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 Les fables plus tout à fait de La Fontaine

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Johann
Redacteur
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Nombre de messages : 56
Age : 43
Date d'inscription : 09/02/2010

MessageSujet: Les fables plus tout à fait de La Fontaine   Mer 10 Fév 2010 - 3:14




Voilà, une idée m'est venue en feuilletant un bouquin de Jean Batiste Monge. Une illustration m’interpelle. Le Petit Chaperon rouge était attablé à un bureau et semblait y faire ses devoirs comme toute écolière studieuse qu’elle devait être. Mais les couvertures des livres recelaient des titres pour le moins étrange :
« Pourquoi j’ai tué les sept nains » par Blanche Neige ou « J’ai tué Watson » par un certain Sherlock Holmes ou autres « j’ai tué grand-mère » par ce même Chaperon Rouge.
En dehors du fait de m’avoir plutôt amusé, cette lecture a semé une petite graine dans mon imaginaire un peut décalé. Cette graine a grandit et elle ramené avec elle l’odeur de la craie et les effluves d’eau de Cologne bon marché de mon institutrice de l’époque. Me revoilà donc sur les bancs de l’école à essayer machinalement d’apprendre cette fable de la Fontaine, le corbeau et le Renard. Etant plutôt fainéant et plus intéressé par les jupes des filles que par la culture française, cet apprentissage fut un calvaire et la maxime finale du Renard finissait par m’horripiler au plus haut point. D’autant que Céline, l’élève studieuse un peu BCBG ne cessait de me la chanter aux oreilles avec son aire de bêcheuse.
Alors je me suis dis : Et si l’histoire ne s’arrêtait pas là en fait ? Et si le corbeau avait tout planifié. Ça pourrait donner un truc comme ça je pense :

Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l’odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
« Hé ! Bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! Que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. »
À ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie :
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s’en saisit, et dit : « Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute.
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. »
Le Corbeau honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

Le renard passa son chemin
Le ventre bien repus
Se croyant le plus malin.
Mes dans ses idées perdues
Il trébucha et se cassa le nez
Sur une charogne putréfiée
Qui tenait encore dans sa gueule
Les restes d’un fromage en guise de linceul.
En un instant une mortelle douleur le pila
Tandis que le poison de sa proie le terrassa.
Maître Corbeaux, d’un battement d’ailes noires
Vint se poser sur cet abattoir
Et tint à peu près ces propos blasphématoire :
« Tout flatteur que ce soit,
Devrait prendre garde de savoir
Si le destinataire de sa prose aléatoire
Ne cache pas d’autres viles destinées
Que celui de se voir ainsi louanger »






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Azarian
Ancien Scribouillard
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Nombre de messages : 6158
Age : 39
Date d'inscription : 09/04/2006

MessageSujet: Re: Les fables plus tout à fait de La Fontaine   Mer 10 Fév 2010 - 22:02

La suite de Johann message édité


Le petit Poisson et le Pêcheur


Petit poisson deviendra grand
Pourvu que Dieu lui prête vie;
Mais le lâcher en attendant,
Je tiens pour moi que c'est folie:
Car de le rattraper il n'est pas trop certain


Un carpeau, qui n'était encore que fretin,
Fut pris par un pêcheur au bord d'une rivière.
«Tout fait nombre, dit l'homme en voyant son butin;
Voilà commencement de chère et de festin :
Mettons-le en notre gibecière.»
Le pauvre carpillon lui dit en sa manière :
«Que ferez-vous de moi ? Je ne saurais fournir
Au plus qu'une demi bouchée.
Laissez-moi carpe devenir :
Je serai par vous repêchée;
Quelque gros partisan m'achètera bien cher :
Au lieu qu'il vous en faut chercher
Peut-être encor cent de ma taille
Pour faire un plat. Quel plat ? Croyez-moi, rien qui vaille.
- Rien qui vaille ? Eh bien ! Soit, repartit le pêcheur :
Poisson, mon bel ami, qui faites le prêcheur,
Vous irez dans la poêle; et vous avez beau dire,
Dès ce soir on vous fera frire».

Un Tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux Tu l'auras;
L'un est sûr, l'autre ne l'est pas.
Le carpeau, frit dans la poêle comme convenu
Et ne laissa, en tout et pour tout,
En guise de salaire au pêcheur trop goulu
Qu’une arrête superflu.
« Gageons qu’à défaut d’atouts
De par sa taille, il aura du goût »
Railla l’affamé, qui de la dorsale ne fit qu’une bouchée.
A défaut de satiété, l’os se logea
Au travers de la gorge déployée
Du pêcheur qui s’en étouffa
Maudissant sa prise du matin
Qui, bien que pas très malin
Tenait en ses râles amertumes
L’occasion d’une vengeance posthume.
D’outre tombe, le carpeau se fit prêcheur :
« Pécheur, mon bel ami, qui fîtes le railleur
Vous irez à la mort ; et vous avez beau dire,
Dès ce soir les carpes vont bien en rire ».

Un Tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux Tu l'auras;
Pour peut qu’en perspicace, l’on sache en jouir sans audace.

_________________
Carl Sagan : « L’imagination nous emmènera souvent vers des mondes qui n’existent pas, mais sans elle nous n’irions nulle part. »

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