Don Lo Vénérable

  Age : 42 Inscrit le : 30 Jan 2006 Messages : 536
| Sujet: 2000 mots en promo Sam 18 Fév - 17:09 | |
| Bon, ça dort un peu ici, non ? Il faut réamorcer la pompe.
Pour en parler, c'est http://songes-du-crepuscule.naturalforum.net/viewtopic.forum?p=1234#1234
Pour le lire, c'est ici :
2000 Mots en Promo
Il y a eu ce grand éclatement, son éclair blanc synchrone et puis plus rien : j’étais hors d’atteinte. Cela ne pouvait pas durer. Au réveil, des draps frais qui pourtant me semblent râper jusqu’au sang, une voix certainement douce à miel, mais dont les gentillesses me blessent les tympans, et ma gorge trop en feu pour y pouvoir répondre. – Vous de retour… Un peu repos, tout ce qu’il faut pour vite reprendre place. Prenez votre temps, trois premières nuitées sont promotion. Et n’oubliez pas cocher case si vous prenez supplément médecin.
C’est cela, du vent les mouches et laissez-moi reposer en paix. Au moins le temps de faire le point. La tête fonctionne, puisque tout m’agace déjà. Bras et jambes semblent en état, pas de côtes fracturées : le souffle court m’est naturel. L’incident n’a donc pas été suivi d’accident. C’est heureux : le déclenchement inopiné d’un coussin pyrotechnique de protection n’entre pas dans les facteurs stabilisant de la conduite à grande vitesse. En résumé, je l’ai échappé belle. Et ce grâce probablement aux systèmes automatiques de la Citronault qui ont dû prendre le relais du conducteur rendu défaillant par l’explosion de son Airbag frontal en pleine poire.
– C’est le défaut des Citronault : pas moyen de leur faire confiance. Vous auriez eu une Peugën, d’abord vous auriez eu l’air… et surtout vous rouleriez encore. J’ai en ce moment le modèle qui vous convient au teint, et en plus il correspond beaucoup mieux à votre statut social… Tiens, ça recommence. La réalité ne peut se départir d’une propension à exister qui demeure totalement insupportable. – … Beaucoup mieux surtout que votre épave. Vous n’allez pas rentrer à pied chez vous, n’est-ce pas, et l’hôpital ne va pas vous héberger jusqu’à la retraite. D’autant que le petit bijou que je peux vous réserver sera peut-être encore en promo à votre sortie de l’unité de soins. Alors, hein ? On signe un amour de bon de commande ?
Mais où est donc passé ce bouton ? Le siège éjectable pour visiteur indélicat, le disparaisseur de concessionnaire mandaté, l’estourbisseur de maquignon automobile ? Cet hôpital n’est pas de mon rang : on n’y respecte pas le convalescent et il s’y voit privé des moyens de rétorsion les plus élémentaires contre l’intrusion commerciale. – Ha Kévin, déjà là ? Toujours à vendre tes cercueils signés Peugën ? Dis-moi : on raconte qu’on n’a plus le choix de la couleur et qu’il n’y a plus que noir avec un double liseré gris et Bordeaux, façon funèbre. C’est vrai ou c’est des menteries de jaloux mécontents ? Allez, dégage ton plan, Monsieur est sous contrat. Sauvé par le concurrent. Cruelle ironie… Et qui me débarrassera de celui-ci ? Un œil, juste un, j’ouvre… Ouf, un hologramme. Si j’arrive à atteindre la zapette, je le renvoie à son monde de photons enchaînés.
– Attendez un instant, Monsieur… Skaramanga. Skaramanga ? Quelle éclate, ces pseudos à la mords-moi le James. Bon, il va falloir que je l’écoute. – Monsieur Skaramanga, l’incident dont vous avez été témoin est prévu aux titres 4 et 9 de votre contrat avec nous. De plus, la décharge que vous avez signée vous prive de tout recours devant les tribunaux. Ce n’est donc pas pour présenter notre ligne de défense que je viens prendre contact avec vous, mais pour lever l’option de préemption telle que prévue dans le contrat. Puisque vous voilà piéton, vous devrez considérer nos offres en priorité et ne vous dédire que si la concurrence vous fait une proposition rationnellement mieux étalonnée, et ce sans présupposer de notre propre contre-proposition. Suis-je assez clair ? Peut-être faut-il vous laisser récupérer un peu de l’opération avant de rentrer dans ces détails… Mais la présence de mon confrère sur votre terminal m’a incité à prendre les devants. Enfin, faites-nous savoir quand vous serez prêt à signer. Opération ? Pour un sac à pétard dans la figure ? Il y a du louche. Et pourquoi est-ce que ça me tiraille autant dans le bas du dos ?
– Ha, Monsieur Ska, vous enfin dispo. C’est voix de miel, le retour. Avec les yeux, je comprends mieux. Une jolie petite chinoise d’au moins cent deux ans. Crise du personnel hospitalier… Il faut aller chercher de plus en plus loin ceux qui acceptent de mettre les mains là où ça nous fait mal.
– Vous laver tout seul ou prendre menu complet : repas, douche, massage tout inclus ? Bien sûr que je me lave tout seul. Elle me prend pour un infirme… – Non, vous pas bouger encore ! Attendre cicatrisation. Et précautions : vous plus reins et plus rate maintenant. Se faire éclater la rate et les reins par un Airbag en goguette ? Un peu fort ! Je lui demande le médecin, elle me dit cocher case sur formulaire. Non pas consultation, je précise, juste information. – Médecin bientôt sur réseau. Lui contacte vous. Alors, douche Monsieur Ska ? Va pour la douche. Et puis repos.
Une voix qui me réveille, plus poivre que miel. Un œil, les deux… le toubib est là, en tenue de sport, un listing dans les mains. Alors, Monsieur… Skaramanga ? Oui, bon ! Alors ? – Bien, on dirait que tout va pour le mieux, vu les circonstances. Quelles circonstances ? QUELLES CIRCONSTANCES ? – D’après le bordereau d’expédition, l’équipe d’urgence qui vous a récupéré n’a rien trouvé de grave. Mais pour éviter toute complication suivie d’un coûteux procès, elle vous a adressé à l’hôpital Saint-James. Jusque-là, tout est normal. La suite aussi d’ailleurs, ne vous inquiétez pas.
Je n’aime pas sa façon de trouver ça normal. – Comme vous n’aviez aucun traumatisme apparent, les urgences de Saint-James vous ont transféré à l’unité de soins, avec toutes vos affaires personnelles. C’est là qu’un personnel administratif a dû trouver votre carte de donneur d’organes. Par mesure de précaution au cas où un incident se produirait pendant votre transfert, il vous a aiguillé sur le programme Exchange. C’est là que je vous ai récupéré et traité, avant de constater qu’il n’y avait eu aucun problème et que vous n’étiez pas… disponible pour le programme. Pas disponible ? Et ma main dans ta… Aïe !
– Oui, enfin… pas mort, quoi. On a tout stoppé, mais vous serez heureux de savoir que vos reins et votre rate vont transformer la vie de trois personnes qui les attendaient avec impatience. Réjouissant, non ? Hilarant.
– Mais rassurez-vous, vous êtes maintenant en tête des listes d’attente du programme. Vous devriez bientôt récupérer ce qui vous manque, dès qu’un donneur compatible sera… disponible. D’ici-là, prenez du bon temps. Tenez, l’administration de l’hôpital vous surclasse en continental pour les menus, sans augmentation de prix. Vous allez manger français, petit veinard !
Pourquoi donc ? Il pense peut-être que je vais manger Tamoul ? – Non, plutôt Bengali, ou Bengalais, je ne sais plus. Vous êtes dans l’unité décentralisée de Saint-James au Bengladesh. Beaucoup plus abordable en termes d’immobilier. Une friche industrielle récupérée au meilleur prix. Il nous reste au moins dix ans d’exploitation avant qu’elle soit définitivement engloutie par la montée de l’océan. Par contre, question personnel ils n’assurent pas un cachou. On fait venir des chinois : les meilleurs et les moins chers dans cette zone. Mais ce qu’on y gagne en frais généraux est presque entièrement épongé par les coûts de transfert des malades et les frais de réseau sur les interventions robotisées à distance. Heureusement que les locaux de Saint-James sont loués au Betheseda de New-York qui nous envoie ces cancéreux en fin de cycle. L’un dans l’autre, et en prenant quelques précautions, on s’y retrouve. Mais c’est notre cuisine : ne laissez pas ces détails troubler votre convalescence.
Je le zappe. Vive la médecine moderne. Si le marché faisait vraiment la loi, ce Diaphoirus de mes deux reins n’aurait même plus ses yeux pour pleurer : j’en aurais fait don à un enfant de Bhopal pour son cent quinzième anniversaire.
Bon, pendant qu’ils me cherchent des organes de rechange, il faut que je me trouve un avocat. Je ne vais pas les laisser me traiter comme un sac à organes sans les attaquer. – Bien sûr que nous pouvons attaquer. Je vois déjà trois ou quatre façons, d’abord en invoquant le non-respect de la libre concurrence – je m’explique : on ne vous a pas communiqué un comparatif des prix et prestations des différentes unités de soins dans un rayon géographique acceptable avant de vous aiguiller vers Saint-James ; ensuite en nous appuyant sur la dernière directive de l’OMC qui stipule que tout type de produit mis sur le marché doit être rendu accessible à tout intermédiaire de quelque origine que ce soit, or vos organes ont été vendus sans que plusieurs acheteurs aient été contactés ; et aussi la réglementation spéciale du code des assurances qui prévoit qu’en cas d’accident responsable, vous avez le droit d’être informés des offres d’autres compagnies dès lors qu’un malus va vous être imputé par votre propre assureur… ha non, là on ne peut pas puisque l’accident a eu lieu dans la zone restrictive de la CNP, zone où aucun autre prestataire ne peut faire d’offre, en revanche je peux toujours assigner la CNP pour le caractère manifestement abusif de cette définition de zone, mais cela mettrait en branle une action conjointe de tous les assurés puisque… Et dites-voir, comment comptez-vous régler mes honoraires qui s’élèvent déjà à… mille sept cent soixante-cinq Credoc, sans compter les taxes bengalis et les frais de réseau que j’évalue à… /zap/
Donc, pas de procès, juste attendre qu’un pauvre malheureux casse sa pipe et me refile sa marchandise personnelle. Et dormir, si on veut bien m’en laisser le loisir, merci.
– Monsieur Skaramanga ? – Non ! – Monsieur Skaramanga, il semblerait que nous ayons un petit problème. – Un seul, vous avez de la chance ! Moi je ne les compte plus ! – Oui certes, mais ce problème vous concerne, vous et vos lignes de crédit. Il semblerait qu’aucune coordonnée bancaire ne vous corresponde plus… Evidemment, qui s’appellerait Skaramanga, de nos jours ? ! C’est un faux nom que j’utilise pour échapper à mon ex-femme et aux relanceurs de tous ordres. Il m'a presque permis de passer ici quelques heures à l’abri. Mais puisqu’il faut revenir au grand jour… – Essayez plutôt avec Sellière, Antoine-Jules Sellière. – Nous l’avons fait, Monsieur. Mais il semblerait qu’une Madame Michalon, ex-Baronne Sellière, aie fait mettre tous vos avoirs sous tutelle, arguant du fait que votre participation au programme Exchange lui donnait de facto un statut de légataire universel. Nous n’avons accès à aucun compte bancaire où prélever les montants afférents aux soins dont vous bénéficiez. Afin de ne pas engager notre centre de profit médical dans des dépenses qui s’avéreraient inutiles a posteriori car irrécouvrables, nous avons coupé tous les systèmes automatiques et votre cœur devrait cesser de battre d’ici quelques secondes. Voulez-vous mettre ce délai à profit pour nous préciser comment nous devons disposer de votre enveloppe charnelle ?
Vautours, vous avez déjà pris tout ce qu’il y avait à prendre ! Faites donc revenir mon cœur dans un peu de beurre à l’ail et dégustez tiède sur du pain grillé, que cela vous empoisonne jusqu’à la treizième génération !
Oh et puis non, laissez tomber. Merci à vous de m’avoir libéré, merci à toi Géraldine Michalon, de m’avoir tout pris pour me rendre enfin à moi-même. Voilà, je sens que ça glisse, le tunnel, la lumière au bout, je vais enfin vous échapper, rapaces, vendeurs, notaires ! Ouiii, c’est joli, ça brille, quelle chaleur accueillante, je vais enfin me sentir bien ici. Tchao les crados mercantilos… Tiens, c’est joli ces panneaux clignotants !
– «Stop Affaire ! La quinzaine Bouddhiste : suivez la ligne jaune et réincarnez-vous en classe supérieure pour seulement quinze points d’éternité ! – Moitié prix sur le statut de Martyr : si votre compte Sourate le permet les soixante-dix vierges sont à vous, Inch Allah ! Uniquement disponible en suivant la lumière verte. – Grande promotion nihiliste : toute votre éternité en un claquement de doigt ! – Vos ailes d’ange sur mesure sans supplément de prix : au portail dites seulement Aunomdupèretdufils…. » _________________ Aria des Brumes : le clip pub à la très con !
Dernière édition par le Lun 20 Fév - 10:45, édité 1 fois |
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