir qui progressent et m'aveuglent, en écho, d'autres les rejoignent et entament le même rituel. La bataille semble comme suspendue, le fracas des pattes de métal se tait, le plasma s'éteint, tandis que la tension monte. Je ne la comprends pas mais je peux sentir la colère, l'arrogance, la fierté qui s'échappent à chaque bouffée de lumière. D'innombrables messages s'échangent, par des sens qui me sont inaccessibles. Deux à deux, ces « champions » se ruent l'un sur l'autre et le ciel retentit de leurs passes d'armes, des éclairs rougeoyants ou bleutés qui jaillissent à chaque choc.
Quand il pense le moment venu, un élu rassemble l'énergie qui lui reste et dévoile son histoire et celle de sa lignée à la bataille, tous doivent savoir pourquoi et qui s'affronte, car tel et le sens du combat. Celui qui s'en croit digne répond et s'offre pour que le vainqueur bâtisse sa gloire. Regardez. Ils s'anéantissent. Il n'y aura pas de futur, si le combat s'achève sans décider. Alors ce soir tous iront jusqu'au sacrifice. Ce monde va s'endormir, il le savent.
Pourquoi ? Comme au sortir d'un mauvais rêve, je réalise que mes chimères, mes êtres fantastiques sont des machines de mort, des créatures prêtes à se détruire au crépuscule de leur règne. Pourquoi ? Pour l'Héritage. Observez. Vous voyez des différences entre les derniers gardiens. Comprenez-les. Comprenez-les pour comprendre l'Héritage.
Je crois que je pleure de rage, de voir cette imbécillité que je croyais nôtre se perpétuer dans le passé d'une autre race tellement plus avancée. Mais la voix, non la pensée, qui m'aiguillonne semble si sûre d'elle. Je regarde. Tantôt insectes gigantesques, tantôt êtres sans forme distincte, les guerriers n'en constituent pas moins deux familles. Au rouge d'imposantes carapaces répondent les teintes froides de fines armures, Certains balayent leurs ennemis à grands coups furieux et puissants, d'autres esquivent, frappent à gestes précis et rapides. D'infimes détails prennent peu à peu une tout autre signification et lentement se dessinent deux mondes.
L'Héritage. La fin approche et la question n'a toujours pas été tranchée. Vous comprenez. Ils ne se battent pas pour ce qu'ils pensent être bon, ils se battent pour ce qu'ils sont. Pour ce que l'Héritage nous a transmis à tous, les deux univers jumeaux, les deux voies d'existence. Le Khaala et la Rendokou. Des mots sans signification pour vous. Vous n'avez pas besoin de vous en servir, vous en trouverez. Retenez juste l'idée. Comprenez-là, comprenez ce qui sépare à jamais la Rendokou et le Khaala. Observez. Vous sentez la puissance des gardiens du Khaala, vous sentez ce sentiment qui vous rend plus fort, parfois au-delà de vous même, le ressentez-vous ?
La joie. La joie et la colère, oui, je les vois, ces géants couleur magma sont la Terre, sa force primitive et innocente, cette passion sans retenue qui irradie de leurs gestes. Imprécis, parfois patauds, mais animés d'une si grande force intérieure. Quand un champion s'élève, il renverse dix de ses adversaires avant de tomber, des siècle d'une vie se brisent et se consument dans un feu de joie sauvage.
Écoutez. Écoutez la plainte de la Rendokou. Ils savent leur dernière heure venue et la victoire ou la défaite qui approchent les emplit d'une autre sensation. Mais ils iront jusqu'au bout parce que c'est leur devoir, le destin, la perfection et la beauté qui les inspirent en cela. Chaque geste est prémédité et s'inscrit dans la grande trame des choses.
Mélancolie. Une douce amertume émane de ces combattants graciles. Ils acceptent leur faiblesse, se battent avec l'énergie du désespoir, d'une tristesse et d'une lucidité qui les hantent. Le futur leur semble sombre et pourtant ils luttent afin que tout cela ait un sens. Une vision m'assaille, une vision de mon lointain passé. La lune baignant de sa douceur ma terre natale, ces nuits froides et tranquilles, où naissaient les rêves et cauchemars. Ce temps si précieux passé à songer, à observer.
Vous comprenez l'Héritage. Nous l'avons reçu nous aussi. Mais nous avons failli. Nous n'avons pas pu mettre fin à la question. Dans cette ultime bataille, ni la Rendokou ni le Khaala n'ont pu triompher. Nous resterons incomplets. Mais pas l'Héritage. Nous l'avons trouvé comme il vous a trouvé Joran Masrani. Ils nous a parlé comme il vous parle. Nous ne savons pas qui. Mais celui, ou ceux qui nous ont laissé l'Héritage ont su se projeter dans des esprits qu'ils n'avaient jamais rencontrés, peut être jamais pu imaginer. Car c'était l'unique moyen de leur transmettre la question. Doit-on vivre dans le Khaala ou dans la Rendokou ? Doit-on laisser les forces simples ou les entrelacs complexes nous saisir ? Vous choisirez vos mots, Joran. Vous choisirez un aspect. Et votre race devra décider, choisir là où nous n'avons pas pu le faire. Car qui connaît la question cherchera à jamais la réponse... Nos champions sont endormis sous ces terres à nouveau vivantes. Cherchez pour eux, cherchez pour vous. Cherchez pour l'Héritage.
Mais cela pourrait signifier la guerre....
L'Héritage est au-delà de vos concepts moraux. Il est votre nouvelle morale. Les Rendojouns n'aiment pas l'idée de leur victoire mais ils savaient ce qu'elle signifiait et étaient prêts à en payer le prix. Si ces questions vous assaillent c'est que vous n'êtes pas un Khaalan. Ou pas entièrement. Ceux qui reçoivent l'Héritage, ceux qui le transmettent sont parfois ceux qui n'ont pas pu choisir. La lutte se poursuit en eux comme elle s'est poursuivie sur ce monde et tant d'autres. Transmettez la question, transmettez les deux facettes de la vérité. Pour que les Maernij n'aient pas lutté en vain.
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J'ai peur. Nous n'avons pas la noblesse, le sens du beau que possédaient les Maernij. Aux débats succéderont les disputes, aux disputes, les affrontements, aux affrontements, les guerres. Des armes terribles seront employées, mais il n'y a pas de recul possible. J'ai pu transmettre l'Héritage, et enfin me décider. Comme je le pensais, mes proches de la colonies ont rapidement suivi l'autre voie, où ce qui y ressemble. Elles sont encore jeunes, imprécises, trop étrangères à nos esprits humains. Mais la question, et l'infinie vérité qui s'étend derrière se répand telle une traînée de poudre. Viendra le temps de la décision pour l'Homme.
Je l'ai nommée Songelune. Elle a la douceur d'une nuit étoilée, la tristesse et la beauté d'une femme en pleurs. Elle contient le temps de la réflexion, du songe, de la découverte, de l'infinie impatience de savoir. Elle connaît le doute, le sacrifice. Oui, je comprends, je comprends encore ce que peuvent apprécier les adeptes de l'autre force, cette simple joie de vivre de celui qui ne voit pas le temps passer, de celui pour qui les questions ont toujours des réponses. Mais maintenant je sais qu'on peut vivre en suivant la Songelune, jusqu'à la perfection. La perfection demandera de répondre à la question. D'achever enfin le cycle de l'Héritage. Je suis prêt. J'ai peur, mais cette peur me rend heureux, de cette joie triste qui sera mienne et qu'on ne viendra plus me disputer. Nous sommes prêts.
Fin
~ 15101 signes (sans ces mots-ci) _________________ Administrateur travaillant en coulisse ...
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 | Sujet: Re: Textes de l'AT7 : Etrangers Ven 7 Sep 2007 - 14:02 | |
| Texte 6
GERBILLES
Cela va faire une année que le monde a basculé. Au début du Changement, personne ne se doutait que les choses allaient si mal tourner, pour nous, les humains. C’était arrivé brutalement, simplement. Un matin, la réalité avait implosé, elle avait sombré dans l’absurde. Pour, moi, tout avait commencé à dix heures moins cinq un samedi matin. Aujourd’hui encore, j’ai l’impression que tout ça n’est qu’une vaste supercherie, un insidieux cauchemar. Je crois savoir pourquoi tout cela est arrivé… Quoique, est-ce que je sais seulement quelque chose ? Il n’y a rien d’autre à faire que laisser un témoignage écrit de ce à quoi j’ai assisté, une petite histoire au service de l’Histoire, si cela a encore une utilité…
Il y a plus de deux années que je n’ai pas mangé de croissants. Et à vrai dire je n’en ai plus l’envie. Rien que d’y penser, j’ai la nausée. Quand je me remémore ce jour et tout ce qui s’en est suivi, je me dis que je suis fou. Ce samedi là, je me suis réveillé vers neuf heures trente du matin, j’ai enfilé un survêtement et je suis descendu à la boulangerie. Celle qui est en bas de mon immeuble. J’aimais cet endroit, les vendeuses étaient souriantes, le pain avait bon goût, et il y flottait toujours une odeur de pain au chocolat tout chaud. La journée était radieuse, je ne regrettais pas de m’être levé avant le début de l’après-midi. Chose que je faisais régulièrement le week-end. Au moment où je m’apprêtais à entrer dans la boutique, j’entendis un hurlement. Les gens se mirent à courir, pris de panique. J’aperçus l’une des vendeuses brandissant un balai, tandis que sa collègue lançait des coups de torchons de façon frénétique. Elles frappaient, mais j’ignorais quoi. On me bousculait et je ne comprenais rien à ce qui se passait. C’est à ce moment qu’une dame d’un certain age s’est écroulée dans mes bras. Je restais abasourdi en voyant la chose frétillante qui dépassait de sa bouche. Une chose absurde, sanguinolente, et pourvue de pattes. La créature agonisait. La vieille dame en faisait autant. Je baissais les yeux et vit une bonne cinquantaine de ces aberrations sur pattes. Ils avaient une truffe noire et luisante de la taille d’un Fraizibus, qui trônait au bout d’un long museau, et une petite queue façon Panpan Lapin (celui de Bambi). A vrai dire, sur le coup, je pensais que c’était l’une des choses les plus adorables que j’aie jamais vu. Puis, j’ai reporté mon regard sur la femme dans mes bras. Elle était morte. Je crois qu’à cet instant je me suis évanouit. Lorsque j’ai repris conscience, j’étais à l’hôpital, j’entendais en fond sonore le brouhaha de ce qui s’avéra être une télévision. Quand j’ouvris les yeux, je vis sur un écran ce que le monde avait à affronter. Partout autour du globe, les -oserais-je même écrire une telle chose- les croissants avaient prit vie. Les journalistes les avaient baptisés « Croissant-gerbilles ». Quand l’infirmière vint prendre ma tension et vérifier mon attirail de soins, je lui posais des tonnes de questions. Elle m’apprit tout ce qu’elle savait. En une semaine (le temps que j’avais passé dans les vapes), les petites bestioles avaient montré d’extraordinaires capacités, plus que n’importe quelle espèce connue sur terre (hormis les humains). Elles étaient capables de communiquer. Pas de façon vocale bien sûr vu leur morphologie, mais par télépathie. Cette découverte avait causé quelques crises cardiaques… Je dut finalement demander à la pauvre fille de la fermer tant sa logorrhée me semblait grotesque. On nageait en plein délire. Ca ne pouvait être qu’une mauvaise blague, ou une crise d’hystérie collective…Je me réfugiais une fois de plus dans l’inconscience.
A mon réveil, je faillis passer l’arme à gauche pour de bon. Ce que je vis me remplit d’effroi. Deux petits yeux chafouins me lorgnaient, surplombant une petite bille noire et humide, le tout sur un corps « croissantesque ». Cette fois pourtant, je ne m’évanouis pas. Le Croissant-gerbilles se trouvait dans la poche d’une blouse blanche portée par ce qui s’avéra être mon médecin. Ce dernier m’expliqua que j’étais resté dans un état catatonique pendant plusieurs semaines cette fois. Toujours d’après lui, je m’en étais sortit grâce aux bons soins du professeur Bienbeurré. Je le regardais d’un air ahuris. Quel nom ridicule pour un homme de science… Et soudain, un « salut ! » retentit dans mon esprit. La viennoiserie m’avait ramené à la vie. Peu de temps après, une fois que j’eu repris des forces, on m’autorisa à regagner mes pénates. Sur le chemin, je croisais partout des meutes de bienbeurrés - comme je les appelais désormais en mon fort intérieur- trottinantes et « croui-crouitantes ». Plus aberrant, certaines de ces choses semblaient « converser » avec des humains. Partout dans les rues on pouvait voir de grandes affiche annonçant l’interdiction de manger des croissants. Je n’arrivais pas à croire que cette situation était réelle. Je n’y crois toujours pas.
Au bout de quelques mois, on vit fleurir des quartiers viennois, peuplés uniquement de nos nouveaux et incroyables amis les Croissant-gerbilles. Ces zones d’habitations avaient été aménagées dans les squares et parcs de nos villes. Suivit une série de lois reconnaissant des droits constitutionnels à ces créatures. Elles furent autorisées à avoir un travail et à occuper des postes à responsabilité. Un bienbeurré ne travaillait jamais seul, mais en binôme avec un humain. Ses limitations étaient dues à sa constitution physique, car intellectuellement, ces êtres semblaient valoir les humains. Evidemment, leur insertion ne se faisait pas sans heurts. Un mouvement terroriste vit bientôt le jour. Le F.D.C.H (Front de Défense de la Communauté Humaine) se mit à poser des « Bombes à Thé » et des « Mine-Chocolat » dans les quartiers viennois. Ces attentats firent de nombreuses victimes parmi les créatures. Il était affreux de voir le carnage que ces bombes causaient sur ces êtres (aussi ridicules qu’elles puissent nous sembler). Le thé agissait sur elles comme de l’acide. Quant aux Mine-Chocolat, voir ces petits corps disloqués flotter dans une marre d’hémoglobine et de cacao… C’était monstrueux. Les gâteaux-vivants ne se mêlaient plus aux humains, un climat de suspicion et de violence régnait un peu partout. L’état d’urgence fut bientôt décrété. Il arriva fatalement un moment où les bienbeurrés passèrent à la récidive. Des bandes de jeunes viennoiseries attaquaient les personnes seules ou faibles. Ils avaient des dents. Ils étaient enragés et prirent vite le goût du sang.
C’est à cette époque que je m’engageais dans les commandos d’attaque du F.D.C.H. Je n’avais pas de famille. Mais j’avais beaucoup d’affection pour le fils de mes voisins. Ces derniers étaient des parents indignes et le gamin venait souvent chez moi. On regardait des films et on jouait à la console ensemble. Il me racontait ses problèmes et je le comprenais bien, car moi-même, j’avais eu à subir une famille ignoble. Un jour que je l’avais emmené au cinéma, malgré le climat de tension ambiant, se produisit l’évènement déclencheur de mon engagement au F.D.C.H. Alors que nous longions un square, nous fûmes attaqués par une troupe de bienbeurrés ivres de rage. J’ignorais qu’ils étaient encore là. Leur quartier avait été dévasté quelques jours plus tôt. Je réussis à m’en sortir, grâce a un commando de surveillance. Mais on ne pu sauver mon jeune ami. Ils s’étaient attaqués à lui en premier. Je m’en tirais avec quelques doigts en moins. Lui, perdit d’abord ses yeux, puis sa langue et ses entrailles. Les soldats ne purent que l’achevé après avoir fait fuir les Croissant-gerbilles. Le temps était passé où ces derniers m’inspiraient de la pitié. Mon petit voisin, mon petit frère, avait été dévoré sous mes yeux. L’heure de la guerre avait sonné.
Seize mois seulement après leur arrivée, l’Europe n’était plus qu’un champ de ruines. Nous avions essayé toutes nos armes contre eux. Mais seules les BT et les MC avaient de l’effet sur ces êtres. Je découvris l’horrible vérité quand je fus capturé par l’ennemi au cours d’un attentat au cœur du CGC-1. Le centre nerveux, du moins, c’est ce que nous pensions, de l’organisation des bienbeurrés. En règle générale, ils ne faisaient pas de prisonnier, et j’ignore encore pour quelle raison je fus simplement séquestré. Toujours est-il qu’après la bataille, je me retrouvais dans un endroit étrange. Ce n’était manifestement pas un endroit adapté à mon espèce, et encore moins à celle de nos ennemis. Je me trouvais en apesanteur. Entouré de clarté. C’est là que j’entendis les voix. Je me rappelle juste d’une conversation. Comme pour les Croissant-gerbilles, les voix se faisaient entendre directement dans ma tête. Je vais tenter de la retranscrire ici … « Il est différent – Je sais – Il sait que nous sommes là, prêt à les anéantir. – Oui, il est même conscient en ce moment même – Il nous entend peut-être, pourquoi l’avoir fait venir ? – Il fallait que je sache… – C’est dangereux de le garder ici. – Arrête un peu de bougonner. Je suis curieux. Il est toujours intéressant de savoir ce que l’on va éradiquer. – Un nuisible, voilà ce que l’on va détruire. Cette planète mérite mieux que ça. Comme ils disent, « c’est donner des perles aux cochons ». – Ne fais pas ton pédagogue ! Si tu es là c’est pour le plaisir de la destruction et de la souffrance. – Ah ah ah! Oui, c’est vrai. Mais ce n’est pas gratuit. Je sers l’univers. – Tu me dégoûtes. Il y avait du bon dans cette espèce. – Pas assez pour les maîtres. Leur sort est scellé. Renvoie le maintenant. – Tu as raison, on ne peut plus rien pour eux. » Puis plus rien. Je me retrouvais chez moi à demi-mort.
Cela fait trois mois qu’ils m’ont renvoyé. J’ignore qui ils sont, mais le fléau qu’ils ont créé nous a vaincus. Les Croissant-gerbilles ont une capacité de reproduction digne des rongeurs terriens. Nous sommes sans défense contre ces monstruosités. Même nos armes de destruction massives ne servent à rien. Ils ne craignent pas la radioactivité. Lorsque des milliers de bienbeurrés déferlent sur une ville, rien ne survit. Ils dévorent tout sur leur passage. Chiens, chats, rats, humains. La mort est lente et extrêmement douloureuse. Parfois ils ne finissent pas leur repas. Alors l’agonie des mutilés peut durer des jours. Ils sont toxiques. C’est pour ça que la vieille dame du premier jour est morte. Cela fait presque deux semaines que je n’ai rencontré personne. Parfois, quand je m’aventure à l’extérieur, à la recherche de nourriture, je crois apercevoir le docteur qui m’a sortit de la catatonie avec le fameux Bienbeurré. Il doit avoir sa planque dans les environs. Mais, à chaque fois que je cherche à le rattraper, je suis interrompu par des « crouis » stridents et le martèlement de ce qui me semble être des centaines de petites pattes griffues. Alors, je cours me réfugier dans mon appartement transformé en bunker. Je passe mes journées à confectionner des bombes à thé en prévision de mes sorties. Je ne sais pas combien de temps je vais encore pouvoir tenir, et à quoi bon de toute façon ? Il n’y a plus ni émission radio, ni télévision, ni service téléphonique. Moi et le docteur sommes les derniers de notre race. S’il n’est pas une simple illusion. Je suis un étranger sur mon propre monde…
Le professeur Bian de Beurais, se détourna de l’écran de contrôle. C’était bien le vingtième cas de psychose spontanée cette semaine. Les gens devenaient fous, comme les animaux à l’approche d’une catastrophe. Il se frotta les yeux et de la main gauche tritura la petite peluche porte-clefs que sa fille lui avait offert ce matin. Elle lui avait aussi acheté des croissants. C’était la fête des pères aujourd’hui. « Cette chose est affreuse » pensa t’il. Une boule marron avec des yeux torve et des petites pattes pointues. Elle lui faisait penser aux créatures que ses patients décrivaient dans leurs délires. Quelque chose ne tournait pas rond. Même si ces gens étaient des aliénés, devenus étrangers à notre réalité, il avait la désagréable sensation que le drame le guettait. Il n’avait pas envie de manger ses croissants. Avec toutes ces histoires, il y avait de quoi ! Il délaissa donc ses viennoiseries et se retourna sur l’écran d’observation. Dans son dos le sachet en papier de la boulangerie remua doucement…
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 | Sujet: Re: Textes de l'AT7 : Etrangers Ven 7 Sep 2007 - 14:03 | |
| Texte 7
HAGGIBBORIM
Le Pégase entrait dans l’atmosphère d’un monde détecté comme habitable. C’était l’aboutissement de longues années de recherches pour la colonie d’Atlas. Ce gigantesque vaisseau, ce vieux coucou qui déambulait en complète autonomie dans tous les recoins de l’espace, était la seule « planète » que les plus jeunes n’aient jamais connue. Mis à part Crazy, le pilote, ayant déjà participé à différentes missions d’exploration. A peine quelques jours auparavant, quand les analyses avaient confirmés que la vie humaine sans assistance technique était possible sur ce bout de caillou, l’équipe avait été constituée en grande hâte pour l’explorer au plus vite. L’humanité entière retenait son souffle, espérant enfin avoir trouvé une Nouvelle Terre.
A bord du cargo, le docteur Mordock faisait les cents pas en affichant régulièrement un sourire enfantin à l’idée de débarquer dans un lieu inconnu. Ce botaniste avertit était le seul scientifique indépendant de la mission, il fallait comprendre par là qu’il était le seul à ne pas travailler pour un laboratoire d’Etat. Il pourrait donc exploiter librement ces découvertes et en toucher les bénéfices, un véritable luxe devenu particulièrement rare. Cependant, son intérêt à lui était bien loin de ces considérations matérielles. Le simple fait de travailler sur des espèces nouvelles l’excitait au plus haut point. Autour de lui, tous semblaient plus inspiré par la gloire ou la confirmation de leur dernières hypothèses en date. La plupart avaient un train de vie confortable et ne voyaient plus vraiment l’attrait que représentait une planète toute neuve. A vrai dire si les humains pouvaient s’établir ici cela représentait pour eux la fin de leur carrière fondée sur l’entretien de la destinée humaine au sein l’espace. Seul Dean et Spike étaient représentatifs des attentes du reste de la population. Ces deux gaillards, bien qu’étant déjà relativement âgés, se comportaient comme de véritables ados, se chamaillant sans cesse, demandant à qui mieux mieux ces projets une fois installé en bas. Les deux amis faisaient partis de l’escorte jugée nécessaire par le Ministère des Nouvelles Technologies, mais leur insouciance les rendait plutôt agréable pour des militaires.
Mordock était en train d’écouter leurs plaisanteries lorsque un bruit sourd secoua le vaisseau. « Ce pilote mérite bien son pseudonyme » pensa-t-il. Un début de message intercom invitait les passagers à s’asseoir et se ceinturer mais il fut interrompu par un second choc qui renversa une bonne partie du matériel et du personnel…
– Hello doc’ ! Bien roupillé ? – Vous comprenez encore notre langue ou les végétaux aliènes sur lesquelles vous êtes allongé vous ont déjà lobotomisé ? Au dessus de lui, Mordock distinguait vaguement Spike et Dean, qui, sans attendre ces réponses, s’amusaient déjà à mimer une opération chirurgicale sur son torse, se surnommant « docteur Green » et « docteur Ross », certainement en rapport avec l’une de ces antiques séries-archives dont ils se gavaient sans peine. – Nous sommes… dehors ? – Ouaip m’sieur. On a heurté un truc, vous êtes tombé direct contre mon casque. Heureusement vous ne l’avez pas rayé. – Ca c’est la version officielle, ajouta Spike en faisant mine de vérifier que personne n’écoutait. Moi je dis plutôt qu’un truc nous a heurté pour tenter de vous capturer. On est au beau milieu d’une… comment dit-on déjà ? Clairière ? Que voulez-vous accrocher ici ? Mordock se releva doucement. Les pitreries de ses nouveaux camarades l’auraient sans doute fait rire s’il n’avait pas autant mal au crâne.
Devant lui, le vaisseau portait deux grandes balafres blanchies sur son flanc de nanométal. Il semblait avoir atterrit sans encombre malgré les impacts, couchant dans la manœuvre ce qui ressemblait à de longue tiges vertes très douces, sur tout le périmètre. Il était effectivement assis au beau milieu d’un immense champ de hautes herbes, balayées par un vent frais. Ca et là de minuscules étoiles cotonneuses virevoltaient. Le ciel dégagé et d’un bleu uni laissait abondamment passer la chaleur d’un soleil tout proche. – C’est magnifique, chuchota-t-il en prenant une grande inspiration. Que… – C’est la merde ! le coupa Dean, affichant soudainement un air sérieux. On bouge ! Les deux soldats empoignaient déjà le scientifique par les bras et le soulevaient tout en dégainant leur artillerie. Le scientifique n’était pas encore bien remis de ces précédentes émotions et le fait de se tenir soudainement debout lui provoqua un vertige. Qui passa immédiatement lorsqu’il vu la raison de toute cette agitation.
A l’autre bout de la prairie, des collègues revenaient en courant et en agitant les bras. L’herbe leur arrivait au niveau des hanches. Apparemment, rien ne les poursuivait. Il ne comprenait pas bien pourquoi on l’avait secoué de son début d’extase. – Fausse alerte ? Demanda-t-il avec un petit sourire en coin. Ils ont sûrement rencontré une petite bestiole visqueuse. Il est quasi certain que des formes de vie se soient développées ici. Cela ressemble beaucoup aux représentations holos que nous avons de la Terre. – Non… reprit Spike. Dean à raison : c’est vraiment la merde. Mordock écarquillait les yeux. D’où pouvait bien venir le danger dans ce tableau idyllique ? Il s’efforçait de regarder attentivement dans la même direction que ses protecteurs et finit par s’apercevoir que l’herbe bougeait bizarrement dans le sillage des fuyards. Les militaires se mirent à défaire un à un les crans de sûreté de leurs arme. Un peu plus loin derrière eux, Crazy commençait à donner des ordres dans son bracelet intercom pour amorcer le décollage d’urgence. La petite troupe se dirigeait vers la passerelle à reculons. Une femme, qui n’avait vraisemblablement pas couru depuis des lustres s’arrêta à bout de souffle, la main serrant son cœur, un rictus sur le visage. A l’instant même où elle se décidait à repartir, plusieurs créatures rougeâtres, bien plus grande qu’on ne l’aurait supposé, surgirent de la verdure et kidnappèrent çà et là différents membres de l’équipe, y compris la jeune femme, avant de disparaître à nouveau. Tous les soldats mettaient en joue les agresseurs fantômes mais ils ne pouvaient faire feu au risque de blesser leurs compatriotes. Les officiers hurlaient des ordres pour accélérer l’évacuation, faisaient de grands gestes pour interdire aux scientifiques de prendre le temps d’emporter quoi que ce soit avant de savoir exactement de quoi il retournait. Mordock leur reprochait souvent cette approche des choses « on tire d’abord on interroge ensuite ». Cela dit, à la vue de la situation, il ne pouvait blâmer personne de prendre ces quelques précautions, même draconiennes.
Dans un bruit de tonnerre, un flash lumineux déchira la foule en deux, brûlant au passage tout les éléments présents sur sa trajectoire. Allongé à plat ventre et recouvert par les corps des inséparables qui l’avaient violemment plaqué pour le protéger, Mordock commença à s’interroger sérieusement sur le niveau de technologie dont disposaient réellement les assaillants. Il devenait évident que les deux secousses ressenties pendant l’atterrissage avaient la même origine que cette dernière. L’être humain avait souvent tendance à se croire la seule créature intelligente de l’univers, une impression qui c’était tout spécialement renforcée ces derniers siècles passés à la dérive dans l’espace. Mais à présent, ce qui avait été autrefois un vaisseau gisait à leur côté, renversé et éventré. En face, à quelques mètres seulement, ce qui ressemblait traits pour traits un homme de grande taille, plutôt athlétique se tenait pied joins et tête baissée, les bras écartés dans une posture étrangement chrétienne. Il était vêtu d’une simple tunique blanche sans manches surmontée d’une légère armure faite de cuir et d’écailles de cuivre. Sa peau était d’un rouge mat, sombre. Ses cheveux noirs sans aucun reflet étaient longs et tressés. Tout son corps semblait paré d’accessoires colorés et de tatouages tribaux. Après un court instant Mordock pu remarquer que les tatouages en question donnaient la sensation de bouger pour se réorganiser dans une série de symboles étranges. Puis son attention fut tout particulièrement attirée par les mains du personnage, au creux desquelles jaillissaient des étincelles bleutées. – Quoi ? Il a fait tout ça avec ses mains ? Vu sa remarque, Spike venait visiblement de faire la même constatation. Une plainte de douleur le détourna de son sujet. – Fait chier ! Crazy est blessé ! Dean, surveille le doc’ qu’il nous fasse pas le coup du « nous venons en paix » avec l’autre dangereux zarbi ! Mordock s’était retourné pour objecter mais avant même d’ouvrir la bouche il s’aperçu que Dean veillait sur un second peau rouge juché sur la carlingue du Pégase.
De rares coups de feux retentir, montrant que les quatre hommes n’étaient pas les seuls survivants de l’attaque, du moins pour l’instant. Les cris qui suivirent furent la preuve qu’une réaction belliqueuse n’était pas la meilleure des options. Mordock jetait déjà un regard à ces compagnons comme si cette scène répondait pour lui à la remarque de Spike. D’autres assaillants, de plus en plus nombreux, émergeaient du champ. Certains tenaient des prisonniers, d’autres étaient maculés de sang. – Vont-ils nous exterminer ? Mordock cherchait un moyen sûr et rapide de faire comprendre aux autochtones qu’ils n’étaient pas des ennemis. Tandis que ces derniers s’approchaient de lui, il fit des signes pour leur signaler que leurs corps étaient manifestement similaires, tout en nommant les parties qu’il désignait. Il voulait avancer à leur rencontre mais Dean planta son bras devant lui en guise de barrage. Il y ajouta un signe négatif de la tête. Mordock insistait. – Bras. Vous voyez ? Comme vous. Son interlocuteur n’était plus qu’à quelques mètres. Il leva la tête et interrogea son compatriote. – Ce ne sont pas des Emim on dirait. – Peu importe, ils ne sont pas de Guibôr. – Emim ? Guibôr ? Non, nous sommes humains ! Hu-mains ! Mordock se palpait le visage. Il aurait préféré avoir affaire à des plantes. Il était botaniste après tout, pas diplomate. Dean l’interrompit en pleine chorégraphie. – Bordel ! Ils parlent notre langue en plus ? La remarque fit frémir ces compagnons d’infortunes. Personne n’y avait fait attention alors que pourtant cette intervention relevait du bon sens. Comment des êtres vivant à des années lumière de l’Atlas pouvaient-ils discourir dans un dialecte commun ?
Les survivants avaient été rassemblés près de la carcasse de l’appareil. Les discussions, discrètes au début, allaient finalement bon train. Les hypothèses les plus farfelues tentaient de justifier cette improbable situation, et principalement cette histoire de langue commune. Complot politique visant à cacher leur existence ? Descendants oubliés d’une mission d’exploration que l’on croyait perdue ? Etres mentalement surpuissant capable d’apprendre rapidement simplement en nous observant ? Pour Mordock, la dernière solution aurait pu justifier également l’utilisation de cette énergie qui sortait de leurs mains. Il était prêt à tout accepter à présent. Les deux leaders du groupe d’étrangers étaient eux aussi plongés dans une discussion plutôt animée. Le sort de l’équipage étant indubitablement une source de mésentente. Un nouvel évènement inattendu les mis soudainement d’accord.
Dans la plaine, un son puissant retentit longuement, semblable au rugissement d’une créature d’un autre âge, bien qu’on eu pu discerner dans l’écho de sa voix une ou deux notes métalliques. L’appel déstabilisa tous les guerriers sans exception, ce qui n’était pas vraiment un point rassurant, bien au contraire. Que pouvait-il y avoir de pire à redouter que des humanoïdes lançant des éclairs avec les mains ? D’autres bruits sourds, accompagnés de puissantes vibrations dans le sol dont certaines faisaient sursauter les petites natures et le matériel. En lisière de champ, une petite portion boisée voyait s’agiter la cime de ses arbres dans des craquements de branches qui résonnaient. L’organisation fut vite réglée. Un groupe de combattants écarlates se chargea d’emmener les captifs avec eux dans une direction opposée à la menace. Les autres se préparaient déjà à faire face au mystérieux ennemi. La cadence était soutenue, les trainards étaient violemment réprimandés ou assommés puis abandonnés. Visiblement la destinée du des humains n’était toujours pas définitivement fixée et chacun des adversaires pouvait disposer de son groupe de prisonniers en toute autonomie, selon son bon vouloir.
Au bout d’un certain laps de temps, Mordock se décida à regarder en arrière, après le précédent qui avait mis le troupeau en branle, le silence qui régnait était plus que pesant. A cet instant précis un hurlement surnaturel éclata. Le docteur cru que son cœur s’était arrêté lorsqu’il vit la source de toute cette hâte. Une monstrueuse masse arachnoïde venait de pénétrer la place. Sa stature était immense. Elle arrachait des arbres avec une facilité déconcertante, les envoyant valser à des dizaines de mètres. Les guerriers qui lui faisaient face n’affichaient pourtant aucune crainte dans leurs comportements. Ils allaient au devant du danger en poussant de grands cris déterminés, esquivant avec agilité les puissantes attaques de la bête, dont les pattes s’écrasaient au sol dans le vacarme et la poussière. Sa carapace noire luisait au soleil, de multiples yeux lumineux clignotaient sur sa tête sphérique, dépourvue de tout autre organe identifiable. Chaque mouvement était accompagné de cliquetis et autres bruits qui paraissaient étrangement familier pour un membre de la colonie. – Un Mecha ! Cette bestiole est une putain de machine ! Mais que se passe-t-il ici ? _________________ Administrateur travaillant en coulisse ... |
|  | | Aytan Rêveur d'arbres et d'étoiles

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 | Sujet: Re: Textes de l'AT7 : Etrangers Ven 7 Sep 2007 - 14:03 | |
| Mordock se réveilla dans une pièce aux formes géométriques entrelacée, à la décoration épurée. Les parois d’un blanc éclatant renforçaient son impression de s’être fait renverser par un bulldozer. Dean s’accroupis à côté de lui, avec un sourire paternel un peu forcé, sûrement dans le but de le rassurer. – Il faut que vous appreniez à marcher tout seul doc’, on en a marre de devoir vous trainer. – Que m’est-il arrivé ? – Vous l’avez ouvert un peu for |
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