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SmokeleDragon reptile à mi-temps ...

  Age : 18 Inscrit le : 29 Jan 2006 Messages : 1641
 | Sujet: Le dernier héros. Sam 10 Fév 2007 - 18:00 | |
| Une nouvelle que j'avais commencée pour l'AT chevalier errant... et panne d'inspiration oblige, j'ai dû la stopper ici
Donc si vous aimez, c'est déjà bien
Au-dessus d’un Highlands, comme un point noir sur un tableau sombre.
Dans le firmament azur du ciel tendant vers la nuit, l’avion se mouvait dans un feulement rauque, montant et descendant dans les vents comme un albatros, slalomant entre les nuages et les nuées d’oiseaux migrateurs qui filaient droit vers les terres chaudes de l’Afrique, près des colonies de l’empire de sa Majesté la Reine d’Angleterre. Les nuées de plumes noires ou grises se déplaçaient avec aisance et furtivité, tantôt masse opaque, tantôt filet d’acier aux mailles finement ciselées.
L’engin de bois et de métal ne semblait pas hésiter, il allait devant lui, puis à gauche, puis ailleurs. Comme une feuille morte poussée par le vent d’automne, il semblait se laisser guider par les souffles dominants, ballotté par une bise ou embrasser par un souffle de l’ouest.
Sans être un chef d’œuvre de la modernité, la petite machine traçait sa route de nuages noirâtres dans les cieux. Bien que d’autres de ses semblables soient de métal sans bois, la mécanique qui dort sous son capot est encore fraîche, le moteur chauffe et soulève sans arrêt pistons et turbines, l’hélice au devant tourne dans un léger bourdonnement, trop vite pour qu’un œil humain ne puisse la distinguer.
Alors en ronronnant comme un gros chat sauvage, l’appareil dessine un nuage de fumée sombre, chemin semé de cailloux blanc vaporeux, petit Poucet sans ses frères.
Dans la cabine de l’appareil repose son pilote, bizarrement vêtu, à moitié endormi. Tenant son manche à balais nonchalamment dans ses mitaines à carreaux verts et rouges, il fixe sans intérêt le combat de gladiateurs qui se joue entre ombres et lumières dehors, ses lunettes en forme de loup vénitien paraissent capter toute son attention. Souvent, il caresse les fils d’or qu’il avait brodés autour, avant d’être réduit à quitter (on ne sait pas de qui tu parles) le service de la reine, une nouvelle couture pour une mission accomplie.
Son visage était un enchevêtrement de fils dorés, qui montaient vers ses sourcils épais, ou bien retombaient comme les branches d’un saule pleureur, courbés par le temps, les épreuves et les histoires qu’ils auraient vues.
Le manteau du pilote était semblable à ces vieux blousons de cuir qu’on fabriquait pour les premiers pionniers de l’aviation, les premiers hommes qui volèrent, les premiers fous. Cependant, quelques originalités s’incrustaient dans le vêtement, des rubis ancrés dans le dos prenaient une forme (pléonasme) étoilée, un échiquier peint sur le poitrail en perspective où on ne voyait que la pièce maîtresse du jeu accompagnée de sa reine, chaque autre case étant la tombe d’un pion ou autre cavalier.
Et puis son pantalon… Ah ! Son pantalon ! Comme un uniforme des zouaves français, comme un prince arabe des Milles et Une Nuits ! D’une couleur rouge sang qui attirait les regards sur ses mollets quand il était au sol, un bel habit qui se terminait dans une paire de chaussures noires et solides aux lacets épais et fortement serrés.
Ces mêmes bottes qui gardaient des secrets, des chemins foulés encore inconnus du monde moderne, et qui resteraient secrets tant que les peuples du Royaume-Uni ne se seraient pas disciplinés, ne serait-ce qu’un peu, oubliant leur volonté de réduire en cendres les restes de la nation anglaise, leurs rois et leurs machines volantes.
Car, en cet été 1935, l’avion piloté par ce pilote déguisé en libertin italien à la guerre est recherché, mis à prix pour haute trahison envers les peuples « libres » : avoir servi la reine dans ses premiers escadrons volants, la gloire de la Grande-Bretagne.
Il était jeune, enfin ils étaient jeunes. Des ingénieurs un peu fous, juste ce qu’il faut en fait, pour tracer les plans d’improbables oiseaux de bois et de fer, qui traverseraient le monde entier, armés ou non, pour clamer haut et fort la gloire de l’Empire britannique, aider les colons à s’ancrer dans les terres hostiles, à répandre dans tous les continents du globe la culture du peuple d’Arthur.
Mais cette période n’est plus, comme nombre de celles que les hommes vivent après en avoir rêvée de longues années, (elle n’est plus) qu’un souvenir tronqué par les crises actuelles. Politiciens et poètes ont beau faire des prouesses de leurs existences, il ne restera d’eux que du panache après leur mort.
Oscillant entre solitude bienfaitrice et nostalgie douloureuse, entre spleen et idéal, l’avion rôdait doucement dans son miaulement mécanique, n’ayant d’autre crainte que cette damnée jauge d’essence qui tendait inexorablement vers le « zéro litre ».
Est-il raisonné de se poser quand on est recherché dans toutes les régions ? Doit-on préférer se faire fusiller ou s’écraser ? Peut-on espérer trouver une âme prête à vous secourir lorsque tous les hommes voient en vous un suppôt de la monarchie, un cou à trancher ? Au-dessus de Londres peut-être aurait-il pu tenter, et encore aurait-il fallu éviter les tirs de canons. La capitale refuse qu’on vole par-delà ses toitures, de prendre un peu de kérosène, de tenter sa chance ailleurs. Mais où ?
De tous les ennemis, la France est le territoire le plus hostile, l’Allemagne est dirigée par un nain fou, les Etats-Unis sont inaccessibles.
Alors, en attendant que son hélice cesse de l’emmener en avant et se mette à le tirer vers le fond, il se souvient de cette nuit-là.
§
Plus loin, plus tôt dans une région connue seule de ce pilote masqué, au carrefour de ses pensées…
Buckingham était animé d’une joie festive qui illuminait chacune de ses salles. Les rires et les conversations résonnaient dans les halls qui semblaient habillés de cristal. Les murs de tapisseries riches étaient l’écran coloré d’une danse des ombres des convives, une foule de mondains qui avait l’honneur de compter dans les listes de la Reine, louée soit-elle.
Le pilote, celui-là même qui erre dans sa bulle motorisée, figurait dans le groupe. Jeune et encore vêtu comme un homme du commun des mortels, coupe de champagne à la main – un horrible français, juste faire semblant d’aimer les bulles - et regard perdu. Comme un docteur fraîchement diplômé en quête de son premier emploi avec les grands avocats du moment, il semblait aussi décoratif que les lustres d’or qui pendaient du plafond.
Personne ne faisait attention à lui, en tout cas pas de ces attentions qui vous font batte le cœur un peu plus fort. Non ! On lui parlait un peu par courtoisie, s’intéressait à ses études, sa famille, (mais juste ce qu’il fallait). Quand il se disait lieutenant-colonel dans l’armée, souvent on se désintéressait de lui. Le peuple anglais avait déjà l’impression que sa force militaire était sur le déclin – l’année 1923 fut marquée de la plus grande défaite bretonne contre les troupes indépendantistes irlandaises, la couronne perdait ses terres vertes - et un peu de dégoût grandissait contre les militaires, surtout les hauts-gradés.
Ce qu’il ne disait jamais en revanche, c’était qu’il n’avait jamais tenu de fusil, à part à l’entraînement, que son rôle était bien moins violent, bien plus moderne aussi. A la tête des machines les plus modernes du Royaume, le jeune colonel dirigeait près de la moitié des véhicules d’observation de sa Majesté. Si la Grande-Bretagne avait un œil sur le monde, c’était en partie grâce à lui.
Et la soirée filait aussi vite que les petits toasts, elle aussi était moelleuse, sucrée et désirée par tous. Le petit militaire restait dans le fond, comme un figurant, n’ayant d’yeux que pour son gousset dont les aiguilles avançaient avec peine.
Puis, un majordome arrive, lui effleure l’épaule et murmure quelques mots d’une voix de majordome, douce et discrète. En revenant sur ses pas, le domestique entraîne le militaire. Les deux n’ayant attiré les regards de personnes, leur courte pérégrination dans la masse de corps et de chaleur passe inaperçue, sans échanger de paroles les deux hommes s’enfoncent dans les secrets du palais royal.
Ils filaient des salles les plus vivantes au moins connues, découvrant peu à peu les secrets de Buckingham, les pièces moins célèbres mais aussi richement décorées, un labyrinthe doré.
Enfin le laquais abandonne poliment le jeune homme devant une porte discrète à la poignée simple et, le saluant d’un revers de main, disparaît dans un corridor sombre où il reverra les lumières de la fête devant lui, plateaux d’argent à porter et verres de cristal à remplir.
Après avoir vérifié que son costume ne soit pas marqué de taches ou autres inconforts de l’image, le militaire entra sans même prendre la peine de frapper. On l’attendait, et on savait qu’il était là, marquer sa présence aurait été inutile.
§
Sortant de sa nostalgie, le pilote revint dans son corps présent, celui des mitaines et des dorures.
Poussé par une force externe, son vaisseau à la dérive tangue violemment. Un coup d’œil vif aux cadrans indique qu’aucun réservoir n’est touché, l’essence chute toujours à son rythme doux, l’huile est stable.
« BLAM ! »
Un salve orangée se jette sur l’aile gauche, un peu de peinture vole mais rien de bien grave. La bête est vieille mais bien plus solide que certaines machines modernes.
« BLAMBLAMBLAMBLAMBLAM ! »
Un nuage rouge se forme sur la droite de la carlingue, qui commence à crépiter. Inquiet sans perdre son sang-froid, l’arlequin tourne à gauche le plus possible, voulant dévisager son adversaire avant de le fuir.
Dans sa manœuvre, il voit quelques traits de feu tourner autour de lui, le rater comme toujours. Depuis le temps qu’il rôde dans les cieux, l’habitude d’être la cible de tous s’est faite, un avion aux couleurs de l’ancien royaume n’est en aucun cas protégé par les lois, qu’importe les tolérances qu’elles souhaitent instaurer.
« Je suis le fruit de vos rages, le fruit de vos douleurs. »
Et enfin toise ses ennemis, deux avions de frêle allure à la mitrailleuse arrogante.
« Bien, lassons-nous de la fuite, pour une fois. »
Fouillant un peu, il trouve son vieux combiné de TSF, rarement utilisé depuis qu’il s’est coupé du monde. Il cherche un bouton, espère que ce sera le bon et déclare d’un voix sèche :
-« Faites vos jeux. »
Reposant calmement l’appareil, il s’aligne du mieux qu’il peut dans cette nuit opaque, face au premier de ces messieurs, tout en se décalant rapidement dans sa progression fulgurante vers son rival.
Quelques balles ricochent mais rien n’est à craindre, les dégâts occasionnés sont bénins, la coque est épaisse.
Sans prendre le temps de viser avec soin, il presse un bouton rouge qui fait cracher une longue traînée rouge crépitante à la mitrailleuse postée sur son capot avant.
Il y eut un bruit sourd, un cri humain, et une explosion. Enfin, le duel se faisait à parts égales.
Le coéquipier qui venait de perdre son compagnon choisit de contre-attaquer, fonçant sur l’appareil de l’arlequin en tentant de le repousser par des tirs brefs et répétés. Comme si peu lui importait, l’avion du chevalier britannique se décale simplement pour éviter de se faire blesser un peu plus.
L’autre pique sur lui, et toujours d’un simple coup de manche à balais il l’évite. Le jeu les lasse.
-« Rien ne vous sert de résister, crépite une voix dans le combiné de l’arlequin. Que ce soit moi ou un de mes camarades qui vous abatte vous serez mort, comme tous vos frères d’armes !
- Je suis honoré que vous ayez trouvé ma fréquence, se contente de répondre le pilote en se décalant vers la droite alors que son ennemi piquait du haut. »
Et sans laisser transparaître qu’une blessure vient d’être réouverte dans son cœur, il lâche une bombe sur son misérable opposant, qui disparaît dans un fracas de flammes.
L’aile droite abîmée, il reprend sa route vers nulle part, se demandant s’il devait s’arrêter pour réparations, ou s’il laisserait au destin faire son office. _________________ "La flemme est l'avenir de l'homme..." Smoky, en plein dans son avenir....
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  Age : 18 Inscrit le : 29 Jan 2006 Messages : 1641
 | Sujet: Re: Le dernier héros. Sam 10 Fév 2007 - 18:00 | |
| De retour dans une chambre subconsciente de l’homme, une nouvelle salle, mois sombre et plus vivante.
Après avoir enfilé avec fierté son nouvel uniforme, le lieutenant-colonel arpentait paisiblement le pavé londonien, encore recouvert d’une fine pluie nocturne.
Sa rencontre avec la princesse de Galles quelques jours plus tôt lui ouvrait une voie vers une destinée passionnante, du moins il l’espérait. La jeune épouse du prince, récente ambassadrice de la famille royale avec les peuples celtes, s’était longuement entretenue avec lui, vantant ses hauts-faits dans les services d’observation, ses connaissances dans le domaine aéronautique, son génie militaire en dépit d’un âge plus que jeune, pour un militaire.
En se rappelant quelques-unes des formules employées par la souveraine, comme « meneur de l’espoir anglais », il trottinait paisiblement dans les rues de Londres. Sans but précis pour le moment, il se contentait de montrer aux citoyens déjà éveillés son uniforme rouge et or, il attendait seulement qu’une voiture ne vienne le chercher mais il ne savait même pas où. En y réfléchissant bien, il était même pas vraiment au courant des tâches précises allouées à ses futures fonctions, en décryptant un peu les mots de la belle-fille de la reine il avait juste pu comprendre que ce serait un travail de recherche, sûrement ordonné par le Docteur William Gayle, éminent scientifique britannique à qui la couronne devait, entre autres, l’invention des premiers chars d’assaut entièrement motorisé. Rapides et légers ces véhicules avaient couronné de gloire les soldats anglo-saxons lors des premières batailles d’indépendance aux alentours des colonies du Nouveau-Monde, principalement New York
S’arrêtant près d’un revendeur de journaux, un gamin qui braillait que l’Angleterre matait ces sales révolutionnaires barbares, le jeune officier remarqua un véhicule d’un noir sombre qui stoppa près d’un croisement.
Il lâcha un penny dans la main crasseuse du gosse, déplie lentement son « newspaper » et s’approche discrètement de l’engin. Comment savoir si c’était la bonne voiture ? Il y en a tellement des noires en ville, impossible de déterminer laquelle peut-être la bonne. Et puis, celle-là est très sobre, et l’officier avait reçu comme ordre de porter son nouvel habit chatoyant, et d’ailleurs la masse populaire se retournait sur son passage pour admirer la finesse des coutures, la qualité du tissu. Alors à quoi bon être cherché dans la sobriété si c’est pour être vu de tous ? D’un côté en suivant le même raisonnement, pourquoi faire tant de secrets ?
Ayant peser le pour du contre, le militaire tourna ses talons; ça ne pouvait pas être pour lui. Il plongea son attention sur les gros titres des journaux ; la défense des avants-postes du Lac Michigan. Depuis 1915 les colons d’Amérique réclamaient leur indépendance, que la Grande-Bretagne leur refusait évidemment. Il serait insensé de laisser se diriger des paysans en fusil qui n’avaient encore rien fait de mieux pour l’Angleterre que de leur payer quelques taxes et massacrer un ou deux tribus indiennes. Et puis la France avait vendu les terres de Louisiane dans un sursaut de lâcheté, hors de question de faire de même qu’un pays qui avait failli provoquer une guerre mondiale en 1925, étouffée de justesse par une intervention diplomatique de la reine afin de préserver la paix dans le vieux continent.
Dans le dos de l’homme, la porte arrière de la voiture noire s’ouvrit dans un cliquetis mécanique assez bruyant, mais pas assez pour recouvrir un juron purement masculin :
-« Et merde, encore cassée ! »
Le lieutenant-colonel ne s’attarda pas sur cette touche de vulgarité, continuant paisiblement de lire les nouvelles ; un attentat à Paris, explosion d’un dirigeable au-dessus des bureaux de Versailles, bien fait pour ces démocrates.
-« On a beau dire que le progrès technique c’est génial, Gayle n’a pas encore trouvé le moyen de faire des bidules solides ! »
Un petit homme en manteau noir et chapeau melon sortit de la voiture, un monocle était coincé sur son œil gauche.
-« Occupez-vous de faire tenir cette portière d’aplomb, dit-il à deux domestiques qui sortaient dans sa foulée. Je vais faire ma course et je reviens ! »
N’ayant même pas remarqué que les passants portaient plus leur regard sur lui que sur l’officier en uniforme pourpre, le petit bourgeois enjambe le trottoir et fonce d’un pas énergique vers le vendeur de journaux, bousculant involontairement le militaire.
-« Oh pardon ! s’excusa-t-il sans même le regarder. »
A son tour il céda une pièce, puis s’en retourna dans sa voiture, portière intacte.
L’officier tourna la tête avec un peu de colère teinte dans le fond de son regard, suivit des yeux le véhicule qui s’enfonçait dans la masse croissante de Londoniens, et replongea dans la lecture des nouvelles de la journée, patient.
Sur la deuxième page du journal était épinglé un carton blanc où on pouvait lire cette simple phrase :
Regardez au-dessus de vous.
En levant les yeux, le jeune officier eut un sourire malicieux.
Non, il ne passerait vraiment pas inaperçu aujourd’hui.
§
L’aube pointait à l’horizon, peu à peu une couche de lumière se collait à toutes les formes de la Terre, se calait dans les coins d’ombres les plus tenaces, ce n’était qu’une question de temps.
Posé sur un plateau à la couverture d’herbe grasse, l’Arlequin s’affairait sur l’aile de sa monture blessée, aussi mécanique soit-elle. Toute la nuit durant, il avait tenté de recoller les quelques morceaux de métal qui avaient été broyés dans sa rixe nocturne, piochant ses dernières réserves. Bien sûr les couleurs rouges vives n’étaient plus et soudures grises donnaient une allure de patchwork à l’avion, mais au moins il était à nouveau en état de s’envoler, prêt à porter son pilote un peu plus loin où on le détestait autant, qu’importe après tout tant que ce soit ailleurs.
En caressant son visage fatigué, le pilote se demandait bien dans quelle région il irait, et surtout pourquoi ? Chaque jour il manquait de se faire détruire, chaque jour il le souhaitait en fait. Vouloir en finir avec la souffrance, n’est-ce pas une idée charitable ? Bien que souvent on en passe par le suicide, on peut le comprendre. Mais le pire n’était pas ça, non, le pire était qu’à chaque fois qu’il fixait la mort dans les yeux et qu’au fond de lui-même il sentait une satisfaction profonde, une voie vers l’Autre Monde, chaque fois d’anciens instincts de survie ressortaient et lui faisaient presser ce bouton rouge, retardant un peu plus l’échéance.
Lors de ses délires les plus profond, ces moments rares où la passion du combat prend le dessus sur la déprime, il s’imaginait une belle femme de flamme ressortir des décombres adverses, une femme qui porterait dans ses bras un petit glaive, qui mimerait de le frapper pour se dissiper aussi brusquement qu’elle ne lui était apparue. Durant toute la prestation de la dame de feu il ressentait une joie enfantine, puis des larmes se formaient au bord de son loup. Souvent elles n’avaient pas le courage de couler.
Un vent matinal vint se frotter contre son visage, apportant un peu de fraîcheur sur le voile de sueur qui restait collé sur sa face, malgré le froid de cette nuit-là ses efforts l’avaient fatigué.
Il hésitait sur ce qu’il devait faire dans l’immédiat. Son combat avait dû être repéré, et il ne sait pas combien de temps il lui restait avant que d’autres appareils de la fédération clanique écossaise ne le trouvent, sûrement plus beaucoup, ils paraissaient même en retard. De plus, il avait juché son avion sur un plateau, visible de tous à des kilomètres à la ronde. En fait, il était étonnant que des nuées de chasseurs n’aient pas piqué sur la machine blessée, peut-être que les highlanders avaient gardé leur sens du combat, un penchant pour le duel ?
Et puis aussi il y avait la question de l’essence, car même si le carburant ne lui avait pas fait défaut cette nuit il ne croyait pas aux miracles. Il fallait encore une fois trancher entre deux tentations, partir ou dormir.
Si ses théories sur le comportement des troupes ennemies se révélaient exactes, il n’avait presque rien à craindre pendent trois heures encore. Après quoi ses rivaux considéreraient qu’il s’était assez reposé, et viendraient chacun leur tour lui faire manger le sol. Cependant il aurait le temps de se reposer, de mourir dignement comme un vrai soldat, prêt à se battre.
Mais s’il se confondait dans l’erreur, alors moins il fuyait, plus il mourait. Mais au fond n’était-ce pas ce qu’il souhaitait le plus ?
Il ne put s’empêcher de rester dans le doute, sa nature le poussant à partir. Il n’était pas couard, il était pilote ; il vivait pour voler. Etre sur terre lui donnait le mal de l’air, traverser le ciel le guérissait de tous les maux.
Qui choisir entre la raison et la passion quand notre survie en dépend, et pire encore, quand on ne sait pas derrière quelle opportunité elle se tapit ?
Chassant son dilemme, il ouvrit son cockpit, se glissa sur son siège et activa la manette de démarrage, ne fixant même pas les diverses cadrans qui garnissaient le tableau de bord. Il ne voulait même pas partir sur le moment, juste… être sur son siège, sentir la chaleur réconfortante de cette machine avec qui il avait vécu tant d’émotions. La jauge d’essence joua alors son rôle, décidant de l’issue du pilote. Les réservoirs étaient vides, il resterait au sol, attendant patiemment d’être réveillé par le chant d’une grive, une bise matinale ou bien une balle dans la tête.
En sautant à terre il sentit une part de lui-même qui commençait à mourir, peut-être seraient-ce les derniers instants de l’Arlequin que les quelques heures de cette journée ?
S’allongeant dans le tapis vert qui moussait au sol, il ferma les yeux et serra fort contre lui un poignard qui ne lui servirait à rien d’autres qu’à tomber l’arme au poing.
Plongeant peu à peu dans un sommeil gardien et réparateur, il continua de revivre son passé.
§
Lorsque le lieutenant-colonel descendit du zeppelin accompagné d’une escorte des plus disciplinée, il ne crut pas que le paysage qui s’offrait à lui put exister ailleurs que dans certaines fables modernes.
Il n’y avait rien de plus impressionnant, de plus imposant au monde que cette bâtisse, si grande et si haute qu’on aurait pu y abriter une ville tout entière. D’immenses cheminées crachaient une fumée blanche qui sortaient en tourbillons opaques pour s’élever dans le ciel, séparé des intérieurs de l’usine par un épais maillage d’acier.
Une quantité incroyable de machine s’étalait dans toute cette surface, les formes diverses et variées faisaient comme une citée entièrement faites de fer et de vapeurs, comme le prestige de tant d’années de guerre contre une nature sauvage, le succès de l’esprit scientifique, le panache de l’humanité.
Le jeune militaire et ses gardes se trouvaient sur une plate-forme un peu surélevée par rapport à la zone ci-bas, le zeppelin et sa toile rouge vif reposait tranquillement ici, attendant la suite des évènements.
Suite qui semblait être inconnue de tous.
-« Enfin, vous voilà mon cher colonel ! »
Une voix douce mais forte sortit d’entre les bruits de rouages. Elle montait de derrière les hommes qui, surpris, se tournèrent vivement vers le dirigeable. Un petit escalier en colimaçon venait d’apparaître devant l’aéronef, et un autre militaire se tenait à son embouchure.
Le lieutenant-colonel s’avança vers cet hôte, c’était lui qui était invité, son rôle de parler :
-« Désolé si je me suis fait attendre, j’ai eu un peu de mal à savoir quel véhicule me conduirait jusqu’à vous… »
Il s’approcha un peu plus pour regarder les galons qui brillaient sur l’épaulette de son interlocuteur :
-« … mon cher lieutenant. »
Ne remarquant pas qu’il avait à son tour repris une tournure affective envers ce parfait inconnu, il lui adressa un salut militaire, léger mais courtois. _________________ "La flemme est l'avenir de l'homme..." Smoky, en plein dans son avenir....
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  Age : 18 Inscrit le : 29 Jan 2006 Messages : 1641
 | Sujet: Re: Le dernier héros. Sam 10 Fév 2007 - 18:02 | |
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