Les Songes du Crépuscule

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Faction

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freddy62
Scribouilleur



Inscrit le : 08 Avr 2006
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MessageSujet: Faction   Mer 26 Avr 2006 - 11:53

FACTION






James leva sa lourde botte pour gravir un autre degré de cet escalier creusé à même la roche. La botte heurta pour la énième fois une aspérité qui saillait de la pierre.
— Saloperie de planète de merde ! Jura-t-il à haute voix.
À l’intérieur de son casque, sa voix était caverneuse. Elle semblait venir d’outre-tombe.
Ses efforts répétés sur cet escalier, qui l’amènerait à son poste de combat, faisaient grimper la température de son corps. La climatisation de sa lourde tenue se chargea de l’inonder d’une vague de froid revigorante.
Trois cents jours qu’il était ici, sur Phobos.
Avant cela, il avait subi les terribles entraînements des légions spatiales. Une fois ces épreuves achevées, il avait été affecté sur Phobos.
Vulgaire tas de cailloux qui tourne comme un fou autour de Mars.
Un autre membre des légions est posté sur Deimos.
Autre vulgaire tas de cailloux qui tourne comme un fou autour de Mars.
Lorsqu’il avait pris ses quartiers en janvier 2172, son esprit avait été étreint d’une joie difficile à dissimuler.
Un vrai gamin à qui l’on offre une nouvelle console de jeu !
Le rêve !
Seul en possession d’une base de défense avancée de Terre I !
Quelle responsabilité !
Jamais. Oh non ! Jamais il aurait pensé, même dans ses rêves les plus fous, obtenir une telle affectation.
Lui, James Underwood, fils d’un spatiodocker et d’une mère mineuse de fond sur Argonium 21.
À présent, alors qu’il allait fêter Halloween seul, il déchantait.
Son château en Espagne n’était en réalité qu’un château de cartes.
Sur Phobos, bien avant que James y débarque, une machinerie d’une extrême complexité était chargée d’oxygéner l’atmosphère.
Cette machine, fleuron de la technologie terrienne, à l’instar de toutes les machines pouvait tomber en panne.
Ce qu’elle fit.
Pourtant, un ersatz d’atmosphère s’était créé et elle était presque respirable. Personne ne vint réparer la machine. L’air régressa rapidement. Bien vite, il ne resta plus que des vents violents qui balayaient sans relâche la surface du satellite.
James fut débarqué dans ces conditions.
Motivé par cette nouvelle affectation, il réagit en bon légionnaire. Il prit ses quartiers et tenta de dépanner la machine.
Mais, elle était bien trop complexe pour lui. De plus, il n’avait aucun moyen de levage. De surcroît, il n’avait aucune pièce de rechange.
Il envoya un message à Terre I pour demander de l’assistance technique. Le haut commandement lui répondit par la négative. Ils lui rappelèrent ses ordres qui étaient de tenir Phobos coûte que coûte. Si Phobos et Deimos tombaient, c’était ouvrir un boulevard spatial pour une invasion de Terre I.
James s’accoutuma donc à sa nouvelle vie. Il décida de l’améliorer. En installant, par exemple, un petit bras en mousse non abrasive qui nettoyait sa visière des poussières virevoltantes. Il équipa ses tuyères de filtres, car elles se bouchaient rapidement dans cette atmosphère et il suffoquait à chaque pas qu’il effectuait.
Ces petites modifications lui apportèrent un confort non négligeable. Il envoya quelques messages à son frère d’arme qui était sur Deimos. Histoire d’engager la conversation et de rompre ainsi la monotonie. L’autre légionnaire n’était pas bavard ou était occupé à d’autres choses bien plus importantes que de papoter.
Il ne répondit à aucun des messages qu’avait envoyé James.
Il était 13 h 30, heure de Terre I. Ils n’allaient pas tarder.
James saisit le tube en acier du garde-fou. S’aidant de la force de ses bras, il parvint à se hisser plus rapidement sur l’escalier. Il arriva enfin sur son promontoire. Son poste de commandement personnel. Devant lui s’étendait la seule plaine de Phobos sur laquelle l’on pouvait tenter un débarquement. Le reste du satellite était impraticable. Avec sa roche en carbone et sa glace, qui étaient capables d’éventrer n’importe qu’elle combinaison, aucune approche n’était possible autre part qu’ici.
Sur sa droite, le cratère de Phobos apportait une note fantastique à la position du légionnaire. Sa gueule noire était prête à avaler tout ce qui oserait se présenter à sa portée.
James se dirigea sur son fauteuil de commandement. À peine s’approcha-t-il, qu’il fut reconnu par les détecteurs de proximité. Un ronflement souterrain se fit entendre. Le siège se redressa sur ses vérins hydrauliques et James put s’y asseoir. Avant cela, il balaya méthodiquement le plastex noir du dossier. De la poussière s’était incrustée un peu partout. Elle fut délogée par les gestes du légionnaire. Elle disparut dans le vent et alla tournoyer autour du cratère.
Une fois installé, il boucla son harnais. Il posa ses pieds sur les cale-pieds. Le siège émit un léger chuintement et glissa vers la console principale. À droite et à gauche de James, à environ cinquante mètres, deux Gatling étaient posées sur des tertres. Le fauteuil stoppa sa course. Trois écrans s’illuminèrent devant James et une image floue de la plaine apparue. À l’intérieur de sa visière, toute une check-list se matérialisa. James jeta un œil distrait sur les chiffres qui défilaient devant son œil droit.
Un mugissement de déclencha de sous la console. Un robot vint par-dessous James. Il raccorda les branchements électriques et pneumatiques de la lourde combinaison du légionnaire.
Une énorme trappe glissa sur la droite du soldat. Le canon à proton se déploya majestueusement. Les vérins claquaient, sifflaient. Les moteurs ronronnaient sourdement dans l’effort. Le canon se stabilisa et dirigea ses deux canons vers la plaine. À gauche de James, une autre trappe s’ouvrit brutalement. Le lance-missile multitube s’extirpa et vint se positionner à la parallèle du canon à proton.
Les deux Gatling relevèrent leurs canons et dressèrent fièrement la tête. Un agglutinat de poussières, qui était parvenu à dénicher un abri dans la mécanique des mitrailleuses, fut extirpé de sa cache. Il fut englouti par une bourrasque de vent qui l’emmena bien loin.
James passa en revue le menu inscrit sur sa visière. Il s’arrêta sur le lance-missile. Il fit défiler les choix. Missiles longues portées. Sa rétine se bloqua là-dessus. Il cligna de l’œil afin de valider.
Deux robots se chargèrent immédiatement d’intervertir les armes.
James refit dérouler le menu. Il choisit drone et valida. Un tube s’ouvrit dans un bruit sec. Un objet de la taille d’une petite torpille s’éjecta en sifflant. Elle monta dans le ciel et disparut vers la plaine. Sur les écrans de contrôle, les images défilèrent.
Des corps en charpie apparurent. Des vaisseaux de combat n’étaient plus que des tôles fumantes. Des panaches de fumée s’élevaient lentement de leur carcasse. À peine entraient-ils dans le rayon d’action d’un vent qu’il se dispersait violemment.
James sourit en contemplant le carnage.
Les Yesks ! Quelle race stupide, songea-t-il.
Trois cents jours qu’il était à son poste. Tous les deux jours, une attaque. Les Yesks procédaient toujours de la même façon. James les stoppait dans leur désespérante tentative sans aucun effort notoire. Il avait la vague impression de rejouer sans cesse le premier niveau d’un jeu sur console.
Enfin …
À quatorze heures, ils arriveraient et il les repousserait une nouvelle fois. Comme de bien entendu.
Il mit en marche le petit bras installé sur son casque. Il y eut un léger claquement et la poussière fut balayée de la surface de sa visière.
Il consulta l’heure. Treize heures cinquante, ils n’allaient plus tarder.
L’écran droit confirma sa pensée. Il se mit à clignoter. Un mot s’afficha. Inaltérable depuis des siècles : Alerte !
James ne pouvait encore les voir, mais dix chasseurs bombardiers venaient d’entrer dans l’espace de Phobos. Ils seraient suivis de deux barges de débarquement contenant au total soixante-dix Yesks. Tous aussi stupide les uns que les autres.
Une pensée saugrenue jaillit dans l’esprit de James. Que serait-il, lui, dans l’armée des Yesks ? Un général ? Au moins !
Les vaisseaux entrèrent dans son champ de vision. Immédiatement, le canon à proton se mit en branle. En saccade, il suivit le vaisseau de tête. Le lance-missile en fit de même. Les Gatling demeurèrent immobiles. Les vaisseaux étaient hors de portée pour elle.
James attendit encore un instant.
Les vaisseaux s’approchaient. Ils se dispersèrent en deux groupes pour encercler le légionnaire.
James esquissa un sourire. Il bloqua sa rétine sur « feu » et cligna de l’œil. Dans un rugissement terrible, le canon à proton ouvrit le feu. Une charge d’une blancheur phénoménale prit son essor. Sur son passage, elle éclaira la plaine d’une lumière vive et crue.
Le vaisseau de tête ne put esquiver. Il fut littéralement coupé en deux. Il s’écrasa au sol dans une pluie de combustible qui s’était enflammé.
James choisit l’option « tir automatique ». Il valida.
Le canon à proton chercha une cible et verrouilla. Une charge jaillit du tube en rugissant. Un deuxième vaisseau s’écrasa dans un déluge d’acier en fusion.
James s’intéressa au canon lance-missile.
Il attendit quelques instants que les vaisseaux soient plus près pour envoyer une série de missiles longue portée.
Quand il remarqua quelque chose d’inhabituel.
Les huit vaisseaux rescapés changeaient brutalement de tactique. Ils avaient décidé d’oublier cette affligeante tentative d’encerclement.
Ils avaient formé un X dans le ciel noir.
Les deux vaisseaux du bas volaient à ras du sol et avaient pris de la vitesse.
James se mit à jubiler dans son casque.
Enfin ! Ils changeaient leur approche.
À côté de lui, le canon à proton continuait son travail de métronome. Un troisième vaisseau fit les frais de sa redoutable précision.
Le vaisseau tenta bien une manœuvre d’esquive. La charge passa sous lui. Ce fut suffisant pour qu’elle fasse fondre une partie de l’aile droite, qui s’arracha.
Une horrible cicatrice de métal fondu se dessina sous le fuselage. Le vaisseau partit en vrille. Il s’écrasa sur la plaine dans une boule de feu.
James réfléchit rapidement. Ces longs mois à ne rien faire, si ce n’est de repousser 149 stupides attaques, avaient un peu rouillé ses capacités d’analyse.
Contacts : francois.freddy@neuf.fr
http://songes-du-crepuscule.naturalforum.net/post.forum?mode=newtopic&f=6
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MessageSujet: Re: Faction   Mer 26 Avr 2006 - 20:31

Néanmoins, ses réflexes prirent le dessus.
Il valida l’option « ordre vocal » sur sa visière et attendit — très peu de temps — que son ordre soit pris en compte.
Instantanément, il se redressa sur son siège.
— Bouclier protecteur, ordonna-t-il, à mon signal. Je prends les Gatling en manuel.
De sous le tableau de bord, une moitié de volant jaillit. James l’agrippa et le tourna de droite à gauche. Les mitrailleuses suivirent le mouvement. Bien, pensa-t-il.
Les vaisseaux approchaient dangereusement. James entendit le sifflement strident qu’émettait le canon à proton juste avant de tirer. Il laissa faire l’arme. La charge déchira l’air en s’extirpant du canon. Un autre vaisseau fut victime de ce tir implacable.
— Canon à protons, cessez-le-feu. James connaissait sur le bout des doigts cette manœuvre. Il l’avait testé maintes et maintes fois dans les simulateurs de combats.
— Bouclier, maintenant, continua-t-il.
Une sorte de rideau légèrement opaque descendit et engloba le poste de commande. À l’instant même, les deux vaisseaux du bas ouvrirent le feu. Leurs charges explosèrent dans un bruit mat contre le bouclier, qui perdit beaucoup d’énergie.
— Levez bouclier, Gatling en marche.
Les canons rotatifs des mitrailleuses se mirent à tourner sur elle-même de plus en plus vite. Leur bruit, tout d’abord sourd, devint strident. Le voile du bouclier se releva.
À l’instant où James empoignait le volant des Gatling, il y eut un éclair d’une blancheur insoutenable. Une explosion secoua tout le promontoire. Le siège de James vibra. Il y eut un énorme jet de gaz, des flammèches retombèrent tout autour de lui en une pluie éparse et des éclats de métal volèrent en tous sens. L’un d’eux se ficha en claquant sèchement sur l’accoudoir du légionnaire.
Un message se mit à clignoter en rouge sur la visière de James. Un « bip », tout d’abord discret, puis de plus en plus lancinant vint agresser ses oreilles. Mais il n’avait pas le temps de lire. Il voulait savoir ce qui s’était passé. La lumière de l’explosion était encore bien trop vive pour qu’il puisse distinguer clairement l’origine de cette explosion brutale.
Le vent se mit à chasser la fumée noire qui avait envahi le promontoire. Un énorme nuage de fumée empli de vapeur de combustible s’en alla tournoyer autour du cratère.
Le « bip » continuait sa litanie. James, irrité, se mit à lire le message.
« Canon à proton HS »
Il comprit. Il venait de prendre un missile Yesk droit dans son arme favorite.
— Message lu, annonça-t-il froidement. Le « bip » se tut.
James consulta son écran radar. Les six vaisseaux Yesk avaient disparu sur l’autre face de Phobos. Ils reformaient une ligne d’attaque et s’étaient scindés en deux groupes.
— Calcul des trajectoires d’approches, demanda James.
L’écran radar s’emplit de traits. Des croix simulant les appareils clignotèrent un peu partout. Le résultat s’afficha.
Ils vont arriver par l’est, songea James, dans l’angle mort d’une Gatling. Qu'est-ce qui leur arrive ? Ils ont pris des dopants cérébraux ou quoi ?
— Pas de tir, direction est, ordonna-t-il.
Il y eut un grognement métallique sourd. Tout le promontoire, qui était installé sur une gigantesque plaque circulaire, se mit à tourner lentement. Les Gatling tournaient à plein régime. Leur température était stable. En légère augmentation, mais stable.
Un message d’alerte proximité vint s’afficher sur l’écran radar.
Les deux barges de débarquement arrivaient lentement, mais sûrement. James se mordit pensivement la lèvre inférieure. Les soixante-dix Yesks arrivaient déjà. Il ne pouvait pas s’en occuper maintenant. Les vaisseaux étaient, pour l’instant, plus importants.
D’ailleurs, ils approchaient dangereusement. Ils avaient pris de l’assurance et filaient droit sur le légionnaire sans ralentir le moins du monde.
— Missile incendiaire, feu.
Sous le lance-missile, il y eut un claquement sec. Le canon eut un recul terrible. La charge partit d’un trait en direction du vaisseau le plus près. Ce dernier fit une manoeuvre d’esquive et s’éloigna dans le ciel. Le missile le suivit. Il le rattrapait sans effort. Le vaisseau tangua et tenta des manœuvres rapides de droite à gauche, de haut en bas. Il disparut derrière la ligne d’horizon. Le missile à ses trousses grignotait le terrain inexorablement. Sur l’autre face de Phobos, une boule de feu éclaira le ciel quelques instants avant de s’estomper.
Plus que cinq, se félicita James.
— Missile, feu à volonté.
Un autre claquement. Une autre charge qui s’éloigne en rugissant. Les vaisseaux étaient tout près. Celui qui était au centre du groupe fut happé par le missile. Il fondit sur Phobos en une langue de feu orangée.
James, à cet instant, prit un risque énorme, mais calculé.
Il ne fit pas descendre son bouclier alors qu’il était en « acquisition cible » par les quatre vaisseaux.
— Gatling, feu, dit-il simplement.
Les percuteurs des deux mitrailleuses entrèrent en action. Le ciel s’étoila de traînées phosphorescentes. Les douilles vides décrivaient des arcs de cercle par-dessus les armes. Et elles allaient rebondir sur le bord du tertre pour disparaître dans la poussière.
Le vaisseau le plus à droite fut littéralement coupé en deux par cette salve impressionnante. Sa coque se disloqua et elle se sépara en deux parties pour aller s’écraser non loin d’une des barges de débarquement.
Un missile incendiaire traversa le cockpit d’un autre envahisseur. Il explosa et libéra sa charge. Le fuselage s’embrasa en une fraction de seconde. Le vaisseau parut s’arrêter. Il fut déchiqueté de l’intérieur.
Les deux rescapés eurent un instant d’hésitation. Ce fût suffisant pour que James ait le temps d’en abattre un. Un missile se chargea du dernier.
— Pas de tir, plein nord, ordonna-t-il.
Un effort monumental fut consenti par la lourde mécanique. James se retrouva face aux barges de débarquement.
Elle n’était plus là !
Son radar lui indiquait soixante-dix points qui s’approchaient rapidement de son promontoire. Son cœur se mit à palpiter. Sa combinaison intelligente détecta cette anomalie physique. Une aiguille intraveineuse lui injecta un calmant. Il grimaça. De la sueur perlait de son front et les gouttelettes allaient s’agglutiner sous son menton. Cela irritait sa peau. Il secoua la tête afin de s’en débarrasser.
— Solution de tir, demanda-t-il.
Un instant plus tard, sa visière afficha : pas de solution de tir.
Merde ! Pesta James en son for intérieur.
— Lance-missile, arme aléatoire devant ma position. Feu à volonté.
Les canons de l’arme relevèrent leur nez presque à la verticale. Une pluie de missiles de toutes sortes plut sur le terrain accidenté. Il y eut de tout. Du simple obus à billes jusqu’au missile à ondes céphalées dirigées. N'importe quels humanoïdes dans le rayon d’action d’une telle arme étaient pris de maux de tête horribles et instantanés. Il mourrait en quelques instants. Après s’être débattu comme un fou. Bien souvent, il brisait sa visière bien avant de succomber. L’air vicié se chargeait de lui donner le coup de grâce.
La plaine s’éclaira de toutes ces explosions.
Soudain, un panache de fumée décrivit un arc de cercle au-dessus de James.
— Bouclier, cria-t-il.
Le voile descendit, mais il était trop tard. Le canon prit une roquette de plein fouet. Il se tut et s’effondra dans une explosion terrible. James sentit un souffle de chaleur irradier sa combinaison.
Un rapide coup d’œil sur sa visière. Même si le canon avait fait des dégâts, il restait tout de même quinze Yesks, qui entamaient l’ascension de son promontoire.
Un message se mit à clignoter sur sa visière. Il le déchiffra.
Tiens donc ! Mon frère d’armes se fait attaquer lui aussi. Ben mon pote ! Pour l'instant, je suis trop occupé pour faire causette.
Réaction logique de la part des Yesks. Attaquer Deimos et Phobos en même temps. C’était évident, même pour des Yesks !
James s’apprêta afin d’accueillir ses envahisseurs.
Il dégaina son arme de service. Un bon vieux pistolet automatique qui ne le quittait plus depuis sa sortie triomphante de l’académie. Il engagea une cartouche dans le canon et ôta les sécurités.
Sous sa console, il ouvrit un tiroir métallique et en extirpa dix chargeurs pleins. Il les posa pêle-mêle sur la console.
— Autodestruction, demanda-t-il.
Une trappe coulissa en sifflant et un bouton rouge fit son apparition. Une charge ionique était ensevelie au beau milieu de Phobos. Il devait l’activer pour ne pas laisser aux mains des Yesks le moindre élément qui pourrait les aider dans l’offensive de Terre I.
Il expira bruyamment. Un message électronique lui parvint à ses oreilles.
« Soldat, tu ne dois rien laisser aux monstrueux envahisseurs. Il te faut détruire Phobos sans la moindre hésitation. Imagine ce qu’ils feraient à ta femme, tes enfants, ta mère ? »
Le message se répétait inlassablement. James était dans l’incapacité de l’arrêter.
Il passa la main sur sa botte droite et dégaina d’un fourreau un couteau de combat. La lame ciselée brillait dans les ténèbres. Il posa le couteau sur la console, à côté des chargeurs. Il attendit ses ennemis.
L’écran radar lui renvoya les positions des Yesks. Ils l’encerclaient et, dans quelques instants, ils montreraient le bout de leur casque.
James prit une forte respiration. Là, sur sa droite, un mouvement. Prestement, il dirigea son arme en cette direction.
L’objet cylindrique roula au sol et vint sur lui.
Une grenade !
D’un geste brusque, il fit pivoter son siège. Au même instant, la grenade explosa.
Le souffle fit frémir toute la console. Un éclat traversa le dossier du siège du soldat. Ce dernier sentit la vibration au travers de sa combinaison. Le dégagement de chaleur lui fit imaginer une odeur de cramoisie. Il n’en ressentit que le grésillement.
Un casque émergea de la rocaille juste devant lui.
James se rejeta en arrière et saisit son automatique.
Il explosa le casque du premier agresseur. Le Yesk disparut. Un second casque se révéla. Il connut le même sort que son prédécesseur.
James fit de nouveau pivoter son siège. Son regard s’agrandit de stupeur. Au moins huit Yesks étaient devant lui. L’un d’eux se jeta en avant. James lui logea une balle en pleine tête. Le Yesk s’écroula. Le légionnaire voulut viser un autre agresseur. Son bras fut happé puissamment par un Yesk.
Dans un effort surhumain, James attira le Yesk à lui. Il saisit le casque à pleine main et le claqua rageusement sur la console. La visière du Yesk se fissura et l’air vicié s’engouffra en sifflant dans l’interstice. Mais déjà d’autres bras entouraient James de toutes parts.
Il sentit leur force qui doucement, mais sûrement allait l’arracher de son siège. Le privant ainsi de son arrivée d’oxygène.
Et la voix dans son casque qui continuait à débiter sans cesse sa monotone litanie.
Sa main droite s’abattit sur le champignon.


Fin

Tous droits réservés François Freddy janvier 2006
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