| | L'histoire jusqu'à maintenant | |
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Azarian Ecrivain de Destins

  Age : 30 Inscrit le : 09 Avr 2006 Messages : 1558
| Sujet: L'histoire jusqu'à maintenant Mer 7 Mar 2007 - 20:31 | |
| Ce post est dédié aux âmes vaillantes qui sont prêtes à enfourcher leurs plumes et écrire en lettres de feu la suite du Lycan. Vous n'aimez pas chercher ? Et c'est bien normal !
Vous pouvez donc d'ores et déjà vous rendre sur le site dédié au projet qu'Eldariel met à jour régulièrement :
http://songesauclairdelune.free.fr/
Voilà également l'histoire jusqu'à maintenant... _________________ Carl Sagan : « L’imagination nous emmènera souvent vers des mondes qui n’existent pas, mais sans elle nous n’irions nulle part. »
Dernière édition par le Mer 7 Mar 2007 - 20:36, édité 2 fois |
|  | | Azarian Ecrivain de Destins

  Age : 30 Inscrit le : 09 Avr 2006 Messages : 1558
| Sujet: Re: L'histoire jusqu'à maintenant Mer 7 Mar 2007 - 20:32 | |
| Chapitre 1 - by Smokeledragon dit Smoky pour les intimes
Accoudé au balcon de son manoir, David contemplait le ciel gris, les nuages brumeux qui se formaient sur l’horizon. De l’est venaient de grosses nuées d’oiseaux noirs, portant sur eux à la fois la crasse et la haine du monde, des corbeaux de mauvais augures, qu’éloignent de ceux des bons. David connaissait bien les oiseaux, les animaux en général d’ailleurs, il pouvait par exemple très bien dire que volatiles sombres étaient de la famille des corvidés, les plus connus étant les corneilles et les choucas.
Bien que présage de malheur, ces bêtes inspiraient chez David un certain réconfort qu’il ne trouvait que là. Loin d’être insensible au charme sombre de sa maison, ses gravures et ses gargouilles à même le gris de ses murs, il trouvait néanmoins chez ces oiseaux une mélancolie à la fois douce et violente qu’il ne voyait nul part ailleurs, ni chez ses proches, ni chez les pestiférés que visitait régulièrement son médecin de père.
Fils de l’homme de science le plus réputé à des lieurs à la ronde, David avait cependant de fréquents malaises, notamment quand il s’aventurait au dehors. Il se voyait secoué de spasmes violents qui le poussaient bien malheureusement à vomir son sang. Pire même, son mal le prenait de profondes crises de démences, il pouvait attaquer n’importe qui passant par ici, que ce soit une bonne, un fermier ou même sa propre mère. Parfois son père lui donnait une drogue plus puissante qu’une autre qui plongeait son fils dans un sommeil profond et fatigant, il en ressortait en sueur et gardait en tête d’affreux cauchemars.
-Imzzelgom, Imzzelgom ! s’écriait-il en pleurant presque. Imzzelgom est en moi !
Et il hurlait ce nom – d’origine païenne sans aucun doute – chaque nuit, chaque jour de pluie, chaque fois qu’un homme mourait. On le considérait comme un fou, ou on accusait son pauvre père d’avoir tenté quelque expérimentation maligne afin d’en tirer gloire et fortune. Il aurait bien pu, par exemple, tenter de laver l’esprit de la chair de sa chair et en faire une de ces hideuses créatures dont les vagabonds de l’Ouste parlaient souvent. Qu’elles soient vampires, dragons ou homoncules, ces bêtes n’étaient que des filles du Diable et que le Charpentier maudisse celui qui ne brûlerait celles qu’il croiserait sur sa route.
Cédant à la panique, elle-même engendrée par les rumeurs, la famille de David lui interdis de sortir, le cloîtrant dans sa chambre sombre aux draps noirs. Le garçon avait lui-même décidé de la décoration de cette salle, qu’il voyait comme un horrible tombeau. La nuit il craignait que quelqu’un ne vienne sceller sa porte, l’empêchant à jamais de sortir, de se laver, le condamnant.
Il en perdait le sommeil, si bien que des grandes cernes tombaient au bas de ses yeux, comme les rideaux d’un balcon d’opéra, mais en bien plus pâle. Quand parfois il arrivait à tomber dans un peu de repos, ce n’était que pour rêver d’un monde où les sylphides sont de grosses femmes flétries par le temps, où les enfants se noient dans des marais sans fin, où les korrigans violent et tuent sans vergogne femmes et enfants des régions alentours.
Il écrivait ces rares rêves sur des feuilles aussi blanches que sa peau sevrée de lumière. Il avait lu peu de livre et sa prose était maladroite, de grossières fautes de français peuplaient ces écrits. Grammaire et orthographe pâtissaient sous les coups de la plume de l’enfant mais, pris de pitié, n’osaient rien lui dire et subissaient ses maladresses, lui concédant un peu de joie.
Sa plus grande fierté se trouvait dans ses écrits, particulièrement les petits poèmes qu’il utilisait pour faire parler ses personnages. Son monde, bien que teinté d’une noirceur innommable, avait une légère touche de bonheur, comme un échappatoire vers une solution, une guérison.
Le héros de ses contes portait le même nom que lui, s’habillait de même et s’exprimait comme un homme qui savait tout de la vie. Libertin dans l’âme mais atteint d’une lèpre sournoise, il profitait des instants de l’existence à leur paroxysme, proférant un « carpe diem » insolent à quiconque lui reprochait ses excès de libertés.
- Je suis né sans le demander et si ce n’est pas pour vivre comme je le souhaite, alors j’aurais voulu m’étouffer dans l’utérus de ma mère ! faisait-il aussi dire à son indomptable personnage.
David prenait soin de cacher ses écrits, craignant que quelques contes ne puissent choquer ses parents ou un domestique plus cultivé que les autres. Chaque lattes du plancher devenait ainsi un passage vers un épisode d’une vie noire où l’enfant serait vainqueur de sa maladie.
Doux rêve que celui-ci, douce utopie que d’être soigné un jour ! Cela il le savait fort bien et en découlaient bien des larmes ! Ce mal que même son père ne savait nommer le poussait à vivre reclus, ne pouvant savourer un peu d’air que lors de sorties sur son balcon, et encore que si les gens ne pouvaient pas le voir.
Tout le monde en avait peur, les parents menaçaient leurs enfants de l’appeler s’ils ne leur obéissaient pas, les professeurs de théologie mentionnaient cet être pour parler des cas inexpliqués, nommant ainsi sa maladie comme "la Peur sans Nom". Le prêtre en parlait souvent à la masse :
-Et méfiez-vous, ne trompez pas la bonté du Seigneur ! Sinon vous deviendrez des David condamnés à rôder dans des régions de folies et de vices, de peur et de haine, où jamais ne fleurissent l’amour et la raison !
Ainsi parlaient curé, évêques et autres cardinaux à propos du petit garçon. Rares furent ceux qui tentèrent de l’exorciser, préférant au courage la lâcheté et la protection de la Bible !
Oh David que les hommes détestent ! Qu’as-tu donc fait pour mériter cela ? Que n’es-tu né sous une meilleure étoile, dans une famille peut-être moins riche mais plus heureuse ! Regretteras-tu plus tard d’être né, petit David méprisé ?
Alors dans le fond de sa chambre noire, il se bat contre ses démons, seul sans d’éventuels anges-gardiens. Forgeant dans son esprit de solides épées, il résiste aussi bien que le permet sa frêle constitution, parant et frappant sans relâche les spectres qui glacent sa vie.
Les soirs de trop grande fatigue, il craignait de ne pas se réveiller pour le prochain soleil. Soulevant les lattes de son plancher, il sortait ses nouvelles, ses poèmes et ses comptines. S’en servant comme des amulettes il récitait sans se fatiguer les paroles de son héros préféré, lui-même en plus fort.
Les nuits alors devenaient de tranquilles repos d’enfant, les nymphes de ses rêves se muaient en de belles fées, les lutins bons et farceurs, les bambins qui l’accompagnaient jouent paisiblement avec lui et ne se noyaient jamais.
Mais en éternel insatisfait, David faisait grandir son héros comme un adulte, complexifiant sa psychologique au fil des années. Hésitant entre vivre ou mourir, son personnage nécrosé voulait à la fois être riche et pauvre, s’éloignant un peu plus de son créateur.
Il n’était plus qu’arrogance et monstruosité, finissant par dégoûter son auteur, qui rangea un jour ses textes dans un coffre, gardant en mémoire les dernières paroles de son personnage.
« J’ai l’amour, j’ai la haine aussi J’ai tout, le saviez-vous, humain ? Mais il me manque un objet pour accéder au paradis Et cette chose-là, c’est le rien.»
La malle de bois sombre où l’enfant enferma sa créature eut le temps de voir le malade devenir un homme, toujours faible et souffrant, mais ce n’était plus un gamin. Il restait toujours enfermé dans sa chambre , déclamant souvent quelques vers sombres :
Sous une nuit douce une muse m’a susurré, Que si j’étais son amant, si je disais l’aimer, Alors comme le poète que je prétendais être, Je devais chaque jour écrire une lettre.
Les semaines virent mes missives tomber, Comme les pétales d’une fleur jamais fanée. Puis ma fée ,m’invitant en sa demeure, Décida de m’offrir son corps et son cœur.
« Sans vous je ne peux vivre, vous êtes mon ange ! » M’a-t-elle avoué entre deux longs baisers. Réjoui et amoureux, je vois que le temps changent, Avant cela ,à peine m’avait-elle regardé.
Il parlait d’amour, le voulait plus que tout. Il ne pensait plus à guérir, il voulait mourir heureux, trouver une femme qui tolérerait de ne pas vivre toute sa vie avec un homme, juste faire un pas en sa compagnie vers une fin inévitable.
Ses accès de folies, il les avait calmés, quelque fois il parvenait même à les dominer, ne laissant transparaître de sa maladie qu’un petit toussotement, et une grande fatigue. Son pouls battait plus vite, et un peu de sueur perlait sur son front, mais il ne hurlait plus le patronyme de son démon.
Une nuit qu’il trouvait le sommeil sans rêver de monstres, le coffre où dormaient ses poèmes remua vivement. David continuait dans son sommeil, mais le meuble persévérait sa danse. Bientôt le plancher vibra, et un bruit de galopade résonna dans les murs. Tiré du lit par cette intervention surnaturelle le jeune homme se pressa de l’ouvrir, craignant de n’avoir réveillé famille et domestiques. Soulevant le lourd loquet métallique, il sentit un nuage de poussière s’élever dans ses bronches, il toussa si fort qu’il dû lâcher prise, et le couvercle se referma avec grand fracas.
Convulsé dans tout son bas-ventre il sentit les sucs gastriques remonter le long de sa trachée, bientôt l’acidité fut mêlée au goût du sang. Il tenta de déglutir pour freiner son vomissement, mais il ne fit que s’étouffer, parvenant juste à pousser sa vomissure encore plus violemment.
Il lui sembla que ses vieux souvenirs lui brûlaient le bassin, le mettaient à genoux comme pour lui rappeler qu’il n’était que le malade, que la loque.
Il jeta un regard hargneux sur le meuble, se posant mille et une questions sur le "pourquoi" de ses agissements. Pleurant dans sa crasse, il implora une quelconque aide supérieure de le guérir de son mal, il ne voulait plus être la proie des horreurs tapies en son être. Il voulait fuir ou mourir.
Enfilant tant bien que mal une robe de chambre usée, le jeune homme ouvrit la porte qui menait vers le couloir que depuis tant d’années, une douzaine au moins, il n’avait pas revu. Interdiction de sortir lui était faite, même dans sa famille on s’était résigné à le faire disparaître. Les tapisseries qui recouvraient le mur avaient été changées depuis ces huit ans, les licornes étaient remplacées par des formes plus souples, de simples mais belles arabesques dorées qui se mouvaient sur une toile pourpre.
Le corridor sombre ne profitait plus de la lumière des bougies, éteintes ou fondues. Les rares rayons de lumière qui filtraient dans l’allée était dus à la faible lueur de la Lune qui, tel un plat d’argent, berçait les terres d’une aura opaque.
David tenta d’appeler à l’aide, mais il était trop faible pour quelque son ne sorte de sa bouche. Sale et honteux, il rampait sur le sol lisse, si différent des planches de bois moisies qui faisaient le parquet pitoyable de sa cellule.
-Imzzelgom…
Il grattait pitoyablement la porte la plus proche, implorant n’importe quelle présence de se trouver derrière prête à l’aider, à lui tendre la main, à le secourir. Ses ongles s’émiettaient, le bout du doigt étant peu à peu fiché d’échardes.
-Imzzelgom dites-vous ? Ce mot que vous faites ricocher sur les murs, mon cher père, est-ce un des noms que vous donnez à ce mal qui vous ronge ?Refusez-vous ce patronyme que les scientifiques donnent ? Quel-est il déjà… ah oui ! "la Peur sans Nom »… Voyons mon créateur, mon dieu, ma joie ! Que grattez-vous ici ? Un peu de dignité grand Dieu ! Allons, tenez ce bras que je vous aide à vous relever…
Au moment même où le jeune homme fut repris d’une nouvelle envie de vomir, un spectre gris sembla lui apparaître. C’était un homme qui avait sa taille, mais qui portait sur lui toute la pourriture du monde, comme un apollon flétrit par le temps ou, pire encore, maudit par un sort.
David cessa de gratter la porte, resta à genoux.
- Ô mon maître ! Depuis tant d’années déjà… - Je ne reconnais pas ta voix, je ne te connais pas. Jamais je n’ai vu de gens aussi laids et pourris que toi, je ne te demande pas qui tu es, je te demande juste ce que tu veux. -Mais père… - Je ne suis le père de personne, je n’ai connu ni l’amour d’une femme, ni celui d’un enfant. Comment serais-tu chair de ma chair sans être brin de folie, haï et hué par tous les hommes ? -Vous êtes fatigués, reposez-vous…
Le spectre tournait autour de David qui, bien que hargneux et arrogant, n’osait pas lever la main contre lui. Qu’était-ce donc que cette apparition ? De qui était-il le père ? Pourquoi son mal s’était-il fait plus fort au réveil de la créature pour diminuer dès qu’elle touchait ?
Que la vie était ingrate envers toi jeune David ! Enfant, elle t’a mis sous les feux du mépris de tes semblables, tant et tant retravaillé que même tes plus proches t’ont délaissé ! Tu as grandi dans cette chambre qui vieillissait plus vite que toi, on eut dit que pour une année que tu gagnais, elle en prenait dix !
-« Maître ? hasarda le spectre. »
Mais rien ne sortait de la bouche de David qui fixait son étrange compagnon d’un air de mort. _________________ Carl Sagan : « L’imagination nous emmènera souvent vers des mondes qui n’existent pas, mais sans elle nous n’irions nulle part. »
Dernière édition par le Mer 7 Mar 2007 - 20:33, édité 1 fois |
|  | | Azarian Ecrivain de Destins

  Age : 30 Inscrit le : 09 Avr 2006 Messages : 1558
| Sujet: Re: L'histoire jusqu'à maintenant Mer 7 Mar 2007 - 20:33 | |
| Chapitre 2 - By Eldariel
Obscurité latente. Rien. Pas une lumière et pourtant David était conscient. Ses yeux roulaient sous ses paupières closes et il tentait tant bien que mal de rassembler ses idées. Que s’était-il passé au juste ? Il ne s’en souvenait déjà plus. Ah, si ! Le spectre … Cette apparition démoniaque qui lui avait fait perdre la raison, si tant est qu’il n’en ai jamais eut une. Il s’était alors évanoui tandis que cette créature sortie de la malle avait revendiqué son existence. Mais n’avait-il pas rêvé ? Après tout, tout ceci ne pouvait être qu’un rêve. Il hésita longuement avant d’ouvrir les yeux. Un calme étrange et irréel l’habitait depuis quelques minutes. Pour la première fois depuis longtemps, il se sentait bien. Peut-être que sa vie n’avait été qu’un long cauchemar et qu’il allait renaître. Ses paupières se soulevèrent doucement. La première chose qu’il vît, c’était la fenêtre, grande ouverte, avec cette pâle clarté qu’offrait la pleine lune. L’astre brillait de toute son intensité et sa taille dépassait l’entendement. On aurait pu croire que ce satellite était descendu pour baigner David de sa lumière. Les rideaux, soulevés par une brise légère, dansaient de façon sensuelle et souple. Le malade ouvrit complètement les yeux et se redressa sur sa couche. Rien dans la chambre ne semblait avoir changé, si ce n’était l’atmosphère paisible qui flottait dans la pièce. C’est alors qu’il le vît, assit dans l’ombre, et son visage exprima l’horreur. Un sosie, s’il put en exister un, couvert d’une matière sale, épaisse et volatile de la tête au pied. Cette apparition grisâtre l’avait terrorisée plus tôt dans la soirée, il s’en souvenait à présent. Mais quelle heure était-il ? Combien de temps s’était écoulé depuis leur rencontre ? Le spectre souleva la tête et son visage afficha une profonde satisfaction : - Vous voilà réveillé Maître ? Enfin ! David recula de surprise en entendant de nouveau cette voix si semblable à la sienne, mais si claire, si assurée. - Au nom du ciel qui êtes-vous ? Que me voulez-vous et que faites-vous ici ? - Qui suis-je ? Voyons, comment avez-vous pu l’oublier ? Je suis vous, Maître. Du moins ce que vous avez toujours voulu être. Instinctivement, David regarda ses mains et les posa sur son visage pour se sentir vivant. Il resta ainsi un instant et ferma les yeux pour que s’échappe cette vision incroyable. Lorsqu’il les rouvrit, le spectre était toujours là. Il lui jeta l’oreiller au visage. - Va au Diable, créature maléfique, tu n’existes pas. L’objet fut évité par son interlocuteur avec une vivacité fulgurante. - Bien sûr que si, j’existe Maître, puisque vous m’avez créé. Je suis le mensonge de votre vie, je suis l’illusion de votre être. J’ai rongé votre âme et volé vos rêves. Mais vous m’avez rejeté, il y a trop longtemps déjà et il est temps pour moi de me libérer de votre joug. Le spectre se leva, tournant le dos à son concepteur et se dirigea vers le balcon. Un souffle vif s’engouffra par la fenêtre et fit voler la poussière qui le recouvrait. Les cendres se mirent à danser dans la chambre, recouvrant le plancher moisi, les draps jaunis et les parcelles de peau que David avait laissées hors de sa couvrante. C’est ainsi qu’apparut devant lui un jeune homme fier et droit, vigoureux et vif, sûr de lui. Cette silhouette qui lui avait semblée rabougrie et fade s’avérait être longue et harmonieuse. Le spectre n’avait été jusque là que le pâle reflet de lui-même. David aurait pu être ainsi, si, en plus d’être resté enfermé toute sa vie, il avait vécu dans l’immobilisme le plus total, laissant les années le recouvrirent de poussière. Mais à présent la différence était flagrante et son double était tout autre. Grand et arrogant, il fit face à son Maître, lui dévoilant sa superbe. - Voici ce dont vous avez toujours rêvé. Je suis l’incarnation de votre désir le plus profond. N’est-ce pas ? Il partit d’un éclat de rire bruyant et cynique.
Il se mit à déambuler avec aisance, faisant claquer ses talons sur le sol. Il passa devant le lit et rejeta les draps, dévoilant le corps rachitique du malade. David, à quatre pattes sur le sommier grinçant, essayait tant bien que mal de cacher ses formes disgracieuses. Le spectre se posta devant lui et le jaugea. - Regardez-vous. Vous n’êtes qu’un cadavre en devenir que vos proches cherchent à enterrer et faire disparaître. Vous êtes la honte de votre lignée, vous êtes la peur de vos gens et le monstre qui hante les cauchemars des villageois. Quand vous déciderez-vous à réagir ? David resta interdit, les yeux dans le vague, cherchant désespérément un soutien, de l’aide. Mais qu’aurait-il pu trouver sinon le vide ? Il était seul, comme toujours, devant le fruit de son imagination qu’il ne pouvait plus maîtriser. - Où est le manuscrit ? - Vous devez sans doute parler de vos écrits ? Je les ai jetés au vent qui s’est chargé de les porter au loin. Ne cherchez pas à m’enfermer de nouveau, c’est inutile. Aucun mot griffonné sur une feuille ne pourrait désormais altérer son caractère, changer ses traits ou le faire disparaître. David venait de libérer son alter-ego et ne pouvait plus revenir en arrière. - Que comptes-tu faire de moi ? - De vous, ricana-t-il, il n’y a pas grand chose à faire. Pourtant je ne suis pas ingrat et j’aimerais vous offrir une chance. - Une chance ? Mais de quoi ? - De vivre ! Vous m’avez offert une existence et j’espère pouvoir vous rendre la pareille. - Mais, quelle existence peut avoir un être condamné ? - Ca, c’est ce que vous voulez bien croire. Vous vous murez dans cette chambre depuis tant d’années que vous n’avez aucune idée de la saveur du monde extérieur. Et j’entends bien le parcourir, ce monde… Avec ou sans vous ! - Mais mon père est formel : mon mal est incurable et je ne peux quitter les lieux sans risquer de mourir sur-le-champ. David restait immobile, assis sur son lit en chemise de nuit. Les rayons de la lune accentuaient son teint blafard. Il observait ahuri sa création, faire les cent pas dans sa chambre. Tandis qu’il se lamentait sur son sort, le spectre était déjà affairé ailleurs. Il nouait les draps entre eux et attachait le tout à la balustrade. Il fit plusieurs allers-retours pour mettre son plan en place. Cette échappatoire était vieille comme le monde, mais il comptait bien la mettre en application. - Voilà ce que je vous propose. Je ne compte pas m’éterniser ici, et bien que vous vous complaisiez dans cet espace que vous osez appeler chambre, et que je qualifierais plutôt de placard à balais, je vous propose de me suivre… Ce soir… Maintenant ! Il alla vers le balcon et enjamba le parapet. Son regard se fixa dans celui de son Maître. Il était temps désormais de faire un choix. David savait que cette fois, ce serait irréversible. Il craignait la mort autant qu’il y aspirait. Il savait que toute excursion serait une condamnation. Mais curieusement, il se sentait en meilleur état depuis l’apparition de son personnage. Aussi loin que remonte sa mémoire, il ne se souvenait pas d’avoir arpenté le domaine lorsque les ténèbres le recouvraient. Il n’avait jamais profité de la fraîcheur nocturne, ni marché à l’abri des ombres fantastique qu’il avait si longtemps observées de loin. Il avait souvent rêvé de déambuler tel un fantôme dans le parc et de se surprendre lui-même. Il avait souvent espéré trouver sa Clarimonde dans le reflet du bassin, dans le souffle du vent ou dans les silhouettes étranges que la nuit faisait apparaître pour la plus grande terreur des vivants. A n’en point douter, lui était mort depuis longtemps. David réalisa alors que personne ne remarquerait son absence, puisque personne ne se souciait de son sort et que la destinée aux yeux des autres ne lui réservait rien, si ce n’est finir entre ces quatre murs. Prenant son courage à deux mains, il ouvrit l’armoire à la recherche d’une tenue de voyage. Il n’en avait naturellement pas, et son choix se porta sur les vêtements les plus résistants et les plus confortables qu’il possédait. Un pantalon de tweed anthracite et la veste assortie, sous laquelle il passa une chemise blanche et un gilet de lainage noir, feraient l’affaire. Il enfila une paire de chaussette en laine et mit pour la première fois les chaussures que sa mère lui achetait chaque année pour aller à l’église et qu’il n’avait jamais l’occasion de porter. Il chercha vainement dans sa chambre tout ce qui aurait pu servir au vagabond qu’il allait devenir. Il trouva alors des objets qu’il eut été bon de retrouver sur le cadavre d’un malade désespéré : une mine de plomb, un recueil de poésie visionnaire, écrit par des poètes maudits, et un flacon du remède que son père lui laissait toujours sur sa table de chevet et qu’il omettait de prendre la plupart du temps. Il mit le tout dans une besace qui n’avait d’utilité que son existence et s’approcha de la balustrade. Son double était déjà en bas. Il tenait le drap, les yeux rivés sur le balcon, attendant que son Maître ose sauter le pas et le rejoindre. Lorsqu’il le vît enfin, une lueur de délectation apparut dans son regard. Il jubilait à l’idée de mettre à l’épreuve celui qui l’avait enfermé. Avec des gestes non assurés, David enjamba à son tour le parapet. Assit sur le rebord, tremblant de peur, autant que d’excitation, ses mains cherchèrent à l’aveuglette le linge qui lui servirait de corde pour fuir l’antre de sa maladie. Il n’osait regarder en bas et c’est les yeux toujours rivés vers la chambre qu’il parvint à saisir le drap. Il tourna alors le dos au parc et fit ses adieux à la pièce qui lui avait si longtemps servit de cercueil. Tout en se laissant lentement glisser, le monde qu’il avait toujours connu disparut. David se concentra alors sur son escapade. Il lui restait à peine quelques mètres à parcourir, lorsqu’il entendit le tissu céder peu à peu sous son poids. Comment se pouvait-il qu’un jeune homme aussi maigre que lui, puisse parvenir à déchirer ce drap. Paniqué, il regarda le spectre qui arborait un sourire sarcastique au pied du manoir. - Allons Maître, il serait temps de vous dépêcher. La lune est belle, nous sommes au beau milieu de la nuit et le monde nous attend. David accéléra ses mouvements devenant de plus en plus incertains dans sa descente. Le balancement de son corps ne faisait que précipiter la déchirure imminente des draps. Il suait à grosses gouttes et tentait désespérément de se calmer. Mais au lieu de cela, ses membres ne lui répondaient plus, ils s’agitaient, se battaient dans le vide contre cette chute dangereuse, car le drap céda enfin, laissant choir le malade au pied de sa créature. Curieusement la douleur ne fut pas aussi vive qu’il le pensait. Il avait certes des contusions dues au choc, mais l’herbe tendre du parc avait amorti sa descente brutale. Il se releva lentement, prenant conscience alors de l’épreuve qu’il venait de franchir. Tel un mort qui accède au paradis, David avança émerveillé, se délectant de la beauté du monde extérieur et de la douceur de l’air. Il s’approcha du bassin et pour la première fois vit son reflet : un visage sec aux joues creusées, des yeux quelque peu exorbités, abrités par une arcade sourcilière inquiète. Un regard tendre et apeuré à la fois, qui s’apaisait au fur et à mesure qu’il se découvrait. Ses lèvres étaient fines, légèrement pincée, son nez droit et atypique. Il toucha du bout des doigts ce visage qu’il ne reconnaissait pas et poussa en arrière les mèches de cheveux bruns qui lui couvraient son front. Il se rendit compte à quel point ses mains étaient osseuses. Il n’arrivait pas à discerner la couleur de ses yeux, mais devinait qu’ils devaient ressembler à ceux de sa mère dont il avait souvent admiré le vert absinthe. Il se redressa et regarda son compagnon de misère. Le voyage commençait ici et curieusement il n’avait plus peur. Son mal ne s’était pas encore réveillé, il savait désormais qui lui serait impossible de revenir en arrière. Il ajusta la besace autour de son corps famélique, secoua son pantalon. Cette fois sa création lui adressa un regard plein de gratitude et d’estime. - Il est temps à présent. Tous deux se dirigèrent alors vers la grille à l’entrée du manoir. Elle grinça bruyamment lorsque David l’ouvrit, mais ce vacarme lui sembla comme un chant d’adieu. Il franchit le portail, suivit de sa créature. Son attention fut retenue une dernière fois par la maison de son enfance. Il n’y avait rien à regretter là bas. Il tourna le dos au passé. Une route nouvelle s’ouvrait devant eux. _________________ Carl Sagan : « L’imagination nous emmènera souvent vers des mondes qui n’existent pas, mais sans elle nous n’irions nulle part. » |
|  | | Siel Vénérable à plume ...

  Age : 29 Inscrit le : 30 Déc 2005 Messages : 5552
| Sujet: Re: L'histoire jusqu'à maintenant Dim 8 Avr 2007 - 23:24 | |
| Chapitre 3 - By Napalm
Une peur instinctive s’empara des hurleurs des faubourgs lorsqu’ils sentirent la présence de l’intrus. Leur rage les rendait insensibles à la peur la plupart du temps, mais la puissance de l’Autre Monde dégoulinait littéralement sur celui qui approchait de la ruelle. Les chiens redevenus sauvages abandonnèrent les reliefs de leur repas avant de s’évanouir dans le noir…
David marchait à tâtons parmi les taudis aux fenêtres aveugles. Il voyait parfaitement dans la pénombre mais il ne savait pas bien où aller, c’était la marche d’un convalescent longtemps privé de son corps. Il dit au paralytique : « lève-toi et marche car tes pêchés te sont pardonnés »
Ces paroles d’évangiles, combien de fois les avait-il remâchées, intégrées dans ses propres écrits. Paroles de haine envers le monde invisible devenaient pierres de soutènement pour ses poèmes. Cela faisait déjà une bonne heure que le spectre l’avait laissé à lui-même, disparu sans un mot. Mais à, présent, c’était une subtile odeur de sang qui le guidait à travers les rues de Vitry : ses besoins reprenaient le dessus ! La riche ville aux arbres était si différente dans l’obscurité, elle redevenait le domaine des mendiants et des coupe-jarrets. Vitry la brillante n’échappait pas à ses démons. David s’accroupit au dessus de la carcasse qui lui apparaissait étrangement rougeoyante dans sa vision déformée. Le petit corps désarticulé n’était plus qu’une pulpe sanglante, sans peau ni visage : un bébé, certainement abandonné par une gueuse ! Le jeune homme passa rapidement son chemin…
Une course légère sur les pavés, le bruit d’une chute. Babette poussa un cri aigu en se retournant vers le visage de son agresseur, celui d’un homme édenté et plus ridé qu’une pomme blette. Un sourire lubrique barrait son visage repoussant. — « Toi ma jolie, je vais t’apprendre à jouer du flûtiau ! dit-il en agitant un couteau rouillé sous le nez de la petite fille. Elle ne pouvait rien faire, le forceur était assis sur elle. Ça allait être long et douloureux, mais avec un peu de chance, le malandrin ferait son affaire et la laisserait en vie…
« La nuit n’apporte que perdition aux âmes esseulées, elle est le temps du pêché puisque la lumière ne peut alors plus donner le moindre refuge à la décence », ainsi lui aurait certainement parlé le père François. Mais Babette n’avait pas eu le choix de sortir, et si elle l’avait fait, c’était précisément pour quérir le berger des âmes. Tandis que le brigand fouillait avidement ses jupons, son pauvre père se mourrait. Cette nuit, il n’aurait pas l’extrême onction ! Elle détourna le regard, s’apprêtant à subir les assauts abjects de cet homme. Mais le cri qu’il poussa soudain lui déchira les tympans. Un poids disparut lorsque le corps de l’homme fut violemment soulevé avant de s’ouvrir dans une gerbe de sang. Le liquide chaud inonda le visage et les vêtements de la petite fille. Ses yeux écarquillés ne manquèrent rien du massacre. Le plus énorme des loups était en train de fouiller la chair du brigand à l’aide ses serres. Elle faisait face à la malebête : son museau dénudé et ses grands yeux profonds avaient quelque chose d’humain. Babette ne prit pas le temps de hurler à l’aide, elle profita que le lupin dévorait sa proie vivante pour s’enfuir dans la nuit !
L’air s’agita dans la ruelle tandis que la réalité était mise à mal sous l’effet d’une intrusion. Maisons et pavage semblaient animés des mouvements douloureux d’un convulsionnaire. L’irruption d’un éclair illumina un instant les façades, suivie de lueurs pourpres irisées soulignant une silhouette souple. Puis plus rien, Milena se retrouva seule dans la pénombre, sa nudité frissonnante exposée à la fraîcheur de la nuit. Elle toussa bruyamment ; malgré de nombreux voyages de ce genre, son corps ne parvenait pas à s’habituer aux spasmes qui suivaient chaque saut. Elle espérait que celui-ci serait un des derniers, elle sentait toute proche la présence du bâtard d’Imzzelgom . Milena s’élança d’un pas rapide. Il fallait vite se mettre en quête du sang-mêlé tant qu’elle avait encore la force de le maîtriser et de le convertir à sa cause. Lorsqu’il prendrait pleine possession de ses capacités, il serait trop tard. Les diatribes du Maître des Damnations lui revinrent en tête tandis qu’elle progressait dans la rue déserte : — « Imzzelgom était faible et stupide, Imzzelgom s’est fourvoyé en bravant l’interdit suprême : il s’est accouplé avec la peste humaine et a voulu abâtardir notre race. Peut-on seulement concevoir de côtoyer la vermine grouillante de Gaïa ? Nous devons toujours d’écraser les créatures de la fange comme les araignées répugnantes qu’elles sont ! » On lui avait martelé ces « maximes suprêmes » depuis qu’elle était toute petite. Mais elles avaient finalement servi la cause de la dissidence. C’était Samaël le faible : il avait tellement tenu Gaïa en horreur qu’il n’avait pas, dans toute sa sagesse lumineuse, saisi les potentiels cachés de ses habitants. Il ne réalisait certainement pas toute la puissance des sangs mêlés, fruits du jour et de la nuit, enfants de ceux du troupeau délaissé par le Grand Sénile. Milena sourit en pensant qu’avec des militaristes sans cervelle tels que Béhémoth à ses côtés, Il ne risquait guère d’affiner ses raisonnements politiques.
Ses yeux ne s’étaient pas encore habitués à l’environnement de Gaïa, sa vision brouillée lui renvoyait un décor sans couleur, tremblotant, comme si le feu d’une éruption avait déformé l’air et recouvert la ruelle d’un manteau de cendres. Ses sens développés lui renvoyèrent toutefois une odeur forte, mélange de crasse et de sueur. Elle se tourna pour distinguer une ombre imposante sortir d’un porche. — « J’en ai vu des ribaudes et des catins du diable dans ma vie, mais alors toi ! »
La voix avinée était celle d’un humain. Un grand mâle dont la face était cachée par un capuchon de cuir. Milena se rendit soudain compte que son corps de femme dévêtu allait lui attirer les « faveurs » de tous les braillards du coin ! La main calleuse de l’humain agrippa son bras. D’une griffe de fer, elle le souleva par la gorge pour le cogner contre un mur décrépi. L’homme ne pouvait crier, la jeune Lycan lui assénait un étranglement sanguin. Il tomba à genoux en une agonie silencieuse. Sans perdre de temps elle le dépouilla de son pourpoint et de sa culotte de lin. Ils étaient sales, mais c’était toujours mieux que rien ! Alors qu’elle s’habillait dans l’ombre du porche, son ouïe fine perçut la rumeur éloignée d’une foule en marche…
Pour la première fois depuis longtemps, David se réveilla serein d’un sommeil réparateur. Ses membres étaient gourds, sans doute à cause de leur manque d’exercice toutes ces années, mais il avait l’impression de s’être reposé après un bon festin. Les contours de la pièce lui apparurent progressivement, la très faible lueur du petit matin perçant à travers l’entrebâillement d’une porte de planches, visiblement sortie de ses gonds pour être replacée tant bien que mal dans l’encadrure. Il était affalé sur un sol de terre battue, sa tête reposant sur un tas de sacs : il était dans un taudis déserté comme il en existait beaucoup aux abords de la ville. Des taches sombres maculaient ses vêtements. David se redressa d’un bond. Une tête le fixait d’un regard vide, celle d’un homme ridé, arrachée de son corps. Son visage renvoyait une expression de surprise et d’horreur mêlées. Les restes d’une colonne vertébrale y étaient attachés. Le carnage aurait sans doute indisposé le plus solide des mercenaires, mais David ne se sentait pas mal, la douce odeur du sang revint lui caresser les narines, comme s’il contemplait les restes d’un délicieux repas laissé la veille sur une table de fête. Il se détesta pour cela. — « Bravo, alors là bravo ! Pour une libération, ce fut un spectacle de toute beauté » David sursauta et vit que le spectre le regardait, flottant doucement dans un recoin obscur de la pièce. — « Vous… Vous m’avez poussé à cela ! J’ai tué un homme à cause de vous ! — Non maître ! Vous m’attribuez des pouvoirs que je n’ai pas ! Dispenser la mort fait partie de votre nature, voilà tout ! — Je suis un meurtrier. C’était contre ce mal que mon père cherchait à me protéger ! — Votre père ? Hum, oui, pas sûr. De mère vous en avez bien une, mais de père, vous verrez que tout n’est pas si simple, enfin bon… — Quoi ? que dîtes-vous ? — Peu n’importe. Vous le saurez bien assez tôt car quelque chose me dit que ce soir est celui des rencontres. D’ailleurs le bougre qui gît à vos pieds ne fut la seule. Croyez vous que la petite damoiselle dont vous avez sauvé la vertu va vous remercier de l’avoir épargnée ? A l’heure qu’il est elle a donné l’alerte et le curé François de Erstin bat le pavé à votre recherche avec ses fidèles brebis !» La chasse dans les rues de Vitry lui revint peu à peu en mémoire ainsi que ces grands yeux bleus terrifiés et ce visage enfantin recouvert de sang. Le bruit d’une course lointaine le tira de sa rêverie. Il entendait les bottes ferrées des hommes du Guet comme s’ils avaient été dans la pièce. Il retourna son gilet, l’attacha à sa taille pour dissimuler les traces de son « forfait » et bondit sans plus attendre hors du taudis.
— « Sus au lupin ! — Mort ! Mort ! — Qu’on le traite comme savaient faire nos ancêtres ! » Milena, les traits dissimulés sous le capuchon, suivait le flot de la foule et brandissait la dague du mendiant lorsque les armes se levaient à l’unisson. Se fondre parmi ces humains courroucés était le meilleur moyen de se dissimuler. Elle savait que le dernier des siens à avoir voulu échapper à ce genre de battue avait fini entre leurs mains et subi les plus atroces supplices en place publique. Or elle avait d’autres projets que finir écorchée vive à l’aide de fers rouges ! En tête du cortège marchait le père François, aussi calme que la foule était hystérique. D’ailleurs, il ne faisait rien pour la tempérer. Il souriait à chacune des élucubrations clamées par les meneurs : — « C’est le diable, il lui a donné un onguent pour qu’il se transforme en loup ! — Non ! je connais leurs maléfices : le malin lui a offert une ceinture magique ! » Le bon érudit arborait une expression dédaigneuse, comme s’il savourait un triomphe. Milena le vit soudain tourner dans une ruelle sombre avec quelques soldats alors que la foule continuait à descendre l’avenue principale, suivant les ordres d’un chevalier en côte de mailles. La jeune louve s’éclipsa discrètement pour se lancer à leur suite.
La fuite de David avait quelque chose de grisant. Il ne connaissait que trop bien les tortures ignobles qu’on lui infligerait s’il était pris comme loup-garou, mais il avait sans doute passé trop de temps enfermé pour ne pas savourer la caresse du vent sur son corps en mouvement. D’ici, il entendait respirer les guetteurs, battre leurs cœurs. Il pouvait même ressentir leur peur comme un loup ressent celle d’un lapin. En vérité, les potions n’avaient fait qu’endormir sa vraie nature et l’auraient condamné à rester alité toute sa vie. Ses pensées furent interrompues par le claquement sonore de volets et une voix hurlant après lui : — « Lui là-bas ! Il est dehors pendant le couvre feu ! » David courut à perdre haleine. Déjà, les pas des gens d’armes emboîtaient son pas. Mais il se dit que leurs gambisons les ralentiraient, de plus, ses yeux s’accommodaient parfaitement des ombres. C’est au détour d’une rue qu’il le vit ; comment avait il fait ? Père François lui faisait face, sans aucune peur. Son apparition à cet endroit précis était inexplicable, mais déjà, la vision de David se voilait de rouge. Il sentait cette fois son corps se gonfler sous l’effet de la transformation. Les pieds du prêtre ne touchaient plus le sol et ses yeux étaient devenus deux puits de lumière glacée. — « J’avais de la compassion pour tes chrétiens de parents, mais aujourd’hui tout est différent David. Tu as assumé le démon qui est en toi et comme le dit l’Exode, je ne laisserai vivre ni l’idolâtre ni la sorcière ». David était déjà sur lui mais lorsque ses griffes entamèrent la soutane, il eut l’impression que ses doigts avaient gelé. Ses mâchoires se verrouillèrent sur sa gorge, sans pouvoir entamer cette chair dure comme la pierre ! Le corps de son adversaire subissait lui aussi de formidables changements : les vêtements craquaient sous un torse armuré tandis que quatre ailes angevines venaient de jaillir dans son dos. David n’eut pas le temps de se rendre compte de son erreur : une forme bestiale se jeta sur l’ange incarné et l’éjecta du combat. C’était comme lorsqu’il avait enfin découvert son reflet dans le miroir : sous la lune déclinante, un de ses semblables affrontait son ennemi à sa place. Il ne comprit pas tout de suite d’où venait la lumière qui l’enveloppa mais en se retournant, il vit la silhouette familière du spectre se tordre devant un maelstrom d’énergie rugissante. — « Sautez maître ! Elle est venue pour vous ! » David ne pensait déjà plus à rien, d’un bond, il s’élança dans l’ouverture. _________________ "Y'a des jours où il faut pas m'chercher, et y'a des jours tous les jours"
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|  | | Azarian Ecrivain de Destins

  Age : 30 Inscrit le : 09 Avr 2006 Messages : 1558
| Sujet: Re: L'histoire jusqu'à maintenant Dim 6 Mai 2007 - 13:41 | |
| Chapitre 4 - By Siel
Un écho d’outre-tombe s’éleva : « Frère Gabriel, êtes-vous parvenu à vous incarner à temps ? — Oui, Ô mes Maîtres. Je suis un prêtre prénommé François de Erstin. — Où en êtes-vous dans votre pérégrination, Frère François de Erstin ? Vous n’êtes pas sans savoir que l’Engeance soigne son couvain, dévorant Gaïa de l’intérieur. Elle fomente contre notre Père à tous, créateur des Mondes. — L’Hybride est telle une anguille poisseuse qui glisse entre les mains, Ô mes Maîtres. Il disparaît avec les ombres. — Ce n’est point là une surprise. Depuis que la nouvelle s’est répandue, Démoniaques et Angélus cherchent à poser une main, une griffe sur son épaule. Il fallait vous y attendre. — Ce fut le cas, mes Maîtres. Toutefois, l’Hybride ne semble plus seul… — Prends garde, Frère François, car, de nuit en nuit, le bâtard d’Imzzelgom s’enhardit. Devons-nous vous détacher un quelconque soutien, Frère ? — Point besoin : je saurai accomplir la tâche que le Divin, notre Père, m’a confiée. Altier, l’ange Gabriel leva le nez sur la voûte céleste : — Ah ! David, tu n'as pas passé les limites de ce monde. Tu es toujours sur Gaïa, nous percevons ta présence. Ton âme damnée va me guider à toi… Dans un froissement d’ailes, Gabriel se retourna vers ses pairs : — L’Hybride sera libéré ou trépassera ! »
* * *
Chamsin, vent chaud d’un autre pays, qui sers-tu ainsi ? David sentit un frisson lui remonter le long du dos. Il ouvrit les yeux. Aussitôt, le sable vint se coller à ses paupières jusqu’à l’irritation. Ce jour-là, David découvrit le goût amer des dunes dans sa bouche. Autour de lui, tout n’était que sable et poussière, matière insidieuse qui s’infiltrait dans le moindre orifice. Et David était nu. Nu et seul. Seul et apeuré. Qui es-tu pour l’assaillir de la sorte ? Dans cette immensité sans nom, David suffoquait. Lui coutumier des clameurs de la vie se retrouvait noué par l’agoraphobie. Le vent du désert avait remplacé les cloches des églises ; le sable des dunes pavait le paysage avec froideur ; le Soleil – terrifiant Soleil – ne semblait jamais vouloir s’effacer à l’horizon. Ne crois-tu pas devoir plus de considération envers le Premier ? David suffoqua plus encore. Ses jambes malingres supportaient difficilement un corps pourtant affaibli par des années de séquestration. Les bourrasques le faisaient plier sans toutefois jamais rompre. Tu ne l’empêcheras pas, Chamsin, de me rejoindre… — Je… ne comprends pas… se lamenta David. JE NE COMPRENDS PAS !! David avait hurlé, brûlé ses forces comme pour vomir ses dernières paroles, les paroles d’un condamné. N’étais-tu pas mieux, frêle David, dans ton antre de Vitry, sous la coupelle de parents partagés entre l’instinct protecteur et la honte ? N’aurais-tu jamais souhaité croiser le chemin de ce spectre ? Pauvre David que la vie n’a pas épargné. Tu vas mourir. Tu le penses vraiment. Tu viens à l’espérer. Mais soudain, une étrange matière accroche ta main, l’étincelle que même le vent désertique n’a pu souffler. Un pyramidion saillait à quelques mètres de hauteur. De son ongle, David cisailla la roche. La kératine se brisa : le sang se mêla au sable. — Ce n’est pas ainsi que tu entreras, maître. Derrière la construction de pierres, le spectre riait cyniquement. — Qu’est-ce qui te fait croire que je souhaite entrer ? — Tu veux comprendre. Donc, tu vas entrer… David resta coi. Son cœur battait à tout rompre, y compris son essence. Il se sentait attiré et le spectre l’invitait du regard. Il allait déchiffrer l’énigme de sa propre existence. Il allait découvrir qui il était en explorant les tréfonds de cette construction. Encore fallait-il oser pousser la porte ! Une idée – folle idée – germa soudainement en lui. — Spectre : tu en sais plus que tu ne veux l’avouer. Pourquoi devrais-je me lancer dans ce voyage alors que la source de connaissances me fait face ? — Maître… Vous me surestimez… Vous vous surestimez… Je ne sais rien de plus que vous ne l’imaginez. Je ressens les choses, voilà tout. Sous nos pieds sonnent les trompes de la rébellion. Les Apostats attendent l’arrivée de leur chair. N’entendez-vous pas le galop de ses troupes ? — Apostats… — Je le sens, mon maître. Nous devons trouver l’entrée de cette pyramide sans âge… Je saurai vous guider pour desceller les gonds de celle-ci. Le regard de David se perdit sur les blocs de parement. L’édifice n’avait rien d’une cité de sa connaissance. Ce pays n’était pas le sien. — Où est Vitry ? — Comment le saurais-je, maître ? — Que s’est-il passé ? Où suis-je ? David tomba à genoux sur le sable, le visage dans les mains. Au sang se mêlèrent les larmes. — Maître… ? Mon père… ? Que vous… — Je ne puis être ton père… l’interrompit David d’une voix discordante. — Vous avez la mémoire courte, mon maître, reprit sereinement le spectre. Vous me lassez. Je ne souhaite répéter infiniment votre propre histoire. Vous êtes faible, je suis fort. Vous êtes averti, je suis opportuniste. Par tous les diables, relevez-vous ! Battez-vous ! — Je n’en ai plus la force… A quoi bon lutter sans dessein… ? A quoi bon lutter… lutter… Les paroles de David s’évanouissaient déjà dans le vent et le sable se précipitait pour les dévorer. Car le spectre avait disparu. Tel l’aliéné dans sa prison dorée, tel le démon prisonnier des enfers, David se sentit définitivement abandonné, perdre la raison. Le fil de sa pensée oscillait dangereusement entre la démence et la rage. Un duvet de poils naquit sur ses avant-bras. Sa peau se flétrit. Ses ongles s’effilèrent à la manière d’ergots. Ses oreilles s’allongèrent. Sa tignasse s’étoffa.
* * *
Au même instant, dans une église de Vitry : « Ainsi, tu as décidé de te montrer… Quel chemin fabuleux tu as parcouru, David ! Prends la main que l’on te tend et repose en paix… Car je suivrai éternellement ta destinée.»
* * *
L’Autre Monde le gagnait quand une main glaciale empoigna son épaule à présent musculeuse. Des volutes virevoltèrent aussitôt, célébrant les retrouvailles entre le feu et la glace. David hurla à la mort, cria puis se tut. De nouveau, David était David. — Tu peux le combattre, brebis égarée. Tu peux l’annihiler. Et si cela est au-dessus de tes forces, le Divin, notre Père, m’investira de sa toute puissance pour te libérer… Le timbre était flegmatique et David n’eut aucun mal à poser un visage sur ces mots. Au milieu du désert, les yeux noirs du père François de Erstin brillaient pourtant. Les lambeaux de sa soutane ravagée par les griffes flottaient au gré des bourrasques. Quelques grains de sable se collaient à ses cheveux hirsutes. D’un revers de la main, il s’épousseta. De l’autre main, il saisit l’Hybride à la gorge et le força à se relever. Tout comme à Vitry, ce prêtre était apparu. Tout comme à Vitry, ce prêtre avait menacé. Tout comme à Vitry, ce prêtre chassait… — Tu as toujours été faible, David. Incapable de te défendre seul. Longtemps, le Divin a espéré te ramener à lui, t’éloigner ainsi de ta sombre lignée. Longtemps, Il a veillé pour le salut de ton âme. En acceptant le démon, tu le déçois, tu sais… Oui, David était valétudinaire. Oui, David s’en remettait aux bons soins prodigués. Mais David n’avait jamais rien demandé de tel. Le Soleil rasant le frappa en plein visage. François de Erstin se plaça en contre-jour et déploya ses ailes blanches, plongeant l’Hybride dans l’ombre. David battit des paupières. « Il y a les pauvres de Dieu et ceux du diable » l’avait, une nuit, sermonné son père adoptif. Il comprit au premier regard que la créature lui faisant de l’ombre n’appartenait ni à l’une, ni à l’autre de ces castes. Il n’y avait rien de pauvre en elle : tout était douceur et volupté. Une rémige tourbillonna un instant avant de retomber. Une pluie de plumes s’abattit avec force délicatesse. L’Angélus sourit. Tout n’était que douceur et volupté… Hormis cette lame acérée. — Divin, Ô mon Père, arrachez cette âme à ce corps abâtardi par le démon. Le vilain ne doit plus souffrir d’être l’immondice de l’abjection. Libérez et purifiez d’un geste, d’un souffle. Le père François leva sa lame sacrée au nom de son Créateur. David attendait la fin comme une délivrance quand le spectre lui réapparut soudainement. Bloquant le bras armé de l’ange, il lui cracha son nom au visage — Gabriel ! feula-t-il, crois-tu pouvoir te débarrasser de nous aussi aisément ? L’ange retira précipitamment la main enserrant le cou de l’Hybride comme brûlé au fer rouge. Reculant, il laissa choir David sur le sable. Le visage de la créature divine reflétait l’horreur et la défaite. Il murmura : — Qu’est-ce donc que ce nouveau maléfice ? Comment peux-tu connaître mon saint nom ? David se fit spectateur. Le spectre répliqua plein de hargne : — Ne comprends-tu pas, Gabriel ? Nous sommes un Apostat, nous sommes déjà libres. Nous ne craignons ni ton glaive, ni tes sermons. Pour t’emparer de notre essence, il va te falloir y laisser des plumes ! Puis, de sa voix sardonique, le spectre s’adressa à David : — Ne te laisse pas abuser par ses histoires, David. Tu n’apprendrais rien d’intéressant ! Alors que, un peu plus loin, j’ai découvert un passage… Suis Chamsin ! Il te guidera… Suis Chamsin… David tremblait. Le corps agité de soubresauts, les muscles roulant sous la peau, les yeux révulsés, l’Hybride était déchiré par les forces antinomiques se disputant son âme. Tandis que le spectre évoquait la rage, l’aura de l’ange tendait à imposer la paix. — ASSEZ ! hurla David au firmament. — Assez, supplia-t-il ensuite. Prostré, la tête entre les genoux, il s’arrachait les cheveux. Le silence et le bourdonnement du vent recouvrèrent leur trône. Le temps s’écoulait au rythme des larmes de David, absorbées par le sable avide comme une clepsydre malheureuse.
* * *
La nuit drapait de son voile l’étendue désertique et ses vestiges. David se redressa péniblement. Le spectre avait disparu ainsi que Père François. L’écho des paroles de chacun d’eux résonnait pourtant encore en David. « Suis Chamsin… Viens, David… Nous sommes le Premier… Allons à lui… », incitait le spectre. La porte de la pyramide était grande ouverte. « Il n’est pas trop tard, trouve le chemin qui te délivrera de ton destin démoniaque… » criait le prêtre avant d’être aspiré dans le néant. Un tapis de plumes recouvrait le désert à quelques pas de là. David jeta un coup d’œil à cette porte obscure. Allait-elle réellement éclairer son âme ? Il crut alors distinguer une lueur, à peine plus vivace qu’un lampion en pleine ville. Sa vue se troubla, ses jambes flanchèrent. La faim et la fatigue eurent raison de sa frêle carcasse. Bientôt, les charognards nocturnes allaient se repaître de ce festin fortuit. Les premiers approchaient déjà quand une ombre se profila. Elle blatéra longuement en s’affaissant sur le flanc. Le bédouin prit le poignet de David et fit signe au reste de la caravane.
* * *
« Frère Gabriel, que se passe-t-il ? — Ô mes Maîtres, j’ai péché par omission… Par orgueil également. Le bâtard d’Imzzelgom possède en lui les secrets de son existence. Il les découvre peu à peu. Il a développé une schizophrénie : la part démoniaque se dispute à la part humaine. — Rien d’étonnant à cela, Frère ! Qu’attendez-vous pour y mettre un terme ? Si l’Hybride assumait l’importance de cette existence, il deviendrait une arme redoutable brandie par Imzzelgom et, gonflé par l’ivresse du pouvoir, il conduirait les troupes des Apostats pour déferler sur Gaïa. Même les Démoniaques de Samaël rallieraient probablement le combat ! — Mes Maîtres… interrompit respectueusement Gabriel. Je connais les enjeux. Mais, je crains que la force n’échoue face au bâtard. Sa puissance est déjà grande… L’Angélus marqua un temps d’arrêt. — Eh bien ! Par tous les saints, que se passe-t-il enfin ? L’éclat d’outre-tombe des Maîtres était cette fois insistant. Gabriel replia ses ailes en frémissant : — David s’est souvenu de mon nom… L’écho des Maîtres s’étrangla. Dans l’ombre, les visages devinrent livides. — Il est parvenu à me repousser dans le désert. Un nouvel affrontement l’amènera inexorablement à accepter ses ascendants démoniaques. — Que suggérez-vous donc enfin ?déglutirent difficilement les Maîtres. — Je ne sais plus, Ô mes Maîtres… Que le Divin nous vienne en aide…» _________________ Carl Sagan : « L’imagination nous emmènera souvent vers des mondes qui n’existent pas, mais sans elle nous n’irions nulle part. » |
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  Age : 29 Inscrit le : 30 Déc 2005 Messages : 5552
| Sujet: Re: L'histoire jusqu'à maintenant Dim 3 Juin 2007 - 21:43 | |
| Chapitre 5 - By Amôn
Assis sur le sommet d’une immense dune, David contemplait la pyramide. Elle était parfaitement lisse, éclatante de blancheur, au point qu’il était quasiment impossible de la regarder fixement pendant la journée. Mais sous la clarté de la lune, les reflets bleutés qui jaillissaient de sa pointe d’électrum lui donnaient des allures de phare guidant les nomades dans le désert. Si une divinité quelconque avait eu l’idée saugrenue de donner la parole à cet amas de pierres, nul doute qu’elles auraient appelé à l’unisson vers leur admirateur… - David ! La voix le fit sursauter, le sortant de ses réflexions. Cela faisait maintenant deux jours qu’il avait échappé à la mort face au Père François de Erstin, deux jours que le spectre avait disparu – l’abandonnant nu et seul – deux jours que les bédouins l’avaient recueilli et soigné. Mais pendant tout ce temps, les pensées de David revenaient systématiquement à cette construction du fond des âges. Il en était persuadé à présent, toutes les réponses étaient là, à l’intérieur. Tout le poussait à y entrer, y compris ce vent, invariablement présent et orienté vers ce palier, lancinant, comme s’il était décidé à ne cesser que lorsque David se déciderait enfin à le franchir. Malgré tout, il ne parvenait pas à s’y résoudre. Son interlocuteur se tenait à présent debout à côté de lui, drapé dans des vêtements aux couleurs traditionnelles qui ne laissaient entrevoir que son regard déterminé. - Si tu ne souhaites pas y aller, rien ne t’y oblige. Sache cependant que nous ne pouvons pas rester ici indéfiniment. Gabriel ne s’arrêtera pas sur un échec. Milena avait ce don d’être toujours franche et directe. Elle ne donnait jamais plus d’informations que nécessaire. David ne savait rien d’elle. Pourquoi l’avait-elle sauvé dans les ruelles sombres de Vitry ? Comment en était-elle arrivée si rapidement à diriger une caravane à travers le désert pour le retrouver ? Que savait-elle de lui que même le spectre semblait ignorer ? La seule fois où David se sentit le courage de lui poser une question, elle se contenta de répondre par une simple formule : « les réponses viendront en temps opportun ». Voilà pourquoi David feignit de ne pas s’intéresser à sa présence, dans un premier temps, puis la curiosité se fit trop forte pour être contenue. - Que vais-je découvrir une fois là-bas ? Qu’y a-t-il en moi qui justifie que des êtres qui n’ont rien d’humain me pourchassent avec autant d’acharnement ? Il y a à peine quelques semaines, je croyais que mon destin serait de mourir dans une ultime crise de folie, dans un recoin sombre et puant de ma chambre… - Ton destin est bien plus grandiose. Mais tu dois d’abord choisir. Milena s’accroupit finalement en face de lui et le dévisagea. David fixa ses yeux qui reflétaient toute la force de son caractère. - Assumer ce que tu es ou fuir pour le restant de ta vie. Nous conduire à la victoire ou mourir comme un misérable humain… Après avoir marqué une courte pause elle reprit : - …entrer dans ce tombeau et apprendre ou pourrir dans ce désert avec tes regrets. - De quelle « victoire » parles-tu ? Je n’ai aucun talent pour la guerre. Je lutte déjà pour rester sain d’esprit – ai-je vraiment réussit ? – et au-dedans de moi je sens bien qu’un autre conflit à lieu avec cette chose. - Cette chose fait partie de toi ! Arrête de la voir comme une malédiction ! Ne pense plus en tant que « David », tu sais maintenant que tu es bien plus que cela. Tu ne te rends pas compte des enjeux. - Comme le pourrais-je ? Personne ne daigne m’expliquer ce qui ce passe. Et quand on me répond enfin, c’est au moyen de phrases plus énigmatique les unes que les autres. - Parce que tu sais déjà tout ce dont tu as besoin. Elle pointa un doigt accusateur vers le front de David, et ajouta : - Les informations sont là. Tu n’as qu’une seule chose à faire pour ouvrir ton esprit, mais tu t’y refuses. David détourna le regard vers la cavité sombre qui s’engouffrait dans le monument. Il tremblait. Il savait qu’elle disait vrai et chaque parcelle de son être refusait la possibilité de repartir en arrière. Il avait vécu trop de chose depuis son évasion pour s’arrêter là. C’était un point de non-retour. A ce moment, une lueur étincelante décrivant toutes les nuances de l’arc-en-ciel déchira violemment le calme désertique. Le faisceau sortait du tombeau dans un bourdonnement sourd et puissant, au point que le sable des dunes alentours se mit à glisser. Milena laissa alors pour la première fois tomber le voile qui couvrait son visage et esquissa un sourire. Sans se retourner, elle savait se qui se passait. David la regarda avec stupeur, comme pour lui demander si c’était lui qui avait provoqué cette réaction. - Ils te donnent une dernière chance d’y aller. - « Ils » ? - C’EST MAINTENANT OU JAMAIS ! Bien que ces derniers mots laissaient entrevoir un choix, David su qu’il s’agissait en fait d’un ordre. Un déclic eu lieu dans sa conscience torturée et il cessa alors instinctivement de réfléchir, guidé par une force nouvelle qui balayait d’un seul revers tous ces doutes. Grâce à Milena il avait compris qu’il ne pouvait pas marcher indéfiniment sur la ligne, il devait la franchir, d’un côté ou d’un autre. Il se mit à courir sur le sable mou avec une agilité déconcertante. Au fur et à mesure qu’il approchait du faisceau, le vent se faisait de plus en plus fort dans son dos, comme pour l’aider à accomplir son destin. Sa peur s’estompait. Quand il fût enfin dans l’axe du rayon étincelant, bien en face de l'ouverture, il se campa droit sur ces jambes et respira calmement. Il jeta un dernier regard en direction de Milena, perchée au sommet de la dune qu’il venait de dévaler. Elle lui fit un simple geste de la main, mimant celui que font les galants pour céder le passage à une dame. David prit alors une dernière inspiration et fixa la source de lumière. Bizarrement, il n’était pas éblouit et distinguait parfaitement les contours de la porte. Il s’avança.
*** Les Maîtres s’échangeaient des regards inquiets. Le bâtard d’Imzzelgom avait eu accès à la connaissance, ils le savaient. L’un d’eux hasarda : - N’y a-t-il plus rien que l’on puisse faire ? - Tout dépend de lui maintenant. Il connaît la véritable nature de son identité, de la nôtre et de l’univers. Il est le Premier, de ces choix dépendra le futur de tous les mondes. A notre niveau nous ne sommes plus rien qu’un obstacle sur son chemin, seul le Divin peut encore nous donner la puissance qu’il faut pour le contenir. - Puisse le Divin nous sauver. Le plus ancien membre du conseil leva alors la main. Les autres se turent. - Malgré toute la puissance dont il peut disposer, il n’en reste pas moins semblable à un enfant. Et les enfants sont manipulables. Le vrai danger n’est pas dans ses dons mais dans l’utilisation qu’il en fera. C’est à nous de nous assurer que ce sera pour le bien. Tous les Maîtres hochèrent la tête, acquiescant cette conclusion.
*** David était baigné dans la clarté. Le temps paraissait suspendu. Les images déferlaient dans son esprit, depuis les origines de tout ce qui existe… La sensation d’immensité lui donnait le vertige. Le bruit de vibration qui l’entourait pris peu à peu des allures rythmiques, mais dans son euphorie, David ne perçu que plus tard ce qui était en réalité des paroles chargées d’un message qui lui était adressé. - Une infinité de monde pour une infinité de choix. A chaque décision, à chaque instant de nouveaux mondes sont créés et l’univers des possibles augmente sans cesse. Cette révélation était plus stupéfiante que l’ensemble des hypothèses qu’il avait pu échafauder. David aurait accepté d’apprendre qu’il était un prince des ténèbres exilé ou le produit d’une expérience mystique ratée. Il avait même souvent envisagé qu’il était mort dans son manoir et que ces rêves n’étaient en réalité que cette « autre vie » à laquelle les humains aspiraient. Mais jamais dans ces poèmes les plus inspirés d’autrefois David n’avait eu pareille idée. - Souviens toi de Gabriel, Imzzelgom, Samaël, Lilith, Raphaël… Et la liste continuait. L’afflux des souvenirs également. Tous ces noms… et autant d’entités qui peuplaient le monde de David, celui par lequel tout avait commencé. Le plus ancien. Le plus avancé. Celui où les hommes n’étaient plus depuis longtemps des tas de chair si fragile. Celui où chacun a aujourd’hui conscience de l’ampleur réelle de la création et ont appris comment en explorer tous les niveaux. - Tu es le Premier-né, l’Hybride, le rejeton créé par Imzzelgom. Dans ce lieu où les êtres se rapprochent le plus de ce que l’on considère ici bas comme parfait, l’orgueil était malgré tout resté l’un de leurs défauts majeurs. Alors que leur durée de vie ne se compare qu’à l’éternité, ils avaient choisis de brûler les étapes. Emprisonnés dans leurs certitudes de pouvoir jouer à être des dieux, ces personnes n’avaient pas prévu un seul moment les conséquences de leurs actes… - Tu es le maillon principal de la chaîne qui relie toutes les réalités. Tu es l’omniscient. Le centre de la toile vers laquelle convergent les fils de l’espace et du temps…
*** A l’instant où David avait franchi le seuil de la pyramide, le faisceau multicolore et le bourdonnement avaient disparu instantanément. Milena poussa un soupir. Les troubles psychiques de David serait sûrement un frein à ses actions. Maintenant que son pouvoir avait grandi, nul doute que le Divin s’empresserait de supprimer tous ceux qui pourraient lui venir en aide à son retour. Et pendant que la structure s’enfonçait doucement dans le sable, remodelant du même coup le paysage, Milena regarda vers l’horizon. Les premières lueurs de l’aube commençaient à poindre dans des coloris flamboyant, célébrant de façon désinvolte les évènements qui eurent lieu cette nuit-là. Mais Milena ne le savait que trop bien : le temps de se réjouir n’était pas encore venu. A cet instant précis, alors que tout semblait serein et inchangé, une guerre sans précédent venait de commencer. _________________ "Y'a des jours où il faut pas m'chercher, et y'a des jours tous les jours"
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| Sujet: Re: L'histoire jusqu'à maintenant Mar 3 Juil 2007 - 8:27 | |
| Chapitre 6 - By Azarian
Un nouveau réveil. Sans douleur cette fois, mais si confus. Un nouveau réveil mâtiné d’ocre, d’incarnat et d’ébène. Que se passait-il ? David tenta de se concentrer : il ne vit plus qu’une tache noire sur un rond jaune. Un œil ! Crâne, inquisiteur, il appartenait à un animal… un corbeau. - Où suis-je ? Demanda l’Apostat. « Ta question n’a pas de réponse qui puisse te satisfaire. Tu es dans un plan n’appartenant ni à ta réalité, ni au domaine du rêve. » Etait-ce le corvidé ? David n’aurait su dire d’où provenait la voix. Tout semblait si étrange ; le rouge dominait tout autour sans qu’on puisse distinguer le contour d’objets, du ciel ou du sol. Seul le corbeau semblait réel, comme incrusté dans une peinture impressionniste. David prit soudain conscience qu’il n’avait pas de corps. Il s’affola quand un rire narquois retint son attention. - Eh bien ! Les rôles sont inversés : te voilà spectre et je suis l’humain. David reconnut sans mal le ton du Spectre mais celui-ci avait une consistance toute nouvelle : il se pavanait dans un costume noir et chapeau haut de forme, brandissant prétentieusement une canne dorée. David ouvrit la bouche mais le Spectre l’arrêta d’un geste désinvolte et déclama : - Bienvenu à la maison ! Allons : ne faisons pas attendre notre guide emplumé. Et ne t’inquiète pas pour le petit voyage : je me charge de tout, mon ami. Avant qu’il n’ait pu formuler une réponse, David se sentit happé, dirigé comme un enfant au milieu d’une foule en furie. Un faisceau multicolore l’enroba un instant. La sensation, plutôt désagréable, ne dura pourtant pas. - Cette fois, nous y sommes, fanfaronna le Spectre visiblement ravi. Un palais, dont la teinte s’apparentait au granite, se dressait au milieu du néant, immense et irréel. On pouvait tenter de suivre ses toits, ses colonnes, ses tourelles mais il était impossible de l’embrasser dans son entier d’un regard. Il disparaissait par endroit dans une brume noire. Puis, à l’attention de David : - Allons, fais un effort : matérialise-toi. Prends exemple sur moi, susurra le Spectre en écartant les bras. C’est extrêmement mal poli de rester ainsi désincarné. Notre hôte mérite mieux que cela… David ne releva pas l’ironie de cette phrase, lui le Spectre qui était toujours apparu, jusqu’à aujourd’hui, sous forme éthérée. Il tenta plutôt de suivre le conseil sans trop savoir comment y parvenir. Il laissa son instinct opérer… Il ne s’agissait pas de se matérialiser comme l’avait suggéré le Spectre mais plutôt de projeter une image. Répondant à une pulsion animale, David prit bientôt la forme d’un loup. Le Spectre opinait de la tête manifestement satisfait tandis que les portes du palais glissaient sur le marbre sombre. David et le Spectre, le Spectre et David firent quelques pas hésitants. Ils atteignirent rapidement un vaste hall épuré où trônait une ombre humanoïde massive. - Mon fils… Enfin ! tonna une voix grave.
* * *
Dans la cité blanche, un silence pesant s’était abattu. David avait fait son choix : pénétrer dans la pyramide. Gabriel considéra l’assemblée des anges. Tous les chœurs(1) étaient réunis, hormis les Maîtres Séraphins. Les visages graves en disaient long sur l’inquiétude et la déception provoquées par la nouvelle. L’Archange Raphaël s’approchant semblait contrarié : - Va Gabriel ! Retourne voir tes Maîtres et sors nos semblables de leur léthargie. Le temps joue contre nous maintenant. Une voix les interrompit : - Raphaël ! Ton ardeur t’honore. Dans un bruissement d’ailes et d’acier, Melatron et l’ensemble du chœur Séraphins fendaient les rangs à la rencontre des autres anges. Gabriel se sentit soulagé. Depuis trop longtemps, il portait seul son fardeau. Il avait été le premier à percer la perfidie des plans d’Imzzelgom avant même la naissance de son bâtard. Par la suite, les Maîtres lui avaient naturellement confié la tâche de retrouver l’enfant, de l’enlever ou de le détruire. Mais la noire engeance avait pris soin de brouiller les pistes et finalement, l’alrune(²) Milena avait retrouvé David avant lui. Aujourd’hui, il était vain de tenter de retrouver le bâtard. Il fallait se préparer à l’inéluctable : la guerre qui allait avoir lieu. Les Maîtres Séraphins présents, le concile céleste était au complet. Une onde parcourut l’assistance, des centaines d’ailes blanches s’agitèrent, la lumière sembla redoubler d’intensité. L’Archange recteur des Séraphins reprit la parole : - Membres célestes, vous êtes tous au fait des derniers évènements qui se déroulent sur Terre. Une nouvelle menace se profile aux enfers, inconnue jusqu’alors. Imzzelgom a réussi l’impensable : engendrer et élever un démon sur Terre. Il espère grâce à lui rouvrir les Neuf Portes des Enfers. Gabriel a vaillamment tenté de ramener dans le droit chemin ce David, bâtard d’Imzzelgom, car il a senti en lui une part d’humanité. Toutefois, la pernicieuse Milena, suppôt du Démoniaque, a contré ses efforts. Il nous faut dorénavant combler notre retard. L’heure n’est plus à la conversion du bâtard mais à la protection des Neuf Portes. Revêtez vos armures ! Brandissez vos glaives ! A chaque chœur, une porte et que la lumière triomphe. Comme les autres, Gabriel acclama ce discours. Pourtant, une part de lui-même posait la question. Celle ayant détourné tant de ses semblables et tant d’humains du droit chemin. Pourquoi le Divin n’intervenait-il pas ? Melatron le tira de ses pensées : - Gabriel. Ta charge est encore grande. Tu ne dois plus échouer. Gabriel, cette sombre besogne est tienne… L’Ange Gabriel se leva alors, une lance à la main.
* * *
Milena avait quitté la Terre pour un monde transitoire nommé Stonelink. Ici, les Enfers avaient apposé leur empreinte sur une civilisation humaine moyenâgeuse. Survolant en spirale à dos de dragon la citadelle de Narkadur, elle finit par se poser dans la cour intérieure. Un comité comptant une centaine de guerriers humains l’attendait. Leur chef, un molosse de plus de deux mètres, vint s’agenouiller devant elle : - Les troupes sont en place, Maîtresse. Nous attendons votre signal. - Bien. Les trompes ne tarderont plus à présent et vous n’aurez pas besoin de moi pour les entendre. Mes quartiers sont-ils prêts ? - Oui, Maîtresse. Elle hésita un moment à inviter ce guerrier musculeux à rejoindre sa couche. Cela faisait bien longtemps qu’elle ne s’était pas adonnée aux plaisirs de la chair. Pourtant, elle y renonça : le temps n’était pas encore au repos. Gravissant les escaliers de sa tour, elle imagina les évènements qui devaient secouer les Enfers à cette heure. Imzzelgom avait dû réunir l’ensemble de ses sympathisants, leur présenter son bâtard comme l’arme ultime pour rouvrir les Neufs Portes. Nul doute que les ennemis d’autre fois avaient rallié sa cause : Samaël allait devoir accepter Imzzelgom comme l’unique Prince des Ténèbres. Milena entra dans ses appartements, et approuva la présence de son armure aux couleurs feu et macassar. Enfin seule, elle se déshabilla entièrement. Ainsi nue et désarmée, elle revêtit la forme qu’elle affectionnait : humanoïde féminine, dotée de sabots, de cornes, et d’ailes membraneuses. De la fenêtre, elle observa le bataillon d’humains. Bientôt, à ceux-ci viendraient se joindre les légions démoniaques. Jamais la victoire n’avait été aussi proche. Un point blanc dans le ciel attira soudain son attention. Par réflexe, elle porta la main à sa taille, cherchant une épée qui ni était plus car gisant sur le sol à quelques mètres. Elle bondit en arrière afin de s’écarter de l’ouverture, une seconde trop tard. Une flèche brisant un carreau vint percer son sein droit, lui arrachant un cri de rage. Elle roula sur le sol alors que les pans de la fenêtre volaient en éclat sous l’intrusion de l’ange Gabriel. Milena ne ressentait pas la douleur de sa blessure mais se sentait faible. Faible et humiliée. L’orgueil et la vision d’une victoire assurée l’avaient aveuglée. Elle tenta malgré tout de saisir le pommeau de son arme. Un nouveau trait lui transperça la main, la clouant au sol. Ses forces l’abandonnèrent un peu plus. Elle se savait maintenant incapable de se métamorphoser. Gabriel délaissa son arc pour brandir sa lance : - Puisses-tu trouver le repos, âme torturée, déclama-t-il avant de lui enfoncer la pointe dans le crâne.
* * *
L’étreinte du père pour son fils fut une libération. Les frustrations, les souffrances, la solitude se consumèrent dans la flamme ardente d’une colère nouvelle. David comprenait dorénavant. Dieu les avaient reniés, chassés de la Terre : déchus. Pourtant, l’Apostat avait en lui la puissance de regagner la Terre et d’y introduire les légions infernales. Il fallait ouvrir les Neuf Portes. Imzzelgom relâcha son fils, le Spectre avait disparu. Cependant David ne parut pas surprit, il n’avait plus besoin de cette béquille. Dresser sur ses jambes arrières, l’Apostat n’était plus un loup ni un humain mais un être hybride terrifiant. Il hurla sa renaissance. Imzzelgom exulta. Pourtant au fin fond de l’âme de David, une parcelle d’humanité demeurait, pleurant le passé et le futur. ------------------------
(1) : l'auteur parle des choeurs, en référence aux Angelus : il faut savoir que la hiérarchie des anges compte neuf chœurs (Séraphins, Chérubins, Trônes, Dominations, Vertus, Puissances, Principautés, Archanges, Anges) d'où les Neuf Portes. (²) : l'auteur utilise le mot Alrune pour qualifier Milena. Il s'agit de Démons succubes d'où serait issue la nation des Huns ; elles prenaient toutes sortes de formes, mais ne pouvaient changer de sexe. _________________ "Y'a des jours où il faut pas m'chercher, et y'a des jours tous les jours"
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| Sujet: Re: L'histoire jusqu'à maintenant Mer 1 Aoû 2007 - 23:02 | |
| Chapitre 7 - By Khellendros
Neuf Portes se dressaient entre deux mondes. Dans l'un se tenait Samaël, la tête ceinte d'une fine couronne d'argent, l'épée plantée devant lui. - La Première Porte… Le silence est d'or, lut-il. Nous pouvons traverser les frontières d'une infinité de monde, et pourtant, voici le seul, Bélial, dans lequel nous ne pouvons entrer. Quelle magnificence que ces portails, quelle sublime trouvaille. - J'en suis conscient Samaël. Ceux qui les contrôlent peuvent laisser passer les êtres de leur choix. Et ce sont les Angélus qui sont sur les remparts, mais plus pour longtemps, si tu acceptes que le fils d'Imzzelgom… - Silence ! Le cri de l'Etre Déchu fit frémir les Séraphins, les défenseurs de la Première Porte, qui assistaient à l'échange du haut des créneaux. Nombreux furent ceux qui jetèrent un regard vers le Metatron, leur Archange tout en encochant une flèche à leur arc…
***
Dans un paysage de rocaille, deux créatures de cauchemar marchaient. Un chemin de cendres, une route d'une rectitude surnaturelle, deux êtres noirs où se mêlaient les traits des loups et des hommes. L'un allait fier et majestueux, devançant l'autre de quelques mètres. Sa démarche était pleine d'assurance et d'orgueil, c'était le maintien de ceux qui ont triomphé d'épreuves jugées insurmontables par d'autres. Le second être avançait en jetant des regards de tous côtés. De temps à autre, il se retournait vers la Forteresse, ou posait une question et méditait plusieurs minutes sur la réponse avant de recommencer. Ainsi marchaient Imzzelgom et son fils, à travers le territoire de l'Apostasie. - Admettons que j'arrive à ouvrir une des Neuf Portes, commença David. Au même moment, dans une infinité de mondes, cette même porte restera fermée. C'est ce que m'on appris dans la Pyramide. A chaque instant, un monde pour chaque choix possible, pour chaque éventualité. Un sourire fendit la face d'Imzzelgom tandis qu'il se retournait vers l'Hybride. Carnassier. Ce fut le seul mot qui vint à David lorsqu'il vit cette expression sur la face de son géniteur. - Nos créations, nos constructions et nous-mêmes ne sommes pas concernés par cette... règle. Tous ceux qui se font appeler Démoniaques, Angélus, Apostats ou Enfants de Gaïa. La Pyramide où t'as mené Milena, mon palais, les Portes elles-mêmes. Nous venons du Premier Monde, et nous pouvons passer dans n'importe quel autre. Ainsi nous sommes uniques, et ce que nous faisons, nous ne le faisons qu'une fois. Il n'y aucun doublon dans aucun autre monde. Et toi, le Nouvel Omnipotent, tu... Un vrombissement des plus inquiétants interrompit le discours du père. David reporta son regard sur la route devant lui. Un infime tremblement semblait soudainement traverser l'atmosphère. Les cendres semblaient toujours présentes mais un rougeoiement sournois diffusait de temps en temps. - Nous sommes arrivés à la frontière. Ou plutôt, elle est venue jusqu'à nous, sur l'ordre de Samaël. Rappelle-toi, fils, commença le maître de l'Apostasie. Nous ne sommes pas les bienvenus sur ses terres, mais il me laissera parler car nous poursuivons le même but. C'est ce qu'il croit en tout cas. - Comment ça ? Imzzelgom reporta son attention sur la route. Alors que le paysage était vide quelques secondes auparavant, une colline se profilait à l'horizon. Il fallut à l'Hybride un petit moment avant de comprendre que le grouillement à la surface du relief était le fait des dizaines, voire des centaines de milliers de créatures sur ses flancs. - Samaël aussi veut ouvrir les Neuf Portes, mais seulement pour s'emparer du Tombeau des Quatre Cavaliers et détruire les Hommes, ceux par qui sa Déchéance a survenu. Ce ne sera qu'un baroud d'honneur. Moi, je vise plus haut. Beaucoup plus haut, si tu vois ce que je veux dire…
A la suite de son père, celui que l'on appelait le Premier entra en Enfer. Il ressentait brusquement une joie dévorante à l'idée d'être la clef. Celui qui déciderait du destin d'un monde. De tout un univers en réalité. En ouvrant les Neuf Portes, en laissant les légions infernales se répandre tel un raz-de-marée, il pourrait se venger des habitants de Vitry, de Gabriel, il pourrait s'asseoir sur le trône de Samaël lui-même ! David regarda soudain son géniteur d'un regard empli de convoitise. "Te doutes-tu du serpent que tu as recueilli ? Tu as beau être mon père, crois-tu que cela pourra te protéger de moi ? Tu m'as placé toi-même devant un océan infini de perspectives. Bientôt, je serai l'Omnipotent, l'Omniscient, j'égalerai le Divin ! Oui, vos petites guerres ne sont rien en fait. Je vous ouvrirai vos Portes pour que vous vous puissiez vous entretuer, et je me nourrirai de vos cadavres angéliques ou démoniaques. J'absorberai vos forces et quand je serai prêt, j'irai défier le seul ennemi qui en vaille la peine, le Divin en personne !" Maintenant qu'ils avaient franchi la frontière, une présence effleurait constamment les sens des deux loups-garous. Etait-ce une escorte envoyée par les instances de ce Royaume, ou des spectres, des âmes damnés cherchant une once de salut auprès de ces créatures, aussi monstrueuses soient-elles ? - Une dernière question, Père, avant que nous n'arrivions auprès de Samaël… Si les Neuf Portes empêchent le passage vers le monde où je suis né aux Démons et Apostats, comme vous me l'avez expliqué, comment vous et Milena avez pu vous introduire respectivement jusqu'à ma mère ou jusqu'à moi ? - Excellente question qui pourrit les esprits de nombre d'êtres hauts placés dans les hiérarchies ! Tu sais assurément ce que sont les Apostats. Nous sommes ceux ayant publiquement renoncé à suivre le Divin ou son Accusateur. Publiquement, ce mot est important. Car il existe des êtres qui suivent mes ordres en toute discrétion… - C'est donc un espion qui vous a fait franchir les Neuf Portes, conclut David, songeur.
***
En Stonelink, la citadelle de Narkadur était en ébullition. L'intrusion de Gabriel avait été signalée, mais trop tard pour que les Wyvernes ou les Dragons ne puissent l'intercepter, trop tard pour que quiconque puisse venir en aide à Milena. L'Archange meurtrier se tenait maintenant dans l'ouverture de la fenêtre par laquelle il était entré dans la chambre, et surtout, par laquelle il avait jeté le corps de la lycane en contrebas et provoqué cet émoi. Sous lui, dans la cour intérieure de Narkadur, les arbalétriers se mettaient maintenant en position après avoir reconnu le corps de leur générale et reconnu la silhouette blanche de l'ange sur la paroi noire. Un bataillon de fantassin finissait de s'engouffrer dans le donjon. Les humains acquis à la cause de Milena éructaient leur rage et leur soif de sang, leur désir de vengeance. Le Dragon qui avait servi de monture à l'Apostat femelle poussa un hurlement perçant tandis qu'il prenait son envol pour chasser et détruire l'intrus. Tout alla alors très vite… Le cri se mua bientôt en gémissements de souffrance, le saurien se retrouva soudainement avec une lance fichée dans le cou… Dans le ciel orageux, un nouveau point blanc faisait son apparition, une aura que tous les reptiles volants reconnurent. Michaël était entré à son tour en Stonelink, Michaël, l'exterminateur de Dragon ! Les créatures gonflèrent leurs poumons et un déluge de flammes s'abattit alors, mais aucune ne sortait de la gueule des Dragons. Uriel, la Flamme de Dieu, avait lui aussi franchi la frontière de ce monde et avait brandi son épée. Stonelink vivait ses dernières heures, les Archanges se mettaient en route pour les Neuf Portes, et malheureusement pour les hommes de ce monde, leur chemin passait par Narkadur. Mais unis dans leur désir de triomphe, dans leur volonté de porter la lumière du Divin jusque dans les plus sombres territoires, l'un d'entre eux se souvenait-il que leur fraternité était menacée ? L'un d'entre eux imaginait-il un seul instant qu'un des membres de leur groupe qui volait en ce moment même ne méritaient en aucun cas sa place dans les Chœurs Angéliques ?
***
Comme l'avait vu David quelques minutes auparavant, les flancs de la colline grouillaient de créatures. Les abominations les plus hétéroclites se trouvaient dans ces masses, hybrides répugnants de serpents, de félins, d'oiseaux, de succubes et d'incubes, de démons de toutes sortes… et d'anges déchus aux ailes noircies par les cendres et abîmées par les flammes. Le sommet de l'élévation était décapité et recouvert d'un sol de marbre noir veiné d'argent. Quinze chaises étaient positionnées en cercle, et parmi elles, seules deux étaient encore inoccupées. Des cris venant du nord ponctuaient l'attente des douze Princes Démons et de leur Seigneur Samaël. Une hystérie grandissante, une agitation fiévreuse prenait possession de la foule. Bélial quitta son siège, jetant un regard de côté à Samaël. Celui-ci avait les yeux dans le vague, la main pianotant sur l'accoudoir. Le Démoniaque soupira et se désintéressa du spectacle de son Roi dans l'indécision. Il marcha quelques secondes sur le carrelage sombre avant d'arriver jusqu'à la crête et de pouvoir voir assister à l'épreuve qui avait été imposée au fils d'Imzzelgom. Une dizaine de mètres en contrebas, un vaste espace avait été dégagé. En son centre se tenait un grand loup noir, le pelage collé par le sang, l'écume aux babines. L'animal faisait face à un géant au visage un peu trop humain pour être tout à fait démoniaque. - Samaël, lâcha Bélial. Si l'Hybride ne triomphe pas du Néphilim que tu lui opposes, tu perds peut-être ta seule opportunité d'ouvrir les Neuf Portes ! As-tu pensé à cela ? - Crois-tu qu'il ne le sait pas, répondit Béhémoth en voyant que l'interpellé ne réagissait pas. Mais si ce David ne parvient pas jusqu'à nous, il ne tiendra pas plus de quelques battements de cœur face aux Angéliques. - Tu oublies qu'il a échappé par deux fois à Gabriel, et que… Un cri interrompit Bélial, suivi d'un bruit de chute phénoménal. Un nuage de poussière ne tarda pas à s'élever. - Impossible qu'il l'ait battu aussi facilement, alors qu'il était si mal en point, s'exclama Bélial en faisant de nouveau face à la scène. - Tout à fait exact, commença un être qui finissait de gravir la colline et de se positionner au côté du Démon. David s'est ouvert un peu plus à l'Omnipotence, et il a tout simplement nié l'existence du Néphilim. La pauvre créature en est morte… Je crois, cher Samaël, que tu peux réunir tes six cent soixante-six légions, et les mettre sous le commandement de mon fils. Enfin, laisse-lui quelques heures je te prie, juste le temps qu'il revienne à lui. C'est le regard éteint et les ailes basses que Samaël se leva de son siège, et c'est d'une voix laconique qu'il déclara : - Asmodée, faits sonner le rassemblement. Que les lieutenants se tiennent prêts à marcher sur la Première Porte… _________________ "Y'a des jours où il faut pas m'chercher, et y'a des jours tous les jours"
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| Sujet: Re: L'histoire jusqu'à maintenant Mar 4 Sep 2007 - 18:52 | |
| Chapitre 8 - By Karmather
Maintes palabres auront inexorablement conduit à ce moment. Le Metatron regrettait seulement que ces discussions aient été menées au sein de chacune des parties, et non pas entre elles. Mais en même temps il mesurait combien il était utopique d’oser imaginer un quelconque dialogue entre des ennemis immémoriaux. Le spectacle qui s’offrait à lui en contrebas lui donnait toutes les raisons de se maudire d’avoir retenu les flèches de ses troupes quelques temps avant, lorsque Samaël avait paru, flanqué de sa bête de foire. Formidable. C’était le mot qui qualifiait le mieux la machine de guerre adverse, qui ajoutait chaque seconde de nouvelles têtes à son effectif. Le surnombre était criant. Et les Séraphins n’étaient pas tranquilles. On l’aurait été à moins, confronté à plusieurs centaines de légions dont les membres ne vivaient que pour deux notions: le mal et le sacrifice de soi! L’archange en chef donna une nouvelle fois à ses archers l’ordre de se préparer, en préambule du carnage à venir. Il scrutait en même temps les avant-postes au pied de la porte, à la recherche de l’hybride dont tout le monde parlait. Nulle trace de lui cependant. Le Metatron se dit que sa présence se ferait sentir tôt ou tard.
David n’avait guère eu le temps de se remettre de ses émotions après son court combat contre le Néphilim. La gigantesque trompe l’avait tiré de toute forme de repos par un son strident à réveiller les morts, ce qui était après tout le but avoué. A présent il se trouvait sur le sentier de la guerre, au sens propre comme au figuré, à cheminer aux côtés d’un illustre inconnu qui n’avait pipé mot depuis leur départ. Son père ne l’avait bien entendu pas accompagné, celui-ci arguant que son fils devait désormais poursuivre sa destinée « seul », et que toutes les réponses viendraient en temps et en heure. David commençait à ne plus savoir que faire de tous ces discours nébuleux, dont on prenait un malin plaisir à l’abreuver ponctuellement. Il comptait bien prendre les rênes des opérations le plus vite possible. La première porte serait ainsi son baptême du feu. Une manière de tester les capacités que les ténèbres lui prêtent. Ses ambitieuses pensées furent interrompues par les premières paroles de son compagnon de voyage, qui d’après ce qu’il avait noté répondait au doux nom de Moloch. - Halte! On arrive à la porte, cinq minutes d’arrêt, hurla le lieutenant à l’adresse des quelques milliers de démons qui les suivaient. La voix gutturale avec laquelle il avait tonné ses ordres résonnait si fort que les troupes s’étaient arrêtées d’un seul homme. L’apostat se dit qu’il préférait bien davantage le silence chez cet être. Ils atteignaient effectivement leur but. La porte se dressait au loin, fière, majestueuse, massive. Combien de temps mettrait-il pour la réduire à néant? Il allait sans doute bientôt le savoir. Entre eux et la porte, le gros des forces des ténèbres étaient déjà rassemblées. Elles s’étalaient à perte de vue, évoquant les ingrédients d’une folie sans nom prête à trouver sur cette plaine un exutoire homérique. Le silence qui régnait était à la fois suffocant et déconcertant. Il ne manquait plus qu’un déclic pour que tout s’emballe, ce qu’une flèche réussit presque à faire. Le projectile siffla et manqua de peu sa destination, éraflant la joue de David et allant se ficher dans l’épaule du malheureux soldat posté derrière lui. Le lycant leva les yeux et pointa son regard empli de haine en direction de son assaillant. La réaction de Moloch ne se fit pas attendre, et une volée de flèches s’éleva en masse, obscurcissant les cieux. Le lieutenant avait donné l’ordre sans même avoir noté que d’autres légions devant lui pouvaient recevoir les dividendes de ce coup d’éclat sur le crâne. L’ange tournoya dans le ciel, se jouant des flèches comme de vulgaires punaises. Gabriel savourait son entrée, juché sur son cheval, tout aussi immaculé que lui. Il avait choisi une monture car cela lui donnait un avantage certain dans les airs, mais à coup sur même le plus vif des destriers n’aurait pu anticiper ce qui allait suivre. Durant le laps de temps qui avait suivi le premier projectile assassin, David était entré en une sorte de transe. Ses yeux devinrent noir d’ébène, un noir d’une profondeur abyssale. Moloch, envahi à l’image de tous les êtres environnants par l’effroi, recula de quelques pas. Une aura de ténèbres s’était matérialisée autour de l’hybride, qui ne maîtrisait plus sa rage. Le halo pris de l’ampleur, prêt à éclater. Le sourire en coin de l’ange Gabriel se figea, tout comme la plaine entière et les résidents de la porte. Le temps s’était arrêté. La noirceur de l’apostat éclata au grand jour. Un sombre rayon fulgura vers l’ange et son cheval, qui se protégèrent tant bien que mal à l‘aide d‘un bouclier de lumière. Ce dernier ne fut efficace en rien. Le même condensé qui enveloppait David une seconde auparavant avala la lumière créée par le bouclier et s’empara de l’ange. Puis il gonfla et engloutit soudainement sa proie. Le calme assourdissant reprît ses droits.
Médusés, les Séraphins, qui observaient la scène lointaine, laissèrent peu à peu paraître des visages graves. Le bras droit du Metatron hasarda: - Mais comment est-ce possible? Gabriel est-il… - Je ne sais pas, répondit l’archange, mais s’il ne l’est pas, je ne sais pas où il se trouve. - N’aurait-il pas dû se trouver avec les anges? Pourquoi est-il venu ici? - Je n’ai pas les réponses à ces questions, Elemiah. Je ne comprends pas plus que toi ce qu’il se passe, mais je sais qu’il faut réagir sans plus attendre. Il considéra une dernière fois la plaine, puis se tourna vers son assistance. Il cria: - Archers! Bandez vos arcs…tirez!
Visiblement marqué, David reprît possession de ses sens suffisamment tôt pour rassurer Moloch. Lorsqu’au loin les premières vagues essuyèrent les premières salves, le lieutenant ordonna à ses troupes de charger. Ça commençait.
Samaël et Imzzelgom, côte à côte, ne perdaient pas une miette des débats qui se déroulaient sous leurs yeux. Une sorte de miroir d’onde leur permettait de suivre les évènements. Tous deux ne cachaient pas leur joie, et si le visage qu’affichait le maître des enfers n’exprimait qu’une joie surprise, celui d’Imzzelgom était assuré et confiant. Samaël se refusait à l’admettre, mais leur « camp » venait de marquer un point important grâce à l’hybride. Jamais il n’aurait fait part de cette satisfaction à un être qu’il aimait détester, et ce même s’il s’était temporairement allié à lui. Rien que cette idée le répugnait. Imzzelgom, qui lisait dans les pensées de son voisin comme dans un livre ouvert, appuya sur la corde sensible. - Je vous avais bien dit que nous avions raison de mettre nos desseins en commun, mentait-il. Je pense vous avoir apporté, sous la forme à laquelle vous venez d’assister, la preuve de ma bonne foi. Imaginez ce que mon fils peut faire pour nous à présent. Cela vous convainque-t-il? - Je serais serein lorsque j’aurais la preuve que cet ange est bel et bien hors d’état de nuire. Et jusqu’alors je n’en ai pas eu la confirmation. - Patience mon cher, patience. Imzzelgom nota le frémissement imperceptible qui agita les ailes de Samaël. Il savait qu’il avait d’ores et déjà le dessus.
Rien ne semblait ralentir la course de David vers la porte. Les charmes employés par les anges et les flèches décochées par les troupes ennemies ne le touchaient plus, alors qu’autour démons de toute sorte tombaient comme des mouches. Les Séraphins, jusque là à l’abri, commençaient à descendre des remparts afin de défendre efficacement la porte. Las, Béhemoth s‘employait à nettoyer les abords de celle-ci. En compagnie de Moloch et d’autres lieutenants, il préparait le passage pour le lycant. La résistance s’amenuisait à mesure qu’ils rouaient les anges présents de coups. David atteint la porte sans peine. Puis comme déconnecté du reste du combat, il posa une de ses mains velues sur le chambranle, enluminé et massif. La tête basse, il repartît dans une nouvelle transe qu’il ne semblait plus contrôler. Secoué de spasmes, il éructa un liquide verdâtre sur le bois ensorcelé. La substance ainsi libérée s’étala progressivement et entreprit de faire fondre l’ensemble.
De chaque côté de la porte, on lisait à tantôt horreur, tantôt satisfaction carnassière. Le Metatron implorait silencieusement de l’aide.Viendrait-elle?
Au fin fond de l’abîme, l’ange s’éveilla. Rien autour sinon un épais brouillard et une sensation de vide absolu. Que s’était-il passé? Comment s’était-il retrouvé là sans avoir eu le temps de réaliser quoique ce soit? Gabriel hocha la tête de dépit. Pour la première fois, il se sentait désemparé. Un autre membre du bien ne l’était en revanche pas du tout. Tout se déroulait selon son désir. Personne ne se doutait qu’il oeuvrait en douce contre les siens. Sa jubilation n’avait d’égale que sa félonie, qu’il aurait bien assez tôt le loisir d’employer à sa guise… _________________ "Y'a des jours où il faut pas m'chercher, et y'a des jours tous les jours"
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| Sujet: Re: L'histoire jusqu'à maintenant Mar 2 Oct 2007 - 23:35 | |
| Chapitre 9 - By Khellendros
- Notre Père, commença un Archange agenouillé dans les Ténèbres. J'ai pêché par orgueil. Je pensais sincèrement pouvoir éliminer l'Hybride d'une flèche, ou tout du moins, l'handicaper suffisamment pour que les Séraphins puissent l'achever. Quelle victoire cela aurait été… Je t'en prie, accorde-moi l'absolution. Gabriel se releva. A son grand dam, aucune lumière, divine ou autre, ne perçait le brouillard environnant. Il porta la main à son côté, mais son épée avait disparu. Il en allait de même de son carquois, de ses habits. Un sentiment de malaise envahit la créature angélique. Cette sensation n'était en aucun cas liée à sa nudité, mais à l'environnement des plus étranges dans lequel il se trouvait à présent. Il y avait quelque chose dans les volutes pâles… Non… Non, pas quelque chose, quelqu'un plutôt. Il y avait une créature qui se dissimulait dans ces spirales grises, qui épiait l'Archange. - Qui va là, tonna Gabriel, bombant le torse et déployant ses ailes immaculées. - Les Seigneurs du monde hors des mondes, répondit une voix d'outre-tombe, qui semblait venir de toutes les directions à la fois. Les oubliés des mondes… - Montrez-vous, ordonna l'Ange. Montrez-vous ou j'en conclurai que vous êtes démons ou apostats. - Oubliés, mes frères, vous entendez. Oubliés nous sommes, même par celui qui est appelé Gabriel, le Messager du Divin. L'Archange fut soudain soulevé du sol et maintenu en l'air par une force incroyable. Il eut beau tenté de bouger les bras ou les jambes, rien n'y faisait. L'être ferma les yeux et se concentra, tentant de rejoindre un monde, n'importe lequel. Stonelink par exemple, où une partie des forces angéliques attendaient pour attaquer l'arrière-garde des armées démoniaques, si celles-ci ne pouvaient être contenues par les Neuf Portes. Le corps de Gabriel trembla, son pouvoir affrontant les liens invisibles qui l'enchaînaient. Des sueurs froides coulèrent bientôt le long de l'arête de son nez, de ses cheveux, de son dos. Elles étaient dues à l'effort intense que l'Ange fournissait, mais surtout à la peur qu'il ressentait soudain, qui s'abattait sur lui telles les foudres divines. Gabriel laissait derrière lui une bataille à l'issue incertaine, un monstre effroyable de puissance, et se retrouvait dans un brouillard obscur, à la merci d'une entité inconnue. Il était détestable en vérité. Sa fierté l'avait conduit à déserter sa propre Porte, à laisser ses capitaines seuls dans une bataille capitale. L'Archange ne craignait pas la mort au combat. Il craignait de périr en ce lieu, ridiculisé et éliminé par l'Hybride. Inutile à la cause du Divin… Une nouvelle fois, Gabriel tenta de rallier un autre monde. Les plumes de ses ailes en frémirent, ses yeux se révulsèrent, ses tempes battirent douloureusement. Que ce soit les Enfers, ou le Paradis, qu'importe ! N'importe quoi sauf ici ! - Inutile de te débattre, petit Angélus, commença une voix, différente de la précédente, plus… réelle. Tu es en notre pouvoir en ce lieu. Le brouillard s'ouvrit comme s'ouvrit la Mer Rouge le fit autrefois, et au loin, une silhouette apparut. Gabriel crut s'étouffer de rage en reconnaissant la démarche de celui qui approchait et se débattit un peu plus. Lycan ! Le Lycan maudit entre tous venait à sa rencontre ! - David, murmura-t-il, qu'as-tu fait de moi ? La créature continua son avancée, sans presser le pas. Les volutes brumeuses se tendaient vers son corps et s'enroulaient autour de ses membres, la faisant paraître plus spectrale, plus dangereuse encore. Le loup-garou ne fut bientôt plus qu'à quelques mètres de Gabriel et ce dernier se rendit compte de son erreur. L'être qui se tenait devant lui était un lycanthrope, cela ne faisait aucun doute. Mais il était tout aussi sûr qu'il ne s'agissait ni de David, ni d'Imzzelgom. Ce loup là était habillé de cuir incrusté de quolifichets de toutes sortes, crânes, dents, perles et portait de nombreux bracelets et colliers métalliques. "Vit-il en permanence sous cette forme pour pouvoir endosser de telles affaires, se demanda l'Archange, ne redevient-il donc jamais humain ?" - Sois le bienvenu, entre les Mondes, Archange Gabriel. Sois le bienvenu dans les Interstices, où sont exilés les Enfants de Gaïa…
***
- Elemiah ! Cahetel ! Faites sonner la retraite ! Maintenant ! Un son de corne retentit dès que le Metatron eut fini de parler. Sous le regard de celui qu'on appelait la Voix de Dieu, la Première Porte était en train de se liquéfier. Des pans entiers de murs s'écroulaient, forçant les Séraphins à s'envoler précipitamment et à s'offrir sans aucune protection aux archers et arbalétriers des légions démoniaques. Le Metatron vit tomber son capitaine Letael. Il ne bougea pas. Il regardait le corps tomber au milieu de la piétaille démoniaque, le chaos s'emparer de son armée, il pouvait discerner le spectre de la défaite étendre sa main au-dessus des ruines, à la vitesse du liquide rejeté par les entrailles de l'Hybride. La Première Porte était perdue. Gabriel était perdu. Et en face ? Combien de légions avaient péri sous les traits ou les coups désespérés portés par les défenseurs ? Une ? Deux ? Sûrement pas plus… Un coup d'ailes vigoureux souleva le Metatron de quelques mètres au-dessus du mur. Il se maintint à cette hauteur, irradiant une lumière d'une pureté exceptionnelle. Du temps où le Divin côtoyait ses l'Anges, il était le plus proche du Père, et cette proximité se ressentait encore dans l'aura limpide qui l'entourait. Les légions de Samaël – ou était-ce maintenant celles de David – eurent tôt fait de le prendre pour cible, mais de la même façon que l'Hybride avait été épargné par les flèches et les carreaux, l'Archange ne fut jamais touché. Ainsi, le Metatron couvrait la retraite de ses troupes. Il avait fait de son mieux, et il avait pu jauger l'ennemi durant cette bataille. Pour son propre malheur et celui de ses frères, il voyait maintenant à quel point l'Hybride était proche de l'Omnipotence. L'Archange s'éleva un peu plus, et jeta un dernier regard vers la Porte. Appuyé contre le linteau effondré, se tenait encore le fils d'Imzzelgom, le souffle court semblait-il. Pendant quelques battements de cœur, le Metatron fut tenté de l'attaquer de front, mais le fléau qui s'était a |
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