Atlantar Ecrivain

  Age : 21 Inscrit le : 08 Juil 2006 Messages : 134
 | Sujet: Tireur d'élite Ven 23 Mar 2007 - 20:43 | |
| La clé glisse dans sa serrure, et j'ouvre la porte du 5ème étage de la bibliothèque. À pas lents, je m'avance parmi les rayonnages en laissant mes talons claquer sur le carrelage. Le bruit raisonne dans la salle vide. Au fond, Freddy a bien disposée les piles de livres comme demandés. Elles occultent la fenêtre qui donne sur la rue. Je me faufile derrière.
Le soleil inonde mon visage. Il fait beau ce midi. Je pose mon paquet à coté de la fenêtre, laquelle je finis par ouvrir. Passant la tête à l'extérieur, je respire cet air divin. Il fait bon pour un mois d'hiver. Je regarde ma montre, il est 12h12. Le colis arrive dans un quart d'heure. Il est temps.
Je m'accroupi, et entreprend de détacher les ficelles de mon paquet. Bull à cru ce matin que c'était des tringles à rideaux. Pauvre de lui, toujours aussi con. Je déballe le tissu, et admire le chef d'oeuvre: un Caracano, fusil à verrou, bois ciré... Une beauté. Dieu est bon, car il donne à l'homme le goût d'inventer de telles armes de précision. Calibre 6,5x52mm, 3,40kg, canon de 53cm, longueur totale d'1 mètre et des broutilles. La perfection à l'état pur. Je caresse le fusil un moment en souriant bêtement comme un enfant face à son dernier cadeau de noël. Même lui, Petit Jésus, aurait dû avoir l'immense grâce d'être descendu par un tel engin.
Mais je suis pressé par le temps. Je fouille activement dans la poche de mon jean. Ma main attrape les six cartouches metalliques que je m'empresse de loger dans leur chargeur. J'enclenche le verrou. La sonorité du geste, agressive, brutale, pointue, me fait frissonner de plaisir. Et dire que cela ne durera que quelques secondes...
Je me redresse, me plaçant sur mes genoux. Et vise en direction de l'asphalte. J'ajuste la lunette, rend la vision plus nette, précise, pour qu'aucune bavurene soit commise. En face, la voiture du colis arrive. Une belle décapotable, digne des plus grands présidents des Etats-Unis. Il est à l'arrière, à côté de sa femme. Tant pis pour elle, dommage qu'elle doivent assister à ça. Je patiente. La voiture s'engage dans la dernière rue que le colis arpentera: la Montée de l'Orme. Elle avance assez rapidement, ce qui me demande de me concentrer un peu plus pour ajuster mon tir. Elle passe devant la bibliothèque, et s'éloigne en ligne droite. Je vise la tête. Plus que quelques mètres. Un ballon de football roule devant la voiture. Elle freine. C'est l'occasion idéale. Je fait feu.
La balle atteint le dos de la cible qui s'écroule sur sa femme. J'ai été trop rapide, et la précipitation m'a eu. Je reste calme. Il va finir par essayer de se relever, comme toutes les victimes. Je réarme mon fusil, faisant coulisser le verrou d'un coup vif, bref, rapide, précis. La douille vide saute, et une nouvelle cartouche prend sa place. En bas, l'erreur est commise par sa femme. Elle hurle, et horriffiée par le sang, elle a repoussé son mari qui se retrouve tête en l'air, à ma portée, dans ma visée. Elle hurle. Deuxième cartouche. Elle hurle encore. Le cuir chevelu saute, en même temps qu'une gerbe d'hémoglobine, peut-être un bout du cerveau, qui prend une trajectoire verticale, essayant d'atteindre le soleil de midi trente. Elle hurle. Le coup est fatal. Elle hurle toujours. Le colis est mort sur le coup. J'expulse l'air de mes poumons, en liesse. Elle hurle.
"Au revoir, Jacky..."
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