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Napalm dave La bête ignivome

  Age : 29 Inscrit le : 18 Juil 2006 Messages : 914
 | Sujet: "Antechristus" Jeu 4 Jan 2007 - 20:34 | |
| Antechristus
Le commandant Harlenn Cobbius poussa un grognement ensommeillé et éteignit à l’aveuglette la sonnerie stridente du signal de réveil. Articulant à peine un juron entre ses dents, il frotta longuement ses yeux avant de pousser fermement le clapet déverrouillé de la capsule de stase. Il ne détestait pas le travail d’habitude, sauf peut-être en cette occasion précise. Il espérait bien qu’en tant que capitaine d’un vaisseau dériveur au long cours, ses deux dernières années avant la retraite se passeraient le plus tranquillement du monde. Mais c’était sans compter sur la chance, ou plutôt la malchance en l’occurrence, de tomber sur « quelque chose » avant l’échéance tant attendue. Et là, ce « quelque chose » venait d’arriver ! -« Pas de panique vieux ! Ce n’est peut-être qu’une avarie, une bête avarie à réparer avant de se rendormir ! » Se dit il sans trop y croire. Car en vérité, l’ordinateur central d’un dériveur contrôlait tout durant le sommeil des passagers. Il pouvait faire face à la plupart des pannes et des petits dégâts sans l’aide de personne, juste à l’aide de sa cohorte de programmes et de robots servants aux multiples formes, une vraie gouvernante en somme ! Il était donc très rare que l’équipage soit réveillé pour autre chose qu’une « trouvaille » située dans le secteur actuel du dériveur, seules les alertes collision, les disfonctionnements généralisés, et autres procédures d’urgence l’exigeaient. Les militaires pouvaient s’enorgueillir d’avoir du matériel et des blindages derniers cris, les systèmes informatiques les plus perfectionnés étaient montés sur des « rafiots » comme celui-ci, le Reviler. Des militaires, justement, Harlenn Cobbius en avait trois délégués à ses ordres, et il les cherchait déjà des yeux, fronçant les sourcils pour se protéger de la lumière agressive de la salle de stase. Il n’en vit toutefois aucun, seule était déjà debout « sa » télépathe de service. -« Bien dormi ? » Fit elle, sourire aux lèvres. Cobbius la détailla un instant. « Jana », c’était son nom, était une belle grande fille rousse, mince et pâle de peau ; ce qui ne risquait pas de s’arranger avec les longs séjours dans l’espace. Fine et gracieuse, Jana aurait sans doute fait se retourner nombre d’hommes sur son passage. Mais là, son ensemble « toute saison nuit spatiale », constitué d’un tee-shirt kaki délavé et d’une petite culotte blanche unie n’avait rien de sexy en vérité. Le capitaine se contenta de lui répondre par un grognement qui aurait pu paraître mal aimable de la part de quelqu’un d’autre, mais qui était tout à fait habituel de la sienne. A cinquante-huit ans, Harlenn Cobbius était encore grand et athlétique et pouvait largement en redire à d’autres hommes plus jeunes. Sa peau noire avait tendance à pâlir, elle aussi, avec l’âge, et ses cheveux grisonnants commençaient à déserter ses tempes et le dessus de son front. -« Enfin un peu d’activité ici ? Pas trop tôt ! Si ça continue, c’est ma momie qu’on va disséquer ! » Dit en s’étirant le technicien Arrius Roeland. Et il accompagna cette phrase recherchée d’un bâillement sonore.
Haussant un sourcil, le commandant Cobbius regarda se réveiller lentement les membres de son équipage, qu’il connaissait parfaitement. Un dériveur n’avait besoin que de quatre hommes pour les manœuvrer tant ce genre de vaisseaux était automatisé : un officier (en l’occurrence lui-même), un ingénieur et deux techniciens. Ces postes étaient occupés par le chef opérateur Marcus Hiéron et sa « paire de bras cassés » comme il aimait à les appeler, les techniciens Arrius Roeland et Temisto Blike. Autant Hiéron se montrait sec, pointilleux et même pénible certaines fois, autant ces deux là ne brillaient pas par leur empressement à la tâche. Mais ils savaient se montrer efficaces dans l’urgence et s’acquittaient honorablement de leur charge la plupart du temps. Venaient ensuite les membres de l’équipe d’exploration, les « passagers » comme aimaient à les appeler Roeland et Blike. Il n’empêche que ces passagers là étaient sans doute les gens les plus indispensables à leur mission car là était la tâche qui leur était dévolue, là se justifiaient leurs salaires et leurs primes de risque rondelettes payées avec l’argent du contribuable : éclairer et rendre compte de toute chose digne d’être mentionnée comme entrant dans l’espace de l’Union. Ce « toute chose » comprenait aussi bien les corps spatiaux et les planètes non encore répertoriées, les épaves suspectes, les intrusions de forme de vies inconnues, en bref tout ce qui était inhabituel et méritait un traitement spécial de la part de l’Union, cette grande famille des états galactiques. Pour faire face à l’inconnu, Cobbius, comme la plupart des autres capitaines de dériveurs, disposait de deux biologistes et d’un télépathe, une demoiselle pour ce qui concernait le « Reviler ». Les deux premiers étaient sensés travailler en équipe mais étaient aussi différents que le jour et la nuit. Autant le docteur Cartero était une femme passionnée, téméraire et enthousiaste à l’extrême. Autant son collègue, le non moins brillant petit professeur Jim Wu, était un être froid et appliqué à la tâche. Il n’en était pas pour autant moins sympathique, juste beaucoup moins communicatif. Cela était mieux en somme, et correspondait, de plus, au protocole scientifique voulu par l’Union : chaque chercheur devait être la critique et le garde-fou de son collègue ; et en l’occurrence, la géniale et bouillonnante Junia Cartero en avait besoin !
Il était maintenant d’usage, au sein de chaque dériveur, d’avoir « son » télépathe, un de ces mutants triés dès la naissance et entraînés comme il se doit dans des centres spécialisés. Comme tous les « fouilleurs de cerveaux », Jana 0137 était affublée d’un nom à quatre lettres et d’un numéro à quatre chiffres distribués aléatoirement par un ordinateur des services démographiques. Ceux-ci se contentaient autrefois du prénom, mais le nombre de combinaisons s’avérant limité, les télépathes se virent attribuer progressivement ces charmants matricules. Le numéro de Jana prouvait qu’il existait au moins cent trente six autres Jana circulant sur tout l’espace de l’Union, sur d’autres vaisseaux, au sein de stations ou de cités populeuses, dans des avant postes isolés sur des cailloux gravitant autour d’étoiles désertes et oubliées des dieux… Le nom de Jana 0137 sonnait peut-être comme un mauvais pseudonyme de forum de rencontre, la jeune femme n’en était pas moins respectée par tout le monde à bord dans le sens où par la seule arme de sa matière grise, elle pouvait connaître vos moindres pensées et même vous « punir » en provoquant dans votre tête vertiges, nausées, acouphènes et autres effets indésirables. Il valait donc mieux éviter de plaisanter avec les télépathes ! Le seul à s’y risquer était ce « philosophe involontaire » de Roeland, qui ne pouvait s’empêcher de servir ses maximes si « spirituelles » au reste de l’équipage. Celui là se plaisait même à nourrir toutes sortes de pensées impures en sa présence, « une satisfaction narcissique exprimant des fantasmes exhibitionnistes refoulés » aurait sans doute dit un psychiatre du Corps Médical de l’Union. Sauf que cela faisait bien longtemps que Roeland n’avait pas vu de psy depuis des éons, et cela était sans doute mieux ainsi, sans quoi il se serait peut-être révélé comme étant le cas du siècle du point de vue de la libido ! Cette dernière pensée de Cobbius arracha un rire étouffé à la jeune femme, elle qui bien sûr, n’ignorait rien de tout cela.
Les trois soldats formant la « redoutable armada » du Reviler venaient enfin de se lever. Le sergent-chef Janos Banric, avec les échelons ornant son bel uniforme gris, n’avait que deux subordonnés pour assurer la sécurité de l’équipage : les première classe Rier Neels et Buckabàr, le seul représentant à bord des « minorités non humaines ». Ce dernier était un membre de la nation fédérée des Tanyssiens, un peuple de farouches guerriers qui auraient pu donner du fil à retordre aux colonisateurs du passé s’il n’en étaient pas resté au stade technologique pré médiéval. L’armée était sans doute pour eux la meilleure méthode d’intégration, pour ne pas dire la seule possible, et les bureaux de recrutement ne désemplissaient jamais de jeunes Tanyssiens des deux sexes, caressant l’espoir de faire carrière et d’envoyer un peu d’argent à leur famille. Buckabàr, comme tous les Tanyssiens, n’avait pourtant rien de très inhumain à l’exception des plaques cornées parsemant sa peau, ou cette natte étrange, poussant en lanière épaisse sur son long crâne lisse. Neels, lui, était un rouquin qui ressemblait à Roeland comme un frère, bien que beaucoup plus frêle. Banric, l’officier, était affublé d’un physique particulièrement quelconque ; sa brosse brune et sa carrure solide lui donnaient toutefois une allure martiale. Ce trio là constituait la « première ligne » en cas de confrontation avec un ennemi quel qu’il soit ; pillards, rançonneurs, terroristes des nombreuses factions séparatistes, sans compter le monstre extra-terrestre de passage. En vérité, tout le monde à bord d’un dériveur avait des armes et était formé à s’en servir, bien que les forces de l’Union toujours eu des réticences à entraîner des civils. De toute sa longue carrière, Harlenn Cobbius n’avait eu à se battre que deux fois : la première en secourant les passagers d’une navette de liaison aux prises avec des skélons, ces étranges « requins de l’espace » capables de vivre et de se déplacer dans le vide intersidéral sans respirer. La deuxième fois contre des récupérateurs d’épaves un peu trop territoriaux qui avaient décidé d’ouvrir le feu sur des membres d’équipage du Reviler, sans doute pour ne pas avoir à céder leur bien à des agents de l’Union. Ils s’étaient vite rendus et le groupe en avait été quitte pour quelques blessures et une bonne poussée d’adrénaline.
-« Je la sens pas cette alerte ! » Grommela Rier Neels en passant la main dans ses cheveux ébouriffés. -« On ne te demande pas de sentir, ça c’est le boulot de Jana, on te demande d’être là ! » Soupira Cobbius en guise de réponse. -« Bof ! On va dérouiller un peu nos muscles de rêve. N’est-ce pas Rouly ? » Celui qui venait de parler était Temisto Blike, le meilleur public de « Rouly » alias Roeland, et c’était plutôt heureux pour un technicien sensé travailler en binôme avec le « Roi de l’humour ». En fait d’avoir un corps de rêve, Blike était aussi large que haut, une petite boule, d’une peau beaucoup plus noire que son supérieur, et doté d’une bonne masse de muscle sous sa graisse acquise à force de concours de bière et de gloutonnerie. -« Je ne sais pas plus que vous pourquoi la « nounou » nous a tirés du lit, mais comme ce sera certainement la dernière mission que vous ferez sous mes ordres, alors je demande à tous un gros effort d’application ! » Clama le commandant d’un ton paternel. On aurait dit un instituteur préparant sa classe à une leçon particulièrement difficile. « Vous, les Marx brothers, à vos postes et que ça saute ! » Dit-il en désignant le duo Roeland-Blike. Les techniciens s’exécutèrent en échangeant quelques bonnes plaisanteries, tandis que la troupe des « passagers » se dirigeait d’un pas encore lourd vers la passerelle.
-« Chiotte ! » -« C’est quoi ça ! » -« Mince alors ! » La découverte aurait émerveillé n’importe qui d’autre, mais pas Cobbius et ses militaires, le vieux capitaine n’avait pas besoin de ça à moins de deux années galactiques d’une retraite de millionnaire tant attendue. Seule restait bouche bée, l’air béat, le docteur Cartero avec sur son visage l’expression d’un enfant qui découvre un fabuleux cadeau de noël. Jim Wu, lui, comme à son habitude, avait sorti son calepin où il notait, « à l’ancienne », ses découvertes et ses impressions. Le petit livre était entièrement recouvert de croquis et de signes griffonnés à la hâte, comme des figures et des symboles cabalistiques, des vérités sur l’univers écrites dans l’alphabet secret du docteur Wu… Sur l’écran géant de la passerelle se découpait la silhouette du plus étrange et atypique des astronefs. La forme en était indéfinissable, vaguement ovoïde à première vue, mais avec sans doute des renflements et des prolongements sur les côtés. Le métal, ou quoique ce fut qui en composait la coque, renvoyait des reflets verts et brillants. De longues excroissances semblables aux épines d’un poisson venimeux jaillissaient de la partie dorsale du fuselage, ainsi que sous ce qui pouvait être identifié comme la proue. Mais le plus étonnant demeurait sans doute dans la multitude de larges orifices, de forme ovale, creusant l’intégralité du blindage externe. Ceux-ci semblaient donner sur de sombres cavités, des hangars à navettes avec pont d’envol peut-être ? C’est ce que supposait Cobbius, si tant est qu’on pouvait projeter sur cette « chose » les fonctionnalités d’un vaisseau humain. A priori l’« intrus » semblait de bonne taille, « six bons kilomètres de long tout de même » se dit le commandant, essayant de se remémorer son service actif dans les forces de l’union et les bâtiments de guerre qu’il avait été amené à voir. -«Ca vous dit quelque chose à vous deux ? » Finit il par demander sans trop y croire aux biologistes. -« Je crains que non, commandant, il ne s’agit sans doute d’aucune forme d’intelligence répertoriée jusqu’à présent » Répondit fébrilement Junia Cartero. Wu, lui, se contenta de hocher la tête négativement. -« Et bien nous n’allons pas rester ici à nous tourner les pouces, hein ? Ce serait quand même dommage d’avoir parcouru tant de distance pour laisser ce truc dériver sans rien faire ! Jana, tu ressens quelque chose ? »
La jeune télépathe resta un instant silencieuse, à fixer la silhouette lointaine de la nef extra-terrestre par la verrière. -« Des traces, juste des traces. Ce peut-être résiduel, mais quelque chose, comme une barrière, m’empêche d’en être sûre. » Finit elle par répondre. -« Vous voulez dire que ce truc est encore habité ? Dit Banric en fronçant le nez. Mais ça n’a même pas l’air étanche ! » -« Qui vous dit qu’ils ont besoin d’air pour respirer ? » Fit remarquer malicieusement le docteur Cartero au militaire, son regard en coin exprimant nettement une sorte de mépris condescendant. -« Mmoui, surtout qu’il y a peut-être encore dans certains compartiments, ça s’est déjà vu sur les épaves que nous avons explorées ! Mais ça, c’est le scan complet qui nous le dira ! » Rétorqua Cobbius qui commençait à trouver enfin un intérêt à la mission. -« Quant à cette barrière dont parle Jana, c’est sans doute le blindage de l’astronef qui joue un rôle, ça me paraît l’explication la plus logique car je ne vois rien d’ici qui ressemble à des boucliers. » Ajouta l’ingénieur Hiéron en se pinçant doucement le menton, une mimique qu’il arborait toujours en période d’intense réflexion. -« Bon, et bien vous savez ce qu’il vous reste à faire les enfants ! On va tous préparer nos harnachements et aller voir à l’intérieur, je crois que ça va s’imposer ! » S’exclama le capitaine. Aux regards inquiets que venaient de lui jeter Neels et Banric, il se contenta de rajouter : -« Vous venez tous, toux ceux qui sont là ! Roeland et Blike garderont la maison en notre absence. Je ne crois pas qu’ils s’en plaindront d’ailleurs ! ». _________________ Magic dragon spits tracing bullets expose our hiding place. Magic dragon iron monster destroys, with rage
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|  | | Napalm dave La bête ignivome

  Age : 29 Inscrit le : 18 Juil 2006 Messages : 914
 | Sujet: Re: "Antechristus" Jeu 4 Jan 2007 - 20:35 | |
| Des chapelets d’air glacé accompagnèrent la manœuvre de détachement de la barge d’abordage. En plus des chaloupes de secours, le Reviler disposait de deux de ces engins longilignes, un flanqué de chaque côté du vaisseau, afin de remplir ses missions d’exploration et d’investigation. Il arrivait parfois que l’on amarre directement le dériveur à une épave, mais le commandant Cobbius n’aimait guère risquer un astronef à deux milliards de crédits. Les risques étaient multiples en vérité, même lorsque on avait affaire à une carcasse inhabitée : une fausse manœuvre, avec la gène des perturbations gravitationnelles, pouvaient provoquer collisions et avaries. Et si vous faisiez communiquer l’air du vaisseau avec celui du milieu vital de votre objectif, vous aviez toujours le risque de ramener « quelque chose » d’indésirable ou de dangereux. Un virus, une bactérie, un parasite, pouvait ensuite proliférer dans votre propre milieu et en infecter encore un autre. Cobbius n’avait nullement l’intention d’être l’irresponsable qui ramènerait, comme dans les vieilles fictions terriennes, un passager clandestin ! -« Barge Deutéronome, je vous calcule le meilleur angle d’approche, contact dans deux minutes ! » Dit la voix de Blike dans le haut parleur. -« Bien reçu, Reviler home ! » Répondit machinalement le capitaine sans cesser de fixer des yeux l’étrange nef. Les noms bibliques étaient usuels au sein des flottes de l’Union, qui était de base culturelle Judéo-chrétienne. Cobbius, quant à lui, n’en avait cure : le vieil officier estimait avoir vu trop de choses déconcertantes pour croire à quelque dieu que ce soit et encore moins en son omnipotence sur les phénomènes de la galaxie. Il avait tout de même connu quelques croyants parmi ses collègues de l’école navale, et même deux ou trois authentiques fondamentalistes. Ceux-ci se seraient certainement exclamés que la chose qu’ils approchaient à présent ne pouvait être que le véhicule de Satan, le « cheval de Troie » d’une force cachée et funeste. Pourtant la vision de cette nef géante aux reflets verts n’inspirait rien d’autre au commandant que de l’étrangeté. Pas de peur, ni d’appréhension, juste le sentiment de contempler une œuvre non faîte de main d’homme. -« Angle d’approche 30°72’ ! » La voix dans la radio tira Cobbius de sa rêverie et il se redressa sur son fauteuil de pilotage, situé le plus près de la verrière circulaire de proue, juste à côté de celui de Hiéron. De près, la structure externe de l’appareil leur apparut pleinement et cette vision arracha un sifflement admiratif à Junia Cartero. Ce qui ressemblait de loin à des sillons d’ornement s’avérait être en fait un schéma complexe de lignes et de courbes régulières et répétitives sur tout le revêtement. -« Et bien nous voilà renseignés sur le niveau d’intelligence de ceux qui ont construit ça ! » Dit Hiéron, admiratif
La nef grossit de plus en plus à leur approche et un tremblement caractéristique s’empara de la carlingue du « Deutéronome ». Harlenn Cobbius enclencha aussitôt la manœuvre d’approche avec une parfaite décontraction. Il était parfaitement habitué aux effets de gravité et pouvait à vue d’œil choisir une technique d’approche favorable. Jana, comme toujours, n’arrivait pas s’y faire et avait sursauté sur son siège. La barge glissa doucement vers une des ouvertures béantes de la coque, comme une immense fenêtre capable de permettre le trafic de dizaines d’engins tels que le « Deutéronome ». Un instant, tous restèrent silencieux à contempler la cavité obscure, retenant leur souffle. Les plissures en forme d’entrelacs se répétaient sur les parois intérieures de la nef et en contrebas, les puissants projecteurs de la barge firent apparaître ce qui ressemblait à un sol recouvert de dalles ovoïdes. Au fond, de multiples corridors partaient du sol au plafond, étagés en plusieurs balcons. Des formes sombres étaient posées sur des « terrasses » et projetaient leurs ombres à la lueur artificielle. -« C’est magnifique ! » Expira à mi voix Cartero. -« C’est ultra glauque, oui ! » Maugréa Banric qui contemplait le spectacle par le hublot latéral. -« Méfiance ! » Dit simplement Wu, le regard fixe. Les passagers du Deutéronome frémirent tous l’espace d’un instant lorsque leur « frêle esquif » toucha le pont, ou ce qui pouvait être dénommé ainsi, une vibration accompagnant la compression des tampons d’atterrissage. -« Ici Deutéronome, appontage réussi Blike ! On se change et on y va. Contact toutes les trente minutes pour commencer ! »
-« Des navettes dans un hangar à pont d’envol, vous aviez vu juste commandant ! » Disant cela, l’ingénieur Hiéron balayait le fuselage profilé de l’étrange engin avec le faisceau de sa lampe d’exploration, un véritable projecteur portable personnalisé. Ils se trouvaient tous sur ce qu’ils avaient pris au préalable pour une plate-forme menant à l’intérieur de la nef, et qui s’était avérée être une aire d’envol. Le groupe se trouvait dans une sorte de « cathédrale » démesurée, sans limites et à la voûte obscure. Rangés dans un ordre parfait, des véhicules aux formes déroutantes étaient posés là, sans doute depuis des années à en juger par la fine couche de glace et de poussières stellaires qui s’était formée à leurs pieds. Tout le monde avait revêtu les tenues de sortie autonomes, véritables secondes peaux bourrées d’électronique et d’une extrême légèreté. Il était loin le temps des premiers scaphandres : des bottes lestées, un pack recycleur de mélange à respirer, et un casque amovible pour une visibilité optimale ; les ingénieurs de l’Union avaient bien travaillé sur leurs « prêt-à-porter ». En réalité, leurs armes et leurs protections militaires pesaient beaucoup plus lourd, en dehors peut-être de l’éternelle mallette d’analyse que la frêle Junia Cartero portait sur ses épaules et truffée d’instruments dernier cri. Sûre d’elle, elle n’avait emporté qu’un pistolet à impulsions. Les autres, moins confiants, avaient sorti les fusils gauss, quant aux trois soldats, ils étaient armés jusqu’aux dents : un igniteur pour Neels et deux gatlings pour les autres. -« Vous êtes conscients qu’il y a de quoi nous amener là toute une invasion, avec ces engins de débarquement ! Dieu nous en préserve ! » S’écria nerveusement le sergent Banric.
Les « navettes », ou ce qui apparaissait comme telles, ressemblaient à des coques de forme oblongue et n’avaient, pour ainsi dire, pas de train d’atterrissage, de roues, de chenilles ou quoique ce soit d’autre. Elles étaient directement posées au sol. Observant un instant ces engins aux allures de scarabées, Cobbius fut un instant déconcerté de voir que s’ils possédaient bien des portes sur les côtés, celles-ci étaient proportionnellement beaucoup trop grandes et larges pour des humains. -« Je sens un peu d’activité psychique ici ! Même si les matériaux qui nous entourent déforment mes sens. » Dit elle. -« Activité de quel genre ? » S’enquit immédiatement Cobbius. -« Genre résiduelle, un peu partout, et du vivant, par là ! » La jeune femme pointa du doigt une sorte de corridor obscur s’ouvrant sur leur gauche. -« Bon, et bien on va jeter un coup d’œil par là alors. Hiéron, vous enregistrez tout ! Faîtes moi un beau film de vacances ! »
Ils progressaient depuis environ vingt longues minutes dans ce qui ressemblait furieusement aux entrailles d’un énorme poisson, quand Rier Neels entreprit enfin de rompre le silence. -« Merde, c’est plus un couloir, c’est un tunnel de mine ici ! On se croirait dans le train fantôme, sans les trucs qui vous crient et vous sautent à la gueule bien sûr ! -« Et ça ira plus vite si tu économises ton souffle Neels ! Répondit Cobbius. C’est parce que tu as une vague ressemblance avec Roeland que tu dois te sentir obligé de faire de l’esprit ! » -« Evitez de parler trop fort, ça résonne dans ma radio et ça m’empêche de me concentrer, sauf votre respect à tous les deux ! » Fit la voix de Jana dans les communicateurs.
La télépathe était passée devant, escortée de Banric qui éclairait comme il pouvait ce corridor, ou plutôt ce tube géant, parfaitement cylindrique dans lequel on aurait certainement pu faire tenir un immeuble de cinq étages. Soudain son faisceau s’arrêta sur des objets ronds posés au sol, sortes de champignons aux reflets métalliques. -« Tous à terre ! » Cria t’il avant de plonger. Tous s’exécutèrent dans un balai de sauts périlleux et de vols planés, car en apesanteur, tout était différent, même avec un harnachement sur le dos. Les disques des mines venaient de s’éjecter vers le plafond. Trois, quatre, cinq explosions sourdes illuminèrent la pénombre, et l’espace d’un instant, les radios crachotèrent un mélange d’acouphènes et de parasites.
-« Des blessés ? » S’écria le capitaine, encore couché sur le ventre et les mains sur son casque. -« non, je ne crois pas ! » Dit Banric en se relevant, balayant du regard l’ensemble de l’équipe. Buckabàr s’escrimait à arracher un petit éclat métallique solidement fiché dans son plastron, pas plus gros qu’une boîte de cachous, mais semblable à un petit disque aux rebords acérés. -« Merde, tu disais quoi mec sur ce couloir ? » Fit il à l’adresse de Neels. -« C’est vivant, et ça pose des pièges, d’accord, nous voilà prévenus ! » Dit Hiéron entre amusement et surprise.
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  Age : 29 Inscrit le : 18 Juil 2006 Messages : 914
 | Sujet: Re: "Antechristus" Lun 15 Jan 2007 - 20:08 | |
| -« Encore ces trucs ! J’y crois pas ! On serait récupérateurs d’épaves, on serait milliardaires ! » La lampe d’arme du première classe Rier Neels éclairait à présent un autre « hangar », mais de taille beaucoup plus réduite. Quatre astronefs y étaient entreposés, bien que l’un d’eux fut « salement amoché », même selon les critères d’un ferrailleur. -« C’est bien joli tout ça Jana, mais y a personne ici, personne d’autre que nous ! Ce vaisseau est un tombeau ! » Dit Cobbius. -« Ce n’est pas ce que je ressens, capitaine, vous me faîtes confiance, oui ou quoi ? » La jeune femme fixait son officier de ses deux perles bleues à travers la visière de son casque. -« Et puis vous oubliez les mines magnétiques ! » Rajouta Hiéron. -« Ca vous serait pas venu à l’esprit que le type qui les a posées est mort depuis longtemps ? » -« possible, probable même ! répondit l’ingénieur. Ca n’exclut par autant qu’il y ait encore du monde ici. Surtout que ces systèmes d’armement me font davantage penser à de la technologie illégale qu’à ce qu’auraient pu concevoir les bâtisseurs de ce vaisseau ! » -« Vous semblez les admirer ! Grogna Banric. Méfiez vous, ce truc est peut-être un brûlot envoyé par on ne sait quelle race pour nous faire du mal ! » -« Sincèrement sergent, fit Hiéron en adoptant un ton condescendant, ça m’étonnerait vraiment qu’on se soit donné autant de peine pour simplement construire une bombe téléguidée et… » -« Silence ! Cria Jana. Je les sens approcher, ils sont là ! »
Rier Neels fut soudain projeté en avant et une silhouette filiforme passa à toute vitesse à travers le groupe. Le cri du soldat et quelques balles tirées instinctivement alertèrent les autres de cette attaque silencieuse. Jana poussa un grand cri, relayé par sa radio, en voyant jaillir de l’obscurité des gueules déformées et garnies de crocs aigus, brillant à la lumière comme du cristal de roche. Avec un instant de retard, les tirs fusèrent et le hangar fut arrosé de tous côtés. Cobbius essuya un coup de mâchoires qui buta violemment contre le plexiglas solide de son casque, il eut le temps de tirer une décharge de balles à bout portant alors que la créature allait abattre ses serres sur son torse. Ils eurent le temps de voir les monstres, nageant littéralement dans le vide, se regrouper en bande et décrire un arc de cercle avant de fondre dans leur direction. La gatling de Buckabàr fut plus rapide, traversant chair et chitine comme du beurre. Des traînées de sang épais gelèrent aussitôt au contact du froid de l’espace, tandis que la charge était brisée. Prenant un coup de griffe au passage, Junia Cartero décrivit un retourné avant de rebondir contre le sol, emmenée par sa valise de métal. Banric eut le temps de placer quelques tirs bien visés avant que le « banc » ne s’enfuie par l’ouverture béante dans la coque. Ils purent distinguer des créatures longilignes, aux corps articulés et caparaçonnés s’enfuir dans la nuit spatiale en « nageant » à tout allure.
-« Merde, chié ! » Hurla Neels qui venait d’avoir la peur de sa vie. -« C’était eux les habitants du vaisseau ? » Dit Buckabàr, les yeux encore écarquillés. -« Mais non allons ! Ce sont des skélons, vous le voyez bien ! Qu’est-ce qu’on vous apprend à l’école militaire ! » Répondit sèchement Hiéron. Le soldat se tourna vers lui et le dévisagea aussitôt. Il n’avait jamais trouvé l’ingénieur très sympathique, mais il détestait tout particulièrement ses remarques rabaissantes. Il bouillonnait intérieurement en sachant que Hiéron le prenait au mieux pour un « bon sauvage », au pire pour un dégénéré complet. -« Les Tanyssiens n’ont pas le droit à votre « instructionnement », monsieur ! Ou plutôt devrais-je dire « missié Marcus » ! » Dit il sombrement en rechargeant son arme. Mais le scientifique se contenta de lui adresser un sourire narquois.
-« Surtout ne vous inquiétez pas pour moi, tout va bien, mais je suis très touchée de votre sollicitude ! » S’écria Junia Cartero en se relevant péniblement. La combinaison était déchirée en quatre larges sillons et la couche isolante blanche avait été mise à nue par les griffes du skélon. Le visage de la jeune femme était pâle tout d’un coup, il bleuissait même dangereusement. -« Merde ! Jura Cobbius. On va tous se regrouper et tâcher de gagner un compartiment étanche, et vite ! » -« Mauvaise idée ! Intervint Wu. Le froid risque de la tuer avant. Il vaudrait mieux la raccompagner au Deutéronome ! » -« Jim, je … » Une douce lumière envahit soudain la salle et un halo d’énergie crépitante referma la cavité béante qui donnait sur l’espace. On aurait dit qu’une immense baie vitrée venait d’apparaître, laissant voir les étoiles à travers sa surface rose bilieuse. En se retournant, le commandant Cobbius vit Hiéron, debout contre la cloison du fond, le bras tendu et la paume à plat dans un réceptacle en forme de main, une énorme empreinte à quatre doigts. -« Merde Hiéron ! Vous avez fait quoi là ! » Hurla Cobbius en voyant des traînées de gaz brumeux jaillir doucement par des trous dans le sol. -« Je crois que j’ai rétabli le milieu vital commandant ! L’inspiration de l’artiste ! »
-« Putain Hiéron, plus jamais ça ! » Grommela Harlenn Cobbius en se passant la main dans ses cheveux crépus, le casque posé à côté de lui. -« Plus jamais d’air ni de cette chaleur agréable, c’est ça ? » Ironisa l’ingénieur en regardant autour de lui, l’air satisfait. -« On a eu de la chance avec vos conneries. Non mais ça frise l’insubordination ce que vous avez fait ! Imaginez un instant que vous ayez déclenché le système de condamnation du sas, ou je ne sais quoi encore ! M’enfin quoi, je devrais… Roh et puis zut ! » Le chef opérateur eut un petit rire : Comme eux, les membres de l’équipe s’étaient délestés de leurs scaphandres, tous rangés impeccablement au pied d’une des « navettes » extra-terrestre. Neels vint vers eux, les bras ouverts : -« Dîtes commandant ! C’est bien beau tout ça mais qu’est-ce que… » BLAM ! Le soldat tomba bruyamment en heurtant un obstacle invisible. Il porta la main à son nez ensanglanté, mais tous avaient déjà le regard rivé vers autres chose : une forme massive se dessinait dans l’air, accompagnée d’un crépitement électrique. C’était la silhouette fuselée d’un chasseur bombardier, et peu à peu, le camouflage invisible s’effaçait, laissant apparaître trois pieds d’atterrissage, un blindage peint en noir et une verrière teintée. -« Merde ! » S’écria Neels en se relevant précipitamment. -« AVW12 Black Centaur ! S’exclama Hiéron. Pas exactement un modèle courant ! » -« Et pour cause ! Dit Cobbius. On n’en fabrique que sur les mondes de la Marge ! »
-« Non mais vous allez me dire ce que fout un chasseur de la marge ici, dans ce truc ? » Dit le sergent Banric que faisait le tour de l’appareil en tapant des pieds. -« Je crois que c’est assez simple, répondit Cobbius, nous avons affaire à des pirates. Surtout avec ce genre de camouflages illicites. » -« Vous voulez dire qu’ici c’est leur base ? » -« Non, j’opterais plutôt pour des naufragés, car ici on est loin de tout et ce genre de zingue n’a pas assez d’autonomie pour opérer sur un long rayon d’action. C’est juste bon pour les assauts ou les patrouilles ! »
Le commandant ne pouvait détacher sa vision de l’astronef. Il se retrouvait face à un problème épineux : si pirates de la Marge il y avait, combien étaient ils et quelles étaient leurs forces ? -« A priori, reprit-il, ce genre d’avions est monoplace ! Nous allons le fouiller pour voir ce qu’il peut nous apprendre et oh ! Doucement les gens ! Ca peut encore resservir, on ne sait jamais ! » Les trois militaires s’exécutèrent aussitôt. D’un mouvement leste, Banric bondit sur l’aile droite de l’appareil et entreprit d’ouvrir le cockpit. Il enclencha la commande extérieure, mais son geste fut récompensé d’un signal d’alarme strident et d’une secousse électrique. -« Bordel ! Eteignez moi cette merde ! Plus vite que ça ! » Hurla Cobbius, qui sentait ses dents vibrer et une violente douleur vriller ses tympans. -« JE-FAIS-CE-QUE-JE-PEUX ! » S’époumona Banric. Blam ! Un tir salvateur de pistolet à impulsion mit fin au vacarme… -« Et bien s’il y a encore quelqu’un ici, au moins on est sûr qu’il sait qu’on est là ! » Soupira Hiéron en levant les yeux au ciel.
A présent, que le vaisseau était entièrement rempli d’air, leurs pas résonnaient si fort qu’on aurait dit qu’une armée était en marche à l’intérieur de la nef. La petite équipe du commandant Cobbius comptait un membre de moins pour continuer les recherches, Neels et son nez cassé ayant été laissés en arrière pour surveiller le « Black Centaur ». Le groupe avait parcouru deux bons kilomètres de couloirs et de salles sans le moindre indice ou signe de vie. Aucune des structures rencontrées ne leur évoquait la moindre fonctionnalité logique, ou familière. Pas de locaux techniques, ils n’avaient rien vu, rien que des colonnes crépitantes montant jusqu’au plafond en guise de cloisons et des alcôves bombées ne contenant plus que de la poussière. Adossé contre une paroi, le sergent Banric profitait de la pause pour rouler une cigarette. -« Des couloirs en forme de boyaux, des salles en forme de panses avec des crêtes bizarres au milieu. Ca ressemble furieusement à une randonnée en enfer notre histoire ! » -« Arrêtez donc de mêler Dieu et Satan à tout ça, Banric ! Soupira Cobbius. Franchement, le Prince des ténèbres serait très vexé que vous l’assimiliez à un vaisseau aussi petit, on voit que vous n’avez encore jamais vu de cuirassé porte escadre de l’Union ! » -« En effet, commandant ! Non ! »
-« Moi je ne suis pas fatiguée, je vais voir par là ! » Dit Jana en se dirigeant vers une cavité obscure. -« D’accord, mais vous ne vous éloignez pas de plus cent mètres ! » La jeune femme n’était pas partie depuis deux minutes qu’un cri étouffé retentit dans le tunnel ; Banric se releva en sursaut tandis que Buckabàr courait, arme brandie. Ce qu’il vit le stoppa net : Jana était suspendue dans les airs, ou plutôt plaquée contre le plafond par quelque force invisible. Son visage semblait écrasé par une main et elle lançait des regards de détresse d’un côté et de l’autre, paralysée et incapable de crier. Les autres firent irruption, mais ils se remirent de leur surprise, le Tanyssien fouilla l’obscurité de ses yeux acérés. -« Bordel, il se passe quoi ! » Hurla Banric en cherchant l’ennemi avec le faisceau de sa lampe. -« Il est là, je le vois ! » Buckabàr désignait une silhouette qui reculait rapidement vers l’autre extrémité du couloir. L’intrus, qui portait un scaphandre près du corps, avait le corps gracile et des membres très longs, trop longs et trop fins pour un humain. Une tignasse de cheveux gris et hirsutes se dressait sur sa tête comme une véritable crinière, et Buckabàr aurait juré que la créature avait deux gros yeux de mouche sur son visage lisse.
-« Contact cible ! » Hurla Banric après un instant d’hébétude. L’ordre fut suivi d’une grêle de balles, l’effet gauss des armes de guerre assénait de longues rafales silencieuses, et d’une précision mortelle. Des dizaines de flash aveuglants illuminèrent la silhouette filiforme de l’intrus : les munitions venaient de ricocher sur une sorte de champ électrique, et les soldats virent qu’il avait une arme dans chaque main : un long fusil chargé d’une bande de cartouches et un étrange pistolet bombé. Une détonation sourde envahit le corridor et Banric fut à son tour soulevé dans les airs, une onde lumineuse venait de le frapper en pleine poitrine. Sa gatling tomba avec fracas tandis qu’il était maintenu au plafond, comme un ballon prisonnier d’un couloir. -« Tu vas crever salopard ! » Buckabàr s’avançait tout en délivrant rafales sur rafales. A un moment, le corps de la créature fut comme percuté violemment et du sang gicla de son épaule. Mais au moment où le Tanyssien voulut en finir, Jana retomba, inerte, sur ses bras tendus et il fut déséquilibré. L’intrus était agenouillé, se tenant à l’endroit où sa combinaison déchiquetait ruisselait de sang. Il fixa le groupe à travers les verrières rondes et rouges de son masque. -« Bouge plus ! » Cobbius, Hiéron et Wu le maintenaient en joue, les mains crispées sur leurs fusils.
D’un geste sec et assuré, le docteur Junia Cartero arracha le masque souple de l’agresseur et fut tout de suite bouleversée par le visage qu’il cachait . Un jeune homme imberbe et aux grands yeux profonds la dévisageait. Il avait la peau sombre, d’aspect cuivré, avec des joues lisses et un aspect juvénile. Deux longues oreilles, comme de petites cornes, maintenaient sa masse de cheveux argentés en arrière. -« Mince alors ! » Dit elle à mi-voix, un nœud se formant dans sa gorge et un pincement caractéristique au cœur. -« Un Nandar ! » ajouta Cobbius.
Les Nandars faisaient partie des nombreux peuples non humains de la marge, rétifs à l’autorité de l’Union. Leurs raids pirates étaient un danger pour tous les systèmes frontaliers. -« Je vais lui faire un garrot ! » Dit précipitamment la biologiste en essayant d’évacuer le désir que lui inspirait cet humanoïde. -« Je me suis faîte avoir par un gamin ! » S’écria Jana, complètement atterrée. -« Non ! » Fit Banric en collant son pistolet près de la figure de l’extra-terrestre. Ils ne vieillissent pas comme nous ! Tu vas parler, saloperie ! »
-« Vous ne m’avez même pas posé de question ! » Répondit soudain le Nandar, d’une voix limpide et chantante. -« Quoi ? » Le sergent Banric était interloqué. Puis il se ressaisit et lui désigna le fusil tubulaire que s’ingéniait à examiner Hiéron. -« Et ça, c’est bien un fusil perforant ! Une vraie arme de tueur ! Tu es un tueur d’unionistes, c’est ça hein ! » -« Non monsieur ! Dit le Nandar en le fixant, incrédule. Je suis pilote dans les forces alliées des mondes libres de la Marge, je ne m’en suis pas servi contre vous ! » -« Qu’est ce que tu voulais faire en nous tirant dessus, te faire descendre à coup sûr ? » dit Cobbius d’un ton calme. -« Je suis tombé nez à nez avec votre collègue en revenant à mon chasseur, j’ai paniqué ! » -« Tu as paniqué ! Mais oui et moi… » Mais le commandant coupa immédiatement l’élan de colère du sergent Banric. -« Bon admettons ! C’est donc toi le pilote du Black Centaur, c’est ça ? » Le Nandar acquiesça. -« Vous êtes nombreux là dedans ? Tu viens d’où d’abord ? » -« J’étais embarqué dans un cargo des mondes libres où je servais comme escorteur. Mais nous avons été la cible de pillards Ramyls et notre vaisseau a subi d’importants dégâts. J’ai pu emporter avec moi deux autres membres d’équipage dans ma soute, et avant de tomber en panne de réacteur, j’ai trouvé cette épave dérivant dans l’espace et … » -D’accord, où sont tes amis, ils sont encore en vie ? » (Cartero s’était arrêtée de soigner la plaie et écouta avec la plus grande attention). -« Oui, je les ai laissés dans une grande salle, là haut, où il y avait de l’air et des systèmes électriques encore en marche, puis je suis descendu et j’ai aménagé un périmètre de sécurité… » -« Autrement dit, tu as truffé le secteur de mines espèce de crevure ! » Rugit Banric, rouge, le poing levé. -« Non mais calmez vous ! Imaginez un peu que les Ramyls soient revenus finir leur besogne ! » Dit l’étranger d’un air condescendant. -« Et en plus tu me prends pour un con !... » -« Ca suffit ! S’écria Cobbius. Allez donc vous reposer un peu sergent ! Et toi, dès que tu seras un peu remis, tu nous amèneras à tes petits copains et à cette salle ! » -« D’accord, comme vous voudrez, mais quand vous y serez, attendez vous à un choc ! » Dit il, un sourire énigmatique au coin de la bouche. _________________ Magic dragon spits tracing bullets expose our hiding place. Magic dragon iron monster destroys, with rage
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|  | | Napalm dave La bête ignivome

  Age : 29 Inscrit le : 18 Juil 2006 Messages : 914
 | Sujet: Re: "Antechristus" Lun 15 Jan 2007 - 20:08 | |
| -« Sainte mère de dieu ! » -« Alors ça par exemple ! » Réunis dans la plus grande salle de commandement qu’ils n’aient jamais connu, les membres d’équipage du Reviler n’en croyaient pas leurs yeux. Rier Neels les avait rejoints et ils se trouvaient à présent en compagnie de deux autres personnes : un couple de techniciens de pont des mondes de la Marge. Des « ruffians » auraient ils pensé en d’autres circonstances moins étranges, mais leur méfiance s’était endormie lorsqu’ils avaient découvert ce qui dormait dans la salle des commandes de la nef. L’homme était un quarantenaire aux tempes dégarnies et de solide carrure qui disait s’appeler Rick. Sa femme était une petite blonde au visage marqué qui n’avait pas dû beaucoup voir la lumière du jour dans sa vie, à en juger par sa peau d’une blancheur cireuse et les poches épaisse sous ses petits yeux. Elle était, et c’était ce qui sautait aux yeux, enceinte. Everina était son nom. Koaznièn le Nandar les regarda s’user les yeux sur la vision saisissante de la chose, un sourire satisfait sur les lèvres. -« Oui hein ? Ca impressionne toujours, n’est-ce pas ? Vous voyez pourquoi nous sommes un peu à cran ces derniers temps ? »
La pièce était grande comme plusieurs terrains de basket, mais son centre était occupé par une immense sphère transparente. Un système complexe et ingénieux de vérins la faisait basculer et tourner selon une séquence bien précise, que Wu s’ingéniait déjà à noter sur son inséparable petit carnet. Mais la « bulle », bien qu’aussi grande qu’une navette, n’était pas le plus étrange, non, c’était le contenu… Une substance rougeâtre, semblable à quelque liquide visqueux, flottait à l’intérieur. « Flottait » était bien le mot qui convenait, car il ne semblait toucher les parois qu’occasionnellement dans sa course, au gré des mouvements du globe et lorsqu’il s’étirait en longs volutes tentaculaires. Car en vérité, la « substance » semblait suivre sa propre logique, comme animée de vie, elle se déplaçait a contrario du mouvement imprimé par le mécanisme, comme s’il s’agissait d’une chose vivante. Quoique ce fût, cela avait la capacité de se mouvoir de manière autonome et de tourner sur soi-même. Hypnotisés, l’ingénieur Hiéron et le docteur Cartero observaient le phénomène incompréhensible, sans en perdre une miette. -« A votre avis, ça pourrait être du gaz ? » Fit elle à l’adresse de Hiéron. -« Pas impossible ! Dit il. Mais j’irai pas l’ouvrir pour m’en assurer ». -« Et merde, ça fait plusieurs jours que vous campez à côté de ce truc ? » Lança Banric au dénommé Rick. -« Mmoui, ce n’est pas très rassurant, je vous l’accorde, mais ça a l’air inoffensif ! Et puis c’est toujours mieux que la galerie des monstres ! » -« La quoi ? » L’homme hocha la tête en direction d’une ouverture toute sombre dans le mur voisin. -« c’est comme ça qu’on a appelé ce qu’il y a de l’autre côté. Ce n’est pas très ragoûtant, c’est rempli de macchabées. » -« Ah génial ! Et vous comptiez nous en parler quand ? » S’énerva le militaire. -« Youlà ! A votre place, je n’irai pas là dedans ! » -« Oh mais si, on va y aller ! Intervint le commandant. On aime particulièrement se faire peur, n’est-ce pas Hiéron ? (L’ingénieur approuvait tout en brandissant sa caméra). Mais d’abord, Jana va procéder à une première analyse de cette…euh, chose liquide là ! »
La jeune femme hocha la tête d’un air entendu, puis se mit à fixer la sphère, parfaitement concentrée, les doigts posés sur les tempes. La substance réagit immédiatement au contact télépathique, ce qui lui prouvait qu’il ne s’agissait certainement pas d’un simple corps chimique. Bientôt, sa vision se brouilla et se déconnecta du moment présent, cela ressemblait toujours à un endormissement sur place, un saut vers le rêve. Une vibration caractéristique vrilla son front et ses yeux tandis qu’elle sentait une grande puissance lui envahir chaque muscle de son corps. Celui-ci se convulsa lorsque arriva le premier flash : la vision trouble d’une silhouette géante, en partie cachée par la brume. Puis la sphère lui apparut clairement, mais elle était seule devant, et il n’y avait aucun bruit. A l’intérieur, la substance tournait de manière toujours plus rapide et régulière. Les traînées de liquide prenaient forme à vue d’œil, on aurait dit de longs serpents effilés. Soudain, la vision laissa place à un millier de gueules acérées et grimaçantes. Jana poussa un petit cri avant de suffoquer et de s’écrouler lourdement sur le sol dallé…
Jana 0137 s’était retrouvée petite fille, au centre de mise à niveau des unités psioniques. Elle goûtait au confort d’un modeste lit lorsque l’instructeur vint la réveiller brutalement.
-« Jana ! Réveille toi ! Fais pas la conne ! » En rouvrant les yeux, la jeune télépathe ne reconnut pas tout de suite les visages soucieux de ses compagnons penchés au dessus d’elle. Puis elle reprit ses esprits et tenta de se relever, non sans mal. -« Désolée, ça ne m’était plus arrivé depuis le centre ce genre d’incidents! Je ne voulais pas vous faire peur ! » Dit elle d’une voix enrouée. -« Merde, tu nous a flanqué une sacrée trouille! S’écria le commandant Cobbius. Tu as vu quoi exactement ? » -« Exactement, ça va être difficile à expliquer. Dit elle en se massant doucement la nuque. C’était la peur et l’hostilité à l’état pur ! Ah, et puis il y avait un géant ! » -« Un géant ? » -« Oui, ce n’était pas humain ! » -« Tu te sens toujours d’attaque pour descendre ? » -« Oui, oui ! Ca devrait aller ! Ne vous en faîtes pas ! »
La lueur était faible et diffuse, leur permettant juste de marcher sans trop de difficulté. Ils étaient alors arrivés jusqu’à ce qui ressemblait à un compartiment de vie, ou quelque chose d’approchant : une sorte de cavité bulbeuse et subdivisée en alcôves par des cloisons arrondies, couvertes de plissures décoratives.
Les « grands bâtisseurs » qu’admirait tant l’ingénieur Hiéron se trouvaient là, assis dans ces espaces sans confort apparent, morts et le regard vide. On aurait pu dire qu’ils étaient humanoïdes, mais leurs proportions n’étaient pas du tout humaines : un torse large et séparé en deux segments, de petites jambes courtes et trapues, et de très longs bras, puissants, et terminés par de grandes mains à quatre doigts… Chez ces géants d’au moins quatre mètres, chairs et squelettes ne semblaient faire qu’un, tant leur carapace plissée était apparente. Une petite tête plate trônait au sommet de leurs corps massifs, avec un crâne cuirassé, deux sortes de mandibules osseuses cachant une double rangée de crocs, ils avaient deux petits yeux fixes, et laiteux. Tous restèrent un instant interdits devant cette vision, et en fait de crainte, ils ressentaient de l’émerveillement.
-« Je sens des traces psychiques résiduelles ! Annonça Jana pour devancer toutes les questions. Mais elles sont plus fortes chez celui-là, là au centre (elle désigna un des corps dont la carapace portait les traces d’une large griffure). Ils ont du être de grands télépathes de leur vivant, car d’habitude, ce genre de traces ne subsiste que quelques jours après la mort. » -« Et tu peux en tirer quelque chose ? » Demanda Cobbius. -« C’est tout de suite ce qu’on va voir, capitaine ! » Jana plongea dans les yeux morts du géant et une onde puissante fit trembler tout son corps. Cette fois, le géant lui apparut pleinement, clairement visible malgré le voile blanc. Il avait la peau non pas grise terne, mais d’un noir profond et ses yeux remplis d’une large pupille noire exprimaient une grande frayeur. Une voix profonde, sans timbre, inhumaine, énonçait un message intelligible : -« Notre monde touche à sa fin, ceci est un message destiné aux peuples de cette galaxie. Les essaims des Kratàns s’abattront bientôt sur vos mondes, constituant ce que vous appelez Armageddon. » En un instant, Jana vit défiler devant ses yeux les étoiles, les planètes, puis la visions d’une cité aux tours effilées et enchevêtrées, plongée dans la brume. Du sol fusaient des tirs et des faisceaux d’armes inconnues. Une masse grouillante fondit du ciel pour s’abattre sur la ville, les gueules vociférantes de la précédente vision lui apparurent de nouveau, plus clairement, plus longtemps. Des créatures griffues, aux carapaces articulées déferlaient dans les rues, anéantissant toute vie. Un à un les géants tombaient sous la masse et la férocité primale des Kratàns. -« Nous n’avons pas pu les arrêter. Nos forces ont subit une défaite écrasante, Reprit la voix. Mais toute chose est amenée à évoluer, et ce qui a été sera défait. Nous avons pu isoler leur essence et trouver leurs vulnérabilités. Il est trop tard pour nous, nous vous offrons leur antéchrist ! » La vision de Jana se focalisa sur la sphère, et son énigmatique substance. Elle comprit alors toute l’importance de leur découverte : les géants d’outre espace leur offraient la clef de la victoire contre un ennemi futur, le plus puissant de tous les ennemis !
Les contours de la pièce se dessinèrent à nouveau, Jana vacilla, le corps lourd, l’esprit embrumé, mais elle sentit la main de Cobbius la retenir. C’était comme si elle avait attrapé la fièvre : -« Armageddon, Armageddon, cette chose, c’est un avertissement… »
Le petit groupe émergea du corridor, sous les regards inquiets des autres. Soutenue par des épaules secourables, la jeune télépathe décrivait encore et encore ce qu’elle avait vu, un étrange sourire béat illuminait son visage, comme si elle venait de recevoir toutes les réponses aux mystères de l’univers !
-« Alors cette chose rouge là, Dit Hiéron, c’est… » -« De l’ADN ? » Compléta aussitôt Junia Cartero. -« Oui, répondit faiblement Jana, ou ce qui s’en rapproche le plus pour les Kratàns ! Ils nous ont offert les clés de leur génome sur un plateau d’argent ! » Son sourire se fit encore plus radieux et contemplatif. -« En vérité, tout se vérifie : la Bête, la fin du monde, la victoire sur le mal… » Dit Banric. Cobbius, qui avait retourné tout cela dans sa tête, prit une profonde inspiration : -« Et dire que moi, un vieux schnock à deux ans de la retraite, je viens de trouver l’Antéchrist ! »
Fin
Texte long mais segmenté par mes soins^^ La lapidation, c'est par ici: http://songes-du-crepuscule.naturalforum.net/viewtopic.forum?p=11359#11359 _________________ Magic dragon spits tracing bullets expose our hiding place. Magic dragon iron monster destroys, with rage
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