Les Songes du Crépuscule

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Réintroduction

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Roanne
Ecrivain



Inscrit le : 31 Mai 2006
Messages : 170

MessageSujet: Réintroduction   Mer 26 Juil 2006 - 9:44

Bonjour, je vous soumets un premier texte : mon tout premier de Sciences fiction, et accessoirement mon premier rateau en terme d'appel à texte. Ce n'est pas trop long, alors je le met en un seul bloc. Je vais préparer de suite le fil "commentaires".

[Edit]

C'est fait, pour les com c'est par ici : http://songes-du-crepuscule.naturalforum.net/viewtopic.forum?p=5974#5974
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Dilettante mouvante qui tente et tourmente.


Dernière édition par le Mer 26 Juil 2006 - 9:48, édité 1 fois
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Roanne
Ecrivain



Inscrit le : 31 Mai 2006
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MessageSujet: Re: Réintroduction   Mer 26 Juil 2006 - 9:45

Réintroduction

La banque de données centrale passait l’ensemble des éléments en revue. Point par point. Il lui faudrait plusieurs semaines pour effectuer un premier tri. L’ensemble des intelligences artificielles poursuivait son propre travail de réflexion logique en parallèle, sans attendre les premiers résultats. Non pas que le temps fut précieux. C’était l’un des rares moyens qui ne faisait pas défaut. Les intelligences artificielles agissaient toujours ainsi. Elles suivaient les directives de base.
Le réseau rencontrait un problème qui n’avait pas été prévu par les Créateurs. Le Programme Réintroduction en était à sa dernière étape. Mais l’objet même du projet, son objectif ultime, avait développé un comportement étrange. Il remettait en cause les fondements de leur ouvrage, laborieusement effectué sur plusieurs milliers d’années.
Les intelligences artificielles ne pouvaient pas se montrer perplexes, car elles n’éprouvaient pas de sentiments. Elles avaient simplement une problématique nouvelle. Elles travaillaient conjointement à son traitement et à sa résolution.
Analyser le problème.
Recouper avec les données que la banque centrale fournissait.
Rechercher les causes.
Trouver des solutions.
Calculer leurs probabilités de succès avant leur mise en œuvre.
Supprimer d’office celles qui ne respectaient pas le Programme.
Tester celles qui seraient retenues sur un échantillon.
Propager les actions qui se montreraient efficaces.
Mettre la base de données à jour en conséquence.
Reprendre la veille.
Depuis plusieurs milliers d’années, le prototype robotique Azur utilisait son potentiel propre pour venir en renfort auprès des intelligences artificielles. Sa faculté à tenir des raisonnements était moindre, mais son travail de terrain lui permettait d’apporter des données significatives. Ces dernières pouvaient influencer les analyses, permettant d’anticiper certaines problématiques. Ou de les régler.
Car ce n’était pas la première fois qu’un imprévu se présentait.
Azur n’avait pas une forme humanoïde. Aucun robot du Programme n’imitait les Créateurs. Pour une raison simple et purement fonctionnelle : la station verticale sur deux membres impliquait un gâchis inutile de ressources. Les processeurs devaient fonctionner au maximum au service du Programme. De plus, d’un point de vue pratique, les sorties sur le terrain nécessitaient des robots aptes à passer tous les obstacles. Azur avait donc été conçu à la façon d’un énorme arachnide, mais ses formes avaient été retravaillées, arrondies, adoucies. Azur ressemblait à un gros cocon couleur bleu de mer. Ses huit membres ne rappelaient en rien les animaux qui avaient inspirés les Créateurs.
Le robot consulta sa base historique. Il avait été créé pour la phase finale. Pour faire le lien entre les pouponnières et la réintroduction dans un environnement maîtrisé. Il était pourtant l’un des rares modèles à ne pas avoir effectué de « dormance », se déconnectant pour attendre son tour d’agir. Azur, associé à plusieurs intelligences artificielles, ainsi qu’à de nombreux autres robots, avait suivi l’évolution du programme depuis son départ. Il avait stocké ainsi toutes les données de l’expérience, via la banque centrale. L’environnement de la planète avait été modifié dans son ensemble. Au fur et à mesure de ces corrections, Azur avait coordonné le travail qui se faisait en sous-sol. Pendant que des modèles plus solides oeuvraient en surface pour reconstituer des biotopes, Azur avait choisi les premières espèces à préparer et à réintroduire.
Il avait appliqué la logique primaire que les Créateurs avaient programmée. Les organismes les plus simples sont les plus adaptables. Après des siècles d’observations et de corrections, les premiers êtres vivants avaient conquis les territoires avec succès. Des êtres de plus en plus complexes avaient suivi, singeant l’évolution naturelle, en accéléré.
Azur savait de façon pertinente, le ratio étant inscrit dans sa mémoire, que le nombre d’espèces réintroduites était ridicule en comparaison de celui qui était définitivement perdu. Le Programme n’était qu’une pâle copie de la biodiversité originelle.
Les Créateurs l’avaient conçu et lancé en dernier recourt, alors que l’environnement était déjà extrêmement atteint par leurs propres agissements. Le projet global était le dernier espoir avant la désertification totale d’une planète auparavant riche de vie.
Le travail de fond avait été colossal. Pour commencer, par touches régulières, sur des centaines d’années, le climat avait été corrigé dans sa globalité. Ensuite les robots avaient travaillé les sols, redonné un semblant de vie aux océans. Ces derniers n’étant pas stérile, les micro-organismes survivants avaient contribué à accélérer certains processus. Ils en avaient mis d’autres en péril. Les premières introductions de plantes et d’insectes avaient été délicates. Azur avait assuré une observation constante, rapportant les données au fur et à mesure auprès de la banque centrale. D’autres modèles robotiques étaient venus en renfort. Il avait lui-même besoin d’effectuer des révisions auprès du système de maintenance pour continuer à fonctionner.
Depuis quelques centaines d’années, les plus grands mammifères avaient recommencé à parcourir les continents, les océans et les cours d’eau. L’équilibre était encore délicat à maintenir. C’était le plus gros du travail. Respecter les chaînes alimentaires, intervenir si nécessaire, pour que la surpopulation d’une espèce ne représente pas de danger pour une autre.
Depuis quelques dizaines d’années, la phase finale avait été enclenchée. Faire naître, élever et réintroduire les descendants des Créateurs.
L’espèce la plus complexe.
Car il ne suffisait pas de développer des clones, de les alimenter et de les relâcher dans l’environnement. Les êtres humains avaient des besoins affectifs uniques. Il fallait impérativement les combler pour leur équilibre. Environ deux à trois décennies étaient nécessaires pour les préparer à affronter le monde extérieur, tout en leur permettant de lier des rapports sociaux cohérents. Les Créateurs avaient préparés divers modèles de robots dans cette unique perspective. Différentes options avaient été étudiées avant le lancement du Programme. Réintroduire des humains en respectant leur équilibre psychique et émotionnel n’était pas simple. Pour ne pas risquer de laisser se développer chez les premiers humains réintroduits un profond mal-être, les Créateurs avaient fait un choix hautement contesté à leur époque. Les robots avaient été programmés pour réintroduire une forme d’humanité primitive. Une humanité au langage peu évolué, qui ne souffrirait pas de complexes et d’états d’âmes. L’environnement devait être adapté, juste assez hostile pour forcer les humains à développer de nouveau, et de façon aussi naturelle que possible, leurs capacités.
L’humanité déclinante, asphyxiée par sa propre pollution et des siècles de gestion catastrophique de l’environnement, avait du consentir à faire un bond en arrière pour permettre un nouveau départ, sur de bonnes bases.
Pendant de nombreuses décennies, les humains avaient espéré prendre la fuite vers une autre planète. Il s’agissait d’hommes et de femmes qui avaient survécu aux changements climatiques majeurs survenus dès le XXIème siècle, ainsi qu’à des pandémies qui avaient fait des ravages dans les mégalopoles.
Il avait fallu accepter l’échec des voyages spatiaux. Les êtres humains ne pouvaient, physiologiquement, survivre plusieurs années à un séjour dans l’espace. L’idée du Programme avait alors germé. Doucement mais sûrement, elle avait fait son chemin. Les robots et les intelligences artificielles avaient été perfectionnés. La mémoire des banques de données avait été considérablement allongée, pour leur permettre de stocker de nouvelles informations sur des milliers d’années.
Des vaisseaux spatiaux furent enfin envoyés vers les planètes qui ressemblaient le plus à la Terre, sur lesquelles on pouvait espérer adapter et implanter la vie. Et l’Humanité. Celle-ci ferait donc le voyage sous forme de cellules, de clones et d’embryons. Mais il faudrait des siècles aux vaisseaux pour arriver à destination. Et rien ne pouvait affirmer qu’ils y parviendraient.
L’humanité déclinante était donc restée sur la planète bleue. Souffreteuse, de plus en plus sujette à la stérilité, et à des maladies peu naturelles.
L’espèce humaine avait compté plusieurs milliards d’individus. Il n’en restait plus que quelques dizaines de milliers. A terme, la consanguinité la menaçait.
Alors cette deuxième idée avait été développée. Appliquer le Programme à la planète Terre elle-même. En l’améliorant.
Tout avait été prévu, calculé, programmé. Les derniers robots avaient été construits avec le peu de ressources encore disponibles. Le Programme débuterait lorsque les Créateurs pourraient être considérés comme une espèce en voie d’extinction. Quand il resterait moins de dix mille individus.
Les intelligences artificielles avaient obéi à la lettre. Elles avaient lancé le Programme, sous la vigilance d’Azur. Des mécanismes très complexes étaient alors entrés en action, sur plusieurs milliers d’années. Il fallait retrouver l’équilibre que les humains avaient eux-mêmes défait.
La mise en œuvre de l’ensemble des processus avait pris du temps. Cependant, le succès était incontestable.
Mais c’était un fait, les Créateurs avaient laissé passer un détail.
Il serait complexe de le résoudre sans toucher aux impératifs du Programme.
Azur observait en ce moment même un groupe d’Homo Sapiens neo, dissimulé par la végétation malgré sa couleur. Ce groupe d’une cinquantaine d’individus s’était intégré à son biotope depuis quatorze ans. Il avait déjà commencé à développer les bases offertes par les robots. La rencontre avec d’autres groupes s’était effectuée dans une entente cordiale, les premiers échanges avaient laissé la place à un début de commerce, sous forme de troc. Le génome des Homo Sapiens neo avait été très légèrement corrigé. Moins d’agressivité. Une fertilité maîtrisée. Mais la nature profonde, la capacité d’adaptation, la curiosité, les émotions étaient là, intactes.
Le problème était peut-être lié à la nature même de l’être humain, et les Créateurs avaient laissé des consignes très claires à ce sujet, il était formellement interdit d’y toucher.
Pourtant, Azur avait observé que les humains réintroduits finissaient tous par développer une fâcheuse tendance que le programme devait impérativement corriger. Il l’avait soumis aux intelligences artificielles. Elles avaient fait appel à la banque centrale pour tenter de trouver, parmi les archives, l’étude d’une conjoncture similaire. L’ancienne histoire humaine permettrait peut-être de répondre au problème. Dans tous les cas, Azur comptait dessus pour trouver une explication, et parvenir à une analyse plus fine de la situation.
Azur continua ses observations tout en menant sa réflexion propre.
Il ne se montra pas aux bipèdes. A aucun moment. Il n’avait pas été préparé à cette nouvelle expérience. Les être humains finissaient tôt ou tard par s’intéresser de trop près aux robots.
Et ce comportement s’avérait extrêmement gênant. Ils mettaient en place ce qui ressemblait à une forme de culte.
Les humains réintroduits prenaient les robots pour des Dieux.
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